Épilogue pour Talie Zora.
Talie Zora se faufila discrètement dans les ruines de Londres essayant de se fondre le plus possible dans les ombres et ne s'éclairant que d'une pauvre lanterne lorsque que c'était absolument nécessaire. L'endroit n'était pas sûr pour les Quariens et tous ses proches avaient essayé de la dissuader d'entreprendre ce voyage. Mais elle était déterminée.
Pendant qu'elle progressait, elle se demanda ce qu'aurait pensé Shepard de tout cela. Il était l'homme le plus pragmatique qu'elle ait jamais rencontré. Il lui aurait sans doute qu'elle était une idiote de risquer sa vie pour quelque chose d'aussi futile. Qu'elle n'était plus une jeune aventurière sans attache parcourant la galaxie. Qu'elle avait des responsabilités et qu'elle devait les assumer. Quelle que soit la situation, il mettait systématiquement de côté sa morale ou les sentiments des autres. Seule la victoire et la survie lui importaient. À cause de cela beaucoup l'ont critiqué et l'ont considérè comme un homme insensible.
Talie Zora ne pouvait leur en vouloir. Vers la fin même elle était glacée par ce regard caractéristique d'un homme qui en avait trop vu et trop fait. Mais Talie Zora l'avait connue intimement et elle savait que ce n'était qu'une façade qu'il avait de plus en plus de mal à porter.
Mais elle interrompit ses pensées lorsqu'un mouvement suspect eut lieu à sa droite. Pendant un instant, la panique s'empara d'elle. Heureusement, il ne s'agissait pas d'un Krogan, mais d'un animal qui broutait dans un des nombreux coins de verdure qui prospérait dans ses ruines abonnées. Après examen, elle découvrit avec stupéfaction qu'il s'agissait d'un buffle. Elle se demanda brièvement ce que cet animal faisait sur ce continent. Il était comme elle et tous les aliens bloqués sur cette planète depuis qu'une intense lumière rouge avait détruit les moissonneurs et toute technologies.
Talie se souvint avec nostalgie de cette brève période d'euphorie et d'optimiste qui avait suivi la fin de la guerre. À ce moment-là, les survivants avaient pour projet de créer une communauté utopiste ou toutes les races vivraient côte à côte.
De toute manière, il n'avait pas le choix, car il faudrait sans doute des décennies (voire des siècles) pour reconstruire une flotte et les relais cosmodésique.
Mais très vite des questions plus pratiques, c'étaient imposé à l'ordre du jour. Comme trouver un moyen de nourrir ceux qui ne pouvaient pas manger de nourriture terrienne comme les très nombreux (et armés) Turien.
Après beaucoup de recherche un procédé très coûteux en ressource a été mis au point pour permettre de convertir les aliments terriens en nutriment absorbable par un organisme, dont l'homéostasie reposée sur des acides dextro-aminé. Un procédé trop coûteux pour les ressources extrêmement limitées que pouvait fournir cette planète fortement urbanisée et dont l'éco-système avait encore du mal à se remettre des excès du siècle dernier. Très vite ils durent se rendre à l'évidence que sans technologie, cette planète ne pourrait nourrir le milliard de soldats de toutes les races qui s'étaient rassemblés lors de la bataille finale pour défaire les moissonneurs. Il y avait à peine de quoi nourrir les millions d'humains qui avaient survécu aux camps de concentration des moissonneurs.
Et les vielles querelles avaient refait surface. La Krogan ayant découvert qu'on leur avait menti sur le génophage ne voyait pas pourquoi il devrait se sacrifier pour les races concilienne et leur envie de se venger des Turien était grande. Mais ce n'est pas aux Turien, mais au Quarien qu'ils s'en prirent en premier.
Suite à la destruction de toute technologie, les Quarien avaient dû retirer leur combinaison dont les respirateurs étaient désormais inutilisables. Ainsi, depuis le début du conflit, les membres de sa race agonisaient lentement face à l'assaut des virus et consommaient un nombre important de ressource médical impossible à renouveler sans technologie avancée. Et malgré tout, leur chance de survie était quasi-nul. Pour les Krogan en plus d'être un gaspillage de ressource, c'était de l'acharnement thérapeutique. N'importe quelle Krogan aurait préféré mourir plutôt que d'être maintenue en vie dans un tel état de faiblesse. Pour les Turiens au contraire, les Quariens étaient des frères d'armes et l'honneur ordonnait de tout faire pour leur donner une chance de survivre. C'est sous ce prétexte que les premiers affrontements commencèrent.
Très vite, elle fut la dernière Quariene encore en vie. Ses nombreuses interactions très intimes avec Shepard lui avaient sans doute permis d'acquérir quelque défense immunitaire contre les virus terriens. Mais les affrontements ne cessèrent pas pour autant. Chaque race vivait maintenant dans des camps fortifiés éloigné les uns des autres à l'exception des Krogans qui étaient sorties largement vainqueurs des combats et avaient pu s'approprier de vastes territoires auxquels ils interdisaient l'accès aux autres races (dont faisait partie les ruine de Londres et ses très lucratives usines de recyclage).
Elle atteint finalement son objectif. Un monument funéraire grandiose érigé à l'endroit où l'on avait retrouvé son corps.
Elle prit quelque temps pour se recueillir, mais se pressa de prendre ce qu'elle était venue chercher. Elle alla derrière le monument et ouvrit un tiroir secret à l'aide un mécanisme astucieusement caché. Et à sa grande satisfaction elle constat que ce qu'on lui avait dit était exact.
À cet endroit, se trouvaient les affaires personnelles que Shepard avait sur lui au moment de sa mort. Pour les Krogans, ce que portait un grand guerrier au moment de sa mort était des reliques sacrées et cela ne l'avait pas surpris d'entendre qu'ils aient ainsi conservé ses objets. Ce qui l'avait surpris et avait motivé ce voyage était la rumeur disant qu'il s'y trouvait, un portait d'elle. Or, il n'existait qu'un seul portrait d'elle dans toute la galaxie : celui qu'il avait peint lors de l'un des trop rares moments d'intimité que la guerre avait bien voulu leur accorder.
Ainsi, il l'avait vraiment aimé. Elle n'était pas juste une aventure de passage comme l'avait été Jack avant le début de la guerre. Elle fixa le portrait et se remémora cette soirée qu'il avait passée à la peindre en lui faisant des compliments sur son regard hypnotique qui lui rappelait celui d'un chat. Pour se moquer d'elle, quand ils n'étaient souvent que tous les deux, il l'appelait souvent mon Siamois.
Après un dernier soupir, elle remit le portrait en place et repartit en espérant que personne ne saurait jamais pour cette petite escapade.
