Vous êtes plus Link ou Lavio dans cette situation ? Moi, Lavio x)

Bonne lecture !


Un reniflement résonna.

C'était au moins le dixième en autant de minutes.

— Retourne te coucher.

Un gargouillis d'agonie lui répondit ce qui était sans doute une insulte, connaissant le personnage.

Le bruit caractéristique d'une trompette bouchée retentit. Puis un nouveau reniflement.

— Retourne te coucher.

— Va t'faire foutre.

— Retourne d'abord te coucher.

Lavio ne leva pas une seule fois les yeux de son livre, peu impressionné par le ton grognon de son voisin. Celui-ci s'était roulé en boule contre l'accoudoir du canapé, emmitouflé dans ce qui devait être sa collection complète de couvertures, tel un gros cocon aux couleurs chamarrées. Il n'en sortait qu'un visage renfrogné, aux yeux humides et au nez rouge et irrité.

De temps en temps, un bras s'extirpait difficilement pour s'emparer d'un nouveau mouchoir, quelques notes de l'instrument à vent, il le roulait en boule et le jetait dans la bassine à ses pieds puis retournait sous les milliers de couche de tissus, jusqu'à la fois suivante.

À ses côtés, Lavio ne sourcilla pas un instant, habitué au manège. Pour sa défense, il durait depuis le matin-même et ne constituait plus qu'un vague bruit de fond à l'heure actuelle.

M. le Héros ne l'avait pas écouté et avait passé des heures à nager avec les Zoras, même quand ses lèvres avaient viré au violet ou quand les frissons le secouaient, ses dents claquant frénétiquement. Et maintenant, il était malade, se mouchant comme s'il tentait d'extirper son cerveau par ses narines, aussi grognon qu'il l'était à chaque fois que sa santé lui faisait défaut.

Et, surprenamment, ça lui arrivait assez souvent. Qui aurait cru que le sauveur d'Hyrule était aussi fragile ?

Sa sœur avait avancé l'hypothèse que tous ces combats avaient abîmé sa santé, au même titre que son corps, le rendant ainsi plus sensible au passage du moindre microbe, comme pouvaient l'être les enfants. Elle lui avait demandé de veiller sur lui dans ses moments de faiblesse, soulignant qu'il refusait d'être approché ou materné par qui que ce soit, mais qu'en vivant sous le même toit, il n'aurait aucun argument concret pour le repousser.

Au début, Link se calfeutrait dans sa chambre, profitant qu'il soit respectueux des limites et de son intimité pour le garder en-dehors, mais ça ne tint pas longtemps une fois que la reine lui avait donné la permission pour outrepasser tout ça et rentrer comme un Hinox enragé pour le virer de son lit, à son grand effarement.

Depuis ce jour-là, ils avaient convenu d'assumer quand ils étaient malades et de ne pas se planquer comme des Minish en attendant que ça passe, qu'ils avaient parfaitement le droit d'être soignés et d'avoir un peu de confort le temps que durait ce calvaire.

Mais Lavio avait beau fouiller dans ses souvenirs, il ne parvenait pas à se rappeler quand il avait signé pour le concert de trompettes auquel il assistait depuis le petit-déjeuner. Ou tenir compagnie à une chenille à taille hylienne.

— Retourne te coucher, répéta-t-il à une énième plainte.

M. le Héros était un mauvais malade qui semblait croire que les infections se battaient à l'épée et au bouclier, se pensant invincible jusqu'à ce qu'il ne puisse plus se lever, brûlant de fièvre et victime d'hallucinations.

Et lui se retrouvait à le ramasser, à le traîner jusqu'à la première couchette disponible puis à lui tenir compagnie, prenant son propre mal en patience.

Bon, il était mauvaise langue, ça le forçait à prendre une pause et à avancer dans ses lectures, mais il aurait préféré que ce soit dans d'autres conditions.

Grâce à la création du petit salon/bibliothèque, il avait pu créer sa propre petite collection de livres, profitant de rester à la même adresse pour pouvoir le faire, redécouvrant le plaisir de la lecture, même s'il lui fallut d'abord apprendre à lire la langue, mais il avait toujours été motivé.

De temps en temps, il se penchait vers son voisin golem, lui indiquant un mot sur lequel il butait avant de retourner à sa place une fois sa réponse obtenue d'une voix nasillarde et parfois un reniflement.

Lorsqu'un nouveau mouchoir en tissu atterrit avec ses collègues mouchoirs en tissu, Lavio quitta sa ligne pour y jeter un œil.

— Je ne sais plus si je l'ai mentionné, mais tu te chargeras de leur lessive une fois rétabli, nous sommes bien d'accord ?

En guise de réponse, Link s'étouffa et lutta avec ses quintes de toux avant de le regarder en face, les larmes coulant sur ses joues.

— Quoi ? coassa-t-il.

— Je ne vois pas en quoi c'est surprenant, on a toujours fait comme ça. Et il est hors de question que je me retrouve avec tes fluides sur moi.

L'aventurier fixa avec une grimace révulsée le contenu de la bassine, s'imaginant clairement devoir plonger les mains dedans afin de les nettoyer.

— Je te déconseille de vomir dedans.

Gémissant, le malade se rejeta en arrière et s'emmitoufla complètement sous les plaids, ne laissant plus rien dépasser pendant quelques minutes avant de revenir.

— Tu es plus gentil d'ordinaire, marmonna-t-il. Pourquoi tu ne l'es pas aujourd'hui ?

— Je ne suis pas gentil avec les idiots. Surtout ceux qui n'écoutent pas les conseils ou qui s'obstinent en se pensant invulnérables alors qu'ils ont des os en mousse.

— Mes os ne sont pas en mousse, renifla-t-il.

Il se cala contre l'accoudoir, vexé, et garda le silence.

Seuls les pages tournées et les éventuels reniflements brisaient la tranquillité nouvelle, redonnant ce moment partagé la sensation d'une scène domestique.

Lavio ne changea de position que lorsqu'il reconnut le poids du crâne de Link sur son épaule, ce qui arrivait de plus en plus souvent alors qu'ils s'apprivoisaient mutuellement. Il lui jeta un coup d'œil pour s'en assurer et, comme à chaque fois, il avait les paupières baissées, fauché par le sommeil.

Ce genre de moment se répétait de plus en plus ces derniers temps, mais à chaque fois, c'était un mouvement inconscient. Soit parce qu'il dormait - M. le Héros avait vraiment d'horribles habitudes d'assoupissement - soit alors qu'il était concentré sur quelque chose de précis et à l'exclusion de tout le reste.

Mais dans l'ensemble, ça restait de l'inconscient.

Lui n'avait jamais relevé et ils n'en avaient pas parlé, ce qui devint une pratique maintes fois répétées, bien qu'il ignorait si Link était au courant. Son armure constituée d'un nombre considérable de couches de sarcasmes et sa peau couverte de cicatrices variées cachaient une candeur aux proportions parfois impressionnantes. Il était parfaitement capable de ne pas avoir remarqué cette nouvelle intimité qu'ils partageaient.

Ou bien était-ce lui qui était trop pudique ? Depuis son installation plus officielle, il avait pu constater que les habitants de ce royaume se permettaient plus de familiarité que ce à quoi il était habitué sur les terres de sa naissance. Plus d'une fois il s'était retrouvé rougissant comme une tomate en assistant à ce qui se trouvait finalement être des familiarités parfaitement normales en société, contrairement à ce qu'il avait appris en vivant en Lorule où les contacts étaient quasiment absents entre deux personnes, peu importait l'âge ou le genre. Même les mères, une fois l'enfant sevré.

Était-ce pour ça que leur taux de natalité était si bas ?

Sans y prendre garde, il attrapa sa main qu'il avait fini par sortir des couvertures, entrelaçant leurs doigts, poursuivant sa lecture.

Ils restèrent dans cette position encore un moment, jusqu'à ce que les fourmis commencent à s'installer et qu'un violent éternuement manque pratiquement de jeter Link à terre, le réveillant pour le coup et les effrayant tous les deux.

— … C'que c'était ?

— Je crois que c'était toi, balbutia Lavio. En fait, j'en suis même sûr, vu que nous sommes les uniques personnes vivant ici et que Shiro serait mort s'il émettait un tel son.

Se redressant, le malade se vida une fois le nez, se dépêtrant un peu maladroitement de ses multiples couches.

— Vivement que ça aille mieux, j'ai l'impression que je vais finir par retrouver mon cerveau au fond de mon mouchoir.

— Le jour où ça arrivera, je m'assurerai de le mettre sous verre. Découvrir son existence surprendra sans aucun doute ta sœur. On pourrait même faire payer la visite !

Son livre rencontra l'arrête de son nez suite à un balayage de coussin, politesse du propriétaire des lieux qui avait son merveilleux sourire de sale gosse. Il ne le sortait qu'à de rares occasions, majoritairement quand il était sur le point de faire une farce stupide digne des membres les plus puériles. Et la plupart du temps à destination de sa sœur.

Fermant l'ouvrage sans marquer sa page, Lavio recouvrit son nez, tentant de juguler la douleur.

— Oh merde, je pensais pas…

— Finalement, je modifie ma réponse, ne crains pas de retrouver ton cerveau dans ton mouchoir, t'en as pas et t'en auras jamais, cracha-t-il, subitement plein de rage.

Culpabilisant, Link se rapprocha de lui, se tordant les mains avant d'essayer de lui toucher l'épaule en une vaine tentative de réconfort.

Il n'essaya pas de l'éviter mais ne chercha pas non plus à l'aider, occupé à masser son nez endolori, le regard fixé sur la table basse devant lui, refusant de croiser ce qui sera sans doute deux yeux bleu bondi brillants de honte.

— Je… Je peux faire quelque chose ?

— Retourne au lit.

Il se retrouvait à le répéter à chaque fois que Link essayait de faire bonne figure malgré ses accès de fièvre ou alors qu'il luttait pour respirer, voulant à tout prix sauvegarder les apparences malgré sa promesse de ne plus le faire, forçant parfois Lavio à sortir une de ses armes magiques pour le menacer ou devant tout simplement le ramasser après l'effort de trop.

Et c'était drôlement léger, un Link.

— Non, sérieusement, va te coucher dans ton lit. Tu y seras bien mieux installé qu'ici. C'est déjà la troisième sieste dans laquelle tu plonges mais tu te réveilles moins de vingt minutes plus tard. Tu as besoin de te reposer.

Par réflexe, il vérifia que son nez n'était pas cassé avant de ramasser son livre, le feuilletant afin de retrouver où il en était, l'ignorant.

Du coin de l'œil, le lolien l'observa en pleine réflexion.

— Je suis bien ici. Avec toi. C'est plus agréable qu'être seul dans ma chambre.

Surpris, il releva la tête. Link avait détourné la sienne, le rouge de ses joues ne provenait pas cette fois de son refroidissement.

— Très bien. Tu peux rester.

Il sentit la pointe de ses oreilles chauffer mais ne chercha pas à analyser quel sentiment avait fait naître ce fard, préférant replonger son attention dans sa lecture.

Un reniflement résonna.


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