TW : dissociation, déréalisation, pensées suicidaires, sang ++


Hermione avait une passion pour la pluie. Elle aimait le bruit qu'elle faisait, elle aimait porter des bottes en caoutchouc qui lui arrivaient aux genoux et avec lesquelles elle pouvait marcher dans la boue et les flaques. Elle aimait sentir l'eau dégouliner de son crâne jusqu'à son visage et courir jusqu'à chez elle pour se réchauffer. Elle aimait observer les gouttes tomber depuis l'intérieur de sa maison, emmitouflée sous des couvertures près de la cheminée.

Albert courait à ses côtés, amusé de devoir échapper à l'averse qui s'était déclarée au moment où ils avaient mis le pied dehors. Hermione avait dû retourner dans l'arrière-boutique de sa librairie pour récupérer ses bottes, avant d'affronter les torrents de pluie aux côtés de son meilleur ami.

Elle riait. Pour la première fois depuis une semaine, Hermione riait de cette situation. Elle était trempée jusqu'aux os et ses dents claquaient tant il faisait froid. Mais elle riait. Peut-être était-ce nerveux, une sorte d'accumulation après cette semaine affreuse. Peut-être était-ce une once de bonheur au milieu de tous ses récents malheurs. Elle s'en fichait. Elle riait et Albert aboyait.

Puis elle rit parce qu'elle réalisa soudainement l'absurdité de son existence, de la situation, de ses journées, de son quotidien. Elle ne put rien faire d'autre que rire, rire à en avoir mal à la gorge, rire alors qu'elle voulait pleurer. Elle riait parce qu'elle était triste, parce qu'elle était perdue et parce que rien ne semblait plus dérisoire que ces émotions.

Hermione s'immobilisa, mais Albert poursuivit sa course. Bientôt, ses rires se tarirent et les aboiements de son meilleur ami résonnèrent comme un écho lointain. Les gouttes de pluie sur son visage se mélangèrent aux larmes et sa gorge se serra de ces émotions qui n'exprimaient plus aucune joie. Elle pleurait, c'était si rare.

Cela faisait des jours, des semaines, peut-être même des mois, qu'elle n'avait pas ressenti autant de choses. Elle avait l'impression d'être dans du coton, que toutes ses émotions étaient tues depuis si longtemps. Pleurer, rire, c'était assez similaire en réalité. Elle en était incapable, du moins c'était trop rare pour que cela soit normal. Elle voulait crier, sangloter, vivre en riant, mais elle n'y parvenait pas. Tout était minime, comme insignifiant ou illusoire. C'était éphémère.

Elle était essoufflée. Elle posa ses mains sur ses cuisses et se pencha vers l'avant pour reprendre sa respiration. Elle ferma les yeux alors que des dizaines de gouttes d'eau s'écoulaient sur son visage.

Elle craquait. Elle reconnaissait ces instants de folie lors desquels son corps et son esprit ne retenaient plus rien. Ces moments où tout semblait dérisoire et simple, alors même que son cerveau lui criait que plus rien n'allait. Ces minutes où plus rien n'avait d'intérêt, où plus rien ne comptait. C'était rapide, ça ne durait jamais longtemps, juste assez pour qu'elle en soit marquée, touchée.

Elle avait alors l'impression d'entrer dans une autre réalité, dans une dimension qui n'était pas la sienne. Elle se sentait légère, elle ne portait plus le poids du monde sur ses épaules. Elle lâchait tout ce qu'elle avait retenu si longtemps. Ses soucis s'envolaient et elle était prête, pendant quelques minutes, quelques heures, à tout.

Elle était folle. Folle.

Hermione releva la tête et fixa sa maison qui se dessinait au loin. L'averse rendait l'horizon difficilement distinguable. Albert devait être arrivé. Elle l'imagina attendre devant la porte.

Sa poitrine se soulevait encore rapidement et ses yeux la brûlaient d'avoir pleuré. Elle reprit sa course. Plus rien n'avait d'importance, seuls ses rires animaient la petite vallée. Elle se sentait devenir folle, hystérique. Ses mouvements étaient réguliers, ses yeux agités et son sourire douloureux. Un instant de félicité, de légèreté.

Elle arriva devant la porte, épuisée. Sa respiration était encore hachée et ses jambes menaçaient de céder sous son poids à tout instant. Elle voulait dormir, elle voulait quitter cet état de folie qui lui était douloureux. Elle avait mal partout, c'était trop difficile. La légèreté n'était plus, il n'y avait que souffrance, lourdeur et accablement.

Une fois entrée, elle se désintéressa aussitôt d'Albert et de ses aboiements. Elle avait besoin de calme, de sommeil. Elle ne fit pas attention aux odeurs délicieuses qui s'échappaient de la cuisine. Ce serait trop dur d'y penser. Elle se débarassa de ses vêtements trempés et se rua à l'étage, déterminée à avaler de quoi dormir et plonger sous les couvertures.

Son corps tremblait, de froid ou de panique, elle n'en était pas certaine. Elle manqua de chuter dans l'escalier après avoir glissé sur l'une des marches. Elle se rattrapa de justesse, sans réagir à sa main éraflée ou à son genou endolori.

Sur le chemin jusqu'à sa chambre, elle noua ses cheveux en un chignon lâche qu'elle attacha avec l'élastique qu'elle portait toujours au poignet. Elle décolla quelques mèches folles et trempées de son front et se passa une main sur le visage. Il fallait qu'elle dorme. Cela résoudrait tous ses soucis. Plus de folie, plus de pensées, plus de corps douloureux et lourd.

Elle se précipita vers sa table de nuit une fois arrivée et ouvrit le premier tiroir pour y attraper une fiole de potion de sommeil sans rêves. Elle blanchit. Sa respiration se bloqua dans sa poitrine. Elle réalisa que cela faisait un moment qu'elle n'avait pas vidé son chevet des fioles vides qu'elle y rangeait chaque soir. Elle fouilla à travers ces dernières à la recherche de la potion qui lui était devenue vitale, sans succès.

Ses mains se mirent à trembler. La panique grimpait en flèche. Toutes les fioles qu'elle attrapait étaient vides. Elle les débouchait une à une avec des gestes frénétiques.

Elle les ouvrit toutes une première fois. Vides.

Puis une deuxième. Vides.

Troisième. Vides.

Sa respiration était haletante, les battements de son cœur résonnaient à ses oreilles et elle avait des fourmis dans les mains. Elles étaient toutes vides. Vides.

D'un mouvement sec, Hermione tira le tiroir hors de la table de nuit et le renversa sur le sol. Des larmes coulaient sur ses joues. Elle était terrifiée, presque tétanisée par la situation. Les fioles s'écrasèrent une à une par terre et se brisèrent sous le choc. Elle s'accroupit et chercha une fiole remplie ou des restes de potions à travers les débris, mais il n'y avait plus rien.

Elle s'écorcha le doigts avec du verre sans arrêter de pleurer. Elle sanglotait avec terreur, elle avait mal au dos, aux genoux, à la tête. Elle était déboussolée. La panique envahissait sa poitrine, qui se soulevait à un rythme élevé. Elle continua de fouiller, malgré le fait que l'espoir l'ait quittée. Elle se sentait perdue, désespérée. Comment pourrait-elle faire sans potion ? Comment survivrait-elle une nuit sans dormir ? Elle s'imaginait déjà paniquer et tourner sans cesse dans son lit. Elle s'imaginait revoir leurs visages, entendre leurs voix et leurs cris. Ils allaient la hanter. Elle était finie.

Elle avait attendu toute la journée de pouvoir rentrer et enfin dormir. Elle avait rêvé tout le long du chemin jusqu'à chez elle de l'instant où le goût de sa potion toucherait sa langue et que le sommeil la cueillerait enfin.

Le sang qu'elle voyait s'écouler sur ses doigts ne fit qu'augmenter sa panique. Cela lui rappelait soudainement tant de choses. Elle ne sentait plus la douleur, c'était simplement l'angoisse de l'instant et de tous ceux passés.

Elle glissa ses mains dans ses cheveux et tira ses mèches folles jusqu'à en avoir mal. Elle avait besoin de ressentir autre chose, autre chose que cette peur, ce mal-être destructeur. Elle en arracha plusieurs avant que la douleur ne soit insupportable. Tout son corps lui faisait mal, sa conscience, son esprit et son âme étaient lourds, ils la réduisaient en une boule de douleur.

Elle n'était plus que ça. Du mal, des cris, de l'angoisse et des pleurs.

oOo

L'odeur du gratin dauphinois que Drago avait préparé flottait dans l'air. La muscade, la crème, les pommes de terre, il n'aurait jamais cru que ces senteurs, mêlées, pouvaient être si agréables. Exquises.

Il était attablé à l'ilot central, occupé à broder quelques motifs sur des torchons qu'il avait trouvés dans la cave. Son livre de broderie était ouvert face à lui et il tentait de reproduire une grenouille et quelques champignons à l'aide de fils colorés. Il s'était piqué le pouce plusieurs fois en recommençant les pattes de la grenouille qu'il peinait à broder correctement. Cela lui avait valu des petits gémissements de douleur ridicules, qui auraient presque pu le faire rire s'il n'était pas aussi concentré.

Alors qu'il achevait enfin le contour des pattes qui, s'il devait être honnête, ne ressemblaient pas à grand-chose, il entendit la porte d'entrée claquer au loin. Il se tendit aussitôt. Il attendit. Il compta dans sa tête les secondes qui s'écoulaient. Dix, vingt, trente. Soixante.

La porte de la cuisine resta close, il se résigna. Ce ne serait toujours pas pour aujourd'hui.

Il entendit les pas d'Hermione fouler le parquet de l'étage, puis la porte de sa chambre claquer à son tour. Il relâcha l'air qu'il avait contenu dans ses poumons pendant tout ce temps.

Sa poitrine était comprimée. Son cœur était serré, douloureux. Des larmes lui montaient aux yeux. Comment les choses avaient-elles pu changer si drastiquement ? Pourquoi ? Ces questions lui traversaient l'esprit tous les jours, jusqu'à ce qu'il s'oblige à oublier.

Il était seul. C'était bien. C'était ce qu'il méritait, ce qui était le mieux.

Il reposa le torchon qu'il brodait et se prit le visage entre les mains. Il soupira. En réalité, Drago n'en pouvait plus. Il ne supportait plus cette tension, ce silence, cette absence. Il se sentait vide sans Hermione, il avait l'impression de faire des centaines de pas en arrière et de retourner au jour où il était arrivé ici. Il ne la reconnaissait plus, c'était comme s'il ne l'avait jamais connue.

C'était comme si tout ce qu'ils avaient vécu avait été effacé en un claquement de doigts. Lui qui comptait tant sur elle, sur sa présence, sur ses regards, sur sa voix, réalisait qu'il ne pouvait plus vivre correctement sans tout cela. Il avait, inconsciemment, développé un attachement dont il ne pouvait se défaire. C'était trop dur.

Et aussi coupable puisse-t-il se sentir, aussi méritant, il ne voulait pas tout cela. Il voulait qu'elle revienne, qu'elle lui sourit, qu'elle rit et qu'il lui raconte ses journées lorsqu'elle rentrait du travail. Comme avant.

Il se leva après plusieurs minutes ainsi et se tourna vers le four qui renfermait encore son plat de gratin, prêt à être dégusté. Il se baissa pour le sortir, mais un bruit de fracas se fit entendre et résonna dans toute la maison. C'était bruyant, sec.

Drago sursauta et se redressa aussitôt, alerte. Il avait tout de suite identifié la provenance de ce bruit. Il venait de l'étage. Hermione.

Non. Non. Non.

Il imaginait le pire, cela ne pouvait être que ça. Elle était morte, elle n'existait plus, il était seul, encore plus seul. Il l'imaginait allongée, sans vie. Il se voyait monter à l'étage au ralenti, la trouver au sol, accourir vers elle et pleurer contre sa poitrine inanimée. Cela ne pouvait être que ça. Il imaginait retrouver son corps sans vie, pendu, ou vidé de son sang. Il s'imaginait devoir la porter, la nettoyer, prévenir ses proches.

En seulement quelques secondes, il avait planifié la mort d'Hermione, il avait retracé toutes les étapes de cet événement affreux qui faisait trembler le bout de ses doigts. À cause d'un simple bruit. Cela ne pouvait être que ça, n'est-ce pas ? C'était si simple, si logique. Elle lui en voulait, elle était seule et en colère, elle ne pouvait pas continuer ainsi. Cela ne pouvait être que ça. Elle n'en pouvait plus, elle était fatiguée, il le voyait. Elle souffrait. Cela ne pouvait être que ça.

Il entendit un deuxième bruit de fracas et sursauta. Il était resté immobile et dans ses pensées, sans rien faire. Il lâcha le torchon qu'il avait attrapé pour sortir le plat chaud du four et sortit de la pièce à toute vitesse. Hermione.

Il passa devant Albert sans même le voir et grimpa les escaliers aussi vite que possible. Hermione.

Le chemin jusqu'à la chambre lui parut durer une éternité. C'était comme si les murs et le parquet s'allongeaient indéfiniment pour qu'il n'atteigne jamais la porte. Il entendit des sanglots et son cœur rata un battement. Hermione.

Il accéléra le pas et entra dans la chambre avec fracas. Hermione.

Il se figea. Il y avait du sang. Partout. Sur elle, sur le sol, sur les meubles. Partout.

Il n'entendait plus que le sien battre à ses oreilles, dans sa tête, dans son corps. Il n'y avait plus rien d'autre que ces battements bruyants et cette vision d'horreur devant lui. Ses mains se crispaient dans le vide et ses mâchoires étaient si serrées qu'il commençait à en avoir mal.

Il y avait du sang partout. Partout. Partout.

Le verre brillait sous la lumière de la pièce, celle-ci se reflétait vers Drago. Il était figé, tétanisé.

Il fut transporté, soudain. Il était bien loin de cette chambre qu'il apercevait pour la première fois. Bien loin de ces murs au papier peint vieillot et aux meubles en bois. Encore plus loin d'elle, d'Hermione, de cette odeur métallique, de ses cheveux fous et de son corps tremblant.

Il y était de nouveau, dans cette salle de bains, entre ces murs trop blancs, cette douche défectueuse, cette odeur de crasse et de sang. Il était de retour là-bas. Peut-être n'était-il jamais vraiment parti.

Mais les sanglots étaient toujours là. Dans ses oreilles. Ils remplaçaient les battements de son cœur, ils perturbaient ses souvenirs sombres et réveillaient son inconscient. Il était dans un entre-deux étrange, sur un pont entre son passé et la réalité. Il n'arrivait pas à rejoindre l'un des deux. Il était suspendu, figé. Tétanisé.

Le mouvement qu'elle fit pour tirer ses cheveux le sortit de sa léthargie. Il cligna plusieurs fois des yeux, comme s'il avait été réveillé brusquement d'une longue sieste. Elle continuait de pleurer, elle souffrait ouvertement devant lui et il restait là, immobile.

Il secoua la tête et se mit en action. Il ne pouvait pas rester ainsi. Il ne pouvait pas fuir face à tant de détresse. Plus maintenant. Oubliés étaient ses souvenirs, son passé sombre et tout ce sang. Il ne voyait plus que la souffrance d'Hermione, son visage déformé par les pleurs et les cris. Il n'y avait que sa douleur et l'envie de Drago de l'aider, de la sauver, de la sortir de tout ça.

Il se précipita à ses côtés et tomba à genoux près d'elle en prenant garde à éviter les éclats de verre.

– Hermione, dit-il alors pour la première fois depuis trop longtemps. Hermione, je suis là.

Il hésita quelques secondes avant de se pencher vers elle et d'attraper ses mains pour les retirer de ses cheveux. Elle relâcha tout à la seconde où leurs peaux entrèrent en contact. Elle sursauta et leva vivement les yeux vers lui. Elle le voyait pour la première fois.

Il vit dans son regard tant de détresse qu'il sentit son cœur battre un peu plus fort dans sa poitrine, son estomac se serrer en constatant à quel point elle était détruite de l'intérieur. C'était puissant, transcendant.

Malgré tout, Drago parvint à prendre de la distance. Il arrivait à garder la tête froide, à se concentrer sur le plus important : Hermione. Hermione. Il n'y avait qu'elle qui comptait en cet instant, les maux étaient absents, disparus. Il ne voulait pas la perdre, il devait l'aider.

Il sourit, ce sourire rassurant et calme qu'il n'accordait qu'à elle. Il attrapa ses mains dans les siennes et caressa l'intérieur de ses poignets avec ses pouces.

– Je suis là, répéta-t-il. Tu n'es pas seule avec tout ça.

Elle hocha la tête, alors que des larmes s'écoulaient silencieusement de ses paupières. Il sourit à nouveau. Elle ne sanglotait plus, sa poitrine ne se soulevait plus à un rythme frénétique. Elle le fixait et c'était tout ce dont il avait besoin pour savoir qu'il pouvait l'aider désormais. Elle était calme.

Il l'aida à se lever lentement tout en prenant garde à ce qu'aucun d'eux ne marche sur le verre encore sur le sol. Ce faisant, il comprit qu'il s'agissait de flacon de potions brisés. Cela lui enserra un peu plus le cœur, mais il garda la tête froide.

Il fit s'asseoir Hermione sur le bord de son matelas et posa leurs mains liées sur ses cuisses, accroupi face à elle. Il lui souriait toujours.

– Tu peux rester seule pendant quelques minutes ? demanda-t-il sans la quitter des yeux. Je reviens tout de suite, je vais chercher de quoi soigner tes mains.

Il était transparent, il lui parlait sans la rabaisser, pas comme à une enfant en détresse. Elle restait la même, la Hermione qu'il connaissait et elle méritait d'être traitée de cette façon. Il lui disait la vérité. Elle était forte. Il le savait. Elle l'impressionnait, parfois, souvent, elle était si courageuse.

Elle hocha à nouveau la tête et inspira avec fébrilité. Drago caressa une dernière fois l'intérieur de ses poignets et se redressa. L'envie de la serrer contre lui se fit ressentir mais il se retint. Il ne voulait pas la brusquer. Il ne pouvait pas tout gâcher.

Il quitta la chambre sans perdre de temps et entra dans la salle de bains. Il se souvenait que l'armoire au-dessus du lavabo contenait une trousse rouge avec de quoi soigner les petites blessures. Il avait lu toutes les notices un jour, lorsqu'il s'ennuyait encore de ses journées trop longues pour être comblées entièrement. Il attrapa aussi plusieurs de ses propres flacons de potions et retourna dans la chambre aussi vite qu'il l'avait quittée.

Hermione n'avait pas bougé, elle fixait le mur qui lui faisait face comme si elle ne le voyait pas. Elle était plongée dans ses pensées, ses larmes avaient séchées et elle semblait être ailleurs, loin. Drago entra avec lenteur, pour ne pas la brusquer, et s'agenouilla devant elle pour essayer de capter son regard.

Grand comme il était, il faisait face à son visage ainsi installé. Elle ne tarda d'ailleurs pas à le voir et baissa les yeux pour croiser les siens. Il lui sourit.

– Comment tu te sens ? demanda-t-il à voix basse tout en sortant des compresses et une pince à épiler de la trousse.

Elle haussa une épaule sans répondre et ses yeux se remplirent de larmes à nouveau. Il hocha la tête d'un air compréhensif et baissa le regard sur les mains d'Hermione. Quelques morceaux de verre étaient encore plantés dans ses doigts et il s'appliqua à les retirer aussi lentement que possible avec la pince. Ses mains ne tremblaient pas, il était concentré.

– Je suis fatiguée, chuchota-t-elle après un long silence.

Il leva la tête vers elle et croisa son regard. Il lui inspira tant de tristesse qu'il dut prendre une grande inspiration pour se retenir de paniquer. Il lui sourit une nouvelle fois et posa la pince à épiler, il avait retiré tous les éclats de verre.

Elle était fatiguée, épuisée. Il le savait, il le voyait. C'était bien plus que ce qu'elle était capable d'exprimer. Il le savait, il le voyait.

– J'ai ramené des potions, lui apprit-il sans lâcher ses mains. Je finis de te soigner et je te les donne.

Elle hocha la tête, sans un mot. Une larme solitaire s'écoula sur sa joue et Drago s'empressa de l'essuyer.

– Je suis là, je ne pars pas, ajouta-t-il avant d'attraper une compresse pour nettoyer les plaies.

Il s'appliqua à soigner chacune des égratignures sur ses mains, puis sur ses genoux. Il relut la notice du désinfectant pour vérifier qu'il s'y prenait bien, avant d'en asperger sur les blessures.

Elle siffla de douleur la première fois et Drago leva les yeux aussitôt vers elle pour vérifier que tout allait bien.

– Désolé, dit-il en arrêtant ce qu'il faisait.

Elle secoua alors la tête pour lui signifier que ce n'était rien et il hocha la tête. Il se mordit la lèvre inférieure avant de poursuivre ses gestes précautionneux. Il avait peur de lui faire mal désormais. Peur de tout gâcher, de la brusquer. Et si elle paniquait à nouveau ?

Cependant, elle ne montra plus aucun signe de douleur, ses yeux étaient fixés sur lui et elle était silencieuse. C'était bien. Elle ne bougeait pas, si bien que le jeune homme aurait pu s'en inquiéter.

Néanmoins, lorsqu'il commença à bander ses mains pour protéger les multiples plaies, elle commença à réagir. Elle reprenait doucement conscience de ce qui l'entourait. Elle serra le poing droit lorsqu'il passa au second.

– Plus que celui-ci et tu pourras dormir, lui promit-il.

Elle hocha la tête. Il termina d'apposer la bande blanche autour de sa paume et referma la trousse une fois qu'il eut terminé.

– Tu veux de l'aide pour te lever ? lui demanda-t-il avec calme.

Elle secoua la tête et se leva seule. Elle rejoignit son lit, du côté opposé à celui où se trouvaient encore les débris, et se cala sous les couvertures en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Drago voyait à son visage qu'elle était épuisée. Il la rejoignit près du lit et lui tendit un flacon de potion bleu nuit.

– Est-ce que tu veux manger quelque chose avant ? suggéra-t-il avant de la lui donner. J'ai fait un gratin.

– Non, merci, souffla-t-elle en attrapant la potion.

Il hocha la tête et se releva, prêt à quitter la chambre. Il rangerait le verre plus tard, le lendemain, lorsqu'elle aurait dormi. Il était épuisé lui aussi, tout cela avait été trop fort en émotions. Il avait besoin de faire le tri, de se calmer. Il avait encore du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer. Elle allait bien. Lui aussi.

– Drago, l'appela-t-elle alors qu'il ramassait la trousse sur le sol.

Il se tourna vers elle, son visage déformé par une inquiétude certaine. Avait-elle encore mal quelque part ? Peut-être devait-il lui donner quelque chose contre la douleur ? Peut-être devait-elle boire ou manger même si elle ne le voulait pas ?

– Reste, l'implora-t-elle d'une voix déjà endormie.

Son cœur loupa un battement. Il hésita. Il n'était pas certain d'avoir compris. Il n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Elle ne pouvait pas avoir dit ça, pas à lui, pas après tout ça. Voulait-elle vraiment qu'il reste ? Jusqu'à ce qu'elle s'endorme ? Voulait-elle qu'il reste toute la nuit ? Il n'en avait aucune idée.

Et s'il ne parvenait pas à dormir ? Il n'avait pas dormi avec qui que ce soit depuis tellement d'années que cela lui paraissait invraisemblable. Il serra les poings discrètement, alors qu'il clignait des yeux, pour comprendre.

Et si elle changeait d'avis ? Et si elle lui en voulait plus tard ? Elle n'était pas dans son état normal, il allait encore profiter d'elle ! Et si…

– S'il te plaît.

Il croisa son regard et cela lui suffit. Elle le suppliait silencieusement.

Ses pieds le menèrent jusqu'à elle et il s'allongea à ses côtés, sur l'autre oreiller. Elle se tourna pour lui faire face et le regarda pendant quelques secondes. Cela lui parut durer une éternité. Dans le noir de la pièce, seuls ses yeux brillaient. De larmes, ou de reconnaissance, il n'en était pas certain. Ses yeux caramels, ou whisky, ou un mélange des deux.

Elle ferma les paupières, face à lui, et il en fit de même. Bientôt, leurs respirations régulières furent les seuls sons de la chambre.


Et voilà pour aujourd'hui ! Merci à Lyra et Damelith pour leur aide et soutien !