Disclaimer : L'univers de Kuroko no Basket que vous reconnaitrez aisément appartient à Fujimaki Tadatoshi. L'auteur me le prête très aimablement pour que je m'amuse avec et je ne retire aucun profit de quelque nature que ce soit de son utilisation si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.

Note de l'auteur : Je veux remercier du fond du cœur ma béta-lectrice, Futae qui s'est servie de son "Eagle Eye" (fallait que j'la case celle-là !) pour corriger cette histoire et me conseiller. C'est grâce à son enthousiasme, ses encouragements et son sens de l'analyse et de la critique sans détour, que cette histoire a pu voir le jour.

Note importante : j'avais décidé de retirer toutes mes histoires de ce site suite à ce que je pense être un piratage. Je me suis laissée convaincre de les remettre, mais malheureusement ce site fonctionne tellement mal que je n'ai pas pu toutes les récupérer. J'ai donc décidé de les reposter. Si vous les lisez et qu'elles vous plaisent, n'hésitez pas à le dire, ça me fera plaisir et ça me remontera le moral même si les commentaires ne seront pas les mêmes qu'à l'origine.

Bonne lecture.


Shadow : Noël s'est très bien passé, merci. Ils ont tous besoin de se rassurer, effectivement, c'est tout à fait normal. Et pour nos deux zouaves, après tout ce sont eux les protagonistes. Merci encore pour ta fidélité. La suite est là. Bonne lecture.


Je vous souhaite une bonne année 2024. Qu'elle vous apporte la santé et le reste suivra. Prenez soin de vous et des vôtres.


Le roman de notre histoire

Chapitre 28

Harasawa avait lu le premier tome du Prix de la Liberté et il avait été époustouflé. Non seulement l'idée de base était excellente, mais la narration et les différents récits secondaires qui avaient été développés et dont il fallait parler dans les prochains volumes étaient menées de main de maître et il reconnut là, la patte de son correcteur. Aomine avait un don pour intégrer des ramifications à l'histoire principale pour l'étoffer et la soutenir. Tout comme l'érotisme qui ne tombait jamais comme un cheveu sur la soupe. Le lecteur ne pouvait pas savoir s'il allait y avoir une scène torride ou pas. Parfois c'était le cas, mais à d'autres moments, alors qu'on attendait ce passage, eh bien non ! L'auteur décidait de laisser le lecteur le bec dans l'eau. Et ce suspens, cette façon de distiller le chaud et le froid était magistralement dosé. Quant à l'idée d'illustrer le roman pour créer les personnages était tout simplement géniale.

Le jeune dessinateur avec qui Kagami avait accepté de travailler était très doué. Il était plutôt effacé, on aurait presque pu dire craintif, mais dès qu'il prenait ses crayons, il était transfiguré. Il débordait d'assurance et son visage revêtait une expression sérieuse et très concentrée. Il était l'un des rares auteurs à mettre en valeur ses récits avec des dessins. Il y avait une alternance entre la narration classique comme dans n'importe quel roman et les planches illustrées qui montraient une scène importante ou un personnage plus en détail. Harasawa avait aimé l'idée et vu qu'il s'agissait d'Heroic Fantasy, c'était Imayoshi qui supervisait l'auteur-dessinateur.

Quand le romancier avait fait part de son idée à Aomine, celui-ci approuva et lui présenta le dénommé Sakurai Ryo. Ils travaillèrent ensemble quelques jours et les protagonistes du Prix de la Liberté prirent vie sous les crayons du dessinateur. Il avait insisté pour qu'ils aient des traits assez typiques du style manga en particulier pour les improbables couleurs capillaires que les animés se plaisaient à utiliser. Et c'est comme ça que Spartus ressembla à Aomine avec des cheveux courts en bataille, balayés de mèches bleues, des yeux en amandes de la même couleur qui montaient vers les tempes, qui luisaient d'une agressivité animale qui lui correspondait parfaitement, et un physique plus musclé quand même. Il ne fallait pas oublier que c'était un gladiateur surentraîné depuis son enfance. Personne ne fit le rapprochement, mais l'intéressé fronça les sourcils. Finalement, ça le fit sourire. Il se sentait fier d'avoir été une des muses de Kagami.

Les maquettes allaient servir à Kise pour organiser la campagne de promotion. Il n'était pas encore entré dans les détails techniques avec Kagami et Harasawa, mais il envisageait déjà des affichages dans le métro et sur les bus des transports en commun. Il avait quelques contacts dans le petit monde des médias audio et songea à un spot publicitaire qu'il fallait déterminer et enregistrer pour qu'il passe sur les ondes plusieurs fois dans la journée. Les précommandes avaient littéralement explosé à tel point que le serveur de Touou fut momentanément surchargé. Heureusement, le service informatique avait rapidement résolu le problème. Les imprimeurs étaient déjà au travail et les rotatives fonctionnaient jour et nuit. Le service des expéditions avait recruté des intérimaires pour faire face à cette augmentation d'activité et pour préparer les colis qui devaient être postés. Avec le jour J qui arrivait à grands pas, Touou bourdonnait comme une ruche.

Il ne restait que deux semaines avant l'anniversaire de Kagami et c'était la date qui avait été arrêtée pour la sortie du Prix de la Liberté à la vente. Les librairies de tout le pays avaient été livrées et il n'y avait plus qu'à remplir les présentoirs promotionnels qui avaient été conçus spécialement pour l'évènement littéraire de l'été. Harasawa lui-même s'était renseigné auprès de divers fabricants pour obtenir des devis concernant des produits dérivés comme des porte-clés, des t-shirts et même des figurines des personnages ou des mugs. Il savait que ce roman allait être un véritable phénomène. De plus l'auteur percevrait un pourcentage sur les ventes de tous ces objets. Ils seraient commercialisés avec le livre pour une modique somme supplémentaire.

Kise avait tout conçu et s'était transformé en dragon si par malheur quelque chose ne tournait pas rond. Il était impitoyable. Quand Harasawa lui avait demandé ce qu'il ferait s'il lui amenait un potentiel best-seller, il avait répondu qu'il lui ferait atteindre les étoiles. Et il avait tout prévu, imaginé, pensé, calculé dans les moindres détails. La tournée de dédicaces allait être énorme. Pour ça, il avait proposé à Kagami de ne faire que les villes les plus importantes, mais en y restant une dizaine de jours à chaque fois pour permettre aux lecteurs qui viendraient de loin d'avoir le temps de s'organiser pour faire le voyage. Kagami avait même suggéré de parapher quelques livres pour le cas où les personnes voudraient une signature sur leur exemplaire, mais seraient dans l'impossibilité de se déplacer. Là, le promoteur fut moins enthousiaste, car cela inciterait les acheteurs à ne pas se rendre dans les librairies et donc à ne pas rencontrer le romancier. Un contact avec un échange de quelques secondes était toujours beaucoup plus constructif pour les deux parties. L'idée fut mise sous le coude pour des cas exceptionnels.


Encore alanguis par les dernières vagues de plaisir qui les avaient fait vibrer durant presque deux heures, les deux hommes somnolaient, allongés sur leur lit. Kagami caressait tendrement le dos d'Aomine qui affichait un sourire heureux. Les yeux clos, ils savouraient ce moment après l'amour qui engourdissait leur esprit et leur corps, ne laissant que le bien-être les parcourir tout entier. Kagami n'avait jamais ressenti une telle tension avant la sortie d'un livre. Il était loin du roman historique et de sa zone de confort. Pas qu'il doutât de sa capacité à écrire Le Prix de la Liberté, mais les lecteurs allaient d'abord être attirés par son nom. Mori Tora changeait de registre, très bien, mais était-il capable d'écrire de la Science-Fiction ? Il avait fait beaucoup de recherche sur la Rome Antique et les jeux dans les arènes et ça entrait bien dans le cadre de ses études universitaires. Seulement il était plus à l'aise avec l'histoire du Japon. Quand il pensait au film Gladiator, il se disait que le réalisateur Ridley Scott avait dû lui aussi mettre toute une équipe pour faire des recherches sur l'époque. Lui, il n'avait été aidé que par Aomine.

Et son amant avait bien vu qu'il était nerveux. Pour lui faire oublier tout ça, il s'était dit qu'un long corps à corps, très tendre et sensuel serait idéal. Pourtant, il le sentait encore tendu. Il ouvrit les yeux et accrocha les pupilles grenat qui l'observaient. Il y lut tant d'amour qu'il se demanda une fois de plus comment il pouvait le mériter. Il avait dû faire une bonne action dans une autre vie pour avoir la chance dans celle-ci, d'être aimé par un homme aussi extraordinaire. Le regard se brouilla.

— À quoi tu penses ? marmonna-t-il.

— Plus que quelques jours… J'suis terrifié…

— Tu doutes de l'avis d'Harasawa ?

— Non pas du tout… J'sais pas… Passer du roman historique à la Science-Fiction, c'est…

— Complètement surréaliste ?

— Carrément…

— Réfléchis un instant et vois-moi comme ton correcteur uniquement. Tu crois que j'pourrais m'tromper sur le potentiel de ton histoire et surtout ta capacité à l'écrire ?

— Comment ça ?

— J'avais lu que trois chapitres que t'avais envoyés à mon patron et j'ai su qu'j'avais un monstre sous les yeux.

— Un monstre ? T'y va un peu fort, non ? sourit Kagami.

— Et si Harasawa n'avait pas été du même avis, y m'l'aurait pas envoyé. Donc, nous sommes deux personnes, professionnelles de l'édition, qui te certifions que ton roman va être l'évènement littéraire de ces vingt dernières années et probablement des vingt prochaines.

— J'ai envie d'vous croire… Et même si les précommandes ont fait sauter l'serveur, ça veut pas dire que les critiques vont apprécier. Si ça se trouve, y vont m'descendre en flamme…

— T'as confiance en moi en tant que correcteur, non ?

— Tu sais bien que oui…

— Le Prix de la Liberté c'est d'l'or en barre.

Kagami sourit. Il était si heureux de sentir la confiance de son amant. Son père et son grand-père aussi croyaient en lui et en son talent, mais ça, c'était normal. Un parent croit en son enfant. Mais Aomine était encore un inconnu, il n'y avait pas si longtemps. Et en trois chapitres, il était devenu son plus grand fan. Il s'était investi dans cette œuvre comme dans aucune autre auparavant. Il n'était pas objectif, c'était vrai, mais il avait toujours été honnête. Si quelque chose n'allait pas, il ne s'était pas gêné pour le lui dire. Ce qui avait parfois provoqué de belles disputes surtout au début de leur collaboration. Même Kise avait été stupéfait. Pour monter une campagne promotionnelle adaptée, il avait lu le livre et quand il en avait parlé avec son patron et le correcteur, il ne trouvait pas ses mots tant il était excité par le défi que représentait la publicité de ce roman. Ils étaient donc trois à le penser.

— Après-demain, on doit enregistrer le spot pour les radios et choisir la musique de fond. J'ai écrit le texte, mais tu devrais jeter un œil…

— OK ! En attendant, viens un peu par là…, fit Aomine avec une expression lubrique et un sourire carnassier en faisant rouler Kagami sur le dos.


Aomine avait relu le texte pour la diffusion à la radio et avait suggéré quelques modifications. L'annonce devait être percutante et la plus courte possible pour rentrer dans le budget prévu. L'homme qui allait prêter sa voix pour l'enregistrement avait fait quelques essais et il était arrivé à une quarantaine de secondes, ce qui était parfait. Le spot devait passer une quinzaine de fois par jour. Les affiches reprenaient des parties du texte et avaient été mises en place depuis plusieurs jours. Harasawa avait également mis le service traduction au travail en priorité sur ce roman. Il voulait commencer par inonder les pays asiatiques avant de s'étendre aux pays anglophones et européens. Ce n'était pas la première fois qu'il menait une campagne commerciale internationale et il avait anticipé en faisant savoir à ses contacts à l'étranger qu'un best-seller allait bientôt sortir de chez lui. Et comme Mori Tora était connu dans certains de ces pays, le nom de l'auteur à lui seul, lui avait valu des commandes fermes. Il n'avait qu'à leur envoyer le livre en fichier numérique et l'impression papier se ferait sur site. Seirin La Magie des Livres avait fait des livraisons en format poche à des librairies plus modestes, mais nombreuses et avait prévu un rebond des ventes des autres ouvrages. Touou tout entière, ou presque parce qu'il ne fallait pas oublier les autres écrivains, était à l'heure de Rome.

Tout était prêt. L'annonce à la radio commença une semaine avant, le 25 juillet 2029.

Novum Romanum Imperium. Nouvel empire romain, XXVIe siècle. Des spatiogladiateurs luttent dans des arènes spatiales à la gravité artificielle afin de distraire le peuple devenu oisif. Pourquoi la civilisation en est-elle arrivée là? Comment?

Un gladiateur, Spartus, se révolte et hurle : "Non! Nous sommes libres et nous nous battrons pour le rester!"

L'empire va lancer ses spatiolégions pour dompter les rebelles. Des affrontements en apesanteur aux combats en chasseurs interstellaires, des amours sulfureuses aux drames destructeurs, découvrez les aventures de Spartus et ses compagnons à la conquête de leur liberté.

Plongez dans la Rome Antique du XXVIe siècle et ses jeux du cirque dans l'espace infini!

Le Prix de la Liberté de Mori Tora. Tome 1 la révolte. Le roman évènement de l'été.

Sortie en librairie le 2 août 2029 et en numérique sur le site , rubrique nouveautés.

Le serveur de Touou fut bloqué pendant plusieurs heures le jour même. Kagami appela Himuro à la rescousse et après avoir obtenu les codes d'accès, il put régler le problème avec les techniciens du service informatique en augmentant la capacité en nombre de connexions. Les informaticiens de Touou étaient compétents, mais un hacker, même si c'était un ex-hacker, c'était un autre niveau.

Takao avait démissionné de la police. Il n'était pas vraiment lui-même un policier, mais il travaillait pour les autorités. Peu de temps après avoir rencontré Himuro, ils avaient décidé de monter leur propre société de cybersécurité. Et le fait qu'ils soient en couple n'avait en rien influencé leur décision. Ils étaient tous les deux des hackers particulièrement doués, et rester dans le droit chemin pouvait être tout aussi gratifiant. Leurs compétences ne seraient pas perdues et ils resteraient au fait des nouveaux systèmes, des nouveaux langages, des nouvelles possibilités de tout ce qu'offraient l'informatique et le cyberespace. Takao avait appris le décès de Cheat Demon lors du tremblement de terre et il s'était senti coupable. S'il ne l'avait pas envoyé en prison, il serait peut-être encore envie. Mais Himuro voyait la chose d'un autre œil. Rien ne disait qu'il n'aurait pas péri dans le séisme même s'il avait été libre. Il y avait quand même eu vingt-deux morts et plusieurs dizaines de blessés. Il s'était finalement rendu aux arguments de son amant, mais de temps à autre, sa culpabilité revenait le titiller et son humeur s'assombrissait. Heureusement qu'Himuro savait comment lui remonter le moral en l'entraînant dans leur chambre.


Kagami n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Pas parce que c'était son anniversaire, il n'y pensait même pas, mais c'était aujourd'hui que son livre sortait à la vente. En format papier et ebook. Il savait qu'Aomine avait veillé au grain en s'assurant que rien n'était laissé au hasard et il lui faisait entièrement confiance. Il était plus inquiet de l'accueil qui serait fait au Prix de la Liberté par les lecteurs, en particulier ceux qui le suivaient pour ces romans historiques. Il avait écrit des livres dont l'intrigue se déroulait dans le passé et maintenant, elles parlaient du futur sans transition aucune. Et il ne fallait pas oublier les critiques littéraires qui ne lui feraient aucun cadeau. Certaines avaient désapprouvé l'érotisme parfois torride qu'il avait rajouté dans ces deux derniers livres même si l'épopée en elle-même était très belle et racontée avec beaucoup de talent. Et elles pouvaient se baser sur l'histoire du Japon pour en mesurer la réalité. Là, rien n'était réel, tout était imaginé, inventé, construit de bout en bout sauf pour le côté Rome Antique qui servait de socle. Comment dormir en ressassant sans cesse tout ça ? Il était cinq heures et demie du matin. Encore trois heures avant l'ouverture des librairies et des ventes sur le site…

Il s'habilla discrètement pour ne pas réveiller Aomine qui n'avait pas de souci de sommeil à en juger par le petit ronflement qui s'échappait de sa bouche entrouverte. Il sortit de la maison, prit sa voiture et se rendit dans le centre-ville. Il connaissait plusieurs librairies pas très loin les unes des autres. Il voulait savoir quelle allait être la réaction des lecteurs en ouvrant le livre et en découvrant les premières pages.

Il faisait déjà chaud. Il n'était pas huit heures et les thermomètres disséminés un peu partout en ville affichaient trente et un degrés centigrades avec un taux d'humidité de quatre-vingts pour cent. La journée allait être étouffante. Il rentra dans un bar et commanda un café frappé et un ichigo-daifuku (1).

T'es où? entendit-il en prenant l'appel d'Aomine dont la préoccupation suintait dans la voix.

— T'inquiète, j'suis à côté d'la librairie où j'avais fait mes dédicaces pour mon dernier roman…

Mais pourquoi?

— J'ai besoin d'voir la réaction des gens qui vont acheter mon livre…

T'es vraiment obnubilé par cette sortie…

— C'est normal, non ?

T'as aucun souci à te faire… Harasawa t'as dit qu'il avait déjà des commandes pour des traductions?

— Ouais, y m'en a parlé… Mes lecteurs s'attendent probablement à une histoire qui va ressembler aux autres sauf qu'au lieu du Japon, c'est dans la Rome Antique et surtout dans l'espace. Je sais pas s'ils ont vraiment réalisé que c'était de la Science-Fiction.

Ils vont être bluffés, comme moi! Tu rentres quand?

— Je vais faire les trois librairies du quartier pour voir… J'en ai besoin, tu comprends ?

Bien sûr… quand tu reviens y aura des pancakes, je vais essayer une recette que j'ai trouvée sur YouTube…

— D'accord, je rentre pas trop tard sinon ce sera un déjeuner…

À tout à l'heure.

À peine avait-il raccroché qu'il reçut un appel de son grand-père pour lui souhaiter un bon anniversaire. Il lui confirma qu'il fêtera ça à la maison ce week-end. Son père lui envoya un SMS auquel il répondit la même chose. Il termina sa viennoiserie et son café et se dirigea vers la librairie. Il avait chaussé des lunettes de soleil et mit une casquette. Depuis les dédicaces du livre "Sur les plages de Sado", son visage était connu et de plus, il y avait sa photo au dos du Prix de la Liberté et sur le site de Touou. Il ne voulait pas se prendre pour une star, mais il préférait être prudent. Il n'avait pas envie d'être coincé par des fans pour lui faire signer son livre qu'ils venaient d'acheter et prendre des selfies.

Il aperçut une file d'attente plutôt conséquente aux portes de la librairie. Il songea que ce n'était pas forcément pour son roman. Il y avait certainement d'autres sorties prévues ce jour. Sauf que lorsqu'il arriva devant la vitrine, il ne vit que Le Prix de la Liberté. De partout. Le présentoir réalisé pour l'occasion était superbe. C'était Spartus version manga grandeur nature qui assénait un coup de son épée à plasma sur l'empereur qui paraît avec une lance d'énergie aussi. Et entre les deux personnages, il y avait le livre sous plusieurs formats. Il avait vu la maquette, mais là, la voir toute faite et installée avec les deux personnages grandeur nature, il en resta bouche bée. Il entra discrètement et vit les clients se jeter sur son roman. Certains commençaient à lire tout en faisant la queue pour payer, d'autres étaient venus à deux ou trois et commentaient déjà les premières pages en souriant. Il prit un exemplaire et fit semblant de lire pour écouter les remarques. Et il ne fut pas déçu. Pour ce qu'il en avait entendu, c'était largement positif. Mais il avait retenu une phrase d'une jeune femme qui parlait avec certainement un ami à elle : "ce gars pourrait écrire n'importe quoi que ce serait génial tellement il est doué!" Y avait-il un compliment plus sincère quand on ignore que la personne à qui il est destiné est juste à côté ?

Il alla dans les deux autres librairies et ce fut les mêmes scènes. Il y avait un monde fou et les clients faisaient des commentaires similaires. S'il se dépêchait, il arriverait chez lui un peu avant onze heures. Il gara sa voiture et se précipita dans son bureau.

— Hé ! Te voilà ! Alors ? C'était comment ? sourit Aomine en arrivant avec une assiette de pancakes et du sirop d'érable sur un petit plateau.

— Faut que je voie mes stats…

— J'ai déjà regardé…

— Oh… c'est gentil, t'es un amour… fit Kagami en arrosant copieusement les petites crêpes avant de s'en goinfrer. Wow ! Sont super bons ! s'exclama-t-il.

— J'me suis dit que… comme c'est ton anniversaire… je pourrais faire un truc un peu spécial…

Kagami regarda son amant, les yeux et le cœur remplis d'amour. Il avait failli le reléguer au second plan tant il était inquiet pour son roman alors qu'Aomine ne s'en faisait pas du tout. Il se leva et le prit dans ses bras en l'embrassant.

— Joyeux anniversaire… murmura le correcteur en répondant avec voracité à ce baiser. J'ai pas eu le temps de t'acheter un cadeau, mais j'me rattraperai…

— Ah… et tu f'ras ça comment ?

— En t'invitant dans un super resto ou alors… en te laissant faire tout c'que tu veux de moi toute la journée…

Le canapé du salon était probablement le meuble qui avait vu le plus grand nombre de leurs étreintes si l'on exceptait le lit. D'ailleurs les coussins commençaient à accuser un affaissement certain. Mais ça ne les gênait pas. Et Aomine se félicitait d'avoir détourné Kagami de ses statistiques de ventes sur lesquelles il pourrait bien se focaliser pendant des heures. Le regard grenat se voila de concupiscence et le romancier se jeta comme un tigre affamé sur une proie qui ne se débattait pas le moins du monde. Au contraire, elle était plus que consentante à en juger par la vitesse avec laquelle elle se déshabilla.

Tête-bêche, ils commencèrent à s'effleurer et à se dévorer, emplissant la pièce de soupirs et de gémissements lascifs. Leur peau se hérissa de chair de poule sous leurs caresses brûlantes couplées à ce désir si fort qui les liait l'une à l'autre. À chaque fois, cet amour qu'ils éprouvaient grandissait un peu plus comme s'il voulait atteindre l'infini. Mais il n'empêchait pas les fantaisies ou la réalisation de fantasmes. Et c'est dans cette optique que Kagami avait coincé son amant entre ses cuisses pour prendre sa bouche comme s'il s'était agi de son intimité. Et Aomine l'acceptait volontiers. Quoiqu'ils fassent l'un à l'autre, l'un pour l'autre, c'était pour honorer avec leur corps ce sentiment absolu qu'ils ressentaient dans un respect mutuel total. L'union de leur chair n'était que l'expression palpable d'une émotion éprouvée par le cœur et l'esprit. La toute première merveille du monde.

Agonisant dans ce fourreau chaud et si doux, Kagami se dégagea avant de ne plus en avoir la volonté. Revenant à la bouche de son amant, il la mordilla, la lécha tout en pressant leur fierté l'une contre l'autre, brûlant d'un désir si fort qu'il en était presque douloureux. Aomine devenait fou et il s'agenouilla contre le dossier du canapé. Kagami plongea entre les magnifiques fesses rondes et musclées de son homme pour le détendre. Il le sentait frémir sous sa langue tout en choyant sa virilité, celle-là même qui lui donnait tant de plaisir lorsqu'elle était en lui.

— Viens…, gronda Aomine qui n'en finissait plus d'émettre des plaintes excitantes pour l'ouïe de son amant.

Kagami n'hésita pas une seconde. Il reposa le flacon et s'appuya contre les chairs qu'il sentit s'ouvrir devant lui et l'aspirer dans les tréfonds de ce corps. Le plaisir qui déferla en eux à cet instant précis les fit crier. Immobiles pour rassembler leurs esprits qui étaient partis quelques secondes au diable Vauvert, ils entamèrent cette même danse lascive comme à chaque fois, celle qui les emmenait toujours plus loin à la recherche de ce plaisir si intense et si beau. Aomine plaqua une de ses mains sur la fesse de son homme pour l'inciter non pas à aller plus vite, mais plus profondément, là où se trouvait son paradis intérieur. Des éclairs fusèrent derrière ses paupières closes. À chaque retour, il hoquetait sa jouissance tandis que Kagami, qui l'avait ceinturé d'un bras, caressait son sexe en mordillant ses épaules et son cou.

Aomine se dégagea et poussa le romancier pour le chevaucher. Il s'empala brutalement et les fit crier tous les deux. Il se pencha pour mordre et lécher langoureusement cette bouche d'où sortaient de petites plaintes de délice. Entre deux baisers, Kagami suçotait un téton, alors que son amant jouait avec les siens. Il caressait cette virilité arrogante qui le narguait, toute suintante de plaisir inassouvi. Soudain il libéra Aomine et prit leurs désirs raides dans sa main et les pressa ensemble puis il fit un mouvement de bas en haut qui les réduisit à deux corps luxurieux seulement vêtus de leur amour. Il ne fallut pas longtemps avant qu'ils atteignent l'ultime délivrance de cette étreinte si passionnée. Ils s'écroulèrent l'un sur l'autre, essoufflés, en sueur, heureux. Dans la baignoire, ils recommencèrent, inondant le sol à cause de leurs gestes parfois trop brusques. Kagami ne peut retenir des larmes de bonheur lorsqu'il s'épancha dans la main d'Aomine qui jouit entre ses reins.

Ils s'éveillèrent en fin de journée et comme Aomine s'y attendait, Kagami fonça voir les statistiques de ses ventes. Que ce soit Seirin ou Rakuzan, elles affichaient toutes les deux une augmentation de ses précédents romans. Il avait gardé le meilleur pour la fin. Sauf qu'il ne put accéder à son espace personnel sur Touou parce que le serveur avait encore sauté. Aomine se mit à rire par-dessus son épaule et récolta un regard noir.

— Ça t'amuse ? s'écria-t-il.

— Oh du calme…, rétorqua le correcteur qui n'aimait pas le ton un peu trop agressif. Tu doutais ? Ben voilà le résultat. Alors ? Convaincu que ton bouquin est génial ?

— Excuse-moi… grommela le romancier, penaud.

— Va voir ton compte bancaire… J'ai une course à faire, j'en ai pour une heure…

— D'accord

Le prix de vente d'un livre était distribué entre tous les intervenants dans les quatre heures qui suivaient son achat par un lecteur. L'auteur touchait ses droits, mais il y avait également la maison d'édition, les imprimeurs et les plateformes de ventes physiques ou numériques comme les librairies ou des sites comme Amazone ou Rakuten (2). Harasawa avait vu grand et heureusement. Les stocks du roman papier étaient très bas et il allait falloir rééditer. Quand Kagami accéda à son compte en ligne, il n'en crut pas ses yeux. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait. Il ne vit pas le temps passer et fut surpris quand Aomine rentra.

— Alors ? Convaincu ?

— C'est incroyable… Mais j'attends les critiques littéraires. Ce sont elles qui font ou défont un auteur…

— On verra dans quelques jours, mais j'me fais pas d'souci de ce côté-là non plus… J'ai vu des bouquins encensés et qui valaient pas l'encre pour les imprimer…

— T'es pas objectif…

— Oh que si… T'as lu "La bête du mont Fuji" ?

— Euh… non, ça m'dit rien…

— Au moins t'as pas perdu ton temps… Il est classé dans le genre suspens. Un gars est persuadé d'avoir entendu les grondements d'une bête que personne n'a jamais vu lors d'une ballade… Il va se monter tout un scénario, il va se faire peur tout seul comme un con en allant jusqu'à dire qu'il a vu l'ombre de l'animal… À la fin, il découvre qu'à quelques endroits sur les flancs du volcan, il y a des fissures qui laissent échapper de la vapeur et c'est ce qui provoque les grognements qu'il a entendus… Il tombe dans l'une d'elles et il meurt… Les critiques l'ont porté aux nues… Je m'suis fait chier du début à la fin… Et j'étais pas l'seul éditeur à le penser…

— Pourquoi les commentaires étaient si bons ?

— Parce que l'auteur a, soi-disant, réussi à maintenir un énorme suspens avec une idée très basique et jusqu'à la fin, on sait pas ce qu'il va devenir… Et c'était pas un best-seller, loin de là… Alors je me méfie de leur avis… T'as une bonne semaine devant toi avant de voir les premiers articles dans les revues littéraires…

— Mouais… De toute façon, le livre est en vente… Alea Jacta Est (3) comme disaient les Romains, soupira Kagami. J'peux pas rev'nir en arrière… C'est Kuroko qui va être surpris…

— Ton comptable ? Y croit en toi, affirma Aomine, on croit tous en toi… T'es l'seul à douter…

— Ce serait prétentieux de ma part que de montrer de l'assurance, se défendit le romancier. Tu sais que c'est pas mon genre… Je sais que j'écris bien, mais ça ne veut pas dire que je suis capable de rédiger une histoire intéressante…

— Mmh… Sauf que là, c'est le cas… demain j'irai à Touou pour faire le point à J plus un avec Harasawa et Kise. J'te demande pas d'venir, je sais que tu vas rester collé à tes stats toute la journée…

— Non, t'as raison… j'vais rester ici, tranquille… Je vais peut-être relire la trame du deuxième tome…

— Eh… Oh là… Sois pas si pressé, tempéra Aomine en finissant de manger son dessert. Prends le temps de souffler… Tout est écrit, ça va pas s'envoler… Décompresse…

— Et si on décompressait à deux ? suggéra Kagami avec une moue lubrique.

— Moui… j'veux bien… mais avant j'aimerais que t'ouvres ça…

— T'as dit que t'avais rien acheté…

— J'ai eu une idée et j'y suis allé tout à l'heure… J'voulais te le donner samedi quand tout le monde sera là, mais… j'ai pas pu attendre…

Aomine lui tendit un petit paquet joliment emballé. Kagami le prit en souriant. Il se doutait qu'il allait recevoir un présent de la part de son amant tout comme lui-même avait déjà acheté le sien qu'il lui offrirait dans vingt-neuf jours exactement. Aomine avait un an de plus que lui, mais ils étaient du même mois. Il déchira le papier et découvrit un écrin avec le nom d'une bijouterie dessus. Son sourire s'agrandit et il regarda son amant avec un petit air de reproche du genre : "t'aurais pas dû, fallait pas", mais d'un autre côté il était heureux. Quand il l'ouvrit, il eut un hoquet de stupeur. À l'intérieur se trouvait une gourmette en or avec le symbole de l'infini au milieu. Il leva les yeux vers Aomine, ils étaient brillants de larmes d'émotions. Il prit le bijou et le tendit à son amant.

— Mets-la-moi, fit-il juste avant d'entendre un léger gloussement. Quoi ?

— Ta phrase est très ambiguë…

— Pas du tout… Mets-moi ce bracelet et mets-moi ta…

— OK ! J'ai compris ! rit franchement son amant.

— C'est magnifique…, fit-il en regardant la gourmette.

— C'est mon amour pour toi…, fit Aomine en se laissant embrasser avec voracité.

— C'est à toi… de faire… tout c'que tu veux… de moi…, grogna Kagami entre chaque baiser.

— Tu viendras pas te plaindre…

— Ça m'est déjà arrivé ?

— Jamais…

Après avoir fait l'amour longuement avec une passion aussi intacte qu'au premier jour, ils s'endormirent, leurs corps et leurs esprits rompus de plaisir. À son réveil, Kagami était seul, mais il ne s'inquiéta pas. Aomine devait se rendre à Touou et il était déjà parti. Quand il constata les difficultés qu'il eut à sortir du lit, il se demanda comment son homme avait fait. Il récupérait peut-être plus vite que lui. Mais aux souvenirs des raisons de sa fatigue, il sourit. Cette gourmette brillait si bien à son poignet qu'elle habillait avec beaucoup d'élégance. Il était vraiment un homme comblé. Il s'habilla et sortit à son tour…


Touou ressemblait à une fourmilière dans laquelle on aurait mis un grand coup de pied. Vingt-quatre heures après la sortie du Prix de la Liberté certaines librairies étaient pratiquement en rupture de stock. Il fallait donc les approvisionner à nouveau. C'était une logistique précise qui tournait comme une horloge suisse. Efficacité japonaise oblige. Aomine venait de laisser sa voiture au parking. En regardant autour de lui, il remarqua qu'il y avait encore de séquelles du tremblement de terre. Des fissures sur les murs et le plafond étaient toujours visibles et de loin, il vit la vanne d'eau potable et sourit. Il prit l'ascenseur jusqu'à l'étage de son bureau et s'installa devant son ordinateur. Il accéda à l'espace de Mori Tora et là, il retint une exclamation. Le nombre d'exemplaires vendus en une journée était faramineux. Entre les achats en ligne et la mise à jour en temps réel des bases de données des librairies, pas étonnant que le serveur ait planté. Il téléphona à Kise et lui demanda de le rejoindre chez Harasawa.

— T'as regardé les stats de Kagami ? interrogea Aomine en entrant dans le bureau de son patron sans même avoir frappé.

— Bonjour Aomine ! Comment vas-tu ? Quel bon vent t'amène ? plaisanta le PDG.

— Désolé… Tu vas bien ? sourit-il en coin en s'asseyant dans une des fauteuils.

— On ne peut mieux ! T'as vu les stats ?

— Évidemment que j'les ai vu, grogna le correcteur qui se faisait chambrer.

— Excusez-moi, dit Kise en pénétrant dans la pièce, un détail à régler…

— Qu'en pense Kagami ? demanda Harasawa en s'installant autour de la table basse avec ses deux collaborateurs.

— Il doutait jusqu'à ce qu'il aille voir sa banque en ligne, répondit Aomine avec un sourire amusé.

— Mmh… Le serveur a encore sauté, grommela son patron.

— C'est pas étonnant, fit Kise. J'ai utilisé tous les moyens de communication que je connais pour promouvoir ce roman… Tout le pays sait qu'il est en vente depuis hier !

— Depuis quand t'as lancé la campagne ? s'enquit le PDG.

— Un peu plus de deux semaines…

— Les dessins de Sakurai ont eu un grand impact, constata Aomine en lisant les messages laissés par les premiers lecteurs.

— J'ai rarement vu des ventes démarrer sur des chapeaux d'roues comme ça, observa Kise. Si les premiers lecteurs l'ont acheté uniquement sur le nom de Mori Tora, le bouche-à-oreille a fait le reste.

— C'est encore la meilleure publicité, reconnut Harasawa.

— L'approvisionnement ? demanda Aomine.

— Les imprimeurs ont anticipé et de nouvelles livraisons sont en cours… J'ai fait envoyer un mail à toutes les librairies pour leur dire de créer des listes d'attentes pour leurs clients s'ils sont en rupture…

— Pour Hayakawa, la sortie est prévue mercredi, reprit Aomine. C'est bon pour lui aussi ?

— Livraisons prévues avec Kagami, le rassura son patron. C'est son premier roman, non ?

— Ouais… et en plusieurs tomes également…

— Écoutez ces commentaires, fit Kise qui regardait son téléphone en souriant."Cette histoire est énorme et les dessins magnifiques. Il faut qu'un studio d'animation en fasse une série."

— Sûrement un fan de manga… Si on les écoute, la vie elle-même doit être une série d'animation, ironisa Harasawa.

— Ça fait partie de notre patrimoine littéraire, reprit le correcteur avec un sourire en coin.

— Et celui-là, poursuivit Kise, " Prendre le passé et le placer dans le futur, il fallait y oser. Cette histoire est fantastique, vivement la suite, le cliffhanger est monstrueux!" ou encore "Rome c'est loin de chez nous, mais là, on s'y croirait! Ça me donne envie de découvrir cette civilisation."

— La fin a été compliquée à écrire, murmura Aomine plongé dans ses souvenirs.

Kagami avait fini par écrire cette scène qui lui posait tant de soucis dans les heures qui avaient suivi le séisme. Il était persuadé d'avoir perdu son grand-père, son père et son amant et il était parvenu à mettre des mots d'une incroyable justesse sur ce qu'éprouvait son personnage. L'homme de sa vie venait de mourir dans ses bras, celui qui le suivait depuis les débuts de la rébellion des spatiogladiateurs. Et Kagami avait fait un transfert de son couple dans son histoire. Aomine n'avait pas émis la moindre critique tant la scène était parfaite. À tel point qu'il en avait eu les larmes aux yeux. Elle était le point d'orgue de ce premier tome et elle allait conditionner la suite du roman. Mais Aomine avait gardé pour lui la façon dont ce passage avait vu le jour. Ça touchait de trop près leur intimité.

— Bon… Kise tu laisses en place la pub de Kagami aussi longtemps que tu peux tant que ça reste dans le budget et tu surveilles également celle d'Hayakawa… Aomine, je t'ai envoyé un manuscrit, je pense qu'il t'intéressera… Et tu viens toujours ici au moins deux jours par semaine… Dès qu'on passe en positif, je vous l'f'rai savoir… À ce rythme, ça devrait pas tarder… Aller ! Au boulot, messieurs !

Aomine retourna dans son bureau pour voir ce que lui avait transmis son patron. Et il fut immédiatement emballé par ce qu'il lisait. L'auteur, un certain Wei Liu (5) ne lui était pas inconnu. Il regarda sa biographie et se rappela de ce jeune écrivain qui avait commencé par l'autopublication. Il avait même reçu une récompense d'un magazine littéraire. Son roman se déroulait dans le futur où certains humains avaient acquis des aptitudes psychologiques et physiques un peu comme les mutants de X-Men qui leur donnaient les capacités d'aider à l'implantation de colonies sur les planètes de notre Système Solaire et permettre à la Terre de se vider en partie de ses quinze milliards d'individus.

L'auteur avait donc un nouveau manuscrit, mais cette fois, il le présentait à une maison d'édition. Et une fois encore l'idée était géniale. L'aider à la développer allait être un vrai plaisir. Mais sa priorité restait Kagami à tous les niveaux. En tant qu'amant en premier lieu, il était l'amour de sa vie, en tant qu'ami, confident et écrivain. Il passa l'après-midi à analyser ce manuscrit. Il était tellement pris par l'histoire qu'il ne vit pas le temps s'écouler. Il envoya un mail à l'auteur pour lui proposer un rendez-vous et rentra chez lui. C'était le week-end et il avait réussi à convaincre Kagami de fêter son anniversaire le lendemain avec sa famille et quelques amis. Le moins qu'il pouvait faire, c'était de l'aider à préparer les réjouissances.


Bien que le livre soit un pavé de presque mille pages, Akashi l'avait dévoré sans presque faire de pause. Il l'avait acheté à la librairie proche de chez lui à l'ouverture de celle-ci et s'était immédiatement plongé dedans. Il venait de le refermer. Un sourire étirait ses lèvres, ce qui lui donnait un air légèrement mélancolique. Il comprit qu'il avait laissé échapper la poule aux œufs d'or. À l'époque, il avait rejeté en bloc la trame que lui avait présentée Kagami disant que la Science-Fiction n'était pas le genre de la maison. Et aujourd'hui, peut-être que Rakuzan aurait publié ce roman et que malgré ses exactions, il aurait peut-être pu, éventuellement, en ayant beaucoup d'espoir, entraîner l'écrivain avec lui chez le Miracle des Mots. Il secoua la tête et sourit. Jamais l'auteur de l'aurait suivi, mais peut-être qu'il serait resté un atout majeur pour Rakuzan. Il se souciait encore un peu du devenir de son ancienne maison d'édition.

Il leva les yeux vers Mibuchi et le vit concentré sur sa liseuse. Lui avait acheté la version numérique. Il reconnut l'expression qu'il avait toujours lorsqu'il était captivé par un roman. Et il le comprenait parfaitement. Il y avait un dosage si subtil entre les technologies futuristes, l'érotisme, la Rome Antique et son univers que c'en était bluffant de réalisme et de crédibilité. De plus le style de Kagami était si fluide qu'il n'avait eu aucun problème à se glisser dans la peau des protagonistes et à vivre avec eux. Il avait toujours réussi à donner beaucoup d'épaisseur à ses personnages. Mais là, il s'était surpassé, il avait encore progressé. Il sentait bien la présence d'un correcteur particulièrement doué derrière cette histoire.

— Tu crois que t'aurais pu le mener si loin ? demanda-t-il à son amant qui venait de lever les yeux vers lui

— Honnêtement ? Non… J'aime lire de la Science-Fiction, mais pas l'étudier dans le manuscrit d'un auteur pour l'aider à améliorer le texte…

— T'en penses quoi ?

— Magnifique… Tu regrettes ?

— De l'avoir refusé à l'époque ? Je sais pas… Il aurait été parfait pour le Miracle des Mots si j'avais pas fait l'idiot…

— Arrête de ressasser, fit Mibuchi en s'asseyant à côté de son compagnon pour le prendre dans ses bras, tu peux rien changer alors avance et ne regarde plus derrière.

— T'as raison… J'ai mis un point final à l'histoire Rakuzan… La nouvelle est bien plus passionnante…

— Les travaux d'agencement pour qu'Hayama puisse accéder à tout le bâtiment dans la mesure du possible seront terminés dans la semaine, l'informa Mibuchi en coiffant avec ses doigts les cheveux méchés de rouge.

— C'est parfait… J'ai réussi à le convaincre d'habiter ici. À l'avant-dernier étage, il y a un vaste espace qui a été aménagé comme un loft de cent cinquante mètres carrés… Il pourra même avoir un coin pour recevoir ses soins de kiné… Et juste à côté, il y a une autre pièce très lumineuse qui accueillera Nebuya et tout ce dont il a besoin… Un infirmier et un kiné passeront tous les jours et dans le bâtiment, on a une infirmerie pour les employés avec deux infirmières qui se relaient de sept heures à dix-neuf heures…

— Et la nuit ?

— Les moniteurs seront reliés aux urgences qui auront un accès direct à sa chambre. Et mon appartement est au dernier à côté de mon bureau… J'veux c'qu'il y a de mieux pour lui…

— Tu sais que ça m'excite beaucoup de t'entendre parler de tout ça ? fit Mibuchi en déposant un baiser sur les lèvres d'Akashi qui sourit en coin.

Plus tard, Akashi se réveilla et se leva sans déranger son amant. Il prit une douche et alla dans le salon où il s'assit sur le canapé qui avait vu le début de leurs ébats avant qu'ils ne finissent dans leur lit. Il attrapa son téléphone et envoya un SMS.

À chaque fois qu'il rafraîchissait la page de son espace personnel sur le site de Touou, les chiffres avaient changé et augmentaient. Il était sidéré. Il doutait depuis le commencement d'être capable de mener ce projet à bien. Il avait dit qu'il ne l'abandonnerait pas, mais il avait bien failli le faire à plusieurs reprises. Et là, il voyait sa persévérance récompensée. Par contre, il y avait une chose dont il était certain. Sans Aomine et ses compétences incroyables, ce roman serait déjà terminé et aurait tenu sur un seul volume. Il n'aurait jamais développé les histoires secondaires avec autant de précision. Il sentit son smartphone vibrer dans la poche de son jeans. Il le prit et ouvrit de grands yeux étonnés. S'il s'attendait à ça… Akashi…

" J'ai acheté et lu ton livre… Il est génial… Félicitations!"

À suivre…


(1) Le ichigo-daifuku est une boule de mochi (gâteau de riz) fourré à la fraise fraîche et à la pâte de haricot rouge. Et ça tombait bien parce que j'aime beaucoup Bleach. Le personnage principal s'appelle Kurosaki Ichigo si certain(e)s ne connaissent pas ce manga ou cet animé. Mais j'en doute ^^…

(2) Pure invention de ma part. C'est UA futuriste, ne l'oublions pas. Ce doit quand même être nettement plus compliqué.

(3) Alea Jacta Est : locution latine qui signifie "le sort en est jeté" ce qui veut dire qu'on ne peut plus revenir en arrière. Ces paroles furent prononcées par Jules César juste avant de franchir le Rubicon. Google est votre ami. ^^

(4) Tapez "gourmette symbole unfini" sur Google et vous trouverez des photos.

(5) Wei Liu joueur de Yosen

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