Salut à tous ! Bonne lecture et bonne semaine !


Sirius jouait avec son écharpe – une écharpe rouge de Gryffondor qu'il avait un jour acheté avec Harry, pendant des vacances scolaires – avant d'arrêter et de fourrer ses mains dans les poches de son jean. Il fut obligé de les sortir un moment plus tard pour ouvrir la porte de la classe et cela lui donna l'impression d'être encore plus agité qu'il ne l'était déjà.

Il était arrivé tôt – la rencontre devait commencer à sept heures – mais pas assez tôt pour être le premier arrivé. Mme Phelps était là, portant la même blouse à fleurs, le même cardigan et la même longue jupe qu'elle portait ce matin quand il avait déposé Harry. M. Benson était là aussi, dans son habituel costume cravate, occupé à discuter avec elle. Plusieurs parents – qui visiblement se connaissaient – étaient déjà assis, plongés dans leur conversation.

Sirius, qui était un nouveau 'parent' à l'école et n'était impliqué dans aucune association de parents, ne connaissait personne à part la professeur et M. Benson, et se sentait un peu plus mal à l'aise qu'il ne l'avait anticipé. Il ne savait pas quoi faire. Devait-il se présenter ou était-il censé s'asseoir et attendre que Mme Phelps vienne lui parler des progrès de Harry ?

Il se fit la remarque qu'il aurait du amener Remus. Il avait proposé, mais Remus s'était montré un peu bizarre, disant que ce n'était pas sa place, 'marraine' ou pas. Sirius lui avait dit qu'il était plus que bienvenu, mais Remus avait préféré rester à la maison avec Harry pour l'aider dans son projet d'Animagus. Harry avait pensé à quelque chose pour sa formule à Halloween et Remus l'aidait à la mettre en mots, comme il avait aidé Sirius, James et Peter des années plus tôt.

Bon vieux Lunard, pensa Sirius, avant de regarder à nouveau autour de lui et de marmonner dans sa barbe. J'aurais du l'emmener ce soir – il est 'la marraine' de Harry, par Merlin. Il a toute sa place ici. Il observa les autres parents présents, en couple pour la plupart à priori. Certains se tenaient la main ou étaient assis très proches, d'autres avaient juste la même odeur – comme s'ils avaient partagé une voiture pour venir ici – ou échangeaient ces regards que partagent les couples. Sirius se sentait un peu seul, en partie à cause de ça, mais aussi parce qu'il était sûrement plus jeune de cinq ou dix ans par rapport à la plupart d'entre eux.

J'aurais vraiment du emmener Lunard. Au moins, j'aurais eu quelqu'un à qui parler … Dans un monde idéal, d'ailleurs, je ne devrais même pas être là. Ça aurait du être Lily et Cornedrue. Pour la millième fois, il ne put s'empêcher de penser qu'ils auraient adoré ça. Ou peut-être était-ce car ils n'avaient jamais eu la chance d'expérimenter ça que Sirius pensait qu'ils auraient apprécié.

« Excusez-nous. » dit quelqu'un derrière lui, et Sirius réalisa qu'il bloquait le passage.

Il murmura une excuse lorsqu'une grande femme au collier de perles et un petit homme chauve passèrent près de lui. Sirius suivit leur exemple et attrapa un badge sur la table la plus proche de la porte. Le badge indiquait Patrick Evans et portait une ligne avec quatre empreintes de pas d'animal, deux grandes, une plus petite et un sabot. Sirius comprit alors que c'étaient les enfants qui avaient dessiné les badges en arts plastiques ou pendant leur temps libre.

Il sourit en le fixant et pensa avec fierté que son badge était plus cool que ceux qui comportaient des fleurs ou des étoiles.

C'est un enfant génial, pensa-t-il en souriant toujours, suivant l'odeur de Harry jusqu'à l'autre côté de la classe. Se trouvaient là plusieurs bureaux et des chaises trop petites. Il s'y assit comme il put. Quatre feuilles de papier étaient posées au milieu – des questionnaires, pour la réunion parents-prof à priori et des stylos. Le bureau de Harry arborait une étiquette Harry Evans, décoré de bandes rouges et jaunes. Il y avait aussi le dessin correct d'un lion et Sirius passa un moment à se demander – puisque ça faisait longtemps qu'il ne s'était plus posé la question – dans quelle Maison son filleul serait réparti.

Il n'avait pas encore trouvé de réponse lorsque M. Benson prit place face à lui. Son badge affichait le dessin d'un livre, tout comme l'étiquette qui indiquait le bureau de Blaise.

« Patrick, le salua M. Benson. Comment ça va ? »

« Bonjour, euh, ouais, bien, merci. » dit Sirius en répondant à son sourire.

« Bien, bien. »

« Et vous ? »

« Oh, ça va, répondit M. Benson. Occupé, avec la fin des vacances, mais on ne se plaint pas … Ça a été la reprise pour Harry ? »

« Ouais, aucun souci. Et Blaise ? »

« Il est ravi. » dit M. Benson, l'air amusé.

Sirius hocha la tête, pas vraiment sûr de savoir quoi dire d'autre. Il supposa qu'il serait plus doué pour faire la conversation à Blaise qu'à son père. Blaise, au moins, il le connaissait un peu.

« Alors vous supportez quelle équipe ? »

Sirius dut s'empêcher de répondre automatiquement 'les Canons' et finit par tousser d'une manière étrange.

« Pardon ? » demanda-t-il.

« Votre équipe ? Au foot ? » dit M. Benson.

« Oh. » dit Sirius.

Il savait que le football était une sorte de sport moldu – qui se jouait avec les pieds et une sorte de balle … Ou du moins, c'est ce qu'il supposait, se basant sur l'habituelle créativité avec laquelle les moldus nommaient les choses. Il ne savait rien de plus que ça, cependant.

« Euh … Londres ? »

C'était une question, mais M. Benson ne sembla pas le remarquer.

« Ah, Arsenal ? dit-il en souriant. Ils se débrouillent bien cette année … Ils pourraient même gagner la coupe. »

Sirius cligna des yeux, confus, mais ne répondit rien.

« Je suis moi-même un supporter de Liverpool- »

Il tapota le petit badge rouge sur sa veste.

« -et j'espère bien que nous allons gagner, mais le temps nous le dira. »

« Ouais, euh, Liverpool est aussi … euh, très bien. » dit Sirius.

Le visage de M. Benson rayonnait.

« Et Harry ? Il suit Arsenal aussi ? »

« Euh .. Plus ou moins, dit Sirius. Je suppose, ouais. »

« Peut-être qu'on pourrait se réunir pour la finale, regarder le match, jouer un peu ? » dit M. Benson avec une expression mi-prudente, mi-impatiente.

Sirius connaissait cette expression. C'était la même qu'il affichait quand lui et Arthur prévoyaient d'emmener les enfants au Ministère pour qu'ils passent du temps ensemble. Sirius hocha la tête.

« Un peu de compétition amicale, hmm ? »

« Bien sûr. » dit Sirius, sans trop savoir dans quoi il s'engageait.

Par chance, avant que M. Benson ne puisse dire autre chose à propos de football et que Sirius ne doive continuer à prétendre être un moldu, un autre couple arriva. Le mari tira la chaise pour sa femme et alla chercher une chaise pour lui-même.

« Ah, Pauline. » dit M. Benson, adressant à la femme un sourire poli, bien que pas aussi enthousiaste que celui qu'il avait adressé à Sirius.

« M. Benson. » répondit la femme.

Elle avait un long nez étroit, des lèvres fines peintes en rouge, mais un regard brun amical et des cheveux courts châtains.

« Comment allez-vous ? »

« Bien, merci, répondit M. Benson. David. »

L'homme avec sa chaise portait un badge qui indiquait David Granger. C'était un homme petit. Plus grand que sa femme et un peu plus costaud, mais probablement une tête de moins que Sirius Il arborait un sourire étincelant, des cheveux bruns bouclés et des yeux verts.

Sirius regarda à nouveau les noms. Il y avait Dr écrit devant les deux Granger et les badges étaient colorés en vert et violet, au lieu de comporter un dessin.

« Bonjour Emmanuel. » dit M. Granger, avant qu'il ne remarque Sirius et le salue à son tour.

« Vous devez être le père de Harry ? » dit Mme Granger.

Sirius acquiesça.

« Et M. et Mme Granger … Vous êtes la famille de Hermione ? »

« Dr et Dr Granger, répondit rapidement Mme – Dr – Granger. Mais le reste est correct. »

« Enchanté de vous rencontrer. » dit Sirius, un peu hésitant.

« De même, répondit Dr Granger – l'homme. Votre fils a été un bon ami pour notre Hermione cette année. Elle a toujours eu un peu de mal à se faire des amis. »

Il avait ajouté cela sur un ton plus bas. Sa femme soupira.

« Elle a aussi été une bonne amie pour Harry. » dit Sirius.

« Et Blaise, bien sûr, ajouta Dr Granger – la femme. Elle passe beaucoup de temps à parler d'eux. »

« Je suis heureux de l'entendre, dit M. Benson, avec un sourire plus jovial cette fois. Elle est très brillante, n'est-ce pas ? »

Dr et Dr Granger échangèrent un regard qui était mi-fier, mi-impuissant.

« Très, dit Mme – Dr – Granger après un moment. Parfois trop brillante, je pense. »

« Où pensez-vous l'envoyer l'année prochaine ? » demanda M. Benson.

Les Granger échangèrent un autre regard.

« Nous avons eu plusieurs propositions, dit M. Granger en soutenant le regard de sa femme. Dans de très bonnes écoles … très … euh … des écoles prestigieuses. »

« Vous devez être fiers. » dit Sirius en sentant qu'il devait un peu participer à la conversation.

Un autre regard passa entre les deux Granger.

« Oui, nous sommes fiers. » répondit finalement Mme Granger.

Elle avait une odeur incertaine.

« Nous laisserons le dernier mot à Hermione, mais ce n'est plus vraiment un choix à faire. Elle a décidé de ce qu'elle voulait faire le jour de son anniversaire et n'a pas changé d'avis depuis. »

M. Granger acquiesça.

« Et nous- Et bien, nous la soutiendrons. »

« Une bonne chose. » dit Sirius.

« Et pour Harry, et Blaise ? »

« Harry va aller en pensionnat – le même que moi, dit Sirius en laissant filtrer un peu de fierté dans son ton, puisqu'il semblait que c'était quelque chose qui était attendu lors de ce genre de réunions. Je pense qu'il est impatient, mais il va me manquer. »

« Vous n'êtes que tous les deux ? » demanda gentiment le Dr Granger.

« Non, il y a notre concierge et mon frère est souvent là. »

Sirius se jura que si les Granger échangeaient encore un regard comme ça, il allait devoir faire quelque chose de drastique à ce propos. Ce n'était pas comme lui et les Maraudeurs, quand ils se parlaient juste en se regardant. C'était plutôt comme s'ils jugeaient en silence. C'était déconcertant.

« Et Blaise ? »

« Oh je pense qu'il va aller dans l'école du coin, dit M. Benson. C'est juste lui et moi, alors c'est plus simple qu'il soit proche. »

« Et- » commença Mme Granger.

A cet instant, Mme Phelps tapa des mains pour attirer l'attention de tout le monde. Sirius fut surpris de constater le nombre de parents qui étaient arrivés pendant que lui et M. Benson parlaient aux Granger.

« Merci à tous, dit Mme Phelps, en souriant à tout le monde. C'est un plaisir de vous voir si nombreux, impatients d'entendre parler des progrès de vos enfants. »

Personne ne répondit, mais le professeur n'avait pas fini.

« Je vois que certains d'entre vous apprécient de regarder les posters et les œuvres que nous avons affiché, mais je vais vous demander de rester assis encore un moment, de façon à pouvoir vous parler tous ensemble, puis individuellement. Si vous ne l'avez pas encore remarqué, vous allez trouver un questionnaire à remplir. Vous pourrez y inscrire les questions ou les inquiétudes que vous avez et nous en reparlerons quand je viendrais vous voir. »

Tout le monde bougea, se cognant parfois dans des posters accrochés un peu bas, sous le regard amusé de Sirius. Un homme particulièrement grand avait beaucoup de mal à s'installer sur sa petite chaise. Sirius l'observa alors qu'il abandonnait et restait finalement debout derrière sa femme.

Mme Phelps eut l'air de vouloir le réprimander pour rester debout, mais elle se retint visiblement.

Elle se lança dans un discours détaillé – inspiré de ses notes – pour expliquer comment la classe travaillait depuis septembre. Elle indiqua où ils en étaient rendus sur certains sujets, commenta le niveau général et ce qu'il restait à couvrir avant la fin de l'année, en juin.

Sirius se perdit dans ses pensées pendant un moment, parce que Harry lui avait déjà dit tout ça et que franchement, c'était ennuyeux. Il révisa son opinion : Lily aurait adoré, James se serait d'abord montré impatient, puis se serait ennuyé comme jamais et se serait mis à se plaindre au bout de cinq minutes. Il attrapa un stylo, parcourut le questionnaire – décidant de ne pas répondre à Quelle est votre principale inquiétude à propos des apprentissages de votre enfant ? ou autres questions de ce genre – et finit par le retourner pour pouvoir dessiner dessus.

Il dessina d'abord un lion – inspiré par le dessin sur le bureau de Harry – puis quelques traces animalières assorties et ensuite, le symbole des Serpent Sworn parce que, malgré le fait qu'il ne se soit encore rien passé et qu'il essayait de se sortir ça de la tête ce soir, ce symbole était toujours bien présent.

« Vous devriez écouter. » murmura le Dr Granger.

Il leva les yeux – remarquant ses lèvres pincées et ses sourcils froncés – et décida de l'ignorer. M. Granger semblait partagé entre la désapprobation, comme sa femme, et une exaspération amusée. En face de lui, M. Benson dessinait aussi sur son questionnaire. Il ajoutait de la couleur aux lettres. Sirius pensa que si le directeur pouvait le faire, alors lui aussi.

Sirius dessina ensuite un chien – un chien qui levait la jambe sur le symbole des Serpent Sworn (il rit intérieurement en dessinant ça) – et plaça le bras sur son dessin lorsque Mme Phelps annonça qu'elle allait passer de table en table pour leur parler individuellement. Elle commença à une table proche de la leur, alors Sirius eut encore du temps pour dessiner d'autres choses – un balai, une représentation très mauvaise de Hedwige et une plutôt bonne de Kreattur – avant que Mme Phelps n'apparaisse près de lui, en s'éclaircissant la voix. Les deux Grander le regardaient avec désapprobation.

Sirius s'empressa de cacher le papier sous le bureau et le coinça sous la barre de métal qui se trouvait là.

« Bonjour. » dit-il en souriant à Mme Phelps.

« M. Evans, soupira-t-elle. Souhaitez-vous que nous parlions de votre fils ou préférez-vous que je revienne plus tard quand vous aurez fini de dessiner ? »

« On peut parler maintenant. » dit-il en lui adressant un sourire charmant.

Elle acquiesça et prit une chaise.

« Bien, dit-elle en parcourant son cahier. Le jeune Harry. Vous savez, bien sûr, pour l'incident des gros mots. »

« Oui. » dit Sirius en luttant comme un dément pour garder un visage impassible.

Il était presque sûr que sa lèvre avait quand même frémit, car Mme Phelps soupira encore.

« Il a- on en a parlé à la maison. »

« Bien. »

« Ça ne s'est pas reproduit, n'est-ce pas ? »

« Non, répondit-elle en se détendant. Non, même s'il a tendance à être distrait. Parfois il discute avec d'autres camarades- »

Son regard se posa sur M. Benson et également sur les Granger, qui eurent l'air choqué à l'idée que leur Hermione puisse parler en classe.

« -d'autres fois … et bien, je ne sais pas … il semble perdu dans son propre petit monde. Est-ce qu'il dort suffisamment ? A quelle heure va-t-il se coucher ? »

« Il dort assez. » répondit Sirius, en se demandant si c'était vraiment le cas.

Harry gérait lui même son heure de coucher, mais il était généralement endormi avant minuit. Pas motivé à questionner cela devant sa professeur cependant, il changea de sujet.

« Et ses notes sont bonnes, ou du moins, c'est ce qu'il me dit ? »

« Oui, elles sont plutôt bonnes. Je ne dirais pas qu'il est le meilleur- »

A nouveau, ses yeux se posèrent sur les parents de Hermione.

« -mais il se débrouille bien lors des contrôles et plus important encore, il est régulier. Il réussit bien ses devoirs et je pense qu'il fait toujours de son mieux. »

« Bien. » dit Sirius.

« Il a manqué deux jours d'école … Je vous demanderais à l'avenir d'appeler le secrétariat pour nous prévenir, parce que c'est plus simple comme ça … Mais à part ça, Harry est un gentil garçon, très agréable, très poli, parfois farceur – juste envers ses camarades – et c'est un plaisir de l'avoir comme élève. J'étais très satisfaite de son affiche du trimestre dernier. »

« Bien. » répéta Sirius.

« Avez-vous des questions ? Quelque chose qui vous inquiète ? »

« Euh, non, dit Sirius. Il y a quelque chose qui devrait m'inquiéter ? »

Mme Phelps eut l'air surprise que la question lui soit retournée.

« Non, répondit-elle. Je ne pense pas. Il devrait s'en sortir facilement au collège et comme je l'ai dit, je suis satisfaite de ce qu'il fait cette année. »

Pour la troisième fois, Sirius ne sut que répondre.

« Bien. »


L'anniversaire de Sirius arriva peu de temps après, le dix du mois, et fut plus animé que prévu, organisé par Harry et Kreattur qui avaient commencé en transplanant près de son lit dès le matin, lui déposant sur les genoux un plateau avec une tasse de thé fumante et une assiette avec du bacon et des œufs.

C'était un dimanche, donc Harry avait la journée libre, mais Sirius devait quand même aller au Ministère pendant quelques heures pour donner un coup de main. Arrivé là-bas, cependant, on lui sauta dessus. Il tomba sur Arthur Weasley dans l'ascenseur. Celui-ci lui souhaita son anniversaire avec enthousiasme et lui offrit un paquet mince, que Sirius fut choqué mais touché de recevoir. Robards le croisa dans un couloir et sortit de sa poche un paquet soigneusement emballé dans du papier marron. Il le lui tendit, avant de poursuivre son chemin avec un sourire distrait.

Arthur lui avait donné une collection de magazines moldus sur les motos – certains étaient très techniques et Sirius était impatient de parcourir ceux-là … D'autres correspondaient plutôt au genre de magazines qu'il avait quand il était jeune, avec des photos qu'il placardaient sur les murs de sa chambre. Il pensa que Arthur n'avait sans doute pas réalisé qu'il avait acheté ça. Robards lui avait offert un livre sur la Défense contre les forces du mal, niveau Auror, et aussi une petite boule en verre avec une sorte de liquide clair à l'intérieur.

Il y avait une note avec – expliquant probablement ce que c'était – mais Sirius fut intercepté par Scrimgeour – qui ne lui souhaita pas son anniversaire. Il lança un sortilège de rétrécissement sur le reste de ses cadeaux et les plaça dans sa poche, avec la balle, où ils resteraient sagement jusqu'à ce qu'il rentre à la maison pour le déjeuner et soit enfin capable de les détailler.

La boule se révéla être une Sphère Sensitive, un objet sur lequel Sirius avait déjà lu des choses, mais qu'il n'avait jamais vu. Elles étaient supposées détecter les mensonges. En revanche, elles n'étaient pas suffisamment fiables pour dire à propos de quoi la personne mentait et n'encourageaient pas non plus le menteur à avouer la vérité, comme le Véritaserum pouvait le faire. Les Sphères Sensitives ne pouvaient être trompées par l'Occlumancie, bien qu'elles ne soient pas capables de détecter un mensonge si la personne croyait véritablement en ce qu'elle disait. C'était un cadeau très sympathique et Sirius comptait bien en faire part à Robards le jour suivant en le remerciant sincèrement.

Les autres cadeaux de Sirius étaient aussi sympathiques. Remus lui avait acheté les habituelles confiseries et farces et attrapes, ainsi qu'un livre sur différentes sortes de combat – ouvert, corps à corps, en intérieur, en extérieur – et comment utiliser son environnement à son avantage. Il s'était aussi arrangé avec Tonks pour acheter à Sirius une nouvelle veste noire en cuir – il avait perdu son ancienne veste à la fin de la guerre et fut très heureux qu'elle soit remplacée. Si heureux, en vérité, qu'il la porta pour le reste de la journée.

Kreattur lui avait cousu plusieurs nouvelles robes, d'un rouge très, très foncé, et Sirius fut touché par l'intention – habituellement, Kreattur se limitait aux gâteaux d'anniversaire (Sirius en avait également reçu).

Mais son cadeau préféré venait de Harry. Il s'agissait d'une longue chaîne avec un simple pendentif sur lequel était gravé Patmol.

« Lunard m'a aidé avec les sorts- »

« Je t'ai aidé à trouver les sorts. » corrigea Remus depuis le canapé où il était assis, le bras autour de Dora.

Harry haussa les épaules et se retourna vers Patmol.

« Il ne se transforme pas. » dit Harry, en montrant la chaîne du doigt.

« Il ne se transforme pas ? » répéta Sirius, pas certain de comprendre.

« Quand tu te transformes en Patmol, expliqua Harry. Tu sais, comme tout ce que tu portes est … j'sais pas, avalé, quand tu te transformes ? Pas ça. Ou du moins, ça ne devrait pas. »

Sirius sourit largement et l'enfila, avant de se transformer en Patmol. Quand il baissa les yeux, la chaîne était en effet encore là, comme un collier lâche. Sa queue se mit à battre et Harry gratta distraitement les oreilles de Patmol.

« Les gens doivent penser que t'es un chien errant quand tu te promènes entre ici et l'école, expliqua Harry en souriant largement. Comme ça, ils sauront que tu as une famille. »

Harry, bien sûr, avait pensé ce cadeau comme une marque d'affection et d'humour, mais pour Sirius, c'était bien plus. Remus le savait – il pouvait le voir à la façon dont il les regardait.

Ils sauront que tu as une famille. Sirius gémit joyeusement – sa queue devenait folle, pas loin d'éborgner quelqu'un – et entreprit de lécher toutes les parties de Harry qu'il pouvait atteindre, les cheveux, le cou, le nez, les joues et les oreilles.


Tous les quatre (cinq, avec Kreattur) passèrent une soirée très calme. Kreattur prépara un rôti pour le dîner, qu'ils mangèrent en bas dans la cuisine, avant de prendre le dessert en haut, dans la bibliothèque, où ils mangèrent tout en jouant à la Bataille Explosive. La première partie opposa Harry et Sirius contre Remus et Dora, puis ils échangèrent les équipes pour les parties suivantes. Quelle que soit l'équipe où se trouvait Harry, c'était toujours la gagnante, sauf quand il fit équipe avec Dora. Ils supposèrent que les réflexes rapides de Harry ne suffisaient pas pour compenser la maladresse de Dora.

Après cela, Remus et Dora descendirent faire du thé – Kreattur était parti se coucher – et Harry sortit son incantation d'Animagus – ou ce qu'il avait réussi à faire jusque-là – pour la montrer à Sirius. Lui et Remus avaient travaillé dessus pendant que Sirius était au Ministère ce matin là.

Je suis le loup, né du cerf et de la biche, lut-il, encerclé. Visiblement, Harry et Remus avaient pas mal réfléchi à cette phrase. Et en-dessous, il avait écrit : fourrure noire et mon clan.

« J'aime bien. » dit Sirius en tapotant la ligne à propos de la cerf et de la biche.

Harry lui sourit, mais son expression fut vite remplacée par un petit froncement de sourcils impatient.

« Onze mots en neuf mois, dit-il en levant les yeux au ciel. Ça t'avait prit autant de temps ? »

« Plus longtemps, dit Sirius. Une éternité, en fait. »

L'incantation était, à son avis, la partie la plus difficile. C'était déjà dur de trouver des mots pour parler de soi, sans être influencé d'une façon ou d'une autre, et c'était aussi très difficile de trouver les bons mots pour résumer toute une personne en si peu de phrases.

« C'est la partie pour laquelle Peter était doué – il était bon pour trouver les côtés significatifs de sa personnalité. James voulait toujours ajouter trop de détails et moi pas assez. »

« Je pense que je suis plutôt comme toi. » dit Harry avec un petit sourire, avant de regarder son parchemin avec un regard noir.

Sirius leva la main pour toucher le pendentif et la chaîne qui faisaient déjà parti de lui, avant d'ébouriffer les cheveux de Harry.

« Pourquoi pas quelque chose qui a un lien avec ton- notre 'clan' ? » suggéra Sirius.

« Comme quoi ? »

« J'sais pas, à toi de me dire. »

« On est heureux ? dit Harry. Quelque chose à propos des queues battantes ? »

Il hocha la tête avant que Sirius n'ait pu répondre quoi que ce soit et commença à écrire. Sirius ne rajouta rien – il ne voulait pas interrompre le processus créatif – alors il se leva sans bruit et quitta la pièce. Harry leva brièvement les yeux, mais son attention se reporta de suite sur son travail avant qu'il ne proteste.

Sirius s'en alla rejoindre Remus et Dora dans la cuisine, ils parlaient doucement au-dessus de leur tasse de thé. Ils avaient tous les deux l'air heureux – presque ridiculement – mais il ne pouvait s'empêcher de constater que Dora avait aussi l'air fatigué. Sirius se sentit sourire intérieurement en regardant leurs mains, croisées sur la table, l'air de rien.

« Je peux venir ? » demanda Sirius.

« Non. » répondit Remus.

« Vas-y. » répondit Dora au même moment.

Sirius ne prit pas la peine de se faire du thé ou du café. Au lieu de ça, il se coupa une tranche de gâteau – c'était son troisième morceau aujourd'hui, mais c'était son anniversaire, alors il ne pensait pas que cela comptait – et s'installa sur le banc en face d'eux.

« Tu as passé une bonne journée ? » demanda Dora.

« Géniale. » répondit honnêtement Sirius.

« Ça fait du bien de se changer les idées ? » demanda Remus, un peu triste.

« Merci pour ça. » grommela Sirius, lorsque ces 'idées' ressurgirent (en l'occurrence les Serpent Sworn et le comportement étrange de Remus).

« Désolé. » dit Remus en grimaçant, sans avoir pourtant l'air trop désolé.

Sirius secoua la tête, jeta un œil à Dora, puis à Remus.

« Je pense que Harry a probablement besoin de ton aide là-haut. »

Remus n'eut même pas l'air suspicieux. Avec un petit sourire distrait, il retira doucement sa main de celle de Dora, l'embrassa sur la joue et se leva pour quitter la cuisine. Sirius laissa à Dora quelques minutes pour récupérer. Elle semblait un peu gênée par la démonstration d'affection de Remus, mais aussi plutôt heureuse. Pendant ce temps, il porta à sa bouche un morceau de gâteau et finit par poser son regard sur elle.

« Quoi ? » demanda Dora, quand elle remarqua qu'il la regardait.

« Comment ça se passe au travail ? demanda Sirius. T'as l'air fatigué. »

« On est bien occupé, soupira-t-elle. Enfin, tu le sais, ça. »

« Comment avance l'affaire des Serpent Sworn ? » demanda Sirius.

Le visage de Dora se ferma immédiatement. En vérité, elle s'était même débarrassée de ses sourcils et avait rendu sa peau écailleuse et ses yeux comme ceux des lézards, parce que cela rendait son expression difficile à lire. Si elle s'était transformée en rat, en chien ou autre mammifère herbivore, Sirius aurait pu avoir une chance, mais les lézards n'étaient pas son fort.

« Comment tu sais ? » demanda-t-elle, sa voix plutôt sèche.

« Dumbledore. Il a dit que Fol-Oeil était en charge de l'affaire. »

« Dumbledore. » murmura-t-elle en secouant la tête.

Elle retrouva ses caractéristiques normales – ou du moins, aussi normale que Dora pouvait être – et ses cheveux prirent une teinte bleu pâle, pensive.

« Alors ? » dit Sirius, quand elle n'ajouta rien.

« Alors quoi ? » demanda-t-elle, sur un ton qui indiquait qu'elle avait parfaitement compris où il voulait en venir.

« Dora- »

« Je sais, dit-elle en grimaçant. Je sais qu'on est une famille et que t'es un bon Auror, même si tu n'en es techniquement pas un en ce moment et je sais que tu veux aider, mais je ne peux rien dire. Fol-Oeil m'a fait promettre- »

« Est-ce que Remus sait ? » demanda Sirius en arquant un sourcil.

« Non, dit-elle, l'air aussi un peu coupable vis à vis de ça. Il sait que je suis un peu stressée et il sait de quelle affaire je m'occupe, mais il ne connaît pas les détails. C'est top secret, Sirius- »

« Alors tu ne penses pas que je puisse garder un secret ? » demanda Sirius sur un ton léger.

« Non ! s'exclama-t-elle vivement. Écoute, si ce n'était que moi, je te dirais tout, parce que je pense qu'on a besoin d'aide, mais on m'a spécifiquement demandé de ne pas en parler à- »

« Moi ? »

« A quiconque, dit-elle avant d'hésiter. Je ne devrais même pas te dire ça, mais quelqu'un a fait entrer cette enveloppe dans le bureau de Scrimgeour – ce n'était pas un hibou, c'est quelqu'un qui l'y a déposé. Quelqu'un de l'intérieur – un Auror, un apprenti, quelqu'un de la Maintenance Magique ou juste quelqu'un du Département de Justice Magique. Personne ne doit savoir que c'est Fol-Oeil et moi qui sommes en charge de l'affaire, parce que ça pourrait tout faire rater. »

« Je peux aider- »

« J'en suis sûre, dit-elle, comme si elle le pensait vraiment. Mais je pourrais perdre mon boulot rien que pour avoir cette conversation avec toi, Sirius. Et Fol-Oeil a beau être tolérant sur certaines choses, s'il avait voulu que tu saches, il me l'aurait dit. Je suis désolée. »

Ses cheveux prirent une teinte bleue, malheureuse, et quand Remus et Harry descendirent quelques instants plus tard, Remus les regarda l'un après l'autre, l'air troublé – apparemment, il n'arrivait pas à savoir qui avait contrarié qui – et alors, lui et Harry échangèrent un regard sinistre. Sirius croisa les yeux de Harry lorsque Remus se tourna vers Dora, mais Harry se contenta de hausser les épaules, avant de se remplir un verre de jus et de transplaner.

J'imagine que je dois me débrouiller tout seul, alors, pensa-t-il.

Et il était seul. Novembre approchait de la fin et le temps semblait se rafraîchir à mesure que décembre approchait. Harry continuait à aller à l'école, Dora avait l'air plus fatiguée à chaque fois que Sirius la voyait et Remus – autant que Sirius pouvait le dire – n'avait aucune idée de la raison et semblait satisfait de laisser la situation telle quelle.

Sirius n'essaya pas d'obtenir plus d'informations de la part de Dora après ça, mais il continua de vérifier ses sources. Rogue, Dumbledore et même Keira de la librairie, mais aucun d'eux ne savait rien. Sirius eut l'impression que cela frustrait autant Rogue que lui-même. Et il garda un œil sur tout, tout en gérant les affaires courantes au Ministère, essayant de trouver les personnes impliquées. Il cherchait un tatouage, un badge, n'importe quoi qui pourrait aider à identifier l'espion, mais il ne trouvait rien.

Puis, à la fin de la première semaine de décembre, Dora apparut sur le pas de la porte, l'air inquiète et portant un bon nombre de papiers.

« Remus est- »

« En train de déjeuner avec Matt. » répondit Dora, en passant à côté de Sirius en entrant dans le hall.

Le parquet craqua, mais Sirius ne l'entendit même pas.

« Je sais. »

« Alors pourquoi- »

« Cuisine. » fut son unique réponse.

Sirius la suivit, manquant de renverser Kreattur sur son passage. Lui et Harry jouaient à une sorte de jeu du Cognard, mais utilisaient le transplanage au lieu des balais. Dora s'installa à table et glissa les papiers vers Sirius.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Le dossier sur les Serpent Sworn. » dit-elle.

« Tu rigoles. » dit-il, bouche bée.

« Pas du tout. » dit-elle sombrement.

Il tendit la main vers le dossier, avant d'hésiter.

« Pourquoi maintenant ? Quelque chose- »

« Amélia Bones a été attaqué. » dit-elle.