Bonsoir à toustes !
Je passe juste vous souhaiter une très belle année 2024, et vous laisse en compagnie de ce mini chapitre à lire.
À très vite !
F.
Décembre, les marchés de Noël, les lumières de la ville. Cette ambiance magique liée au froid, à la neige, aux odeurs de cannelle et de clou de girofle mêlées à celle du fromage des raclettes et autres fondues. Nos pas claquent dans les rues. Intérieurement, je me fais la réflexion inutile qu'on n'entend jamais le son de ses pas sur les pavés en plein été. Peut-être est-ce un phénomène atmosphérique dû au froid qui les fait résonner différemment, ou les semelles plus épaisses des nos chaussures d'hiver. On vient de quitter l'ambiance surchauffée du petit restaurant collé entre le bâtiment mythique du palais de l'isle et la rivière qui traverse la vieille ville. Le froid me mort les joues et le bout du nez, seules parties visibles de ma peau, mais ça fait du bien. Une fine couche de neige saupoudre les toits autour de nous, et par endroit, l'or blanc gèle sur les barrières métalliques des ponts.
Tout compte fait, Lexa avait raison. Un mois, ce n'était pas si long. D'autant plus qu'elle m'a fait la merveilleuse surprise de venir me retrouver le temps de ses vacances. Il nous aura fallu traverser le monde, aller nous perdre au sommet d'une montagne, dans un monastère bouddhiste pour arriver à briser le silence qui entourait nos visions, mais on a finalement réussi à en parler. Je prends une grande goulée d'oxygène, profitant de cet instant paisible avec ma petite amie. L'air me brûle les poumons avant de ressortir en volute blanche. Lexa paraît tout autant perdue dans ses pensées que moi.
Mes soupçons se sont vite révélés exacts quant à la nature de ses cauchemars. Il ne m'a pas fallu plus de quelques nuits pour déceler chez elle ce même désarroi auquel je suis maintenant habituée. Se réveiller, chercher quelque chose qui n'est pas là. Ne pas comprendre, se détacher d'une autre réalité. Une douloureuse réalité. Comment oublier cette fois où je l'ai entendu prononcer mon prénom au milieu de la nuit, comme si elle s'adressait à une autre que moi, avec une voix qui n'était pas la sienne. Une voix qui m'était pourtant bien familière, l'ayant souvent entendu dans mes propres rêves. Et juste avant que je n'embarque pour le Japon, c'est dans un langage inconnu qu'elle s'exprimait en dormant. Notre proximité accentue sans aucun doute ses visions. J'imagine qu'il est vain de chercher une explication scientifique à ce phénomène. C'est pourquoi je me suis tournée vers la spiritualité pour tenter de comprendre. L'apparition de Lexa à Kyoto m'a convaincue d'aller chercher des réponses au sommet du mont Koya.
Si l'expérience n'a pas été concluante, elle nous aura au moins rapprochés. Savoir que nous partageons ce fardeau me rend plus forte. Au-delà de la confirmation que le problème ne vient pas de moi, et donc que je ne suis pas folle (non que j'ai jamais sérieusement envisagé cette possibilité), la connexion évidente entre nos esprits attise ma curiosité et ma détermination à découvrir le fin mot de l'histoire. Lexa demeure réservée sur le sujet, je la soupçonne d'être morte de trouille, comment pourrais-je la blâmer ? L'avantage, c'est qu'on a tout le temps devant nous maintenant, alors hors de question de la brusquer.
C'est avec une confiance infinie en nous et en notre avenir que je marche dans les rues pavées, m'émerveillant des reflets brillants que les guirlandes positionnées sur les ponts renvoient dans l'eau immobile du canal. C'est pourquoi je ne réagis pas immédiatement lorsque je détecte un subtil changement de comportement chez Lexa. À mi-chemin entre le restaurant et la voiture, sa main presse sur la mienne de façon anormale. Fini la paix intérieure, mes pensées s'envolent comme une nuée d'oiseaux devant le danger. Attentivement, j'affûte mes sens pour tenter de comprendre la raison de ce soudain signe d'alerte. Notre route dévie, elle tente prudemment d'éviter quelque chose, mais je ne vois toujours rien.
C'est la voix macabre qui s'élève de la ruelle derrière nous, qui me fait prendre conscience de la présence de l'homme, caché dans l'obscurité.
— Lexa.
Je plisse les yeux pour tenter de distinguer quelque chose. Il ne fait aucun doute que je ne le connais pas. Un large manteau marron dissimule sa silhouette, ainsi que la capuche qui lui tombe jusqu'au milieu du front. Qui est-ce, et comment connaît-il Lexa ? Il fait quelques pas en avant en boitant légèrement, dévoilant sa haute silhouette. Sa posture assurée sous son vêtement austère lui donne un air inquiétant. Mais au-delà de la peur qu'il provoque en moi, quelque chose attisa ma curiosité, un je-ne-sais-quoi qui me dit que cet homme est important. Lexa prend une rapide inspiration, hésite, et se détache imperceptiblement de moi avant de répondre.
— Papa ?
Celle-là je ne l'avais pas vu venir...
