Chapitre 33 - Plus jamais sans toi
PDV Magnus
Assis dans ma voiture, je venais d'arriver à Raziel alors que j'étais de repos aujourd'hui, un repos que mon chef de service m'avait tout simplement imposé après les heures astronomiques que j'avais effectuées ces deux dernières semaines. J'avais travaillé sans relâche pour m'anesthésier le cerveau et ne pas penser à autre chose qu'à mon boulot et mes patients. Je m'étais perdu dans le travail pour ne pas penser à lui, je m'étais perdu dans le travail pour me restreindre de me ruer dans l'aile gauche de l'hôpital, là où il se trouvait...Alec.
À la maison c'était pire. Quand j'y étais, je m'occupais des enfants, des tâches ménagères, des repas, des courses, des devoirs, des factures. Je m'arrangeai pour toujours avoir quelque chose à faire, si je m'arrêtai une seconde, cette douleur et cette culpabilité qui me rongeaient l'âme prenaient possession de mon corps et tel un serpent s'enroulant autour de sa proie, me pressaient jusqu'à me faire suffoquer.
Depuis l'accident, je n'arrivais plus à dormir dans notre chambre ou à dormir tout court. Je faisais des crises d'angoisses et des cauchemars à répétition. J'avais réalisé que le seul endroit qui me procurait un semblant de sérénité était la salle de repos de mon service alors j'avais commencé à proposer à mes confrères et consœurs d'échanger nos gardes de nuit une fois, puis deux, puis trois. Très vite, je me suis retrouvé à passer toutes mes nuits à l'hôpital. Je m'organisais pour dormir deux à trois heures afin de ne pas perdre mes moyens en salle d'opération mais c'était tout, je travaillais autant que je le pouvais nuits et jours, mon rythme était infernal et surhumain, je le savais, mais c'était l'unique remède à mes maux et même si je détruisais ma santé en travaillant autant, mon cœur lui souffrait moins. Malheureusement, tout ça c'était jusqu'à hier. Alessio Concina, mon chef de service, m'avait ordonné de rentrer chez moi me reposer pendant 5 jours interminables pourtant, un coup de fil de Jace reçu il y a une heure, m'avait conduit de nouveau à Raziel en ce vendredi après-midi.
Honnêtement, ça sentait le coup monté à plein nez. Maryse et Robert étaient cloués au lit avec un rhume et 39 de fièvre, Max était repartit à l'université il y a trois jours, Aria et Côme étaient au collège évidemment, Izzy et Simon devaient s'occuper d'Enzo qui avait un poussée dentaire douloureuse, Clary était de service tout comme ma mère, mon père avait dû repartir s'occuper de son entreprise et quant à Jace, son PDG lui avait demandé de mettre fin à ses congés spéciaux car une situation d'urgence était survenue. Tout ça pour dire que par conséquent, le seul à être disponible pour Alec c'était moi. J'étais donc assis dans ma voiture depuis une bonne demi-heure, essayant de trouver le courage d'y descendre.
Quel pourcentage de chance il y avait-il pour que tout le monde se retrouve indisponible en même temps ?
Jace avait manigancé tout ça je le sentais. Il était devenu insistant sur le fait que je ne rendais pas visite à mon époux, alias son petit-frère.
Pensait-il que c'était facile pour moi de ne pas y aller ?
Je me faisais rage et violence. J'étais loin d'être indifférent et ne l'abandonnais pas comme me l'avait reproché Clary. Son état était stable et honnêtement, je ne souhaitais pas que les choses se dégradent par ma présence. Je savais que ça pouvait sembler excentrique comme pensée mais après m'être voilé la face pendant si longtemps, je savais aujourd'hui qu'il n'était pas sain pour Alec de m'avoir à ses côtés. La vérité était que je lui apportais que du malheur. Bien sûr, je l'avais aussi rendu heureux ces dernières années mais ces instants de bonheur ne valaient rien face aux drames auxquels il avait dû être confrontés et aujourd'hui encore, il était allongé dans ce lit d'hôpital, dans le coma...ça me tuait.
Ne valait-il pas mieux que nous soyons séparés mais qu'il puisse continuer à vivre sa vie très longtemps, plutôt que de s'obstiné à être ensemble et qu'il finisse par en mourir ?
J'avais pris cette décision de faire un break de mon propre chef mais après son accident, après avoir expérimenté cette séparation imposée au final, après avoir expérimenté ce que ça faisait que de rentrer à la maison et de ne pas l'y retrouver, de me coucher dans notre lit sans lui à mes côtés, de ne pas le voir assis à son bureau corrigeant ses copies, ne pas le voir dans le patio ou le salon en train de discuter avec Aria et Côme, je compris qu'une vie sans lui n'avait aucune saveur, aucune joie. Ce malheur m'avait permis de réaliser que mes sentiments pour lui n'avaient pas changé en dépit du fait que ma confiance avait été ébranlée. Mon amour pour lui était intact car la vérité était qu'Alexander était et sera toujours l'homme de ma vie. J'étais complètement déchiré, je voulais le savoir en sécurité, sain et sauf mais à mes côtés, c'était une chose impossible.
Toujours en plein conflit intérieur, je finis par descendre de ma voiture puis la verrouillai. Il faisait extrêmement froid dans le parking souterrain. Glissant mes mains dans les poches de mon trench, je me précipitai dans l'ascenseur puis appuyai sur le bouton qui conduisait au 10ème étage. Tandis que mon ascension aux unités des soins intensifs progressait lentement à cause de tous les arrêts, je sentais que je devenais de plus en plus nerveux. Je n'avais pas vu Alec depuis son admission ici, soit quinze jours, j'appréhendais les émotions qui allaient me submerger une fois que mes yeux se poseraient sur lui.
J'arrivai à destination, mon cœur battait la chamade, mes mains étaient moites. Je quittai l'ascenseur et tombai nez à nez avec Victor qui m'attendait de toute évidence.
— Jace t'a prévenu, compris-je.
— Oui, fit-il en me regardant avec préoccupation. Allons-y, enchaîna-t-il.
— Hey, attend ! paniquai-je en lui attrapant le bras.
Il me lança un regard confus.
— Magnus, ne me dit pas que tu hésites encore ! s'exclama-t-il
Je soupirai puis lui relâchai le bras tout en regardant autour de nous. Nous étions encore dans le hall où de nombreuses personnes se trouvaient et nous connaissaient, ce n'était pas le lieu pour une discussion privée.
— Pouvons-nous aller à ton bureau ? lui demandai-je.
— Non. Je te conduis à la chambre de ton époux. Jace m'a dit de ne pas te laisser le choix.
Je levai les yeux au ciel.
— Je n'ai pas l'intention de m'enfuir...je sais que je dois affronter la réalité.
— Vraiment ? me demanda-t-il avec méfiance.
— Je te le promets. J'ai juste besoin...d'un instant.
Victor me dévisagea une minute puis soupira longuement.
— Très bien.
Je le remerciai du regard puis le suivis. Une fois dans son bureau, nous nous installâmes sur le canapé, il me servit un verre d'eau.
— Tu m'as promis, me rappela-t-il, en me le tendant.
Je lui pris le verre des mains puis le descendis d'un trait.
— Je sais Victor...je me sens juste nerveux, j'ai besoin d'un moment.
— Magnus, Magnus, Magnus...soupira-t-il. Il est temps que tu cesses de te punir pour une chose dont tu n'es pas responsable.
Encore cette phrase. Jace me l'avait répétée un million de fois.
— Je n'y arrive pas Vic'. Tu sais ce qu'il s'est passé, je t'ai tout raconté. La fait qu'Alec ait eu cet accident juste après que je lui ai annoncé que je souhaitais que l'on se sépare n'est pas un hasard.
— Bien entendu que ce n'est pas un hasard ! s'exclamât-il. Les caméras de surveillance et l'enquête ont prouvé que le conducteur du camion avait perdu le contrôle car ce dernier était en surcharge. La chaussée était également glissante par endroit à cause du verglas, voici les causes de cet accident ! Tu le sais enfin ! Alors vraiment, je ne comprends pas ce que tu fais Mag's. Alec n'est pas n'importe qui, il est ton époux, vous êtes mariés depuis 9 ans, vous vous connaissez depuis que vous avez 12 ans, vous êtes les parents de deux magnifiques enfants. Veux-tu vraiment détruire tout ça ?
— C'est lui que je ne veux pas détruire tu comprends ? À mes côtés, Alec est...
Victor leva les mains en l'air pour m'arrêter.
— Tu sais quoi, je ne vais pas écouter ce que tu dis mais je vais me fier à ce que tu fais et je ne parle pas du fait que tu ne lui aies pas rendu visite depuis son transfère ici. Non. Je vais me fier aux bouquets de fleurs que tu lui envoies chaque jour même si tu sais qu'il ne pourra ni les voir, ni en humer leur délicat parfum, aux passages que tu sélectionnes dans son recueil favori de poésie et que tu demandes à l'équipe de nuit de lui lire même si tu sais qu'il ne pourra pas les entendre et les apprécier, je vais me fier aux comptes rendus journalier que tu as exigé que l'on te transmette pour être informé de chaque détail concernant l'évolution de son état. Magnus, toutes ces marques d'attention et cet intérêt, me confirme qu'en dépit de tes dires, tu seras incapable de le quitter. Je sais que tu penses réellement être un aimant à malheur pour Alec mais lui seul a le droit d'en décider, vous êtes deux, tu ne peux pas unilatéralement prendre une décision aussi importante qui aura de surcroît, un impact irréversible sur votre famille.
Je regardai Victor d'un air interdit. Moi qui pensais avoir été discret, de toute évidence, ce n'avait pas été le cas.
— Si tu as peur pour sa sécurité, protège le mieux que ça. Fais-en sorte qu'il soit émotionnellement stable et apaisé, montre-lui ton amour et offre-lui la vie de rêve qu'il a toujours voulu avoir à tes côtés. Si tu culpabilise et veux te punir de quelque chose Magnus, assure-toi de ne jamais le quitter pour le reste de votre vie, assure-toi de veiller sur lui, de l'épauler, de l'aimer, de le chérir, d'être son roc et son armure. Fais-en sorte qu'il continue à être heureux à tes côtés comme tu sais si bien le faire malgré tes doutes et ce, pour toujours.
Je sentis l'émotion me submerger. Les mots de Victor m'ébranlèrent au plus profond de moi-même car je n'avais jamais vu les choses sous cet angle. Me dévouer à Alec pour compenser les malheurs que j'attirai dans sa vie me semblait en effet être une bonne idée. J'étais amoureux de lui, je souhaitais son bonheur, je désirai être son monde et lui donner une vie de rêve, cela avait toujours été mon souhait. Prendre soin de lui, l'aimer inconditionnellement, faire de lui ma priorité et le chérir encore et encore, c'est pour ces raisons que je l'avais choisi lui, c'est pour cette raison que je l'avais épousé.
— Alors, on y va ? me pressa Victor.
J'hochai la tête tout en m'éclaircissant la gorge. J'étais un peu sous le coup de l'émotion.
— On y va, lui répondis-je avec détermination après une minute. Mon absence à ces côtés a assez durée.
Victor me fit un sourire victorieux...
— Ces mots étaient ceux que j'attendais ! me dit-il en se levant.
Je l'imitai puis viens le serrer dans mes bras.
— Merci, lui murmurai-je la voix pleine de reconnaissance.
— Magnus, Alec et toi, jamais je ne vous abandonnerai...jamais. Vous êtes mon couple parfait même avec vos imperfections, je ne peux vous imaginer l'un sans l'autre. L'amour n'a de sens à mes yeux que lorsque je vous vois.
Je mis fin à notre étreinte puis le regardai avec un petit sourire en coin.
— Ne laisse pas Jazz entendre ça, plaisantai-je.
Victor rigola.
— Oui bon...ça restera entre nous hein, fit-il en me faisant un clin d'œil.
Je lui fis un large sourire puis le remerciai de nouveau pour son soutien avant de nous mettre en route pour la chambre de mon mari. Je me sentais étrangement plus apaisé maintenant, la culpabilité était toujours présente mais elle ne m'empêchait plus d'avancer, elle n'avait plus la forme d'un boulet de força, maintenant elle ressemblait plus à un devoir, celui de prendre soin d'Alec jusqu'à la fin de mes jours. Plutôt que de m'éloigner pour son propre bien, j'allais redoubler d'effort et m'accrocher à lui de toutes mes forces. J'allais faire en sorte que la force de mon amour puisse contrer ce mauvais sort qui m'entourait et se répercutait sur lui.
Nous arrivâmes devant la porte de la chambre d'Alec, je marquai un arrêt puis pris une profonde inspiration.
— Mon travail s'arrête ici, je pense que tu as besoin d'être seul pour ces retrouvailles, me dit Victor.
— Je...oui, je dois le faire seul.
— Fighting ! me souhaita-t-il tout joyeux. Je sens que notre Alec se réveillera maintenait que sa moitié est à ses côtés.
— Merci Vic'. C'est tout ce que je souhaite.
Il s'en alla en me laissant seul. J'étais de nouveau nerveux mais déterminé, je tournai la poignée puis entrai. J'avançai d'un pas puis refermai derrière moi avant de rester planter là, à l'entrée de la chambre.
Ma première impression fut qu'il faisait sombre. Je remarquai que la pièce, très spacieuse, n'était pas très éclairée. Les rideaux avaient été tirés empêchant à la lumière du jour de diffuser sa chaleureuse lumière à l'intérieur. En même temps, nous étions en plein hiver et le temps était particulièrement grisâtre aujourd'hui, avoir les rideaux tirés n'étaient pas une grosse perte conclus-je. Je m'avançai un peu plus puis m'arrêtai tout à coup en écarquillant les yeux de surprise. La table à manger ainsi que le dessus de la commode d'Alec étaient recouverts de cadeaux. Des ours en peluches, des cartes, des fleurs à profusion, des paniers de fruits ? Quelle idée ! Ce n'est pas comme s'il allait pouvoir en manger. Il y avait aussi d'autres cadeaux emballés dont j'étais curieux d'en connaitre le contenu. En voyant tout ça, un sentiment de reconnaissance m'envahit. L'annonce de l'accident d'Alec avait énormément choqué au sein de son université. Étudiants comme enseignants, tous avaient été ébranlés et peinés. Je recevais quotidiennement des appels de ses collègues qui souhaitaient avoir de ses nouvelles. Alec était très apprécié, il n'était donc pas surprenant au final qu'ils lui témoignent leur soutien de cette façon. Je remarquai également que les fleurs que je lui envoyé ce matin avait été mises dans un vase transparent selon mes directives et posées sur sa table de chevet. Le choix de l'emplacement n'était pas de mon fait mais j'étais ravi qu'ils aient décidé de les mettre là. Le bouquet était constitué d'un mélange de bruyère pour symboliser un amour solide, de myosotis pour une fidélité éternelle et de chrysanthème. Étrangement, le chrysanthème était considéré comme la fleur du deuil, pourtant, il était le symbole d'un amour éternel.
Cette fois, il n'y avait plus rien à observer dans la chambre, m'armant de courage je posai enfin les yeux sur Alec puis avançai progressivement vers lui. Il avait été entubé et branché à un appareil respiratoire, il portait un filet sur la tête mais c'est tout. Si l'on devait se baser que sur son aspect physique extérieur, il aurait été difficile de croire qu'il avait été victime d'un accident aussi grave. Il ne portait pas de plâtre, il n'avait pas d'hématomes au visage, toutes ses blessures avaient été internes, ce qui était beaucoup plus inquiétant pourtant. Toutefois, ses derniers examens avaient été encourageants et au final, le fait qu'il soit dans le coma était une bonne chose pour accélérer sa guérison. Nous devions faire preuve de patience, voilà tout.
Je pensais que je m'effondrerai en le voyant mais rien de cela ne se produisit, je m'installai sur le fauteuil attenant à son lit puis glissai ma main dans la sienne. La chaleur qui s'y dégagea me rassura et me fit du bien. J'étais heureux d'être de nouveau à ses côtés, heureux d'entendre les bips du moniteur rythmer sa fréquence cardiaque régulière, j'étais heureux qu'il soit simplement en vie et à cet instant, je me promis de chérir cette nouvelle chance qui s'offrait à nous. L'observant plus attentivement, je vis qu'il n'avait pas été rasé depuis peut-être trois ou quatre jours, une idée me vient à l'esprit. Je me levai puis partis dans la salle de bain prendre un bol d'eau tiède, un gant de toilette ainsi que son rasoir et de la mousse à raser. Je posai le tout sur la table en poussant un peu les cadeaux puis retirai mon trench que je posai sur le dossier du fauteuil. Relevant les manches de mon pull, je pris le gant puis commençai par l'humidifier. Une fois essorée, je me mis à la tâche.
— Hey Bébé...c'est moi, Magnus. J'en ai mis du temps à venir n'est-ce pas ? lui dis-je en commençant à le lui passer délicatement sur le visage.
La présence du tube rendait l'action un peu difficile mains je m'en sortais bien tout de même.
— Je n'ai pas vraiment d'excuse valable ou peut-être que si mais ce sera à toi d'en décider quand tu te réveilleras. Ce que je peux te dire c'est que je pensais vraiment agir pour ton bien, je pensais que ma présence à tes côtés était nocive. Comment ne pas nourrir ce genre de pensées quand tu te retrouves pour la deuxième fois en service de réanimation par ma faute ? Je m'en veux tellement si tu savais à quel point...
Je partis humidifier le gant de nouveau puis revint le passer sur son torse. Je ne défis que les 3 premiers boutons de sa chemise de nuit pour ce faire afin qu'il ne puisse pas avoir froid au contact de ce dernier sur sa peau.
— As-tu apprécié toutes les fleurs que je t'ai faites envoyer ? Tu en auras tous les jours désormais, même quand on rentrera à la maison, je te promets de t'en faire livrer chaque jour Mon Ange, lui assurai en passant le gant sur son cou cette fois.
— J'ai conscience que je t'ai négligé malgré moi. Mon travail me prend tout mon temps, ce n'était pas volontaire je te le promets, le métier que j'ai choisi implique des sacrifices. J'ai toujours essayé de faire de mon mieux mais si tu en es venu à être temporairement intéressé par un autre, je réalise aujourd'hui que j'ai aussi ma part de responsabilité alors que je t'ai accablé et fait payer pendant des semaines cette trahison. Encore une fois, ce n'était pas volontaire, je ne cherchais pas à me venger de toi. Les sentiments que je ressentais à cet instant étaient sincères car j'ai eu mal Bébé, mon cœur souffrait horriblement. Le fait de savoir qu'un autre homme avait posé ses mains sur toi me rendait fou et me révulsait. Je pensais que jamais je ne pourrai surmonter ça mais maintenant, quand je te vois allonger dans ce lit, quand je réalise que j'ai failli te perdre pour toujours, tout ceci me semble dérisoire. J'aurai dû te pardonner, essayer de te comprendre, j'aurai dû t'écouter et te donner une chance de t'expliquer. J'étais aveuglé par la colère et la jalousie, j'étais blessé et vulnérable. Quand il s'agit de toi Bébé, tu sais que je ressens tout avec plus d'intensité, je ne cherche pas à me justifier, ce n'est que la vérité pure.
Je passai le gant sur ses mains, puis entre ses doigts. Une fois propre, je partis cherche une serviette pour essuyer les parties humides. Satisfait, j'attrapai le rasoir et la mousse à raser.
— Bébé, il faut que tu te réveilles, lui dis-je en pulvérisant un peu de mousse sur sa joue. Tout le monde t'attend. Tes parents, les miens, Jace, Izzy, Simon, Rag' et Cat' qui voulaient se précipiter ici mais nous leur avons dit que ce n'était pas nécessaires qu'ils annulent leur tournée aux États-Unis, que ton état était stable. Ils sont très inquiets et ont décidé de te dédier une minute de silence en début de chaque concert pour t'envoyer de bonnes ondes et t'aider à te rétablir très vite. Les enfants aussi comptent les jours. Ce n'est pas facile pour Côme car ton état lui rappelle celui de ta mère, il est très angoissé à l'idée que tu ne puisses jamais te réveiller, quant à notre fille, j'ai tellement de chose à te raconter. Tu seras très heureux d'apprendre qu'elle sait désormais toute la vérité sur Camille et l'histoire qui nous lie. Il le fallait absolument. Cette vérité que tu m'as tant demandé de lui révéler était chose faite désormais. David a créé un sacré bordel ; nous devons prendre ensemble une décision le concernant. Ses actions ne doivent pas rester impunis. Quant à Camille, elle passe par une mauvaise phase actuellement comme tu peux t'en douter. Aria refuse de la voir ou de lui parler mais je vois bien que sa mère lui manque malgré tout. Je ne regrette pas d'avoir pris cette décision de tout lui dire mais la voir souffrir me fait mal...j'ai l'impression d'être un mauvais père car je n'ai pas su la protéger de toute cette souffrance. Honnêtement Bébé, je n'ai rien de glorieux à mon actif, j'ai l'impression de tous vous faire souffrir dans la famille, c'est très dur de garder la tête froide mais je tiens bon, je me bats pour toi, pour Aria, pour Côme. Je me bats pour nous tenir unis et soudé mais j'ai besoin de toi. Notre famille est incomplète sans toi, tu comprends ? Tu dois te réveiller et revenir Mon amour, je t'en supplie.
Penché au-dessus Alec, une seule et unique larme s'échappa de mes yeux puis termina sa course sur sa joue. Je l'essuyai avant de poursuivre son rasage.
— Tu sais, tout le monde m'a dit que tu ne te réveillais pas car je n'étais pas à tes côtés mais je suis là maintenant et je te promets de ne plus m'éloigner, je ne te quitterai plus jamais, j'assumerai toutes mes responsabilités envers toi jusqu'à mon dernier souffle alors Bébé...fais-moi un signe...n'importe lequel...
Je m'arrêtai de le raser. Je ne croyais pas au compte de fée, j'étais un homme de science mais je croyais aux miracles toutefois. Je voulais croire que les autres avaient raison et qu'Alec se réveillerait d'une minute à l'autre maintenant que j'étais de retour à ses côtés. Plein d'espoir, je restai planté là à guetter le moindre signe qui émanerait de lui, au bout de plusieurs minutes, je dû me faire une raison, il n'y aurait pas de miracles pour nous ce soir.
— Ce n'est pas grave Bébé...prends ton temps, je n'irai nulle part.
Je repris ma tâche, en essayant d'ignorer cette pointe de déception et cette douleur qui me serraient progressivement le cœur. Je ne savais pas de quoi sera fait demain, je ne savais pas quand Alec se réveillera, ni dans quel état il sera à son réveil. Des jours difficiles restaient à venir, je pouvais le sentir mais je serai prêt. Je ne l'abandonnerai pas et je ne nous abandonnerai pas non plus.
Plus jamais.
Fin du chapitre
