CHAPITRE 20 – Les ordres sont les ordres
Le soleil brillait. Ses rayons guidaient le Poudlard Express jusqu'à son arrêt sur le Quai 9 ¾. Erine et Violet embrassèrent leurs camarades de classe avant que chacun ne prenne différents horizons. Ils s'étaient promis de garder contact, encore naïfs.
Proches de Ron, Harry et Hermione, elles retrouvèrent un comité d'accueil à la gare. Alastor Maugrey, Tonks, Remus, les Weasley. Olivier et les jumeaux se chamaillaient. Ils étaient tous là.
Molly Weasley se précipita sur chacun d'eux et les étreignit de son habitude manie maternelle. Ils furent libérés quand Madame Weasley remarqua Ginny et Holly juste derrière eux. Violet et Erine en profitèrent pour rejoindre leurs amis. Avant cela, Violet retrouva son père qui n'avait jamais été aussi pâle.
— Tu vas bien ? s'inquiéta-t-elle.
— Ma fille est Majore de Promotion et réalise son rêve en rejoignant une équipe de la Ligue. Comment n'irai-je pas bien ? dit-il en fronçant les sourcils, elle n'aimait pas cette manière de balayer sa peine.
— Tu sais très bien de quoi je parle, marmonna-t-elle.
— Les étoiles, ma Violet. N'oublie pas les étoiles.
La force de son père était incroyable. Malgré les épreuves, il était toujours debout et il comptait bien faire de même avec elle. Il jeta un coup d'œil à Harry. Elle se corrigea, il comptait bien faire de même avec eux deux. Il était leur dernière famille.
Ce n'étaient plus qu'eux trois.
Enfin... Ils n'étaient plus que trois dans leur famille originelle.
Autour d'eux, ils étaient loin d'être seuls. Une autre famille les attendait. Violet était certaine que cela ne changerait jamais.
Enfouie dans les bras d'Olivier, elle réalisa l'accoutrement des jumeaux. Ils portaient tous les deux une veste en peau de dragon vert criarde. Bien différent de leurs habituels vêtements.
— Et bien, vous deux ! s'exclama Erine en posant successivement son index sur le front des jumeaux. Quand aurons-nous la chance de découvrir la boutique ?
— Bientôt, j'espère ! intervint Olivier. Ils ont refusé que je passe tant que vous n'étiez pas là et c'est à moi qu'on reprochait le favoritisme !
— Ah mon bon vieux capitaine ! dit Fred en lui tapant l'épaule. Nous voulions juste être certain d'avoir un magnifique tapis rouge pour être dignes d'accueillir nos deux célébrités !
Olivier leva les yeux au ciel, il n'avait pas saisi l'occasion de se taire. Il adorait son nouveau grade – et celui de Violet – mais les jumeaux en faisaient toute une histoire. Il remercia les compliments des personnes autour d'eux qui s'enthousiasmaient de leur entrée chez les titulaires.
La tête de Violet, encore posée sur sa clavicule, se leva quand elle entendit les personnes autour d'eux discuter de Harry. Il était convenu que l'Ordre prononce quelques mots à la tante et à l'oncle d'Harry. Il n'était pas certain qu'elle méritait de vivre cela.
A l'arrivée de l'oncle sans cou et la tante au long cou, Fred se frotta les mains et s'enthousiasma :
— Je crois qu'il est temps que vous découvriez notre palais !
— Un petit bonsoir aux parents de l'Aigle Amateur et du bébé aigle avant cela et direction le Chemin de Traverse, reprit George. Prêts ?
Bien sûr qu'ils étaient prêts !
Violet se décrocha d'Olivier sans pour autant perdre du regard ceux qui étaient son oncle et sa tante. Elle n'avait qu'une hâte : découvrir cette boutique qui fonctionnait à merveille.
L'enthousiasme de leur arrivée au Chemin de Traverse cessa d'un coup de baguette magique. Les lieux étaient loin de l'enchantement habituel. Les allées étaient désertes. Des vitres étaient cassées et les commerces se fermaient chacune leur tour. Devant leur visage surpris, George expliqua :
— Depuis le retour de Vous-Savez-Qui, beaucoup de personnes se cachent et des agressions ont lieu. La terreur règne petit à petit mais nous ne souhaitons pas nous laisser prendre au piège. Au contraire, nous espérons attirer la foule. Une minute de rire apporte l'espoir.
Il désigna la façade d'un magasin avant de croiser ses bras en synchronisation avec son frère, tous les deux aussi fiers qu'un hippogriffe.
— Wow ! s'émerveillèrent Erine, Olivier et Violet.
Contrairement aux autres vitrines ternes, celle des jumeaux était un feu d'artifices pour n'importe quelle personne dans les parages. Tout était éblouissant. Des objets et des lumières clignotaient. Les couleurs illuminaient tout autour de la boutique. C'en était hypnotisant.
De l'autre côté, personne n'aurait pu échapper à l'immense banderole qui rappelait sans aucun doute celles du Ministère. En grandes lettres jaunes était écrit :
Vous avez peur de Vous-Savez-Qui ?
Craignez plutôt POUSSE-RIKIKI le constipateur magique qui vous prend aux tripes !
Ils auraient pu tout essayer pour retenir leur rire, jamais ils n'auraient été capables de résister. Les jumeaux étaient d'autant plus provocants qu'à Poudlard. Quiconque essayait de les arrêter en ferait sûrement les frais, c'est-à-dire ferait l'objet d'une nouvelle invention.
Fred et George leur firent une révérence et les invitèrent à l'intérieur. Ils ne s'étaient pas moqués d'eux quand ils leur avaient annoncé chercher un tapis rouge. En effet, un long tapis de la couleur du blason des Gryffondor débutait à l'entrée du magasin jusqu'à un rideau au fond de la pièce.
La contemplation des lieux leur rappela la boutique de Zonko située à Pré-au-Lard, celle des jumeaux était bien plus développée. Mille et une inventions s'entassaient dans tout le magasin et offraient la possibilité aux acheteurs de les essayer. Erine, Violet et Olivier n'eurent aucun mal à reconnaître une grande majorité d'articles. Fred et George faisaient des miracles.
Les mots de George prenaient tout leur sens. Peu importait l'humeur de la personne qui entrait, elle en sortirait joyeuse.
— Notre meilleure vente sont les Nougats Néansang, remarqua Fred à la fois très sérieux et très moqueur. C'est bien grâce à toi, Olivier. Après ton essai, nous n'avons pu qu'en faire une perfection.
— Vous êtes vraiment très drôle, dit Olivier, toujours traumatisé par son expérience.
Personne ne tint compte de la rancœur d'Olivier vis à vis des échantillons. Au contraire, Fred et George les entraînèrent derrière le rideau afin de leur présenter l'arrière-boutique. Il s'agissait de l'endroit où naissaient et prenaient forme leurs nouvelles idées. C'était en quelque sorte le bureau des propriétaires, un endroit un peu plus personnel.
— EXCELLENT ! cria Erine en découvrant un des pans de mur.
Quand Violet comprit la raison d'une telle exclamation, elle esquissa un sourire de fierté. Sur un grand mur blanc était accroché des Unes et articles de journaux. Il y en avait peu pour le moment mais d'autres s'ajouteraient, elle en était certaine.
Au milieu de tous régnait la Une de La Gazette du Sorcier qui annonçait le renvoi de Dolores Ombrage et le retour de Dumbledore à la tête de Poudlard. Même de loin, Fred et George se réjouissaient de la fin de l'ère Ombrage. Autour s'éparpillaient quelques paragraphes et photos de l'ouverture de la boutique. C'était une autre que pointa Erine.
— Olivier Dubois : Nouveau gardien du Club de Flaquemare ! s'écria-t-elle. Je l'ai gardé moi aussi !
Le matin même, Olivier avait fait la Une du Journal de Ligue et de la Gazette du Sorcier, une page lui avait été aussi consacrée dans le Quidditch Times. Violet savait qu'Olivier se familiarisait tout doucement à cette célébrité, mais il restait toujours gêné d'être autant mis en avant.
— Ma préférée c'est celle-ci, désigna Fred plus moqueur que jamais.
Il prit plaisir à appuyer son doigt sur la Une du Sorcière Hebdo « Son cœur attrapé par la nouvelle poursuiveuse ». Violet ne s'était pas attendu à ce que les nouvelles se répandent aussi vite malgré l'avertissement de Morgan Harrison. Olivier et elle étaient propulsés au rang de star et cela ne serait pas simple à gérer au début.
— Tu as brisé le cœur de beaucoup d'adolescentes, ajouta George en montrant une page de Teen Witch. Et toi Vio ? Quand prendras-tu place sur ce mur ?
— Les photos ont été prises hier, leur apprit-t-elle. En début de semaine probablement.
— JE SUIS TELLEMENT FIERE DE VOUS ! hurla Erine ce qui les fit tous sursauter. Mais gardez-moi un peu de place.
— Il y en aura toujours pour notre Aigle Amateur, confirma Fred.
Ils se regardèrent un à un, heureux du chemin qui leur était tracé. Heureux de se retrouver ensemble après une année chaotique. Tout le monde avait retrouvé la place qui lui était attribué dans leur cercle.
— Et pour notre semaine de vacances ? s'inquiéta Erine. Vous n'allez pas pouvoir laisser la boutique fermée pendant une semaine ?
— Nous avons une vendeuse : Verity, expliqua Fred. Sa cousine Harmony viendra l'aider. Nous n'allions pas manquer cette occasion.
— Une petite Biéraubeurre à l'étage ? demanda George.
— Plus tard, promis, s'excusa Erine. J'aimerais profiter de mes parents, je les ai assez inquiétés.
— Et moi, je voudrais discuter avec mon père, dit Violet, moins enjouée. Je crois qu'il est nécessaire que nous soyons une dernière soirée ensemble avant que je parte.
— Pas de problème, les filles ! On se retrouve au Terrier demain pour notre première réunion dans l'Ordre du Phénix.
A son tour, Olivier s'excusa. Après tout, il avait entraînement tôt le lendemain et il ne voulait pas se laisser prendre dans l'embuscade Weasley. Ils se quittèrent tous, avec bientôt plus d'un quartier général où se retrouver.
Deux ans que Violet n'avait pas mis un pied dans l'appartement de son père – anciennement celui de Lyall. Ses dernières maisons avaient été Poudlard, le Square Grimmaurd, l'appartement d'Olivier et Dauphy's Sea. Son chez elle remontait à bien longtemps, elle avait l'impression qu'il s'agissait d'une autre vie.
Car rien n'était pareil. Tout avait changé, pour le pire.
La dernière fois où elle était revenue à l'appartement remontait à l'été où ils avaient retrouvé Sirius. Il y a deux ans. Aujourd'hui, Sirius n'était plus là.
Son père n'était pas encore là. Les affaires de l'Ordre du Phénix avaient dû le retenir plus longtemps que prévu. Violet rejoignit sa chambre aux couleurs des Serdaigle. Habituellement, elle aurait pris soin de ranger sa malle. Un nouveau changement.
L'appartement de son père n'était plus son chez elle. Elle en avait un nouveau. Olivier et elle avaient prévu d'aménager ensemble dès le lendemain.
Elle détailla les photos accrochées mur. Le temps avait défilé à la vitesse d'un Eclair de Feu, pourtant elle étudia les souvenirs comme un sablier, grain par grain.
Tout était si différent.
Violet était entrée à Poudlard loin de son frère pour qui elle était une parfaite une inconnue. Elle n'avait aucun ami et un manque de confiance en soi effroyable. Maintenant, elle avait quitté Poudlard près de son frère et ils pouvaient se soutenir. Elle avait un petit-ami, le meilleur. Elle avait trois meilleurs amis exceptionnels. Elle avait des amis et elle était poursuiveuse dans l'équipe du Club de Flaquemare.
Oui, ces images représentaient une vie qu'elle ne récupérerait jamais.
Sur d'autres photos, elle retrouvait ses parents, Lyall et plus récemment Sirius. Ces personnes qu'elle avait perdues comme d'autres dont elle n'avait pas eu l'occasion d'accrocher les photos. Entre deux pages de livre, elle avait celle de ses grands-parents, celle de sa marraine, celle du groupe d'amis de ses parents. Tant de personnes qu'elle n'avait pas connues ou très peu. Tant de personnes qu'elle avait perdues trop tôt.
Finalement, une chose n'avait pas changé. Cette amitié si précieuse qui liait à son groupe d'amis. Ce groupe d'amis qu'elle n'échangerait pour rien au monde.
— Perdue dans tes pensées ma Violet ?
Et son père. Son père était toujours là. Cela ne changerait jamais.
Les cheveux bruns de son père étaient de plus en plus balayés par des cheveux blancs et ses yeux bleus se rapprochaient du gris, perdus dans une éparse brume. La pleine lune et les pertes étaient marquées sur son visage.
— J'ai l'impression de ne jamais avoir assez de temps, se confia-t-elle.
— Le temps n'attend personne. C'est pour cette raison qu'il est important de ne jamais en perdre.
Logique. Cela n'enlevait rien au fait que ce ne serait jamais suffisant. Elle plissa les yeux, observant son père, elle avait ce pincement au cœur d'avoir trop perdu, pourtant rien comparé à tout ce que lui avait vécu.
— Comment fais-tu pour garder la tête hors de l'eau ?
La question était simple et concise. Son père croisa ses mains et les rides formèrent des dunes sur son front. Il releva la tête et prit une grande bouffée d'air.
— Cela n'a pas toujours été le cas, ma Violet. Il est parfois nécessaire de se laisser tomber pour revenir plus fort. Il faut accepter ta peine et apprendre à vivre avec pour s'épanouir autrement.
— Tu ne m'as jamais raconté… J'aimerais savoir ce que tu as ressenti toutes ces fois, lui demanda-t-elle à voix basse.
Il l'observa avec compassion. Violet lui prit la main et insista :
— Je crois que… J'en ai besoin, papa… S'il te plaît.
Il marcha jusqu'au bord du lit et ses yeux balayèrent les photos. Son père s'accrocha à la barre du lit et s'y assit, exténué. Violet culpabilisa de remuer toute cette douleur, de puiser l'énergie dont il manquait déjà. Était-ce mal de sa part ? Sa gorge se noua. Peut-être. Mais c'était aussi son histoire à elle.
— Quand ma mère est décédée, j'étais à Poudlard et accompagné de mes amis.
La réponse brute de son père la sortit de son questionnement. Il s'assit sur le lit et elle le rejoignit, attentive à chacun de ses mots.
— Malgré tout mon chagrin, j'ai surmonté ma perte grâce à eux. Nous étions les Maraudeurs, quatre amis prêts à tout, les uns pour les autres. Les filles étaient là, elles aussi. Nous étions, présents à chaque moment qu'il soit bon ou mauvais. Pourtant, je gardais toujours une certaine distance vis à vis de la lycanthropie. Mais nos personnalités étaient si complémentaires que j'ai toujours eu cette place.
Il s'accorda une courte pause et le sourire sur son visage témoignait d'à quel point il était heureux à cette époque. Plus qu'il ne l'avait jamais été.
— Après Poudlard, nous avons eu deux années formidables. Rien n'avait changé. Lily et James étaient fous l'un de l'autre. Sirius et Mary ne cessaient de se chamailler, de se mettre ensemble et se séparer comme ils l'avaient toujours fait. Ils avaient bien trop peur de l'engagement, bien trop rebelles pour leur bien. Dorcas et Marlene s'épanouissaient malgré les préjugés. Peter restait Peter, toujours aussi discret, mais impliqué dans toutes nos vies. Et moi, j'étais simplement heureux d'être aussi bien entouré. Et puis, Lily et James ont agrandi cette famille…
Son père la regarda et elle s'accrocha à ses lèvres. Elle n'avait aucun souvenir de cette vie, juste des émotions.
— Tu es venue illuminée nos vies, tout comme Harry quelques temps plus tard. Nous étions tous enrôlés dans l'Ordre du Phénix à accomplir les missions qui nous étaient attribuées. Mais les horreurs vécues étaient éclipsées par le bonheur de se retrouver.
« L'année 1981, tout a basculé. Mes missions d'infiltrations auprès des loups-garous se multipliaient. La vie que j'aimais filait entre mes doigts, avec les personnes que j'aimais. Marlene s'est fait piéger chez ses parents, avec ses frères. Par ce fameux traître. Il était si simple de nous inquiéter. Elle a été alertée que sa famille était en danger. Jamais, elle n'aurait pu savoir que c'était plus que cela. L'espion l'avait attirée dans une embuscade. Elle a été tuée alors qu'elle voulait protéger sa famille, de la main de son meilleur ami.
Les doigts de son père s'emmêlaient pour se défaire. Violet enroula une de ses boucles autour de son index, prise d'anxiété. La confiance était la pire arme.
— Notre première perte, poursuivit son père, sa voix se brisait. Probablement la plus dure. Nous avons réalisé que nous n'étions pas invincibles. Nous étions tous en danger. N'importe lequel d'entre nous pouvait être le prochain. Et… Dorcas… Do était effondrée. Nous avons tous dû tenir bon pour elle.
Son père passa sa main sur son visage, pour remettre son masque, ou le changer. Il était difficile de savoir lequel était le véritable.
— Dorcas a été la suivante. Après la tristesse, la colère la possédait pour la pousser à la vengeance. Elle ne dormait plus. Elle voulait trouver Voldemort, lui faire payer son crime… Oh… Si elle avait su pour Peter… Après des semaines, elle a finalement trouvé la cachette de Voldemort lors d'une mission. Je crois de moins en moins qu'elle ait réussi d'elle-même, je ne doute pas d'elle. Je pense juste que Peter était dans le coup, avant qu'il ne soit trop tard pour Voldemort. Dorcas a été tuée des mains de Voldemort.
« Je n'ai pas eu le temps de pleurer Dorcas. Dumbledore m'envoyait dans une mission le lendemain. A partir de ce jour, les suspicions montaient. Je sentais qu'une distance se creusait entre mes amis et moi... Et je... C'était compliqué.
Violet releva la tête pour l'interroger d'une œillade. Il lui cachait une information cruciale. Était-ce en lien avec le secret dont elle n'avait pas encore connaissance ? Ce silence l'angoissa. Que lui cachait-il depuis toutes ces années ?
— Nous avions perdu deux membres de notre famille sans compter toutes les pertes de l'Ordre. Les temps étaient sombres, Violet. J'ai bien peur que l'histoire ne se répète...
Le corps de Violet se tendit, tous ses muscles se contractèrent. Ils étaient à cette première partie, où ses amis et elle réussissaient à s'amuser alors que le monde s'effondrait autour d'eux. A quoi devaient-ils s'attendre ? Pouvait-elle-même l'imaginer ?
Non. Ils n'étaient pas en 1981, l'histoire se répétait, mais la finalité serait différente.
— Le 31 octobre a été une descente aux Enfers, enchaîna son père et son débit fut plus rapide pour vite en terminer. J'apprenais que Lily et James n'avaient pas survécu, qu'ils avaient été trahis par Sirius. Sirius... Le frère de James. C'était inimaginable et c'est ce qui a été le plus blessant, sans compter la mort de Peter.
« Si au moins, j'avais pu sauver Mary... Mary était forte et franche. C'était sûrement trop. Beaucoup trop. Nous n'étions plus que deux, elle ne devait plus voir l'avenir. J'ai toujours autant de mal à croire qu'elle nous ait quittés, elle aussi, sûrement car je me sens responsable de ne pas m'être battue pour elle
— Pourquoi n'est-elle pas restée avec toi et moi ? demanda-t-elle, confuse.
— Elle ne faisait pas partie du plan de Dumbledore, admit son père et elle ressentit une pointe de rancœur.
— Évidemment, murmura-t-elle pour elle-même.
Son père la fixa d'un air sévère, sans remarque. Il devait estimer qu'elle n'avait pas tort cette fois, il partageait peut-être plus son avis qu'elle ne le pensait.
— Tout cela pour te dire, ma Violet, reprit-il d'une voix tremblante, rien n'a été facile. Je porte toute cette tristesse en moi. J'ai toujours du mal à croire que je ne les reverrai jamais. J'ai eu beaucoup d'espoir au retour de Sirius, mais une nouvelle fois celui-ci s'est envolé. Comme toi, je trouve injuste que Peter soit encore vie et pas eux. Mais... Je ne peux pas perdre pied. Je t'ai toi et nous avons Harry. Je me dois de rester moi-même pour vous deux. Je dois partager avec vous ce que vos parents n'ont pas la chance de vivre. Je dois prendre soin de vous.
— Pourquoi ne m'as-tu jamais raconté votre histoire ?
— Je te l'ai dit, ne crois-tu pas avoir assez souffert ? lui demanda-t-il et elle ne sut quoi répondre pour la deuxième fois. Ma seule erreur a été de ne pas t'apprendre à gérer la douleur. Mais je suis certain que tu y arriveras, toujours. La vie nous l'apprend.
Un mal de ventre dévora son corps, d'une grande bouchée. Cette conversation n'était pas bénéfique pour sa santé, elle n'en restait pas moins nécessaire. Elle avait besoin de comprendre ce qui l'attendait car le pire restait à venir.
— Il faut que tu réalises ce à quoi tu t'engages en entrant dans l'Ordre du Phénix, Violet. Ce n'est pas à prendre à la légère, déclara-t-il.
— Je me moque de vos missions. Que je sois ou non dans l'Ordre, le risque de perdre ma famille est le même. Voldemort agira et vous agirez, répliqua-t-elle fermement refusant qu'il tente de lui faire changer d'avis. J'ai besoin de tout savoir, j'ai besoin d'être disponible dans l'Ordre, c'est ce qu'il y a de plus juste à faire.
— Je sais. Mais tu devras parfois faire ou ne pas faire des choses, peu importe ce que tu souhaites. Les ordres sont les ordres.
— Tu ne crois pas que c'est ce que je fais depuis toujours ? ironisa-t-elle. Tu ne t'en rends pas compte, mais j'ai été élevée pour entrer dans l'Ordre.
— Cela n'a jamais été mon but, dit-il en s'éloignant et elle culpabilisa qu'il le prenne pour lui.
— Tu n'étais pas visé par ma phrase, répliqua-t-elle.
Son père ne la sermonna pas, pas même par un regard. C'était bien étrange, elle craignait les discussions prévues le lendemain. Leur première réunion de l'Ordre allait être mouvementée.
— Je dois te parler d'une dernière chose.
Encore, soupira-t-elle par la pensée. Après toute cette conversation, elle énuméra les différentes possibilités. Aucune ne convenait à l'expression de son père. Il se montrait partagé, mais ses yeux le trahissaient. Peu importait le sujet, cela le rendait heureux qu'il l'admette ou non.
— J'ai commencé à fréquenter une personne depuis quelques semaines, lâcha-t-il.
Pardon ? Les yeux de Violet s'écarquillèrent, si gros qu'on l'aurait confondue avec un veaudelune.
— Je préfère t'en parler que tu ne sois pas surprise, mais cela n'est pas sérieux et je ne suis pas sûr ce soit une bonne idée.
— Si tu m'en parles, c'est que cela compte un minimum, remarqua-t-elle. Pourquoi en parler à ta fille si tu n'espères pas plus ? Alors, continue.
Il la jugea, sûrement désespéré, avec affection bien sûr. Elle haussa les sourcils pour le forcer. Il en avait trop dit.
— Et bien... Il s'agit de Tonks et...
— AH ! s'exclama-t-elle en ricanant se souvenant des mots d'Erine.
— Qu'est-ce qu'il te prend ? demanda-t-il.
— Disons que ce n'est pas vraiment une surprise, admit-elle en pinçant ses lèvres.
Elle ne sut pas si son père éprouvait du soulagement ou de la gêne, mais il ne dit pas un mot supplémentaire alors qu'il était pourtant bien parti pour. C'était finalement préférable. Le nom de la personne lui suffisait, elle se porterait mieux sans détail.
Et puis… Elle avait déjà eu le temps de réfléchir à cette possibilité. Son père ne pouvait pas trouver mieux que Tonks. Ils se complétaient parfaitement.
— Tonks est bien plus jeune, déclara sans qu'elle ne s'y attende.
— Tonks est surtout majeure et elle sait exactement ce qu'elle veut. Je n'ai pas mon mot à dire, mais si vous le souhaitez tous les deux, ce serait dommage de passer à côté. J'aimerais juste que tu sois heureux.
Le bras de son père entoura ses épaules et il la blottit contre lui, comme depuis son enfance. Certaines attentions n'avaient pas d'âge, elles avaient juste leur place.
Secrètement, Violet espéra que son père soit capable d'ouvrir ses sentiments à une nouvelle personne. La guerre approchait et il l'avait mise en garde.
Sirius n'était pas le premier et ne serait pas le dernier à partir. Ils pouvaient tous être le suivant.
Et si elle était la prochaine, elle devait être certaine que son père ne serait pas seul.
— LUPIN !
Violet n'avait pas eu le temps de dépoussiérer ses cheveux de la poudre de cheminette que Fol Œil lui agrippa le bras pour la trainer vers la cuisine. Toujours aussi vulnérable face à lui, elle ne chercha pas à se débattre.
— DUBOIS ! TU SUIS !
Son œil mobile lui était bien plus utile que l'original, pensa Violet. Dans la cuisine, Erine et les jumeaux étaient déjà là. Bien qu'ils étaient silencieux, Violet était sûre que Fred et George s'impatientaient.
— Vous vous asseyez là et vous attendez, ordonna Maugrey de son charmant air grincheux.
— S'il y avait un protocole à suivre, vous auriez pu l'envoyer par hibou, remarqua Violet.
— On lui a dit la même chose, commentèrent les jumeaux.
De ses yeux onyx, Erine tenta de canaliser les garçons. Violet s'assit à côté d'elle, aussitôt suivi d'Olivier.
— Montrez que vous êtes matures, grinça des dents Erine, et non que vous êtes encore les garçons turbulents de Poudlard.
— D'accord, madame la Préfète-en-Chef, se moqua Fred.
Erine se releva, juste assez pour passer devant George et donner une pichenette sur la pointe du nez.
— Outch, ça fait mal ! dit Fred en caressant son nez.
— C'est mature, ça, peut-être ? la taquina George.
— Tu veux être le prochain ? le menaça Erine.
Violet occulta leur petite chamaillerie et posa son menton sur ses poings. Elle plissa les yeux, de cet air de Serdaigle insupportable. Elle était certaine qu'Olivier était en train de le penser. Elle le savait adossé à son siège, les bras croisés, elle était sûre qu'il l'observait.
Il y avait beaucoup trop de murmures au goût de Violet. A croire que tous les membres pesaient les mots qu'ils étaient autorisés à prononcer ou non, ou bien elle devenait paranoïaque. Elle aurait juste aimé être incluse comme une vraie adulte et non comme une enfant.
Et puis, la situation était exagérée. Pas une personne ne venait le tenir compagnie.
Hermione, Ron et Ginny avaient été envoyés dans leur chambre – à leur grand désarroi. Bill était occupé à adresser quelques mots doux à Fleur Delacour – sa fiancée. Il était maintenant évident qu'il ne lui avait pas donné des cours d'anglais. Tonks semblait bien déprimée. Son père lui avait dit que ses dons de Métamorphomagie s'étaient bloqués depuis la mort de Sirius.
En résumé, personne n'était disposé à s'occuper d'eux.
Des flammes surgirent de la cheminée. Elle se redressa brusquement quand Dumbledore fit son entrée dans le salon. Sa barbe blanche n'avait jamais été aussi longue et ses lunettes en demi-lune reposaient sur le bout de son nez. Dès son arrivée, les membres de l'Ordre prirent place autour de la table.
Évidemment. Le Maître était là.
— Avant de commencer, je souhaite la bienvenue à nos cinq nouveaux membres : Olivier Dubois, Erine Green, Fred et George Weasley et Violet Lupin, déclara Dumbledore en souriant et tout le monde les regarda. Je n'ai aucun doute sur leur loyauté et sur les atouts qu'ils apporteront à l'Ordre du Phénix.
Bien sûr, roula des yeux Violet.
— Pour ceux qui n'ont pas encore été informés, continua Dumbledore, j'ai le regret de vous informer qu'Amelia Bones a été retrouvée morte à son domicile.
— Qui était Amelia Bones ? demanda Erine.
— La Directrice du Département de la Justice Magique, répondit Kingsley Shacklebolt. Elle a toujours défendu Dumbledore et Potter l'année dernière. Elle était un élément important dans le Ministère actuel. C'est un sacré coup pour le Ministère.
— Malheureusement, reprit Dumbledore, j'ai aussi appris à l'instant le meurtre d'Emmeline Vance.
Des exclamations de choc se répercutèrent entre les murs du Terrier. Violet avait un net souvenir d'Emmeline Vance. Elle l'avait croisée à de nombreuses reprises l'année précédente au Square Grimmaurd, elle avait fait partie de la garde rapprochée d'Harry. Emmeline Vance était une membre fidèle de l'Ordre.
Après une minute de silence, Dumbledore dirigea toute son attention sur elle. La réunion était loin d'être officielle, ils étaient là pour leur révéler le secret au sujet d'Harry et elle. Elle mourrait d'envie de connaître cette vérité. Pourtant, elle craignait de l'apprendre. Quel impact cela avait-il pour qu'on les sépare et surtout pour qu'on leur cache ?
— Bien longtemps, il était préférable de vous laisser Harry et vous dans l'ignorance d'un lien qui vous unit. Un lien bien plus puissant que le sang que vous partagez, expliqua Dumbledore et il aspirait l'air à chacun de ses mots. Cependant, les circonstances sont différentes et il est désormais temps que vous appreniez pourquoi, Miss Lupin, votre vie a dû changer.
— Attendez... l'interrompit-elle et toute l'assemblée parut surpris. J'ai assez longtemps caché des choses à Harry. Je refuse d'apprendre cela sans lui. Cela nous concerne tous les deux, je ne peux en savoir plus s'il n'est là pour le savoir avec moi.
— C'est votre choix, Miss Lupin, approuva Dumbledore. En êtes-vous certaine ?
— Absolument.
Personne n'insista. De toute façon, elle n'en aurait eu que faire car une question la titilla. Pourquoi son frère n'était-il pas là ? Hermione était ici, Harry non. Après les précédents événements, elle avait cru que Dumbledore ferait une entorse aux décisions. Elle avait été naïve. La colère monta.
Personne n'insista comprenant parfaitement les raisons de ce choix. Mais toute son attention fut désormais portée sur l'absence de son frère. Hermione était ici mais Harry non. Elle avait cru qu'une entorse serait faite aux décisions précédentes mais elle avait été bien naïve. Elle sentit la colère monter en elle.
— D'ailleurs, où est-il ? demanda-t-elle, sourcils froncés.
Les quelques membres qui s'étaient levés se rassirent.
— Chez votre oncle et votre tante, l'informa Dumbledore avec calme, elle en fut d'autant plus agacée.
— Donc… Vous le laissez encore seul ? Vous le laissez encore faire son deuil seul ? s'énerva-t-elle, il devenait difficile de gérer cette incompréhension persistante. IL A PERDU SON PARRAIN ! ON A PERDU NOTRE ONCLE ET VOUS LE LAISSEZ SEUL !
— Vio, je t'ai déjà expliqué que le sang de Pétunia le protégeait, tenta de la calmer son père, cela n'eut aucun effet.
— Je m'en moque ! Mon frère n'a rien à faire seul ! Je vais aller le chercher. Il vivra avec Oli et moi. Tu es d'accord, Oli ?
Olivier approuva d'un signe de tête, comment aurait-il pu faire autrement ? Premièrement, il était entièrement d'accord avec elle. Harry avait assez subi l'année précédente et il n'était pas humain de l'abandonner à son sort. Deuxièmement, il était incapable de refuser une telle requête à Violet.
D'un sourire, Violet le remercia. De toute manière, il n'avait pas vraiment le choix. Elle se leva et sa chaise bascula en arrière dans un vacarme digne des Mandragores.
— Je vais le chercher.
— Miss Lupin, restez ici, l'arrêta la voix de Dumbledore ce qui figea le reste de l'assemblée. Vous ne le pouvez pas. Les informations que vous refusez d'entendre sans la présence d'Harry vous garderaient ici. Croyez-moi quand je vous dis qu'il est mieux où il se situe à ce moment même.
— Je m'excuse, Professeur, mais j'ai cessé d'avoir confiance en vous depuis la fin de ma troisième année, répliqua-t-elle, bien qu'elle était de plus en plus impressionnée par le Directeur de Poudlard. Mon frère a été assez seul dans sa vie, je doute qu'il soit mieux sans sa famille. Nous avons trop longtemps été séparés. J'ai dix-huit ans, je peux m'en occuper.
— Je vous interdis de le faire.
La voix de Dumbledore était forte, sèche et sévère. Il était clair qu'il lui serait difficile d'aller au bout de sa conviction. Mais difficile n'avait jamais été impossible. Elle regarda une à une les personnes autour d'elle. Nul n'osait se prononcer.
Fol Œil s'impatientait, son œil s'agitait. Violet ne savait pas s'il lui en voulait à elle ou non. Molly et Arthur se retenaient d'intervenir. Bill et Tonks s'observaient mutuellement et ne semblaient pas étonnés de sa réaction. Fleur tapait du doigt sur la table, le menton relevé. Fred et George la soutenaient, leurs visages étaient assez expressifs. Erine semblait partagée, mais elle ne l'inciterait jamais à contredire autant Dumbledore. Son père la jugeait du regard, elle comprenait qu'il la suppliait de se rasseoir. Olivier tentait de l'apaiser en caressant sa main.
Violet était seule face à Dumbledore. C'était elle contre Dumbledore.
Elle s'étouffait dans cette atmosphère. Elle s'étouffait dans l'air qu'elle respirait. Courageuse, mais non téméraire, elle évita les yeux Dumbledore quand elle décida :
— Je vais chercher mon frère, professeur Dumbledore.
— VOUS N'ETES PLUS UNE ENFANT, MISS LUPIN.
Le pouvoir de la voix de Dumbledore était puissant. Violet s'arrêta, la main sur la poignée. Elle se sentait transpercée, envahie par la peur. Elle se retourna. Tout le monde paraissait pétrifié, même les jumeaux ne gigotaient plus.
— En effet, vous avez dix-huit ans et vous êtes une adulte, dit Dumbledore d'un ton qui la fit frissonner. La dernière personne qui n'a pas respecté les décisions n'est jamais revenue.
Une tension se propagea dans toute la cuisine. Des larmes envahirent les yeux de Violet, elle les ravala, emportée dans une fierté. Apeurée, elle continua d'affronter Dumbledore et il poursuivit :
— Alors, si vous désirez revenir dans l'Ordre, vous devez vous tenir aux décisions prises et aux ordres données, peu importe lesquels ils sont.
Les ordres sont les ordres. Les mots de son père prenaient tout leur sens, il avait prédit sa réaction. Cependant, l'histoire que son père lui avait racontée, leur histoire, vivait en elle. Ce fut la goutte qui faisait déborder le chaudron. Avant d'ouvrir la porte, elle prononça :
— C'est ce que vous avez dit à mes parents et leurs amis avant qu'ils ne se fassent tous tuer ?
Assise sur une des grosses racines d'un arbre noueux, Violet accrocha ses cheveux en un chignon rapide. Ses boucles fusionnaient avec ses larmes et commençaient à coller à sa peau. C'était désagréable et un rien l'irritait. C'était soit cela, soit elle coupait ses cheveux. Elle tenait bien trop à ses boucles pour en arriver là.
Un gnome l'insulta et elle pointa sa baguette sur lui pour le menacer.
— Tais-t…
Des pas dans l'herbe sèche la firent sursauter.
Qui était assez courageux pour l'affronter alors qu'elle était aussi furieuse qu'un centaure ?
— Tu as eu la sagesse de rester ici ? demanda la voix de Bill et elle était plutôt soulagée que ce soit lui.
— Je crois que je n'ai pas le choix de me soumettre aux ordres, mais a-t-on déjà eu le choix ?
Sa question était rhétorique, il ne lui répondit pas. Bill s'adossa au tronc de l'arbre et une autre personne s'assit juste à côté d'elle. Tonks. Au moins, aucun d'eux ne lui ferait la morale. Bill et Tonks étaient l'un comme l'autre compréhensifs. Probablement parce que ni l'un ni l'autre ne s'était tenu aux rouages.
— Je te promets que si je pensais qu'il était préférable qu'Harry soit avec nous, j'aurais monté ma propre garde rapprochée pour aller le chercher, lui garantit Tonks.
— Nous pouvons t'expliquer, reprit Bill. Ce serait plus simple pour toi de comprendre.
— Non, Bill. J'apprécie ta proposition, mais je ne le veux pas. Pas sans Harry.
Tout était bien assez pour elle. Elle mourrait d'envie de savoir, mais elle devait rester sur sa position. Si tous s'obstinaient à lui poser la question, elle craignait bien de craquer.
— Pourquoi est-ce vous ? les interrogea-t-elle, curieuse de la prise de décision.
— Remus a sauté de sa chaise quand tu as claqué la porte, expliqua Tonks en grimaçant. Il s'est assuré que tu ne transplanais pas. Si cela avait été le cas, tu te serais pris une sacrée beuglante, ma pauvre. Il était très énervé.
— Heureusement que j'ai dix-huit ans, marmonna-t-elle en roulant des yeux.
— Tu restes sa fille, ricana Bill. Maman aurait fait de même pour nous, peu importe notre âge.
De petits rires les accompagnèrent. Les parents...
Cependant, elle attendait toujours la réponse à sa question. Jusque-là, tout était évident. Violet était persuadée qu'un plus grand débat avait dû suivre son départ.
— Olivier, Erine et les jumeaux étaient prêts à venir te voir, Dumbledore les a arrêtés, continua Bill. Il a demandé à Kingsley de prendre en charge les prochaines réunions, car il avait d'autres missions à gérer de son côté. Avant de partir, il a ajouté que ta présence dans l'Ordre pouvait être remise en question ce qui a un peu agacé Erine.
— Remus a préféré ne pas se prononcer, il craignait de ne pas être objectif, prit le relais Tonks. Kingsley a plaisanté en remarquant que tu avais bien le caractère de tes parents. Ça n'a fait rire que nous. Molly et Arthur pensent que tu n'es pas encore prête. Fol Œil pense que ce n'était qu'un cas exceptionnel étant donné le sujet fâcheux. Tes amis t'ont défendue, sans aucun doute.
— Fleur t'a trouvée bien courageuse, ajouta Bill, un sourire figé sur le visage. Et nous, nous estimons que ta place est avec nous. Nous en sommes persuadés. Alors... Remus a trouvé préférable que ce soit nous qui venions. Nous sommes proches mais pas trop. Il pense que tu te serais énervé contre lui ou tes amis, ils étaient d'accord.
Elle était partagée entre satisfaite qu'ils la connaissent aussi bien et qu'ils l'aiment assez pour prendre la décision de rester à l'écart, mais aussi perturbée qu'ils la pensent impulsive. Peut-être n'avaient-ils pas si tort après tout elle venait de tenir tête au plus grand sorcier de tous les temps, après Merlin, bien sûr.
Elle s'agita. La nuit au Ministère la secoua, encore. Le sous-entendu de Dumbledore à l'égard de Sirius. Les préoccupations de tous. Ce soudain intérêt sur la révélation du secret. Le Ministère… Violet était sûre d'avoir vu Voldemort lancer le sortilège, elle avait entendu le Avada Kedavra, elle avait vu l'éclair vert toucher Harry.
Pourquoi était-il encore en vie ? Il n'était pas le Survivant que d'une nuit.
— C'est si grave que cela ? s'enquit-elle.
— Quoi donc ? demandèrent-ils d'une même voix.
— Ce qu'Harry et moi ne savons pas.
— Ça l'est... répondit Bill avec regret. C'est aussi essentiel dans cette guerre.
Tout était compliqué. Elle s'était crue capable de mener cette bataille et d'être active dans la guerre. La réalité la rattrapait. Peut-être avait-elle le caractère de ses parents, mais elle ne semblait pas aussi impliquée.
Elle avait peur, réellement peur. Est-ce que ses parents avaient eu peur ? Probablement pas, ils étaient de vrais Gryffondor.
Violet s'étira en coupant sa respiration. Si elle arrêtait de respirer, ses pensées s'arrêteraient aussi.
Elle croisa les yeux bleus de Bill. Sa vie était beaucoup plus joyeuse que la sienne à cet instant précis.
— Alors un mariage ? sourit-elle, malgré le fait que Fleur avait bien trop de manières de Beauxbâtons pour qu'elle l'apprécie pleinement.
— Oui, répondit-il et le bonheur était marqué sur son visage. Je l'aime vraiment beaucoup, elle est... Exceptionnelle. Fleur est beaucoup plus que son apparence. J'espère que ma famille s'en rendra rapidement compte.
— Ne t'en fais pas, se moqua Tonks. Ron et les jumeaux l'apprécient beaucoup.
— D'accord, que ma mère et Ginny en prennent conscience, se corrigea Bill. Nous prévoyons de nous marier l'année prochaine, vous êtes bien entendu invitées !
— Faire la fête et célébrer l'amour en temps de guerre. Nous viendrons avec joie ! s'exclama-t-elle en donnant une tape dans l'épaule de Bill. Félicitations !
Elle était sincère, le bonheur de Bill comptait pour elle. Et Fleur... Fleur ne devait pas être si terrible si Bill l'aimait autant. Tout comme Cho qu'elle n'avait pas apprécié les premières années, elle devait juste apprendre à la connaître.
Ah… Les apparences, elles étaient si trompeuses. Ces dernières étaient tellement importantes. Notre physique et nos réactions influençaient le jugement de l'entourage. Grâce à son père, elle avait appris que l'apparence n'était pas fiable. Il fallait toujours voir au plus profond des personnes. Pourtant, elle avait toujours besoin d'une remise en question pour s'en rendre compte. Quelle image renvoyait-elle ?
— Vous trouvez que je réagis comme une enfant ?
— Non, répliqua Bill, trop spontanément pour mentir. Tu réagis comme une personne en colère d'avoir perdu autant de proches et qui a peur pour ceux qui lui restent.
— MAIS POUR CE SOIR ! les interrompit Tonks dans cet élan de déprime. J'ai peut-être une idée pour toi, Violet. Tu nous couvres, Bill ?
Bill imita un air sévère et Tonks agita ses bras pour le défaire de n'importe quelle pensée.
— Promis, nous n'allons pas chercher Harry.
— Soyez prudentes.
Bill leur sourit du même air malicieux que Fred et George. Quand il retrouva la porte du Terrier, Tonks lui attrapa la main et elles disparurent dans un plop.
— J'aurais apprécié que tu me donnes l'endroit et que je transplane par moi-même, dit Violet en se tenant la tête quand elles arrivèrent à destination. Je n'ai jamais...
Les lieux lui coupèrent la parole. Elle aurait pu s'attendre à mille endroits, celui-ci ne lui aurait pas traversé l'esprit. La statue de sa famille déchirée était devant elles. Tonks l'avait amenée à Godric's Hollow pour une raison inconnue.
Une chose était sûre, Tonks était fière d'elle. Elle s'approcha de Violet et lui fit un signe de tête pour lui demander de la suivre. Violet connaissait le chemin : elles se dirigeaient vers le cimetière.
— Ecoute, Tonks… Je n'ai pas vraiment…
— J'ai réfléchi avec ma mère d'une manière de rendre hommage à Sirius.
D'habitude, Violet détestait qu'on lui coupe la parole. La voix triste de Tonks l'empêcha de s'énerver.
— Je... Il était mon cousin. Finalement, je ne l'ai que peu connu. Mais ma mère l'adorait, ils étaient très proches, tu sais ? Avant… Les deux Black, indignes de la Noble Maison ! J'ai appris à le connaître à travers ma mère et lors de cette courte année.
— Nous n'avons pas besoin de beaucoup de temps pour s'attacher à une personne, tu sais, la rassura Violet en ouvrant le portail du cimetière. Il n'y a pas de règle, et quand bien même… Les règles sont faites pour être brisées.
— Tu n'as pas tort, admit Tonks, ses cheveux prirent une teinte rosée avant de se ternir. Mais... Je suis en quelque sorte responsable de la mort de mon cousin. Si j'avais réussi à maîtriser Bellatrix, il serait encore en vie.
— Ne dis pas n'importe quoi ! Tu n'es pas responsable, certainement pas ! Tu as bien assez avec ta tristesse, ne va pas t'encombrer de la culpabilité.
C'était toujours plus facile à dire qu'à exécuter. Elle-même ne l'appliquait pas. Elles arrivèrent devant la tombe de ses parents et d'un automatisme, Violet se baissa pour faire apparaître des lys et des violettes.
— Tu as donc trouvé ? demanda Violet.
— Oui. J'en ai discuté avec Remus et il a eu l'idée de venir ici, expliqua-t-elle. Etant donné les temps actuels, il était préférable qu'on ne soit pas trop. J'ai voulu lui laisser ma place, mais il pense que j'en ai plus besoin que lui... Ce Remus alors...
— Et donc ? la coupa Violet, elle ne voulait vraiment pas que le sujet dérape sur sa relation avec son père.
— Oui, bien sûr. Harry devrait être présent mais... Bref, si tu acceptes nous pourrions inscrire Sirius sur la pierre tombale de Lily et James.
Pourquoi n'y avait-elle pas pensé ? Après toutes ces années à Azkaban, Sirius était mort prématurément et n'avait pu avoir les funérailles qu'il méritait. Cette idée était. Après tant de séparation, Sirius méritait de reposer auprès de celui qui avait été son frère de cœur et celle qui avait été sa meilleure amie.
Elle approuva d'un signe de tête et Tonks parut ravie. Toutes les deux se positionnèrent à l'arrière de la pierre tombale et Tonks murmura de multiples sorts. Enfin elle agita sa baguette de manière à former des lettres : « SIRIUS »
— Sirius 'Patmol' Black, précisa Violet.
Tonks sourit. Les mots se formèrent. Puis, Tonks formula de nouveaux sorts que Violet ne parvint pas à distinguer. Tonks fit ensuite apparaître des roses et elle se releva.
Sirius 'Patmol' Black
1958 – 1996
C'était parfait.
— Avec les sorts que j'ai lancés, seules les personnes qui aiment réellement Sirius pourront voir les inscriptions.
— Tu es formidable, Tonks.
— Tu vas un peu mieux ?
Violet acquiesça.
— Bien on ne devrait pas tarder, on risquerait d'attirer l'attention. J'aimerais qu'on aille à un dernier endroit.
Le ventre secoué, Violet mit du temps à lâcher la main de Tonks. Contrairement au voyage précédent, elle ne reconnut pas les lieux. Elles étaient dans un quartier pavillonnaire où toutes les maisons étaient identiques. Elle trouva que cela manquait de charme. Toutes ces petites maisons et le manque d'originalité lui firent penser qu'il s'agissait d'un endroit Moldu. Il ne pouvait en être autrement.
Le quartier lui rappelait celui des Green. Bien que celui des Green étaient plus charmants et les lieux plus beaux.
Tonks lui désigna un panneau « Privet Drive », elle s'attendait apparemment que celui apporte un indice. Il n'en était rien. Que cherchait-elle ? Elles marchèrent le plus naturellement possible, avec leur cape sur le dos, et s'arrêtèrent devant le numéro 4.
Violet tenta d'apercevoir à travers les fenêtres des habitants. Elle se figea quand une dame au long cou passa devant. Une boule dans son estomac se formait, Tonks ne pouvait pas l'avoir amenée ici. Elle avait promis à Bill.
Elles transplanèrent à nouveau. Tonks et Violet étaient au même endroit, dans le jardin. Elles se cachèrent derrière un buisson, Tonks pointa du doigt une fenêtre à l'étage d'où une lumière s'échappait.
— C'est la chambre d'Harry, chuchota Tonks.
— Pourquoi m'as-tu amenée ici ? demanda Violet. Si Dumbledore l'apprend, il va...
— Dumbledore ne veut pas qu'on vienne chercher Harry, il n'a jamais dit que tu n'avais pas le droit de voir où il vivait. Mais si cela pouvait rester entre nous, cela m'éviterait des ennuis.
— Depuis quand t'inquiètes-tu de t'attirer des ennuis ? se moqua-t-elle.
— Il paraît qu'on s'assagit avec l'âge, répondit Tonks d'un clin d'œil. Je suis d'accord qu'Harry n'a pas sa place, ici. Mais ses Moldus lui donnent à manger et le nourrissent. Si tu voyais l'intérieur, c'est vraiment très propre. Moi qui croyais que l'environnement Moldu était aussi cochon que mon père... Bref, ce ne sont pas les meilleurs Moldus, mon père en connaît des bien plus sympathiques mais... Il n'est pas à Azkaban non plus... Je sais ce que tu penses, mais pour le moment, il est mieux ainsi.
En effet, elle était loin d'être convaincue. Le fait que cela pouvait être pire ne la rassurait pas. Cependant, elle ne pouvait pas dire que l'environnement était mauvais – ce qui n'était pas psychologique du moins.
Elle sursauta quand Harry ouvrit la fenêtre pour sortir Hedwige. Les yeux émeraude de son frère perçaient dans l'obscurité. Malgré l'absence de sourire sur son visage, elle ne pouvait que constater qu'il allait bien.
— Tu vas pouvoir profiter de tes vacances, dit Tonks d'un sourire. Et si cela peut te rassurer, on est quelques-uns à faire un rapide passage par ici pour s'assurer que Harry se porte bien. Envoie-lui un hibou souvenir cela illuminera sa journée.
— Merci, Tonks. Merci.
Leur escapade se termina ici. A un endroit qu'elle n'avait jamais connu, mais qui la propulsait dans la vie de son frère. Tout cela grâce à Tonks. Elle lui serait éternellement reconnaissante.
