Chapitre 18 : Un peu plus près des étoiles

Le lendemain matin, les frères Elric se réveillèrent en sursaut quand la trompette résonna dans tout le domaine. Perplexes et grommelant, ils se dirigèrent dans la cuisine où les filles se servaient un café, les yeux pleins de sommeil.

- C'est quoi cette alarme ? Demanda Edward, qui n'était pas du matin

- C'est la Course ! Répondit Serena en se réfugiant dans le café, comme si cette réponse suffisait à elle-même

- Je dois bien admettre que je suis contente d'être au chaud et de pas aller courir dans le froid et dans l'humidité, là tout de suite. Ajouta Alicia en soupirant

- J'ai presque envie d'aller les regarder courir en buvant mon café bien chaud. Dit Serena avec un demi sourire

- Ça, c'est la preuve que t'es sadique, frangine. Moi, je vais me recoucher je crois...

Alicia se dirigea alors vers sa chambre en baillant, laissant sa grande sœur expliquer le concept de la Course à Ed et Al.

Plus tard dans la matinée, ils rejoignirent le bâtiment principal et s'installèrent silencieusement dans la bibliothèque, écoutant discrètement Lio donner cours. Alphonse et Edward écoutèrent la professeure, comme fascinés par l'étendue de ses connaissances et son charisme indéniable que soulignait sa profonde patience. De temps en temps, baignées qu'elles étaient dans la douce atmosphère de l'école, Serena et Alicia avaient des bouffées d'émotions qui les prenaient à la gorge. Elles semblaient prendre conscience à nouveau que l'une de leurs meilleures amies était morte et qu'elles ne la reverraient jamais. Laurie avait été comme une grande sœur, patiente au possible avec les deux jeunes filles blessées qu'elles étaient alors. Même après l'école, Laurie était restée très présente dans leur vie. Au bout d'un moment, Alicia se mit à pleurer doucement et si Serena tenta dans un premier temps de consoler sa petite sœur adorée, les larmes de cette dernière furent difficiles à supporter pour elle. S'excusant auprès d'Alicia, elle demanda à Alphonse de prendre le relais et sortit prendre l'air. Edward lui accorda quelques minutes avant de la suivre dehors. Elle avait l'air figée, s'accrochant de toutes ses forces à la barrière du patio et il la prit dans ses bras. Serena ferma les yeux et se pelotonna dans les bras du jeune homme comme elle l'avait rarement fait depuis son enfance. Elle murmura :

- Mais enfin, pourquoi je pleure toujours pas ?

- C'est pas de ta faute. Ça viendra peut être. Peut être pas. Mais dans tous les cas, c'est pas de ta faute.

- C'est parce que je suis cassée hein...

- Un peu. C'est pas grave. On s'en sort. Et surtout, c'est pas de ta faute. T'as pas à t'en vouloir. Et je la connaissais pas bien mais je suis sûr que Laurie t'en voudrait pas non plus

Serena soupira et raffermit son étreinte autour d'Edward, qui ne la lâchait pas. Il était tiède, rassurant et il lui semblait qu'elle s'ancrait mieux dans la réalité quand elle était dans ses bras. Au bout d'un moment, elle entendit le son familier du portail qui s'ouvrait et de la vieille voiture qui entrait dans la cour. Elle jeta un œil et vit le profil de Gabrielle à travers la vitre de la voiture. Soupirant et croisant les doigts, elle demanda à Ed d'aller prévenir discrètement Lio tandis qu'elle-même se dirigeait vers son amie. Cette dernière la regarda arriver et lui demanda dans un sourire :

- Alors ? T'as fini par le sauter ?

- Ben ouais.

- Ça valait le coup ?

- Je te raconterai.

- En détail ?

- Peut être. Mais reste discrète et raconte rien à Alicia. Je lui en ai pas encore parlé et je sais pas quand je vais le faire

- Vous êtes pas croyables. Vous pouvez pas faire les choses normalement ?

- Le contexte est compliqué et nous aussi, on est compliqué. Ça va mieux toi ?

- Ben comme tu le constates, je suis encore en vie et sur mes deux jambes, donc c'est que ça va pas plus mal. Merci encore d'être venue me raisonner.

Serena soupira et prit son amie dans ses bras en disant :

- Franchement Gab... c'est pas juste...

- Non. C'est dégueulasse même. T'as réussi à pleurer toi ?

- Non. Et toi ?

- Non plus. Mais maintenant que je suis là, je sens que ça peut arriver à n'importe quel moment...

Gabrielle vit alors Lio se diriger vers elle en ouvrant les bras et sentit déjà ses yeux s'humidifier. Lio lui laissa le temps de craquer avant de l'emmener rencontrer les autres élèves à son tour. Un peu plus tard, tandis qu'elles aidaient Alfred à ranger les courses qu'il avait faites en même temps qu'il était passé récupérer d'autres vétérans, Gabrielle demanda :

- Gale est pas encore là ?

- Non. Il doit arriver demain si tout se passe bien. Répondit Serena

- Et t'as pas peur de la réaction de ton nouveau mec ?

- Ben non. Enfin, si. Enfin, je sais pas. Je devrais avoir peur ? S'inquiéta Serena

- Je sais pas, je le connais pas plus que ça ton gars. La dernière fois que je l'ai vu, je lui faisais du rentre-dedans donc forcément j'écoutais pas ce qu'il me disait. Encore désolée pour ça d'ailleurs.

- T'inquiète, ça m'a sans doute permis de réaliser certaines choses au fond. Et puis, comme au final, c'est moi qui l'ai eu avant tout le monde...

- Avant tout le monde, tu veux dire que... Oh ! Dis donc, il commence direct par du haut de gamme, ce garçon !

Serena eut un rire amusé, ce qui lui fit un bien fou. Elle demanda après quelques secondes de réflexion :

- D'ailleurs, pourquoi tu veux savoir quand est-ce que Gale arrive ?

- Disons que notre dernière rencontre s'est pas bien passée... Il a passé plus de temps à me reprocher mon départ de l'armée que de me consoler de la mort de Laurie.

- Oh...

- J'imagine qu'avec toi, ça c'est mieux passé ? Ironisa Gabrielle

- Ben ouais, il a été... Bref. C'est pas la question.

- Si tu le dis. Tant mieux qu'il arrive dans les derniers. On aura pas à discuter et j'aurai pas à subir ses sermons sur la grandeur de la nation et la justification qu'il met derrière les dernières lois liberticides que ce putain de gouvernement fait passé dans l'indifférence générale. Tu sais que...

Serena écouta Gabrielle lui débiter un laïus politique auquel elle souscrivait globalement. Dans un coin de sa tête, elle s'inquiétait un peu de comment Ed allait réagir de son côté à la présence de Galen.

*o*

Le soir venu, Serena profita du brouhaha ambiant et de l'indifférence générale pour demander à Edward :

- Tu veux que je te montre mon endroit préféré dans cette école ?

Elle l'attira jusqu'à la petite clairière qui servait à accueillir la séance d'étirement et de méditation du matin. Elle était plus reculée, plus perdue dans les bois mais plus éloignée des bâtiments. En conséquence, le ciel semblait plus vaste, plus clair et dans la nuit de fin d'été, le ciel offrait un spectacle étoilé des plus saisissants. Serena marcha alors au milieu de la clairière, le nez en l'air et raconta :

- On a grandi en ville avec Alicia donc il y avait de la lumière artificielle tout le temps. Ma mère nous avait raconté l'histoire du Petit Prince quand j'étais petite donc forcément, j'adorais regarder le ciel, même si on voyait pas grand chose. Alors quand je suis arrivée ici, ça a été un bouleversement. Je m'en souviens encore. Je me suis sentie toute petite, complètement insignifiante. Et pourtant, complètement ancrée dans une espèce de grand cycle, de grand tout. Je suis rien dans l'univers et pourtant, l'univers serait pas tout à fait le même si j'étais pas là à l'observer. Tu vois ce que je veux dire ?

- Et plutôt que d'apprécier la grandeur de ce spectacle, t'as appris toutes les constellations par cœur pour pouvoir les apprendre à tes camarades ?

Le ton d'Edward était doucement ironique et Serena eut un rire amusé en l'entendant. Auparavant, elle se serait fâchée contre lui mais les choses avaient quand même pas mal bougé entre eux. Toujours la tête penchée vers le ciel, elle lui répondit :

- Même pas. Ça fait partie des choses que m'a donnée mon passage dans la Vérité. Je connaissais toutes les constellations sans avoir eu la chance de les découvrir avant. Mais ça m'enlève pas le plaisir de les chasser dans le ciel

- Ouais...

Elle lui jeta un bref coup d'oeil et remarqua qu'il avait un air triste alors qu'il contemplait les étoiles :

- Qu'est ce qu'il t'arrive ? C'est quoi cette tête ?

- Tu connais cette sensation de regarder quelque chose que d'habitude tu connais très bien mais y'a un truc qui a changé et que t'arrives pas à mettre le doigt dessus ?

- Qu'est ce que tu veux dire par là ?

- C'est pas mon ciel. Les étoiles sont pas les mêmes ou alors elles sont pas à la bonne place. - C'est très étrange. Et je crois que ça me donne un peu le mal du pays.

- Oh...

Serena se sentit profondément désolée pour lui et glissa ses doigts dans sa main. Elle lui murmura :

- Je suis désolée. C'était pas l'objectif de te donner le mal du pays en t'emmenant ici.

Elle regarda à nouveau vers le ciel étoilé, qui lui avait apporté tant de bonheur et de sérénité par le passé. Edward lui répondit :

- C'est pas grave. C'est vrai que le spectacle vaut le détour. C'est magnifique

Elle lui jeta un coup d'oeil à nouveau et constata qu'il ne parlait pas du ciel quand il disait ça. Elle rosit et marmonna :

- Dis donc... si tu commences à faire des phrases de ce genre...

- C'est que c'est pas compliqué de te complimenter, ça vient tout seul !

- Mais c'est qu'il les enchaîne ! Dit Serena, de plus en plus rose

Edward eut un rire amusé à son tour et comme pour masquer sa gêne, la jeune femme soupira et l'attira vers elle pour l'enlacer. Alors qu'il refermait ses bras autour d'elle, il respira une bouffée de son parfum et sentit le vague sentiment de mélancolie qu'il ressentait jusqu'alors le quitter. Il était ici à présent et dans ce monde, il y avait Star Wars, Iron Maiden, Taylor Swift, Vincent Van Gogh et surtout il y avait elle. À son tour, Edward se sentit plus ancrée dans la réalité alors qu'il la tenait dans ses bras et fut encore plus sûr de ce qu'il avait déjà compris deux nuits auparavant. Il était foutu. Il était foutu parce qu'il l'aimait comme il n'avait jamais aimé rien ni personne dans ce monde comme dans l'autre et ce, sans doute depuis déjà un bout de temps. Ils s'embrassèrent et leur baiser était du genre de ceux qui pouvaient les transporter jusqu'aux étoiles dont ils parlaient précédemment. Au bout d'un long moment, il finit par l'interrompre pour lui dire :

- Faut qu'on arrête

- Pourquoi ? Moi j'aime bien... Murmura Serena en cherchant ses lèvres à nouveau

- Moi aussi mais si on continue, je vais avoir envie de passer à l'étape d'après et il me semble qu'on est déjà trois par chambres. Donc euh...

La jeune femme le regarda d'un air soudain très sérieux et lui dit :

- Je connais un endroit

Elle l'attira alors un peu plus loin dans les bois et lui montra un arbre en particulier :

- Regarde. C'est la Cabane.

- La Cabane, la Course... Vous aimez bien nommer les trucs, ici...

- Elle existe depuis 2/3 ans. Elle a quand même été améliorée depuis sa construction.

Serena regardait l'endroit avec beaucoup de sérieux et ajouta :

- C'est là que vont tous ceux qui veulent disons... être discret. C'est plus solide que ça en a l'air

- T'y as déjà été avec euh... quelqu'un ? Demanda Edward

- C'est pas juste que j'y ai déjà été. C'est que c'est plus ou moins pour moi qu'il l'a... enfin c'est pour moi qu'elle a été construite à la base.

- Oh... Dis donc, tu sais inspirer de grandes choses aux gens toi...

- Tu trouves que ça les vaut pas ? Demanda-t-elle avec un sourire

- Je serai très mal placé pour dire que tu le mérites pas. Au contraire, je trouve ça très adapté.

Il la regarda et constata qu'elle semblait attendre sa décision. Il sourit et dit :

- On y va du coup ?

*o*

Une brise se leva et les fit frissonner en haut de leur arbre. Serena se rapprocha encore un peu plus d'Edward, qui remonta un peu plus l'un des nombreux plaids qui étaient déposés là. Il écoutait la respiration de la jeune femme se ralentir petit à petit et respirait l'odeur de ses cheveux. On voyait les étoiles au travers d'une petite fenêtre aménagée dans la Cabane. Au bout d'un moment, il brisa le silence pour dire :

- Bon, je vais oser demander

- Demander quoi ?

- De tous ceux avec qui t'es venu ici, c'est qui le meilleur ?

Surprise, Serena se redressa et le regarda. Il avait un air amusé, presque taquin. Rassurée par le fait qu'il semblait parfaitement à l'aise avec tout ça, elle s'autorisa à répondre sur un ton léger :

- Je vais pas répondre à cette question

- Pourquoi pas ?

- Parce que tu veux pas savoir

- Si je pose la question, c'est bien que je veux savoir

- Non, tu penses que tu veux savoir mais en vérité, tu veux pas savoir. Les mecs veulent jamais véritablement savoir

Edward allait renchérir mais elle le coupa en disant, d'un air un peu outré :

- Et puis, tu dis « tous ceux avec qui t'es venu ici » comme si j'y étais passé avec tout un régiment

- Parce que c'est pas le cas ?

Elle le frappa à l'épaule, ce qui n'enclencha rien d'autres qu'un rire amusé de sa part et une petite remarque :

- En même temps, tu veux pas me dire donc forcément, de mon côté, je peux que m'imaginer des dingueries

- Non mais c'est quoi toutes ses questions d'un coup ? C'est plus un rencard, c'est un interrogatoire !

- Parce que c'est rigolo !

- C'est rigolo ?

- Ben ouais, c'est rigolo parce que tu peux pas m'embêter avec ça, vu qu'à part toi, y'a jamais eu personne !

- Mouais. Je commence à en douter, de cette information d'ailleurs. Grommela Serena en s'allongeant à nouveau contre lui

- Qu'est ce que tu veux dire par là ?

- Je veux dire que t'es beaucoup trop doué pour avoir jamais rien fait avant !

- Oh...

Elle sentit bien qu'il se retenait pour ne pas exploser un peu de fierté et ne put s'empêcher de sourire à son tour. Pour le coup, elle était parfaitement honnête avec lui à ce niveau-là. Tout ça foutait en l'air sa théorie qui disait que personne n'était jamais bon de ce point du vue la première fois. Ce dont elle ne se plaignait absolument pas. Perdue dans ses pensées, elle en vint à lui poser une question à son tour :

- Au fait, Ed...

- Mmmh ? Réagit ce dernier qui avait recommencé à se demander où diable il avait senti l'odeur florale de ses cheveux pour la dernière fois

- Faudra qu'on prenne un moment pour parler de tout ça à Ali et Alphonse

- Ouais, ça serait bien...

- Tu veux faire ça comment ? Ensemble ou séparément ?

- Ben on peut leur dire ensemble. C'est pas non plus la nouvelle du siècle

- Ah ben ça fait plaisir à entendre... Marmonna Serena d'un ton légèrement vexé

- Me fais pas dire ce que j'ai pas dit non plus

- Bref. On leur dit quand ?

- Ben ça, c'est à toi de me le dire, c'est surtout pour toi que le contexte est pas des plus évidents en ce moment.

- Mmmh. On a qu'à se dire que si on sent que c'est le bon moment, on leur dit. Sinon, on leur en parle dès qu'on rentre au Zanzibar

- Si tu veux mais ça ressemble à quoi, un bon moment ? Demanda Ed d'un ton amusé

- Ben je sais pas moi ! Quand tu le sentiras ! Je vais pas non plus tout t'expliquer ! S'énerva Serena, un peu agacée

- Ben pourquoi tu t'énerves d'un coup ?

- Mais parce que tu fais que m'embêter ! S'exclama la jeune femme en se redressant d'un coup pour le regarder

- Ok, ok, ok ! Pardon !

Elle croisa les bras d'un air buté et il lui tendit les siens en disant :

- Reviens, tu vas avoir froid et je te trouve trop loin de moi.

- Pffff... Souffla la jeune femme, en lui obéissant malgré tout.

- T'es susceptible quand même...

- Mmmh. Susceptible. C'est un mot marrant... Susurra Serena en sentant une idée lui venir

- Tu trouves ? Pourquoi ? S'étonna Ed

- Il me fait penser à un autre mot. Je vais te montrer ce que je veux dire par là. Déclara alors la jeune femme avec une voix un peu rauque et une lueur dans les yeux qui remuèrent Edward au plus profond de lui.

*o*

Sur le chemin du retour, en repassant par la petite clairière, Serena leva à nouveau les yeux au ciel et sourit doucement.

- Tiens, c'est adapté comme constellation ça...

- De quoi tu parles ?

Edward arriva derrière elle et l'enlaça par-derrière. Il était un peu tourneboulé par leur soirée et ce que Serena venait encore de lui montrer. Elle pointa alors une constellation dans le ciel :

- Tu la connais celle-là ? On l'appelle le Scorpion

- Non. Je l'ai pas de mon côté

- C'est ma constellation préférée.

- Pourquoi donc ?

- Pour le sens que lui donnait les mésopotamiens. L'une des premières civilisations de notre monde. C'est la déesse Ishtar. Elle incarnait l'Amour, la Guerre et la Sexualité.

- Elle devait être bien occupée... Murmura Ed

- C'est pour ça que je trouve ça adapté. L'amour, la guerre et la sexualité. Ça nous va bien, tu trouves pas ?

Son cœur battait fort dans sa poitrine. Elle avait du mal à dire certaines choses directement et c'est la meilleure déclaration dont elle était capable. Depuis les vacances, elle avait fini par déduire qu'elle avait pour Ed des sentiments bien plus fort que ce qu'elle avait prévu à la base et si elle devait être parfaitement honnête avec elle-même, ça la faisait bien flipper. Elle avait toujours eu un peu peur de tomber amoureuse et avait toujours tout fait pour mettre en place des barrières, des gardes fous, une ligne d'arrivée. Après tout, c'était pas si anodin qu'elle se soit autorisée à craquer complètement pour lui après lui avoir proposé de l'aider à la quitter pour toujours. Mais toujours est-il qu'elle l'aimait, de plus en plus à mesure que les jours passaient, de plus en plus à mesure qu'elle l'embrassait et se perdait complètement dans les quelques étreintes qu'ils partageaient. Alors cette petite phrase, cette petite remarque à propos d'une constellation, c'était tout ce dont elle était capable à cet instant. Heureusement pour elle, Edward n'était pas beaucoup plus à l'aise avec l'expression de ses sentiments et comprit donc parfaitement le message qu'elle essayait maladroitement de lui faire passer. Il l'enlaça alors plus fort et lui murmura :

- C'est vrai. C'est complètement vrai.

*o*

Le lendemain matin, Serena se leva bien tard dans la matinée et trouva sa chambre complètement vide. Elle se servit le fond de la cafetière et se lança donc dans la recherche d'un être humain avec qui discuter. Elle eut la surprise de croiser Galen qui venait d'arriver :

- Salut princesse !

- Salut... Répondit-elle maladroitement

Elle l'enlaça brièvement pour lui dire bonjour et au grand désarroi du jeune homme, trouva une fausse excuse pour fuir à bonne distance. Elle tomba sur Gabrielle qui broyait du noir seule dans la bibliothèque.

- Hey !

- T'es tombée sur ton ex ? Grinça la blonde avec une grimace

- Ouais. À l'instant. Pourquoi ?

- Il a été odieux avec toi aussi ou ça s'est bien passé ?

- Ça va. Pourquoi tu dis ça ? Il a été odieux ?

- Non. Mais il a été froid. Alors que franchement, moi de base, j'ai été sympa. Je lui ai fait un sourire et tout.

- Ouah. Effectivement. Bel effort, beau geste, médaille du fair-play, Gab...

La jeune femme grommela et demanda à sa meilleure amie de lui changer les idées :

- Ben tiens, est ce que t'aurai une idée de comment je peux dire à Alicia que je me tape le frère de son mec ?

- Ah, ça, c'est intéressant, je te remercie ! S'exclama Gabrielle, en se redressant les yeux brillants

- Je sais pas trop comment présenter les choses... L'air de rien, si ça finit par mal se passer entre lui et moi, ça va forcément avoir un impact sur Alphonse et elle. Et ils ont l'air amoureux et tout...

- Bof. La réciproque est vraie. La rupture d'un couple entachera forcément l'autre.

- Le couple... Répéta Serena en plissant les yeux

- D'ailleurs, j'y pense, vous êtes ensemble ensemble ou... Demanda Gabrielle, qui avait l'air de s'amuser

- Ben je vais te dire... je sais pas trop...

- Ah bon ? Vous en avez pas parlé ?

- Ben non parce que figure toi que quand on est juste tous les deux, on a mieux à faire... Répondit Serena avec un sourire grivois

- Tu m'en diras tant ! D'ailleurs, tu m'as toujours pas raconté !

- Raconté quoi ?

Elles tournèrent alors le regard vers Edward, qui s'avançait vers elles avec un café à la main.

- Elle doit me raconter si vous êtes vraiment ensemble ou si vous échangez juste des fluides de temps en temps en toute amitié... Affirma alors Gabrielle avec un bel aplomb

Ébahie, Serena regarda vers son amie en se demandant si elle venait bien de faire ce qu'elle venait bien de faire. Edward parut déstabilisé et regarda Serena d'un air perdu avant de dire :

- Ben c'est vrai que...

- Enfin... Euh... C'est comme tu veux quoi... Balbutia Serena en le regardant

- Et ben... Moi j'aimerais bien que oui, on soit... enfin comme tu veux toi aussi

- Grave ! Je veux dire... Ouais. Faisons ça. Être ensemble et tout. C'est cool. Termina Serena, qui avait un peu de mal à retenir un sourire bête

- Super. Génial

Il y eut un silence, que Gabrielle brisa en disant d'un ton amusé :

- En tout cas, y'a de la conversation entre vous, c'est cool...

- Oh, ta gueule...

- Du coup, vous croyez en la théorie de la monogamie ou y'a moyen de moyenner ? Demanda Gabrielle en plissant des yeux d'un air amusé

- Hey, quand on est une bonne copine, on respecte ce genre de chose ! S'exclama Serena

- Et quand on est une bonne copine, on prête ses jouets !

- Ben on a qu'à conclure qu'on est ni l'une ni l'autre de bonne copine !

- Ou alors ! On se bagarre et celle qui gagne remporte le gros lot

- C'est mort. Et puis, t'as aucune chance !

- Ah, sois en pas si sûre ! J'ai fait neuf mois d'armée et j'ai vachement progressé niveau bagarre. Tu continues de t'entrainer toi dans ton hôtel ?

- Ouais. Je m'entraine contre Alicia. Et même que je la bats de temps en temps

- Ah merde. Bon ben j'ai aucune chance alors. Je te le laisse. Il est mignon mais pas à ce point

- T'es bien brave.

- Sinon, dites-moi si je vous dérange, j'irai voir ailleurs si j'y suis... Commenta Edward

- Dis donc, qu'est ce qu'il est insolent ton mec ! Remarqua Gabrielle

- Je sais. J'aime bien. J'aime bien son insolence, son intelligence et son torse. Je sais pas encore tout à fait dans quel ordre par contre...

- Mmmmh j'ai bien une opinion mais...

Ils furent interrompus par l'arrivée d'une petite foule dans la bibliothèque. Alicia et Alphonse entrèrent dans les premiers et la jeune fille remarqua immédiatement le sourire de sa grande sœur et le regard qu'Edward posait sur elle. Elle commença à s'agacer un peu du fait que Serena ne lui en parlait pas quand Maël prit la parole :

- Maintenant que nous sommes tous là, je pense qu'il serait temps que nous préparions la cérémonie. Nous pensions la faire d'ici deux jours... Lio et moi avons discuté et nous avons pensé à quelques personnes qui pourraient dire quelques mots à propos de Laurie.

Maël demanda à Galen, Gabrielle, Serena et Alicia de préparer un hommage personnalisé, ce que tous acceptèrent de bonne grâce. Une fois que son maître eut cessé de parler, Gale s'éclaircit la gorge et s'avança un peu dans la pièce. On sentait qu'il avait l'habitude de diriger et son attitude déclencha l'agacement interne de Gabrielle mais aussi d'Edward.

- Je pense que ça serait bien qu'on puisse tous s'isoler un peu du reste du groupe pour travailler sur nos hommages. Qu'est ce que vous en pensez ?

- Je pense que s'isoler est une bonne idée, mais pas avec toi. Je préfère travailler dessus toute seule. Répondit alors Gabrielle

- Comme tu veux. Et vous, les frangines ?

Ils s'adressaient aux deux sœurs mais son regard était bien fixé sur Serena.

- Bonne idée... Dit Alicia

- Ouais, pourquoi pas... Répondit Serena à son tour en terminant son café

Edward fronça les sourcils. Ça ne lui plaisait pas. Non. Le regard du militaire sur Serena ne lui plaisait pas. Il y avait une étincelle dans le regard de Gale. Un truc qui ressemblait à de l'espoir. Ou à de la convoitise. Serena se leva alors de son fauteuil et sourit à Gale qui l'attendait près de la porte. Edward, attentif vit alors l'étincelle dans les yeux du militaire s'agrandir. Sans plus réfléchir, il saisit alors la main de Serena au vol quand elle passa près de lui. Surprise, elle s'arrêta et le regarda. Il y eu comme un flottement dans la pièce. Tout le monde les fixait. Parfait. Edward tira alors la jeune femme à lui et passant son autre main sur sa hanche, l'embrassa. Après un court instant de tension et de surprise, il la sentit se détendre et lui rendre son baiser. Il crut percevoir diverses réactions dans la pièce :

- Obah alors ! s'exclama Alicia

- Je le savais ! Cria Alphonse

- Ah ben tout de même, Ricana Gabrielle

La main libre de Serena lui effleura alors la nuque et il eut l'impression que tout son corps s'électrisait. Il se demanda si il s'habituerait un jour aux sensations qu'elle lui provoquait. Avant qu'il n'ait un début de réponse, elle mit fin au baiser sans trop s'éloigner de lui, pour pouvoir lui murmurer :

- Je croyais que j'avais réussi à te rassurer hier soir

- Ça n'a rien à voir. J'ai juste senti que c'était le moment

- Bien sûr… Dit elle avant de lui glisser un dernier baiser furtif avant de se détacher

Il la laissa partir et regarda alors Gale dans l'encadrement de la porte. Son expression avait changé, on pouvait y lire un mélange de colère et de frustration. De la jalousie ? Edward lui sourit et haussa les épaules d'un air insolent.