Prompt : Les garçons perdus
Le petit fleuriste.
Izuku tenait un petit magasin de fleurs, il avait suffisamment de clients pour que sa boutique fonctionne et ça lui convenait parfaitement. Il avait fini par faire une croix sur le métier de super-héros. Quand on n'avait aucun pouvoir, on n'avait pas trop le choix d'abandonner, malgré tous les efforts qu'on pouvait faire. Izuku se sentait nostalgique, il le serait toujours, quelque part en lui, il y aurait cette part de regret. Mais on ne pouvait pas toujours réaliser ses rêves, et Izuku aimait bien son petit magasin, il s'était habitué à cette vie.
Ce matin-là la boutique était plutôt calme et Izuku en profitait pour prendre soin des plantes, jusqu'à ce que la clochette de la porte résonne et qu'il se tourne vers son client – qui était une cliente.
— Bonjour, dit-il.
La jeune femme brune lui sourit :
— Bonjour.
Izuku était du genre timide avec les gens, ses années collège l'ayant rendu méfiant et il avait eu très peu d'amis, voire pas du tout. Pourtant quand il était dans sa boutique, il savait se montrer tout de suite professionnel :
— Vous désirez un conseil ?
— Oh non c'est bon, je vais juste regarder.
Izuku acquiesça et la laissa donc déambuler dans le magasin. Il recommença à s'occuper des fleurs, allant presque jusqu'à oublier la présence de la jeune femme qui se faisait discrète. Izuku se retourna de nouveau vers la porte quand la clochette retentit une deuxième fois. Il commença à ouvrir la bouche pour dire bonjour, mais se figea, se retrouva paralysé au milieu de son magasin, incapable de prononcer le moindre mot. L'homme qui venait de faire son apparition ne parut même pas s'en rendre compte, ses yeux trouvèrent ceux de la jeune femme et il questionna :
— Tu as trouvé quelque chose ?
La voix de l'homme provoqua des frissons à Izuku. Sans savoir si c'était agréable ou désagréable.
— Non, chéri, je regarde.
Izuku eut un hoquet en entendant le mot « chéri » et l'homme dont les cheveux blonds paraissaient coiffés comme après une explosion posa enfin son regard sur lui.
Impossible d'oublier ces yeux rouges. Ce froncement de sourcil suspicieux. Izuku le vit, le moment où l'homme réalisa qui il était.
— Deku ! lâcha-t-il.
Izuku par habitude sentit ses jambes flageoler un peu. Cela faisait des années qu'il n'avait plus entendu ce surnom, sans savoir si ça lui avait manqué ou pas. Il était souvent accompagné de brimades, surtout de la part de cet homme qui se tenait face à lui. Son corps n'oubliait pas la trouille qu'il avait pu parfois ressentir, mais son cœur se rappelait également de l'admiration qu'il avait toujours éprouvée pour lui.
L'homme le regarde de bas en haut et fit le tour de la boutique avec son regard acéré et eut un sourire mauvais :
— Alors comme ça t'es devenu un banal fleuriste ! En même temps, qu'est-ce que tu aurais pu faire d'autre à part d'être un naze sans Alter ?
Il n'avait pas changé, pensa Izuku. Mais ses mots le sortirent de sa paralysie.
— Merci Kacchan, bonjour à toi aussi, et toi comment te portes-tu ? réussit-il à dire.
L'homme allait ouvrir la bouche pour répliquer, mais la jeune femme fut la première à intervenir :
— Kacchan ? interrogea-t-elle.
— Laisse tomber Ochaco, un surnom débile, donné par un nul.
— Vous vous connaissez tous les deux ?
— On est ami d'enfance, bredouilla Izuku.
— C'est ça, ami d'enfance, ricana l'homme.
La jeune femme les scruta tandis qu'ils ne se quittaient pas des yeux, comme s'ils avaient un langage secret qui ne passait que par le regard. Elle se demanda si elle devait intervenir ou les laisser tranquilles. Elle finit par choisir la deuxième option et regarda autour d'elle, jusqu'à ce que ses yeux tombent sur une jolie plante carnivore.
— Katsuki, interpella-t-elle, tu penses quoi de celle-là ? Ça ferait un chouette cadeau non ?
Seulement à ce moment-là, Katsuki détourna la tête pour regarder Ochaco qui pointait la plante du doigt. Il haussa les épaules.
— C'est toi qui vois, lui dit-il.
Ochaco prit le pot dans ses mains et l'examina sous toutes ses coutures. Katsuki se tourna à nouveau vers Izuku. Ce dernier n'ignorait rien de la popularité du blond. Il était entré à Yuei, avait prouvé son talent, sa force et son formidable héroïsme. On le voyait souvent à la télé. Et même si Izuku ne l'avait pas reconnu immédiatement, la brunette du nom d'Ochaco aussi était plutôt connue. Seulement, Izuku ne savait rien des relations amoureuses de Katsuki, il s'était contenté de prendre des notes sur ce qu'il pouvait voir dans les médias à son propos.
Quand il était au collège, il l'avait vu comme un modèle, il avait même cru pouvoir le rattraper. Mais tous ses rêves et ses espoirs avaient été écrabouillés. Un sans Alter n'était bon qu'à devenir fleuriste, Katsuki avait raison.
Il finit par se détourner de son ami d'enfance pour se concentrer sur Ochaco.
— C'est une dionaea muscipula, précisa-t-il, normalement c'est assez facile d'entretien et c'est pratique contre les mouches. C'est un bon cadeau.
La jeune femme lui sourit. Izuku se sentit galvanisé. Oui il n'était pas un super-héros mais il connaissait parfaitement bien les plantes et il faisait bien son métier. Katsuki pouvait le traiter de naze, il s'en fichait.
— T'as pas changé Deku, lança le blond, toujours aussi nerd.
— Et toi toujours aussi aimable, rétorqua-t-il en se tournant de nouveau vers Katsuki.
Son ami d'enfance lui répondit par un sourire en coin. Puis son attention se posa de nouveau sur Ochaco :
— Tu t'es décidée ?
La jeune femme acquiesça.
— On va prendre ça, dit-elle à l'adresse d'Izuku.
Le fleuriste emballa le pot dans du papier transparent, encaissa l'argent et donna quelques conseils pour prendre soin de la plante. Ochaco lui souriait, Katsuki les mains dans les poches avait un air renfrogné, mais il ne détachait pas ses yeux d'Izuku.
— Merci… Deku ? fit la jeune femme.
— Izuku Midoriya, se présenta-t-il.
— Deku c'est bien aussi, fit Katsuki.
Ochaco observa son petit ami et le dénommé « Izuku Midoriya », en se questionnant sur leur relation et leur passé.
— Deku c'est bien aussi, lâcha Izuku.
Ochaco acquiesça, puis Katsuki vint prendre sa main libre pour la conduire jusqu'à la sortie. Le blond jeta un dernier regard à Izuku puis ils quittèrent la boutique et disparurent dans la rue.
Izuku sentit ses jambes le lâcher et se retrouva assis sur le sol de son magasin, à reprendre son souffle. Cela faisait combien d'années qu'il n'avait plus vu Katsuki ? Pourquoi fallait-il qu'il lui fasse toujours autant d'effet même après tout ce temps éloigné de lui ?
Le passé lui revint en pleine face.
La façon dont il poursuivait Katsuki, l'admirait, souhaitait le rejoindre malgré son manque d'Alter.
Comment il avait raté l'examen de Yuei parce qu'un sans Alter ne pouvait rien faire pour sauver quiconque. Il avait fini dans un lycée banal. Il aurait pu devenir policier, mais être aussi proche des super-héros sans pouvoir en être un lui brisait trop le cœur. Et comme les fleurs avaient leur propre langage, il s'était réfugié dans ce nouveau monde.
Izuku avait vu Katsuki dans les médias, il l'avait vu sauver des tas de gens, il avait pris des notes sur lui tout en sentant son cœur se serrer, parce que le blond lui était devenu presque aussi inaccessible qu'All Might.
Et voilà qu'il se retrouvait dans son petit magasin, et qu'ils se rencontraient à nouveau. Ce crétin de Kacchan semblait ne pas avoir changé, mais bon sang, Izuku ne remarquait que maintenant à quel point il lui avait manqué.
Alors comme ça le blond avait trouvé une petite amie ? Et pourquoi pas après tout ?
Izuku ne put empêcher une pointe de jalousie monter dans son cœur, mais il l'étouffa. C'était ridicule.
Il ne le reverrait sans doute jamais.
Izuku réussit à se relever et à faire comme si rien ne s'était passé. Il recommença à prendre soin des plantes et tenta d'oublier ce qu'il venait de se passer.
Une semaine somme toute plutôt banale passa. Izuku fit un bon chiffre d'affaires, et ses clients les plus fidèles vinrent lui rendre visite. Sa gentillesse et ses connaissances faisaient qu'il enchantait souvent les gens, et les fans de fleurs et de plantes avaient pour habitude de revenir. Discuter avec sa clientèle, conseiller ceci ou cela, préparer des bouquets, lui permettait de ne plus penser à la visite impromptue de Katsuki et de sa petite amie. Petit à petit, cela ne deviendrait qu'une anecdote et sans totalement l'oublier, Izuku rangerait ça dans le tiroir souvenir de son cerveau.
C'est ce dont il essayait de se persuader jusqu'à ce que la clochette sonne et que Katsuki entre une nouvelle fois dans sa boutique. Izuku sentit son cœur chavirer et fut incapable de la moindre politesse, il attendit juste que son ami d'enfance dise pourquoi il revenait. Le blond le scruta un moment avant de dire :
— Tu ne dis pas bonjour ?
Izuku se racla la gorge :
— Bonjour.
Puis retrouvant son professionnalisme demanda :
— As-tu besoin d'aider pour quelque chose ?
— Je voudrais acheter un bouquet, dit-il, quelque chose qui plairait à Ochaco.
— Et qu'est-ce qui plait à Ochaco ?
Katsuki haussa les épaules.
— Je te laisse décider.
— Je suis censée connaître les goûts de ta petite amie ?
— C'est toi le fleuriste.
— Oui, fleuriste, pas magicien.
— Fais juste un joli bouquet.
— Et pour le budget ?
— Fais comme tu le sens, je paierai.
Izuku ne put retenir un soupir et Katsuki grogna :
— C'est comme ça que tu traites tes clients ?
Le fleuriste préféra ne rien dire et décida de faire un joli bouquet pour Ochaco. Il était doué pour marier les fleurs entre elles et faire de belles compositions. Quand le bouquet fut prêt, il le montra à Katsuki :
— Est-ce que ça te convient ?
Le blond regarda à peine le bouquet, les yeux rivés sur Izuku :
— Et toi, est-ce que ça te convient ?
— Pardon ?
— D'être fleuriste.
Izuku avait envie de lui cracher à la figure que le naze sans Alter ne pouvait pas espérer mieux, mais il répondit calmement :
— Oui. C'est un bon métier. Et je rends des gens heureux.
— D'accord, fit Katsuki l'air peu convaincu.
Il prit le bouquet et paya. Alors qu'il s'éloigna, Izuku l'interpella :
— Et toi alors ? Tu as réalisé ton rêve non ? Comment tu te sens ?
Katsuki regarda Izuku et le fleuriste crut voir dans ses yeux des regrets, mais il dut halluciner parce que la seconde d'après Katsuki lui souriait de toutes ses dents, carnassier, et beuglait :
— Très bien ! Je ne suis pas un naze comme toi, moi.
Izuku le regarda quitter son magasin et sentit peu à peu son cœur se calmer.
Assit devant sa télé, mangeant une boîte de ramen, Izuku regardait les informations, on ne tarissait pas d'éloges Dynamight et de ses exploits. Izuku avait du mal à se dire que ce super-héros qu'il voyait à la télévision était venu dans sa petite boutique plus tôt dans la journée. Il soupira et éteignit son poste. Il ne put s'empêcher de se demander si Ochaco avait aimé le bouquet de fleurs. Sans doute.
Katsuki avait l'air de prendre soin de sa petite amie, c'était une bonne chose.
Izuku avala son pot de ramen, et appela sa mère pour se changer les idées. Qu'il soit super-héros ou fleuriste ou n'importe quoi d'autre, il sentait la fierté dans sa voix. Cela le consolait un peu quand il se sentait trop nostalgique comme ce soir-là. Inko l'aimait envers et contre tout et elle était bien la seule. Izuku était plutôt solitaire, et même s'il avait une bonne clientèle, personne ne s'intéressait réellement à lui.
Parfois il se sentait vraiment seul.
Les choses auraient-elles été différentes s'il avait eu un Alter ? Aurait-il été plus entouré ? Est-ce que Katsuki l'aurait regardé pour de vrai ?
Izuku était à peu près sûr que oui pour les deux premières questions. Pour la troisième… c'était plus compliqué.
Il feignit la bonne humeur en parlant à sa mère, il ne mentionna pas la visite de Katsuki dans sa boutique, et quand il raccrocha, il décida d'aller se coucher. Demain était un autre jour.
La première visite de Katsuki dans le magasin d'Izuku était une pure coïncidence, la deuxième pouvait être un simple hasard – Katsuki ne connaissait peut-être pas d'autres fleuristes – mais quand une semaine après, la clochette résonna pour le faire apparaître sur le seuil de la boutique, le cœur d'Izuku se serra dans sa poitrine et un espoir stupide se mit à naître dans son âme. Une petite flamme qu'il moucha pour ne pas se faire du mal. Katsuki ne faisait pas exprès de venir, il fallait qu'il s'enfonce ça dans le crâne.
— Bonjour, fit Izuku, je peux te renseigner ?
— Ochaco a adoré ton bouquet, si bien qu'elle voudrait que j'en achète pour ses deux meilleures amies.
Izuku regarda derrière Katsuki, s'attendant à voir Ochaco entrer à son tour. Le blond surprit son regard et expliqua :
— Elle est actuellement en mission, c'est donc moi qui fais ses commissions.
Izuku eut un petit rire à cette affirmation, Katsuki leva un sourcil :
— Quelque chose t'amuse ?
— C'est que… Je ne pensais pas qu'un jour tu accepterais de faire les commissions de qui que ce soit. Tu dois vraiment beaucoup l'aimer.
Et cette affirmation mit fin au sourire d'Izuku quand il la prononça. Katsuki devait vraiment l'aimer elle. Katsuki se contenta d'un haussement d'épaules :
— Elle sait se montrer persuasive, mais je ne suis pas là pour parler d'elle.
— Je suppose que tu ne connais pas le goût de ses meilleures amies ?
— Fais juste comme tu as fait la dernière fois, je suis sûr qu'elles seront ravies.
Izuku retrouva un petit sourire :
— Tu ne t'intéresses pas du tout aux fleurs, constata-t-il.
— J'ai autre chose à faire, maugréa Katsuki.
Le fleuriste commença à composer deux bouquets. Il les fit différents en se disant qu'au moins elles pourraient choisir leurs préférés. Il y prit du plaisir, parce qu'il aimait ça, s'occuper de faire de beaux bouquets, marier les fleurs entre elles. Il n'était pas devenu un super-héros mais il pouvait essayer de faire sourire les gens en leur offrant un peu de beauté. Katsuki ne le quitta pas des yeux, le regarda faire sans rien dire, le visage placide. Izuku aurait bien aimé avoir le fond de ses pensées, il se sentait un peu gêné d'être observé ainsi et n'arrivait pas à lire sur le visage de Katsuki ce qu'il se passait dans sa tête.
Quand les deux bouquets furent prêts, il encaissa l'argent de Katsuki. Ce dernier prit les deux bouquets assez peu délicatement et s'apprêta à quitter le magasin quand Izuku l'appela :
— Kacchan ?
Le blond s'arrêta, sans se retourner, se tenant sur le seuil prêt à partir, mais toujours là.
— Tu vas bien ?
La question était plus profonde qu'elle en avait l'air. Ce que voulait demander Izuku c'était « est-ce que ta vie te convient ? Est-ce que tu es heureux ? Est-ce que tu as atteint ton objectif ? ». Katsuki sans un regard se contenta de dire :
— Merci pour les bouquets.
Et sans répondre à la question, il sortit du magasin et s'éloigna.
Izuku soupira. Quelle question stupide, bien sûr que Katsuki allait bien.
Lui-même n'avait pas la vie rêvée, mais s'en sortait plutôt pas trop mal. Ça aurait pu être bien pire.
Une nouvelle semaine passa, un instant Izuku se prit à espérer qu'à chaque bruit de clochette, Katsuki apparaisse sur le seuil, mais ce ne fut jamais le cas. Voilà, il était vain et stupide d'espérer. Il ne le reverrait sans doute jamais, à part à la télé où on vanterait ses mérites et afficherait tous les gens qu'il aura sauvés. La place d'Izuku était dans sa boutique, entouré de ses fleurs comme amies. Loin, très loin du monde des super-héros.
Sa nostalgie ne s'effacerait jamais complètement, mais au fur et à mesure des jours sans visite de Katsuki, Izuku réussit à reprendre du poil de la bête et à mettre cet épisode de côté. Il était loin de se douter que s'il ne pouvait aller dans le monde des super-héros, le monde des super-héros viendrait à lui.
Les jours avaient passé sans que rien de notable ne se passe, Izuku se levait le matin, allait tenir sa petite boutique, il rentrait le soir, mangeait, se lavait, prenait des notes sur de nouveaux ou anciens super-héros en regardant la télévision, puis allait se coucher. Le week-end, il passait souvent voir sa mère (et son père quand ce dernier était présent ce qui était toujours aussi rare). Sa vie était réglée comme du papier à musique et ne comportait que peu d'imprévus. Katsuki avait peut-être été une bombe dans sa vie bien rangée, mais Izuku pensait ne jamais le revoir, et donc c'était fait une raison (ou en tout cas il essayait).
Ce jour-là, tout avait bien commencé, il avait vendu plusieurs plantes et bouquets, avait un peu discuté avec une femme passionnée par la flore. Il était néanmoins seul dans boutique quand il entendit les cris. Des cris de peurs. Il aurait dû se planquer au fond de sa boutique, se caler sous le comptoir et attendre que ça passe, que les super-héros agissent, mais Izuku ne pouvait pas faire ça. Son corps bougea tout seul et trois secondes plus tard, il était dans la rue à regarder un vilain géant faire des dégâts dans la ville. Les gens courraient, se bousculaient, et le regard acéré d'Izuku vit très vite l'enfant qui allait se faire écraser et que personne ne remarquait. Ses jambes bougèrent immédiatement et évitant la foule qui courait en sens inverse, il se jeta dans la masse et poussa l'enfant sur le côté pour prendre sa place. Il n'avait pas réfléchi, il avait juste agi au mieux, au plus vite. Il leva les yeux vers l'immense pied qui se dirigeait droit sur lui. Izuku ferma les yeux, il allait mourir, mais au moins avait-il sauvé l'enfant. Il eut une dernière pensée pour sa mère et pour Katsuki, cette fois-ci, c'était sûr, il ne reverrait jamais Kacchan.
Et puis tout à coup il se sentit soulevé du sol et une explosion retentit à ses oreilles. Le géant bascula en arrière sans l'écraser. Izuku rouvrit les yeux, il était dans les bras de celui pour qui il avait réservé sa dernière pensée. Katsuki le regarda avec fureur, mais il le posa au sol sans rien dire et s'attaqua au géant. En deux temps, trois mouvements, celui-ci fut maîtrisé et la police intervint pour arrêter l'homme qui avait repris une taille normale. Beaucoup de gens entourèrent Katsuki pour le féliciter, le porter aux nues, le remercier. Izuku, lui, resta là, figé où Katsuki l'avait posé et le regardait la bouche ouverte. Son ami d'enfance l'avait sauvé et le fixait avec une rage non contenue. Se fichant des autres, il s'approcha d'Izuku, l'attrapa par le bras pour l'aider à se relever et lui cria après :
— Est-ce que tu es complètement débile ou suicidaire ?
— Je n'ai pas réfléchi, je devais sauver l'enfant.
— Les super-héros sont là pour ça, cria Katsuki.
Izuku était en état de choc, mais les paroles de Katsuki l'atteignirent en plein cœur et il se mit à hausser le ton :
— Il n'y avait personne à ce moment-là, je ne pouvais pas le laisser se faire écraser, c'est tout ! Je n'ai peut-être pas d'Alter, mais je ne suis pas complètement sans cœur !
— Tu es surtout sans instinct de survie, s'agaça Katsuki.
Izuku avait les larmes aux yeux. Il ne comprenait pas pourquoi il se faisait engueuler. Qu'est-ce qu'il avait fait de si mal pour que ça mérite de se faire crier dessus ?
— Je voulais sauver l'enfant ! hurla-t-il.
Puis soudain très là, il répéta dans un soupir :
— Je voulais seulement sauver l'enfant.
Katsuki souffla comme s'il cherchait à se calmer et murmura :
— Est-ce que tu sais combien j'ai eu la trouille quand je t'ai vu presque sous le pied du géant ?
Izuku secoua la tête. Ne comprenant pas où voulait en venir Katsuki.
— Tu n'as pas changé Deku, maugréa le blond. J'ai toujours pensé que c'était mieux que tu n'ais pas d'Alter parce que tu l'userais jusqu'à te tuer pour sauver les autres. Et voilà que je te retrouve à presque mourir même sans Alter.
— J'ai fait ce qu'il fallait, murmura Izuku.
Katsuki leva les yeux au ciel. Soudain, une petite main s'accrocha au pantalon d'Izuku et ce dernier baissa la tête vers l'enfant qu'il avait sauvé :
— Merci monsieur, fit celui-ci, tu es vraiment un super cool super-héros.
Izuku fondit en larmes.
La peur, le choc, l'enfant vivant.
Mais aussi cette déclaration.
Pour le petit, Izuku était un super-héros et personne n'avait jamais pensé ça de lui. L'enfant lui offrit son plus grand sourire jusqu'à ce que sa maman arrive et l'attrape dans ses bras, puis remercie Izuku et Katsuki avant de s'éloigner. Petit à petit, la foule se dispersa. Katsuki attrapa Izuku par le bras et le traina jusqu'à sa boutique.
— Est-ce que tu es blessé quelque part ? interrogea le blond.
— Non, fit Izuku d'une voix tremblante.
Katsuki le fit asseoir sur la chaise derrière le comptoir.
— Tu aurais pu mourir, dit-il, ne fais plus jamais ça.
Izuku resta silencieux et Katsuki poussa un long soupir.
— Je ne te reproche pas d'avoir sauvé l'enfant, je voudrais juste que ce ne soit pas au détriment de ta propre vie.
Izuku resta silencieux quelques secondes avant de dire :
— Qu'est-ce que ça peut faire qu'un naze comme moi disparaisse ?
Katsuki s'accroupit pour pouvoir regarder Izuku qui gardait la tête baissée.
— Plein de choses.
— À part ma mère, personne ne remarquerait ma disparition.
— Moi je la remarquerais, tonna Katsuki.
— Ah oui ? fit Izuku d'un ton amer. Ça fait cinq ans que je ne t'avais pas vu, que je n'avais pas de nouvelles de toi à part à la télé. Tu ne l'aurais jamais su si par hasard ta petite amie n'était pas entrée dans cette boutique.
Katsuki se pinça l'arête du nez comme pour s'exhorter au calme :
— Ta vie est importante, ta vie a de la valeur. Tu as sauvé un enfant et c'est bien, mais par pitié apprends à te sauver toi aussi.
Izuku remarqua alors qu'une des mains de Katsuki tremblait. Ce n'était pas très visible, mais comme il préférait regarder ses mains plutôt que ses yeux, il le vit :
— Tu es blessé ? demanda-t-il.
— Non !
— Alors pourquoi est-ce que tu trembles ?
Katsuki explosa :
— Je te l'ai déjà dit, est-ce que tu m'écoutes quand je te parle ? J'ai eu la trouille, j'ai eu tellement la trouille que tu meurs que j'en tremble encore !
Les paroles étaient claires, mais Izuku ne les comprenait pas.
— Je ne vois pas pourquoi tu t'inquiéterais d'un naze comme moi.
— Mais peu importe que tu sois un naze, que tu sois sans Alter, tu me prends vraiment pour un salaud incapable d'avoir peur pour son ami d'enfance ?
— Tu n'as jamais vraiment montré que tu avec peur pour moi, rétorqua Izuku, tu m'as dit de sauter d'un toit une fois.
— Bon sang, Deku, j'avais quatorze ans j'étais un idiot fini et même si ces mots étaient terribles, je ne les pensais pas !
Izuku le savait.
Izuku connaissait suffisamment bien Katsuki à ce moment-là pour savoir que son ami d'enfance s'était juste comporté comme un crétin et qu'il ne souhaitait pas vraiment qu'Izuku saute du toit. Mais là maintenant, il se sentait en état de choc, il avait frôlé la mort et Katsuki l'engueulait et il était perdu.
— Cet enfant a trouvé que j'étais héroïque, souffla-t-il.
— Parce que tu l'as été, admit Katsuki, tu as été meilleur que bien des super-héros que je côtoie. Tu as été foutrement héroïque, mais tu as failli mourir et c'est ça que je ne veux pas. La prochaine fois, trouve un moyen pour te sauver en même temps.
Izuku se remit à pleurer.
Les mots de Katsuki le touchaient énormément. Pour lui il avait été « héroïque » mieux que certains super-héros. Le blond ne lui demanda pas d'arrêter de chialer, il resta accroupi à attendre que la source se tarisse et tout doucement sa propre main arrêta de trembler. Izuku était vivant, il n'y avait ni eut gros dégât ni blessé. Tout allait bien. Tout allait bien.
Katsuki resta longtemps avec Izuku, jusqu'à ce que son téléphone sonne.
— Allô Ochaco ? fit-il en décrochant.
Izuku eut l'impression d'atterrir alors qu'il ne s'était même pas rendu compte qu'il flottait. Ochaco. La petite amie de Katsuki.
— Oui je vais bien. Je suis avec Deku, je rentre bientôt.
Katsuki se redressa et s'éloigna pour continuer de parler avec sa petite amie. Izuku se sentit soudainement comme esseulé. Néanmoins quand Katsuki raccrocha et se tourna vers lui pour lui demander comment il se sentait, Izuku eut un fin sourire – un sourire de menteur – et dit :
— Ça va mieux, dit-il, merci de m'avoir sauvé. Tu devrais y aller, ta copine t'attend.
— Et toi ?
— Je pense que je vais fermer et aller me reposer. Avec ce qu'il s'est passé, je doute fortement avoir des clients pour le reste de la journée.
— Tu veux que je t'accompagne ?
— Ça va aller, mentit Izuku.
Katsuki fronça les sourcils, le regarda longuement comme s'il hésitait, puis finit par acquiescer. Ochaco l'attendait, Ochaco était la petite amie de Katsuki, donc forcément qu'elle passerait en premier. Le blond salua Izuku une dernière fois et quitta la boutique.
Izuku ne savait pas s'il devait rire, pleurer ou n'importe quoi d'autre. Il resta un instant figé. Il avait risqué sa vie, sauvé un enfant, passé pour un super-héros et Katsuki lui avait passé un savon parce qu'il s'était inquiété pour lui. Il avait l'impression d'être tombé dans un monde parallèle.
Il finit par réussir à se lever, ferma sa boutique et rentra chez lui. Sa mère l'appela pour s'assurer qu'il allait bien, elle avait vu à la télé qu'un vilain était apparu près de sa boutique – heureusement le presque sacrifice d'Izuku n'avait pas été filmé – et donc son fils la rassura.
— Tout va bien maman, les super-héros sont arrivés quasiment tout de suite et le vilain a été battu très vite.
— J'ai vu, c'est Dynamight qui est arrivé. Tu as pu le voir ? Vous étiez des amis d'enfance, se rappela sa mère.
— On s'est vite fait salué, mentit Izuku. Il avait d'autres choses à faire.
Puis subrepticement il changea de sujet.
Le lendemain, la clochette sonna et Katsuki apparut sur le seuil de la boutique. Izuku leva un sourcil, mais le salua poliment. Katsuki le fixa un moment comme pour s'assurer qu'Izuku était bien là et bien vivant, puis d'un ton se voulant nonchalant il expliqua qu'il cherchait une plante pour l'anniversaire d'un de ses amis. Izuku demanda plus de précision sur ledit ami.
— C'est un gars avec une tête d'ortie.
Izuku aurait préféré connaître ses goûts, mais il fit avec ce que lui dit Katsuki. Il montra diverses espèces de cactus ou de succulentes. Katsuki l'écouta parler de chaque plante et de leur entretien, sans porter son choix sur aucune. Comme si ça ne l'intéressait pas, comme s'il attendait autre chose. Izuku persévéra, lui montra les aloe vera, les bambous, les ficus et d'autres, jusqu'à avoir fait tout le tour de son stock sans que Katsuki n'ait rien décidé. Désemparé il finit par demander :
— Si aucune plante ne convient, je ne peux rien faire de plus à part te conseiller un fleuriste plus fourni.
Katsuki pointa alors une plante du doigt et dit :
— Je vais prendre celle-là.
Izuku était prêt à parier qu'il disait ça au pif et commençait à se demander ce que Katsuki faisait exactement dans son magasin. Venir acheter des fleurs pour sa petite amie ou les amies de sa petite amie, sans connaître leur goût, sans savoir ce qui leur ferait plaisir, laissant Izuku décider pour lui. Venir choisir une plante pour un ami et la choisir totalement au hasard comme si ça n'avait de toute manière aucune importance. Cela sonnait faux, comme si Katsuki était là pour autre chose, mais pour quoi ?
Il vendit la plante à Katsuki qui la paya. Puis avec seulement un « au revoir Deku », le blond sortit du magasin et ce fut tout.
En même temps à quoi Izuku s'attendait-il ?
Il détestait voir Katsuki rentrer dans sa boutique, parce qu'il adorait voir Katsuki, en vrai, en chair et en os, pas seulement à la télé.
Izuku n'admettrait jamais que le blond lui manquait, lui avait manqué, parce que ça ferait trop mal.
Et puis il y avait cette Ochaco.
Izuku secoua la tête. Il espérait que Katsuki ne reviendrait plus jamais.
Il espérait que Katsuki reviendrait.
Il ne savait plus.
Katsuki revint. Pleins de fois. Pour une raison ou une autre. Un nouveau bouquet pour Ochaco. Une plante pour une connaissance. « Rien du tout je viens juste regarder ». « Tu me conseillerais quoi pour moi ? ». Izuku le servait, le conseillait, et Katuski l'écoutait, payait et s'en allait. C'était à devenir dingue.
Une fois il arriva juste avant la fermeture, Izuku était en train de s'occuper des plantes et passait un petit coup de balai.
— Désolé je vais fermer, dit-il sans faire attention au client qui venait d'entrer.
— Ça te dirait d'aller boire un verre ?
Izuku se retourna enfin et lâcha son balai. Katsuki était là et attendait sa réponse.
— Pourquoi ? Tu veux que je te conseille sur les plantes ?
— Non. Je me fous des plantes. Je veux juste qu'on parle.
Izuku aurait pu lui rétorquer que pour quelqu'un qui se foutait des plantes, il venait quand même assez souvent dans la boutique. Mais il était trop abasourdi et bafouilla un simple :
— Euh d'accord.
Katsuki attendit qu'Izuku ait fini de nettoyer et ferme le magasin. Puis ils se dirigèrent vers un café en silence. Izuku ne comprenait pas ce qui était en train d'arriver. Il avait mille questions au bord des lèvres et la seule qui sortit quand ils furent installés dans le café ce fut :
— Tu n'es pas avec ta petite amie ?
— Non, pourquoi ? Je devrais.
— Je ne sais pas.
— Ochaco fait sa vie, je fais la mienne, on sort ensemble, mais on ne s'est pas mis des chaînes.
— Mais elle ne va pas s'inquiéter ?
— Je l'ai prévenu que je sortais ce soir.
— Ah, okay.
Le silence retomba, coupé par la serveuse qui vint prendre leur commande. Izuku prit un chocolat liégeois et Katsuki un simple café.
— Tu voulais parler de quelque chose ? interrogea Izuku.
— Pas forcément de quelque chose, fit Katsuki, juste parler.
Izuku avait vraiment du mal à le comprendre.
— Juste parler ? De quoi ?
— Je sais pas moi, raconte moi ta vie.
— Mais pourquoi ?
— Deku, est-ce que tu n'as jamais parlé pour parler ? Se raconter des choses ? Échanger ?
Izuku se mordit l'intérieur des joues. S'empêcha de lui dire que c'était difficile de faire ce genre de choses quand on n'avait aucun ami, parce qu'on n'avait aucun Alter et qu'on était rejeté par la société. Que la seule personne à qui il parlait était sa mère ou les clients quand il leur conseillait des plantes et qu'il avait donc perdu l'habitude des conversations qui ne menaient à rien.
— Kacchan qu'est-ce que tu veux exactement ? Je te suis reconnaissant de m'avoir sauvé la dernière fois, mais je ne comprends pas tes agissements.
Katsuki ouvrit la bouche comme pour répondre, mais la serveuse revint avec leur boisson, le coupant dans son élan. Il referma la bouche et prit une gorgée de café. Izuku goûta la chantilly de son chocolat chaud et un instant oublia tous ses soucis. Les choses sucrées pouvaient parfois mettre du baume au cœur.
— Ça te plait d'être fleuriste ? interrogea Katsuki.
— C'est un métier comme un autre, j'aime les fleurs et les plantes, la plupart des clients sont sympas, ce n'est pas une mauvaise situation.
— Mais ?
— Il n'y a pas de mais, fit Izuku en reprenant un peu de chantilly.
Il mentait évidemment.
Fleuriste c'était chouette, mais ce n'était pas super-héros.
— Et toi ? demanda-t-il. Ça te plaît d'être un super-héros ?
— Bien sûr, répondit Katsuki.
Mais son ton n'était pas aussi assuré qu'il aurait dû l'être, autant qu'il l'aurait été quand il était jeune. Izuku, jaloux et envieux – même s'il savait que c'était mal – ajouta :
— Tu as la vie de rêve non ? Super-héros, adulé de tous, avec une petite amie super mignonne et super forte aussi.
Ses phrases étaient teintées d'amertumes et il s'en voulait. Il prit une nouvelle cuillère de chantilly comme pour masquer ses sentiments négatifs. Katsuki le fixait sans ciller.
— Tu voudrais être un super-héros, constata-t-il.
— Tu as deviné ça tout seul ou c'est les années qu'on a passé ensemble qui t'ont mis la puce à l'oreille ?
— Tu es devenu plus sarcastique, remarqua le blond.
Izuku se détesta pour ça et détesta Katsuki de lui mettre en pleine face. Il n'aurait jamais dû accepter d'aller boire un coup avec lui, il aurait juste dû rester professionnel et le recevoir à la boutique comme n'importe quel autre client. Il avait fait une énorme erreur.
— J'ai la vie que je voulais, admit Katsuki. Sauf peut-être cette histoire avec Ochaco que je n'avais ni prévu ni souhaité, mais la vie peut nous jouer des tours. Seulement je suis effectivement devenu un super-héros adulé de tous.
— Et je ne suis qu'un simple fleuriste.
— Tu n'es pas qu'un simple fleuriste.
Izuku serra plus fort la cuillère entre ses doigts.
— À ta façon, tu es aussi héroïque, tu n'as pas oublié avoir sauvé un enfant n'est-ce pas ?
Izuku resta silencieux.
— Tu es sans Alter, mais tu n'en es pas moins héroïque, insista Katsuki, d'ailleurs c'était ça qui me faisait peur quand j'étais gamin. Je savais bien que tu valais mieux que moi alors ça me rendait furieux, je pensais que tu me prenais de haut. J'avais aussi peur de ta façon de ne pas prendre soin de toi, de toujours être là pour les autres sans penser à toi. Je t'ai maltraité, j'étais jeune, j'étais con et je suis désolé.
Au fur et à mesure du discours de Katsuki, Izuku avait petit à petit écarquillé les yeux. Les excuses l'achevèrent.
Izuku ne lui en avait jamais voulu. Les brimades, tout ça, il s'en fichait, il admirait Katsuki et le prenait pour modèle. Et puis le blond était rentré à Yuei et pas Izuku, et Katsuki était devenu insupportablement irrattrapable. Ça avait été ça le plus dur, ce qui faisait le plus mal. Izuku n'était qu'un minable sans Alter qui ne pourrait jamais se tenir aux côtés de Katsuki et encore moins le dépasser.
— Je t'admirais, lâcha Izuku, non en fait, je t'admire toujours.
C'était vrai, il ne ratait aucune émission qui parlait de Katsuki et de ses exploits.
— Tu étais mon modèle. Et tu t'es élevé et tu as disparu de mon champ de vision. Je pensais que je ne te reverrais jamais, que désormais tu étais trop loin. Et tout à coup tu réapparais dans ma vie, comme un cheveu sur la soupe, et je ne sais plus quoi penser. Ni quoi faire.
— J'étais pas non plus préparé à te recroiser, admit Katsuki. Au début je me suis juste dit « tiens voilà le petit nerd », et puis j'ai réfléchi et j'ai pensé que ce genre de comportement ce n'était déjà pas terrible à quatorze ans, alors maintenant ce serait complètement nul. Mais en te voyant, j'ai un peu… paniqué, disons. Je ne savais pas comment agir, alors je me suis mal comporté et pour ça aussi je suis désolé.
— Pourquoi tu es revenu dans la boutique ? interrogea Izuku.
— Pour te voir, admit Katsuki. Les fleurs pour machin ou bidule, c'était juste des excuses, je voulais juste te voir.
Izuku en resta bouche bée.
— La fois où tu as failli te faire écraser par le vilain, je passais dans le coin parce que je me dirigeais jusqu'à ton magasin pour te voir, et je suis soulagé d'être arrivé à temps.
— Me voir pour quoi ? demanda Izuku suspicieux.
— Je n'en sais rien, répondit sincèrement Katsuki. Je crois que d'une certaine façon tu me manquais.
Le cœur d'Izuku rata un battement, sa gorge s'assécha, ses idées s'emmêlèrent dans sa tête. Lui ? Manquer à Katsuki ? Quelle blague !
— Tu n'es pas juste venu constater que j'étais toujours en bas de l'échelle ?
— Non. Et tu n'es pas en bas de l'échelle. Pour moi, tu vaux bien mieux que certains héros que je côtoie. Certains ne sont là que pour les médias ou l'argent, ils se fichent du sort des gens, c'est au premier qui aura le plus de gloire. Toi, tu es sincère, tu sauves les gens par justice. Tu mérites bien plus d'être un super-héros qu'eux.
— Mais je ne peux pas, fit Izuku tristement.
Il avait fini de manger la chantilly et but une gorgée de son chocolat chaud. Katsuki avait déjà terminé son café. Ses yeux ne quittaient pas Izuku, son regard était tellement fixe qu'Izuku finit par baisser la tête pour se concentrer sur sa boisson. Il changea de sujet :
— Cela fait longtemps, toi et ta petite amie ?
— Un an à peu près, il me semble. On était au lycée ensemble, on s'est retrouvé à bosser plusieurs fois ensemble et on a fini par sortir ensemble. Et toi, tu as quelqu'un en vue ?
Un instant, Izuku releva le nez pour regarder Katsuki, puis rebaissa les yeux, et but une gorgée de son chocolat pour ne pas avoir à répondre.
— Dek… Izuku, interpela Katsuki.
Le fleuriste fut surpris qu'il utilise son vrai prénom et à nouveau le regarda dans les yeux :
— Est-ce que je pourrai revenir ? Te voir.
Qu'est-ce qu'Izuku pouvait bien répondre à ça à part :
— Oui. Tu peux.
Izuku ne s'attendait pas au sourire de Katsuki. Un sourire vrai, un sourire soulagé, un sourire content. Il eut l'impression que son cœur était transpercé d'une flèche et détesta Cupidon. Quoi qu'il fasse, c'était comme si de toute façon, il serait toujours amoureux de Kacchan.
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Deux garçons perdus, voilà ce qu'ils étaient. Perdus en chemin, perdus de vue. Yuei avait été terrible pour Katsuki, il avait dû ravaler pas mal sa fierté parce que d'autres adolescents se débrouillaient tout aussi bien que lui. Mais il s'était fait des amis (et pas des lèche-bottes) et il avait fait ses preuves. Pourtant quoi qu'il fasse, il y avait toujours un petit vide dans son cœur, quelque chose qui lui manquait, qui n'allait pas, une fausse note dans sa vie. Comme si les choses auraient dû être différentes. Il avait pensé plus tard que sortir avec Ochaco réglerait ce problème, que c'était l'amour qui lui manquait, mais le vide resta. Insidieux. Il n'arrivait pas à être parfaitement heureux alors qu'il se bâtissait petit à petit la vie de ses rêves.
C'était quand il était tombé sur ces yeux verts au milieu des plantes d'un magasin de fleurs, qu'il avait compris. Le vide s'était rempli. Deku était ce qui lui manquait. Pendant des années il avait brimé « ce naze sans Alter » pour se rendre compte que le perdre avait empli sa vie de néant. Cinq ans sans respirer totalement, sans comprendre pourquoi, et juste un regard pendant une demi-seconde pour réaliser.
Merde alors.
Tellement sous le choc qu'il s'était mal comporté, l'avait traité de naze, de nul, l'avait rabaissé parce qu'il était fleuriste. Comme s'ils étaient revenus cinq ans en arrière, comme si rien n'avait changé. Mais tout avait changé. Deku n'était plus un gosse plein de rêves, mais un adulte qui aimait les plantes et prenait soin d'elles, comme il aurait pu le faire avec les gens s'il avait été un super-héros. Il avait aussi ce petit quelque chose de blessé, de fragile, dans le regard. Il avait aussi plus de réparties, ses jambes tremblaient moins et sa langue se faisait plus acérée.
Katsuki s'était traité de con en sortant de la boutique. Ochaco lui avait parlé, mais il n'avait que vaguement écouté, le cerveau perdu, les pensées rivés sur deux magnifiques yeux verts.
Il y était retourné avec des mensonges plein la bouche. Un bouquet pour Ochaco. Un bouquet pour machin et bidule. Il n'avait pas vraiment parlé, il s'était contenté de regarder. Voir Deku évoluer dans son petit magasin, l'entendre parler des plantes et des fleurs comme s'il avait ça toute sa vie, surprendre son sourire et sa délicate façon de traiter la flore qui l'entourait. Il était beau, il était doux, et pourtant Katsuki savait qu'il lui manquait quelque chose. Qu'il n'avait pas réalisé son rêve et qu'il y avait un peu d'amertume collée aux chaussures de Deku.
Katsuki avait cru faire un arrêt cardiaque quand il avait vu le fleuriste prêt à se faire écraser. Il n'avait jamais bougé aussi vite de toute sa vie, réagit aussi vite, parce que si Deku était mort, s'il l'avait perdu pour de bon, il ne s'en serait sans doute jamais remis. Pas de la perte de Deku. Pendant cinq ans il avait vécu avec un morceau de vide en lui tout en sachant que Deku était vivant, quelque part. Comment aurait-il pu vivre avec un morceau de vide en lui avec un Deku complètement disparu ?
Katsuki n'avait jamais eu aussi peur de toute sa putain de vie.
Il lui avait crié dessus au lieu de le serrer dans ses bras.
Il n'avait pas su le consoler.
Il s'était contenté de tenter de s'empêcher de trembler.
Deku était vivant, Deku était vivant. Deku était vivant.
Il en fit des cauchemars toute la nuit et quand Ochaco lui demandait ce qu'il lui arrivait, il ne répondit pas. C'était sa petite amie et il paraissait qu'il n'avait plus rien à lui dire, qu'il n'aurait jamais pu lui expliquer sans se trahir sur ce qu'il ressentait vraiment.
Le lendemain, Katsuki était à nouveau dans la boutique de Deku. Son ami d'enfance était en forme, il n'écouta rien de son discours sur chaque plante de son magasin, il ne fit que s'assurer qu'il allait bien et il allait bien.
Et Katsuki continua de revenir.
Il ne pouvait plus se passer de cette présence.
Ochaco lui parlait et il n'écoutait plus la jeune femme devait sentir que Katsuki s'éloignait parce qu'elle le mit face au problème :
— J'ai l'impression qu'on ne se parle plus.
Qu'aurait pu dire Katsuki à part :
— Ce n'est pas une impression.
La jeune femme fit une moue blessée et Katsuki ne sut pas quoi rajouter. Ni comment lui expliquer. Qu'il ne l'aimait plus, et l'avait-il seulement vraiment aimé un jour ? Que c'était horrible, mais qu'il avait espéré simplement qu'elle comblerait le vide. Sauf que la seule personne à pouvoir le faire était un fleuriste aux yeux verts comme ses plantes, pas elle.
— Je suis désolé, lui dit-il.
Ochaco se mit à pleurer et par réflexe, il la prit dans ses bras.
— Parle-moi, supplia-t-elle. Dis-moi comment arranger les choses ?
— Je ne sais pas, répondit Katsuki, peut-être qu'on devrait juste redevenir amis.
Katsuki savait qu'il lui brisait le cœur, mais lui mentir et continuer serait pire non ? Ochaco pleura dans ses bras puis se recula et leva la tête, forte comme un roc pour dire :
— J'ai besoin de temps, si on doit redevenir de simples amis il faut qu'on ne se voie plus pendant quelque temps, que je me fasse à l'idée.
— Je comprends.
Ils se quittèrent ainsi. Katsuki prit quelques affaires, lui laissant leur appartement pour le moment et revint habiter chez sa mère. Cette dernière l'accueillit et lui posa mille questions, jusqu'à ce qu'il l'envoie paître « fous-moi la paix vieille sorcière ». Il s'était fait tirer l'oreille, mais Mitsuki l'avait laissé s'installer dans son ancienne chambre.
Et donc il avait demandé à Deku d'aller boire ensemble. Et maintenant ils étaient l'un face à l'autre, et Deku, enfin Izuku, semblait bien amer. Katsuki ne réussit pas à lui dire qu'il n'était plus avec Ochaco. Il n'eut pas le courage de lui parler de ce qu'il ressentait vraiment. Il s'était juste excusé pour ce qu'il lui avait fait, comme si des mots pouvaient suffirent.
Quand il demanda à Izuku s'il pouvait revenir le voir, ce dernier acquiesça et une douce chaleur que Katsuki n'avait jamais ressentie avant s'empara de son cœur.
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Izuku ne savait pas pourquoi, mais Katsuki qui était réapparu dans sa vie par hasard, faisait maintenant partie des personnes qu'il voyait le plus souvent. Aurait-il un ami désormais ? Quelque sur qui compter autre que sa mère ?
Un ami d'enfance devenu ami de maintenant ?
Izuku n'en savait rien, mais pour rien au monde, il n'aurait rejeté Katsuki ou poussé hors de sa boutique. Il voulait le voir. Petit à petit leurs langues se déliaient et ils racontaient ce qu'ils leur étaient arrivés pendant les cinq ans où ils s'étaient perdus de vue.
Izuku finit même par avouer, un soir où ils s'étaient retrouvés au café, que même s'il adorait son travail, il aurait toujours des regrets de ne pas avoir pu entrer à Yuei, d'être né sans Alter, de ne pas pouvoir devenir un super-héros.
Katsuki l'écouta sans le juger, sans se moquer. Il avait évolué finalement, pensa Izuku à propos du blond.
Quand il eut fini de se confier, Katsuki resta silencieux puis finit par dire :
— J'ai rompu avec Ochaco.
— Pardon ?
— J'ai rompu avec elle.
— Mais pourquoi ?
Katsuki soupira, puis avoua :
— Je n'étais pas heureux avec elle, je l'aime beaucoup, c'est une très bonne amie et j'ai de la chance de l'avoir dans ma vie, mais… sortir avec elle… ce n'était pas ce que je désirais vraiment.
— Alors que désirais-tu vraiment ? demanda Izuku.
Katsuki parut hésiter, il ouvrit plusieurs fois la bouche et la referma chaque fois. Et finalement il se lança :
— Que tu sois à mes côtés, super-héros ou pas super-héros, je veux qu'on marche sur le même chemin.
Izuku rougit, aussi rouge que les coquelicots des champs. Il n'avait pas bien compris ce que disait Katsuki, il devait forcément se tromper.
— Je ne suis qu'un nerd pourtant, un gros naze.
Katsuki fronça les sourcils :
— Tu es tellement plus que ça. J'ai mis du temps à le comprendre, mais bon sang, Izuku, tu es héroïque, et j'ai tellement de choses à apprendre de toi. Avant je marchais seul, droit devant, mais en regardant derrière moi tu étais là, tu es encore là et je ne veux plus que tu marches derrière, je veux seulement être à tes côtés.
Izuku en perdait ses mots, son cœur battait trop vite contre ses côtes. Était-il en train de perdre la raison ?
Il était sans doute seulement allongé dans son lit, à faire un doux rêve, où il devenait possible de rejoindre celui qu'il n'avait jamais cessé d'admirer. Même quand Izuku n'était que devant sa télé à entendre les gens parler des exploits de Dynamight et qu'il pensait ne plus jamais le retrouver dans sa vie réelle.
— Kacchan je… Je ne suis pas sûr de comprendre.
Katsuki lâcha alors :
— C'est pourtant clair Izuku, je t'aime, voilà tout.
Izuku crut faire un arrêt cardiaque, mais son cœur se remit à battre comme un cinglé dans sa poitrine, alors qu'il était cramoisi et que Katsuki devait lire sur son visage que c'était réciproque.
— Je t'aime, répéta Katsuki. Tu m'as tellement manqué et j'ai été un tel idiot de m'être éloigné de toi. Pour moi tu es un super-héros Izuku et je t'aime.
Il fallut au moins deux bonnes minutes à Izuku pour réaliser ce qu'il avait entendu et pour se calmer suffisamment pour répondre :
— Oui ! lâcha-t-il.
Katsuki leva un sourcil sans comprendre.
— Oui, je veux marcher à côté de toi, même si je n'ai pas d'Alter…
— Je m'en fiche, le coupa Katsuki.
— Même si je n'ai pas d'Alter, reprit Izuku, j'ai toujours voulu te rejoindre, parce que tu es mon modèle, parce que je t'admire, et surtout parce que je t'aime.
Les mots étaient sortis et Izuku ne s'attendait pas à ce qu'ils aient cet effet sur Katsuki, celui-ci vira au rouge cramoisi. Posa une main sur son visage comme pour tenter de le cacher et de se reprendre.
C'est comme ça qu'Izuku comprit qu'il n'était pas dans un rêve, que tout ça était vrai et que les sentiments de Katsuki pour lui étaient bel et bien réels. Izuku ne put s'empêcher de sourire de joie. Katsuki attrapa sa main posée sur la table et entremêla leurs doigts, et à l'image du fleuriste, il lui offrit son plus beau sourire.
Izuku fut sûr que son cœur ne tiendrait pas le coup. Et il ne put empêcher les larmes de bonheur couler sur ses joues.
Alors doucement, Katsuki se leva, il posa sa main libre délicatement sur une joue d'Izuku et se penchant, il posa ses lèvres sur celles du fleuriste.
Leur baiser eut le goût du manque et de l'envie, du soulagement et de l'amour qu'ils se portaient l'un à l'autre. Katsuki n'avait jamais ressenti ça avec personne, pas même avec Ochaco de qui il avait pourtant été plus que proche. Izuku ne pensait pas qu'un jour on l'aimerait ainsi et que ce serait Katsuki. Il avait tant rêvé de ce baiser et pourtant le vrai valait bien mieux.
Doux, maladroit, délicieux.
Izuku resta fleuriste, Katsuki super-héros, mais ils trouvèrent leur propre danse et suivirent le même chemin à leur façon. Inko fut heureuse pour son fils et serra fort Katsuki dans ses bras, l'accueillant dans la famille. Mitsuki fit la même chose avec Izuku. Les deux jeunes hommes prirent un appartement ensemble et Izuku y mit des plantes partout, et Katsuki le laissa faire. Il apprit même à s'en occuper, à en prendre soin, comme il prenait soin d'Izuku. Il n'y avait plus de vide dans son cœur et Izuku se sentit moins amer.
Et quand parfois il éprouvait ces regrets de ne pas pouvoir être un super-héros, Katsuki le rassurait, le consolait. Lui disant que ses fleurs pouvaient sauver les gens, lui rappelant cet enfant pour qui il avait failli laisser la vie, et surtout lui affirmant qu'Izuku le sauvait tous les jours. Que le métier de super-héros était bien mieux quand on était accompagné du plus adorable des fleuristes.
— Je t'aime, n'oublie jamais ça, lui disait Katsuki.
Et Izuku lui souriait.
À sa façon, le fleuriste était héroïque, et aux côtés de Katsuki, leur chemin fut rempli de plantes et de bonheur.
Fin.
L'autatrice : je sais pas ce que j'ai avec cette idée d'un Izuku fleuriste, mais voilà, je l'ai concrétisé. Je pense que Bakugo est un peu OOC dans cette fic, malgré tout, j'espère qu'elle vous plaira.
