CHAPITRE 19

Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent. Malefoy remettait vraiment tout en question.

— « Tu me demandes honnêtement une raison logique pour laquelle je me considérerais inférieur à toi ? »

Il traça un motif sur sa couette avec son doigt mais son regard ne quitta pas le sien. « Mmm hum. »

Malefoy était très sérieux. Il ne l'insultait pas. Il n'imposait pas son statut de sang sur elle. Il était bel et bien intéressé par ce qu'elle pensait du fondement de ses convictions. Ou… est-ce qu'il croyait encore à ces choses ? Il a déjà dit qu'il ne pensait pas qu'elle était sale. Et il lui a demandé de lui apprendre le charme Patronus, ce qui signifiait qu'il admettait à lui-même et à elle qu'elle était meilleure dans certaines formes de magie.

Hermione se demandait si le fait d'être dans sa chambre l'avait affecté ou non, mais en voici la preuve. Leurs quelques interactions amenaient Malefoy à remettre en question certaines des choses qu'on lui avait apprises en grandissant. C'était tout à fait fascinant qu'il lui pose la question à elle plutôt qu'au reste du monde. Là encore, avec qui d'autre pourrait-il en discuter ? Il serait traité comme un traître même s'il l'envisageait.

Elle le regarda avec un nouveau respect.

La façon dont il avait formulé la question était un exercice de réflexion hypothétique intéressant, elle devait l'admettre. Lui, le sang pur, lui a demandé, à elle, la née-moldue, de trouver une raison logique à son sectarisme à son égard. De plus, il lui demandait parce qu'il respectait son intelligence, respectait sa capacité de raisonnement et respectait son opinion.

Hermione était stupéfaite alors qu'elle le réévaluait. Malefoy se contenta de lui rendre son regard. Intéressé, mais autrement impassible. S'il comprenait la bombe qu'il venait de lui lancer, il ne le laissa pas transparaître.

Pendant des années, elle s'était souvent demandé pourquoi l'intolérance envers les nés-moldus persistait. Certaines choses étaient tellement insensées qu'elle ne comprenait pas comment quelqu'un avec un demi-cerveau pouvait croire les choses qu'elle entendait à l'école. Elle avait quelques théories et les comparait à ce qu'elle savait du règne de droit divin et des lignées royales, les Vingt-huit sacrés étant l'équivalent de la royauté. Mais dans le monde sorcier, c'était bien pire. Il y avait un élément supplémentaire de racisme.

Après avoir cligné des yeux sans un mot pendant qu'il attendait qu'elle réponde, elle parla finalement.

— « Eh bien, je peux certainement comprendre pourquoi cette croyance est si attrayante. Si les sangs purs sont supérieurs aux nés-moldus et aux sang-mêlé, alors évidemment tout ce pouvoir, cette richesse et cette influence sont mérités, sans même avoir à travailler pour cela. Tout est préservé au sein de quelques familles sélectionnées. Et si les nés-moldus et les sang-mêlé veulent une part du gâteau, vous pouvez les considérer comme indignes et les garder pour vous. Si les sangs purs ne sont pas supérieurs, alors quelle est la justification pour tout garder ? »

— « C'est tout ce que tu as ? » Colère et… déception ? apparut sur son visage. Malefoy attendait plus d'elle. « Tout cela parce que je veux garder tes mains sales loin des fruits de mes ancêtres travailleurs ? »

Elle allait gâcher cette opportunité si elle ne faisait pas attention.

— « Non, » répondit lentement Hermione.

Si, ç l'était. Mais elle devrait choisir des mots moins antagonistes, ou un raisonnement moins antagoniste, et ne pas l'interpeller directement. Elle rassembla ses pensées et réfléchit à l'intolérance dont elle avait entendu parler de lui et des autres tout au long de ses années à Poudlard. Réfléchissant à par où commencer, elle roula les plans et les posa sur son bureau.

— « Pas entièrement », corrigea-t-elle. « Prenons du recul. Sang-de-Bourbe implique que le sang est sale, quoi que cela signifie au sens propre ou figuré. Mais pour une raison quelconque, il est entendu que le véritable sorcier ou sorcière est littéralement sale, ce qui… » elle lui tendit la main. « Tu m'as dit que tu n'y croyais plus. Tu t'allonges toujours sur mon lit. Si tu pensais que c'était vrai, tu te lancerais un Récurvite à chaque fois que tu quitterais ma maison. »

Les lèvres de Malefoy se retroussèrent, sa colère étant déjà partie. « En fait, je l'ai fait les deux premières fois. »

Ses yeux s'écarquillèrent. « Tu t'es sérieusement jeté un Recurvite après avoir été chez moi ? »

— « Douché et récurvité la première fois. Je ne me suis récurvité que la seconde fois. »

Elle était sans voix.

— « J'avais dix boules de glace sur moi », dit-il avec un léger ton de protestation.

Hermione fronça les sourcils et il rit.

— « Tu pensais vraiment que les choses que tu touchais ici étaient souillées ? »

— « Après la deuxième fois, c'était devenu un peu ridicule », admit-il. « Il n'y avait rien à nettoyer. »

— « Bien », a-t-elle poursuivi. « Tu as vite compris à quel point c'était idiot. Et pourtant, j'ai déjà entendu des commentaires sur ma saleté de la part de certains de tes camarades de classe Serpentard. » Elle l'avait également entendu de la bouche de ses parents, mais elle ne voulait pas qu'il se fâche et fasse dérailler la conversation. « Autant croire aux ronflaks cornus. Je ne comprends pas comment des adultes peuvent dire de telles bêtises à leurs enfants. Il doit y avoir une raison pour enseigner quelque chose d'aussi manifestement faux, n'est-ce pas ? »

Elle lui adressa sa question.

— « L'argent ? » répondit-il, irrité.

— « Cela en fait partie. » Elle agita la main avec dédain, voyant que c'était un sujet sensible. « Et pourtant, d'une manière ou d'une autre, c'est bien d'avoir des relations sexuelles avec des nés-moldus, pas vrai ? Le fait que je sois sale ne t'a pas empêché d'être un pervers effrayant. »

— « Il y a certainement un pervers effrayant ici Granger, et ce n'est pas moi, » rétorqua-t-il avec un sourire narquois.

— « Peu importe. » Elle se sentait mal à l'aise d'évoquer ce souvenir de son changement de vêtement devant lui. L'idée d'être vu nue par lui la rendait étrangement excitée, et elle ne devrait pas ressentir cela. « Le point demeure. N'est-il pas hypocrite d'avoir des relations sexuelles avec des nés-moldus tout en pensant qu'ils sont sales ? Cela nécessite une quantité impie de dissonance cognitive. »

— « Pas nécessairement, » rétorqua Malefoy. « Cela s'appelle « se rouler dans la boue ». Mal vu dans la haute société, mais connu pour arriver. »

Hermione fit une grimace de dégoût.

— « Tante Bella pense aussi que c'est dégoûtant, » dit-il avec un sourcil levé en signe de défi.

Hermione lui lança un regard noir. « Eh bien, évidemment, elle désapprouve parce qu'elle pense que le né-moldu est dégoûtant. Je pense que c'est l'attitude des sang-purs qui est révoltante. Quoi qu'il en soit, c'est hypocrite. »

Malefoy continua : « Beaucoup de Sang-de-Bourbe sont physiquement attirantes. » Il y avait une lueur dans ses yeux. Elle soupçonnait sournoisement qu'il laissait entendre qu'elle était physiquement attirante, et elle rougit. « Les sangs purs se douchent juste après. »

— « Passons à autre chose. » Hermione ne voulait plus discuter de sexe avec lui. Malefoy ne croyait pas qu'elle était sale de toute façon. « Donc, si mon corps n'est pas physiquement sale, qu'est-ce que cela signifierait que mon sang soit sale ? Je suis sûre que tu as vu beaucoup de sang » elle lui fit un signe de la main.

Ses lèvres tremblèrent, comme s'il allait rire à nouveau. Mieux vaut être amusée que fâchée ou flirter, alors elle continua.

— « C'est rouge. C'est dégoutant. Il s'agglutine quand il coagule. Tout se ressemble. Si je me coupais et ajoutais mon sang à ce sang Nott ultra-pur, » elle ramassa le pot, les yeux de Malefoy suivirent les mouvements de sa main et elle fit tourbillonner le sang pour obtenir un effet, « cela ne serait pas différent. Il est clair que mon sang n'est pas littéralement sale. »

Il se lécha les lèvres et se pencha légèrement en avant par anticipation. En attendant qu'elle révèle sa prochaine pensée. Elle aurait aimé ne pas avoir remarqué sa langue.

— « Alors, au sens figuré, est-ce sale ? » continua-t-elle. « À tel point que cela nous rend inférieurs ? Et qu'est-ce que cela signifierait ? Que les nés-moldus ne peuvent pas faire de la magie aussi bien que les sangs purs ? Ils ne sont pas aussi capables ? Ils ne sont pas aussi talentueux ? » Elle le regarda pour voir s'il suivait son raisonnement.

Toujours intéressé, mais impassible. Il dut déjà arriver à la même conclusion.

— « Je pense que n'importe qui avec une paire d'yeux saurait que c'est des conneries. Tu as vu suffisamment d'enfants dans notre école pour savoir que ce n'est pas vrai. Et dire qu'ils n'ont même pas eu l'avantage de grandir dans une maison de sorciers. Je ne connaissais rien à la magie jusqu'à l'arrivée de la lettre de Poudlard. Les enfants nés de moldus sont désavantagés au départ, mais ils rattrapent certainement leur retard assez vite. »

Il se mordit la lèvre inférieure en réfléchissant, mais son regard ne quitta pas le sien. Elle pouvait dire qu'il n'y avait pas pensé auparavant. Les nés-moldus avaient tellement de choses à rattraper, et le faisaient.

— « Mais les sangs purs ont établi la société sorcière, » expliqua Malefoy. « Ils l'ont construit à partir de rien, ils ont défini les limites, ils l'ont protégé de la persécution des Moldus. Ils l'ont entretenu pendant des centaines d'années, le protégeant des bouleversements, des guerres et de la destruction moldus. Les Sang-de-Bourbe sont des envahisseurs. »

Son ton n'était pas passionné. Elle ne savait pas s'il croyait réellement ce qu'il disait ou s'il lui lançait simplement des idées pour voir comment elle réagirait. Quoi qu'il en soit, la logique était similaire à celle des partis populistes anti-immigrés de l'Europe moldue. Elle avait déjà tout entendu.

— « Envahisseurs ou immigrants ? » a-t-elle répliqué. « Et les immigrants ne contribuent-ils pas à construire, à contribuer et à maintenir la société ? Leurs parents, en tant que Moldus, ne l'ont peut-être pas fait. Mais les nés-moldus le font certainement. Et puis leurs enfants le feront. Les Patil n'ont pas construit la Grande-Bretagne sorcière. S'agit-il d'envahisseurs ou d'immigrants ? »

Hermione regarda Malefoy analyser son raisonnement.

— « Mais leurs ancêtres ont construit l'Inde sorcière », rétorqua-t-il. « Leur famille a contribué. Les Sang-de-Bourbe s'appuient sur les réalisations du sang pur. Ils exploitent sans avoir mérité leur place. Ils n'ont pas leur place. »

— « Donc, si, une fois cette guerre terminée – dans laquelle je me bats d'ailleurs – et que la société sorcière est libérée de Tu-Sais-Qui, alors je n'y appartiens pas ? »

Il l'étudia et a dit lentement : « Tu es une exception », il fit une pause, traça le motif de la courtepointe avec son doigt puis dit : « Pour beaucoup de choses. »

Ce n'était pas la conclusion qu'elle voulait qu'il tire. Du tout. Mais même ainsi, la façon dont il prononçait ces mots lui donnait l'impression qu'elle avait une volée de papillons dans son estomac.

— « Qu'en est-il des autres nés-moldus qui se battent pour votre liberté ? »

Toute mention de liberté résonnerait en lui, et il hocha la tête. « Ils méritent d'être ici aussi. »

— « Et les nés-moldus qui se cachent ? »

— « Qu'ont-ils fait pour gagner leur place ? »

— « Travailler et payer des impôts, cela ne suffit pas ? » elle pivotait d'avant en arrière sur sa chaise.

Il ne répondit aps. Le père de Malefoy ne « travaillait » pas vraiment. Il tirait les ficelles au ministère. Quant aux impôts… Lucius Malefoy avait probablement trouvé suffisamment de failles pour ne pas avoir à en payer. Elle supposait qu'il envisageait des pots-de-vin occasionnels, bien placés, pour remplacer les impôts.

— « Les Moldus peuvent aussi travailler et payer des impôts, mais ils n'ont pas leur place. »

— « Mais les Moldus n'ont pas de magie ! » dit-elle exaspérée, et elle frappa sa main sur son bureau. « Les nés-moldus le font. En dehors de cela, les nés-moldus ajoutent au tissu de la culture sorcière. Ils composent de la musique que vous écoutez. Tu aimes les Weird Sisters, pas vrai ? »

Elle n'entendit pas de réponse. Tout le monde aimait les Weird Sisters.

— « Leur guitariste, Donaghan Tremlett, est né-moldu. Des nés-moldus ont peint certains des portraits qui décorent les murs de Poudlard. » Elle commença à cocher les points sur ses doigts. « Ils ont écrit des romans que tu as lus sans connaître leur statut sanguin. Ils inventent de nouvelles potions. Ils inventent de nouveaux charmes. Ils gèrent des restaurants, des pubs, des magasins et des boutiques sur le Chemin de Traverse. Ils construisent des maisons et d'autres bâtiments. Ils travaillent au soin des créatures magiques. Ils jouent au Quidditch. Ils travaillent selon la loi sorcière. Ils travaillent au ministère et – oui, c'est une merde bureaucratique – »

Il haussa les sourcils de surprise puis éclata de rire à son commentaire.

— « Mais la fonction même du Ministère est de construire, maintenir et protéger la société sorcière. Ce que font les nés-moldus. Tu n'as pas besoin de parents magiques pour être un membre pleinement participant et contributeur de la société sorcière. »

Malefoy restait silencieux, l'écoutant. « Et si le né-moldu ne participe pas ? Et s'ils ne font rien ? Reste assis sur leurs fesses toute la journée à ne rien faire ? »

Elle était tellement tentée de s'en prendre aux riches gamins de sang pur qui vivent de leurs héritages. Mais elle savait qu'elle perdrait le terrain qu'elle avait gagné si elle le faisait.

— « Méritent-ils moins d'être ici qu'un sang pur ou un sang-mêlé qui ne participe pas ? » répliqua-t-elle.

— « Ils n'avaient pas de parents qui contribuaient. Les Sang-Purs et les Sang-Mêlé l'ont fait. » Il étendit ses longues jambes sur son lit, puis les détendit à nouveau. Comme un chat. Ou une panthère. Elle cligna des yeux et inspira, essayant de se concentrer sur la dispute et non sur ses longs membres.

— « D'accord Malefoy, » dit-elle en se penchant en avant sur sa chaise. Ses yeux suivirent son mouvement. « Disons que tu as un enfant d'un né-moldu et d'un sang pur. Comme Harry. L'enfant d'un né moldu et de sang pur est-il un sang-mêlé ? »

Hermione vit le coin de sa bouche se soulever. Il savait où elle voulait en venir avec ça.

— « Oui, mais on dirait que la lignée est malheureuse. »

— « L'enfant d'un sang-mêlé et d'un né-moldu est-il un sang-mêlé ? »

Son sourire s'élargit un peu. « Oui, Granger. Mais ce serait un élevage extrêmement médiocre. »

— « Alors, n'est-il pas stupide que des parents magiques soient considérés comme des envahisseurs alors que leur enfant ne le serait pas ? En quoi est-ce logique dans tous les sens du terme ? » Elle sentit sa voix devenir aiguë vers la fin.

Malefoy avait l'air légèrement amusé. « Tu viens de crier. »

Elle expira bruyamment par les narines. « Eh bien, excusez-moi d'être quelque peu investi émotionnellement dans ce sujet. »

— « Très bien, Granger. Je concède ce point. Sinon, pourquoi penserais-je que les Sang-de-Bourbe sont inférieures ? »

Sa colère se dissipa aussitôt avec sa concession. « Eh bien, pendant que nous y sommes, qu'en est-il du mariage et de la lignée ? Je peux épouser qui je veux. Ou ne pas me marier du tout. Peux-tu ? » elle a demandé.

La mâchoire de Malefoy se serra et il se remit à tracer des motifs sur sa couette avec son doigt, regardant le sol d'un air maussade. De toute évidence, ce sujet avait touché une corde sensible. Lui et la plupart de ses amis auraient de la chance de se marier par amour. Très probablement, ils auraient quelques conjoints potentiels parmi lesquels choisir, mais c'était tout. Ils devaient se marier à partir d'une liste pré-approuvée. Ils devaient avoir des enfants. Ils n'avaient que peu ou pas de mot à dire sur leur avenir.

Hermione aurait dû savoir que ce serait un sujet sensible avec lui. Le Patronus de Malefoy était alimenté par un désir de liberté.

— « Les sangs purs sont obsédés par la lignée », continua-t-elle et ses yeux revinrent vers elle, fixés sur son visage. « Comme si le fait d'avoir une arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère d'une lignée particulière avait une incidence sur la puissance d'une sorcière ou d'un sorcier. Les sangs purs ont des cracmols au même rythme que les autres couples. Et nous avons déjà expliqué comment leurs enfants sont répartis de manière égale en termes de classement des classes, et ils ne monopolisent pas l'histoire de l'invention des charmes, des artefacts et des potions. »

Encouragée par le fait qu'il avait été pensif pendant qu'elle parlait, elle se demanda ce qu'il penserait de Voldemort. Elle s'arrêta pour faire effet et il la regarda, curieux.

— « Tu-Sais-Qui est un sang-mêlé. »

Malefoy se redressa immédiatement face à cette information et la nia furieusement. « Non, ce n'est pas possible. Il est l'héritier de Serpentard. »

Hermione remarqua que Voldemort étant un sorcier puissant n'était pas la raison pour laquelle il le niait, et elle sourit intérieurement. Elle considérerait cela aussi comme une victoire.

— « Aucun des descendants de Serpentard n'aurait pu épouser des Moldus ? » a-t-elle postulé. « Tous ces siècles ? Et ce ne serait jamais arrivé ? »

— « Ce serait hautement improbable », protesta-t-il. « Des quatre fondateurs, il était le plus catégorique sur le fait que la magie était raffinée et que le pouvoir augmentait au fil des générations d'élevage consciencieux. »

— « Ta famille partage les mêmes idéaux, pas vrai ? »

— « Oui », répondit-il prudemment, ne sachant pas trop où elle voulait en venir avec son raisonnement.

— « Et pourtant Sirius Black s'est rebellé. Il aurait pu épouser une Moldue s'il n'avait pas été à Azkaban toutes ces années. Ta tante Andromeda a épousé un sorcier né-moldu. »

— « C'est peut-être vrai, mais elle n'a pas épousé un Moldu. »

— « C'est vrai, mais elle s'est rebellée contre l'élitisme du sang pur. »

Elle ne voulait pas évoquer Regulus. Il vaudrait mieux que Malefoy ne sache pas qu'il s'est rebellé, et la manière dont Hermione le savait.

Malefoy secoua la tête. « Se rebeller et épouser des Sang-de-Bourbe n'est pas la même chose qu'épouser un Moldu. »

Il avait raison. Mais ils prenaient une tangente, elle devait le ramener à Voldemort.

— « Ce que je veux dire, c'est que, » dit Hermione, attrapant un stylo pour avoir quelque chose avec lequel jouer pendant qu'elle parlait. Les yeux de Malefoy suivirent les mouvements de sa main. « Salazar Serpentard n'avait pas un contrôle total sur tous ses descendants. Ils n'auraient pas tous cru à l'idéologie du sang pur. Si l'un d'entre eux interagissait avec des Moldus, ce que les sorciers faisaient assez souvent à cette époque, il est fort probable qu'un rebelle occasionnel en aurait épousé un. Même avec la menace d'être renié. Certains choisissent l'amour et la liberté plutôt que l'héritage et les obligations familiales. »

Malefoy croisa son regard à sa dernière déclaration et une veine palpita sur son front. Elle pouvait voir le feu dans ses yeux, menaçant d'éclater. Il détestait le manque de contrôle qu'il avait sur son avenir.

Elle continua : « La mère de Tu-Sais-Qui était Merope Gaunt », expliqua-t-elle en faisant tourner le stylo entre ses doigts. « Tu dois reconnaître le nom de famille. Elle était une descendante directe de Serpentard et avait moins d'argent que les Weasley. » Elle le regarda ostensiblement puisque la situation financière des Weasley était une cause de railleries dans les cours d'école pendant de nombreuses années, mais il ne répondit pas. « Son père, cependant, était Tom Jedusor. »

Malefoy fronça les sourcils, confus. « Qui c'est ? »

— « Tu ne reconnais pas le nom parce que Tom Jedusor était un Moldu. »

— « Ce n'est pas possible », nia-t-il calmement. Il protestait toujours contre cette information.

— « Sais-tu de qui descendait Tu-Sais-Qui ? A-t-il déjà mentionné ses parents ? Frères et sœurs ? Où a-t-il grandi ? Quel devrait être son héritage ? Propriétés ? Connais-tu au moins le vrai nom de Tu-Sais-Qui ? »

Malefoy avait une explication toute prête. « Il est de notoriété publique qu'il descend de Serpentard. Il a ouvert la Chambre des Secrets, il n'y avait donc aucune raison d'en douter. Et bien sûr, il est plus puissant que quiconque, ce qui est une preuve en soi pour tout le monde. » Il fit une pause. « Mais non, je n'ai jamais entendu quelqu'un parler de l'identité de ses parents. Et non, je ne connais pas son vrai nom. »

— « Tu ne trouves pas ça étrange ? À quel point certains Sang-Purs sont obsédés par les lignées ? »

— « Tu as raison, » il lui fit un signe de la main avec irritation, vu qu'il était l'un des sangs purs obsédés susmentionnés. « Continue, Granger. »

— « Mérope est tombée amoureuse de Tom Jedusor », a-t-elle poursuivi. « Elle lui a donné de l'amortentia parce qu'il ne l'aimait pas en retour et ils se sont mariés. Après qu'elle ait arrêté de lui donner le philtre d'amour, il l'a abandonnée. Plus tard, elle a accouché dans un orphelinat moldu et est décédée. » Elle fit une pause pour faire effet. « Tu-Sais-Qui a grandi sans le sou dans un orphelinat moldu. »

Elle s'arrêta de parler à nouveau, le laissant traiter cette information.

— « Son nom complet est Tom Elvis Jedusor. Nommé d'après son père moldu. »

Malefoy plissa les yeux. « Comment sais-tu tout cela ? » Il se battait toujours. C'était difficile à croire, reconnut-elle.

— « Dumbledore l'a dit à Harry. Dumbledore est celui qui a trouvé Tu-Sais-Qui à l'orphelinat moldu en premier lieu et l'a amené à Poudlard. Les sourcils de Malefoy se haussèrent. « Ironique, je sais. Tu ne crois toujours pas ce que je te dis ? »

Il avait l'air dubitatif, alors Hermione jeta le stylo sur son bureau, attrapa sa baguette et lança les lettres « TOM ELVIS JEDUSOR » dans les airs au-dessus d'elle. Drago leva les yeux et regarda avec un étonnement horrifié les lettres se réorganiser pour épeler « JE SUIS LORD VOLDEMORT ».

Sa gorge émit un cliquetis.

— « Il m'écorcherait vif si je savais cela », murmura-t-il.

— « Tu espionnes déjà pour le compte de l'Ordre. »

— « Vrai. » Les lettres dissoutes et abasourdies, il baissa les yeux vers elle. « Alors, » répondit-il. Toujours incrédule. « Un sang-mêlé. »

Hermione hocha la tête. « Le sorcier le plus puissant de l'histoire contemporaine, à part Dumbledore, est un pauvre sang-mêlé élevé dans un orphelinat moldu. » Elle fit pivoter sa chaise d'avant en arrière, le regardant processer les détails de tout ce qu'elle venait de lui dire. « Alors Malefoy, quel avantage peut-on tirer de retracer votre lignée à travers dix générations de sang pur si cela ne fait aucune différence pour l'intelligence, le talent ou le pouvoir de ton enfant ? Ce qui reste ? »

— « Vingt-trois générations de sang pur », corrigea-t-il. « Dont je suis le produit. » Mais il la regardait avec attente. Il ne discutait pas avec elle.

— « D'accord, oublie les termes" Pure ", " Moitié " et " Boue " pour l'instant. » Elle agita la main avec dédain. « Évidemment, ils sont trompeurs et ne décrivent pas la réalité. Quelle est la différence entre ton sang, né de vingt-trois générations de sorcières et de sorciers Malefoy, et le mien ? Le sang d'Hermione Granger, première de son nom ? »

Il rit, mais fut captivé par l'attention. C'était ce qu'il attendait.

— « La seule chose à laquelle je peux penser est la magie du sang. Et je n'en sais rien car ce n'est pas enseigné à Poudlard. »

Il se pencha en avant et posa ses coudes sur ses genoux.

— « Magie du sang. »

Il était intéressé, mais légèrement déçu par sa conclusion.

— « Magie du sang », répéta-t-elle. « Toi et tes ancêtres avez été forcés de contracter des mariages arrangés pendant des siècles afin que vous ou quelqu'un d'autre puissiez utiliser votre sang pour consolider vos domaines, propriétés, héritages et avoirs financiers. Vous êtes élevé pour votre sang, récolté pour lui, utilisé pour vous reproduire, puis forcez vos enfants à faire de même. Sinon, pourquoi cela aurait-il de l'importance ? À l'exception de quelques-uns comme Tu-Sais-Qui, c'est à cause de l'argent. »

Hermione revint à son point initial, quoique de manière détournée. Elle ne savait pas à quoi s'attendre de lui maintenant. Colère ? Ressentiment ? Déni ? L'argent comme motivation semblait plus insidieux maintenant qu'ils avaient tout parcouru. Au lieu de voir de la colère, elle regarda le visage de Malefoy perdre ses couleurs. Il avait l'air d'être malade.

Alors même qu'elle expliquait sa conclusion, elle le plaignait. Hermione venait de lui dire qu'elle pensait que son corps et sa vie n'étaient pas sous son contrôle, même sans Voldemort. Elle était sûre que Malefoy ressentait intensément l'impact de ses paroles, étant un Mangemort, forcé d'obéir par la peur, et son corps envahi par la Marque des Ténèbres et un implant.

Elle soupira et le regarda avec sympathie. « Je ne sais pas à quelle réponse tu t'attendais Malefoy, mais c'est comme ça que je le vois. » Elle reposa le pot sur son bureau. « Je suppose que les sangs purs qui gardent de l'argent dans la famille et se considèrent comme supérieurs à tout le monde rendent ce qui vous arrive à tous plus acceptable. »

— « Non, je… » Malefoy s'éclaircit la gorge et leva les yeux vers elle. Ses yeux étaient peinés mais reconnaissants. « Tu as déjà clairement pensé à tout ça. »

Hermione hocha la tête. « Oui. Beaucoup au fil des années, ayant été victime de sectarisme. Je pense que ton pot de sang de Nott… » Ses lèvres se contractèrent. « …m'a aidé à mieux cristalliser mes pensées. »

— « Je n'y ai pas du tout pensé », admit-il en passant une main dans ses cheveux et en regardant sa bibliothèque. Encore une fois, elle se demanda ce qu'il avait lu à part le livre sur l'exploration spatiale. « Pas jusqu'à récemment. » Il se frotta les mains d'avant en arrière sur ses cuisses et marmonna : « Toute cette guerre pour un putain de sang-mêlé. »

Elle ressentit une soudaine envie de lui faire un câlin, mais ce serait une erreur. N'est-ce pas ? Ce n'était pas un ami ; l'était-il ? Non, il ne l'était pas. C'était un espion et elle était son attache. Et il était Drago Malefoy entre tous. Elle ne devrait pas serrer Drago Malefoy dans ses bras.

C'était tellement gênant.

— « Est-ce que… »Elle avait toujours l'impression qu'elle devrait lui offrir une certaine forme de réconfort, après lui avoir lancé cette bombe avec l'identité de Voldemort. Et ses réflexions sur la magie du sang, qu'elles soient ou non véridiques, étaient troublantes. « Tu veux un verre ? »

L'alcool était probablement une pire idée qu'un câlin. L'alcool pourrait conduire à autre chose. Mais il fallait qu'elle lui donne quelque chose. Malefoy semblait avoir du mal, analysant ce qu'on lui avait appris. Enseigné par des gens qu'il aimait et en qui il avait confiance. Il essayait de comprendre ce qu'il croyait et ce qu'il ne croyait pas, et sa conclusion l'avait physiquement ébranlé, qu'il y croie ou non lui-même.

S'il était d'accord, alors il comprendrait qu'il était utilisé, même s'il n'était pas un Mangemort. Hermione Granger, la Sang-de-Bourbe, sans propriétés ou domaines sorciers à son actif, sans obligations familiales, sans ascendance prestigieuse remontant au monde sorcier, avait plus de liberté que Drago Malefoy n'en aurait jamais.

— « Peut-être une autre fois. » Il passa une main dans ses cheveux et leva les yeux vers elle. « Merci, Granger. »

Il se passa la main sur le visage en silence et regarda le sol. Si elle était à la place de Malefoy, elle réfléchirait à son existence, aux choses dans lesquelles elle a été élevée, à son manque de contrôle sur elle-même et sur son avenir. Il avait l'air tellement abattu.

Hermione ne pouvait pas laisser les choses rester ainsi. Ils ne pouvaient pas se séparer de lui si découragés.

La musique l'aidait souvent à se sentir mieux lorsqu'elle était de mauvaise humeur. Elle se leva de sa chaise et s'agenouilla près de son lecteur CD, se demandant brièvement quelle quantité de musique il avait écoutée et ce qu'il avait apprécié. Reconnaîtrait-il ce qu'elle allait lui jouer ? Il leva la tête et la regarda, les yeux légèrement injectés de sang à cause du frottement. Après avoir jeté quelques boîtiers de CD sur le côté, elle trouva celui qu'elle cherchait et l'ouvrit. Malefoy tendit le cou, essayant de voir ce qu'elle choisissait, mais elle cacha le CD avec son corps.

— « Ne regarde pas, » gronda Hermione, le regardant par-dessus son épaule avec un sourire enjoué.

Elle inséra le CD et appuya sur play. Immédiatement, les riffs de guitare et le synthétiseur de The Who remplirent sa chambre. Hermione lui jeta un coup d'œil et le coin de sa bouche se souleva légèrement. Il avait reconnu la chanson et l'aimait bien. Elle se sentit instantanément plus proche de lui, sachant que Malefoy appréciait la même musique qu'elle. Elle se demandait à quel point il avait prêté attention aux paroles.

Malefoy se rebellait. Il avait récemment découvert qu'une grande partie de ce qu'on lui avait enseigné n'était pas vrai et qu'il trahissait le camp pour lequel il avait été élevé. Il se sentait seul et désemparé, luttant contre sa rupture avec les structures sociétales familières et avec ce que lui, ses amis et sa famille croyaient. Et il le faisait seul.

Hermione lui a donc joué l'un des hymnes rock les plus célèbres du Royaume-Uni. Un puissant « va te faire foutre » à l'autorité sous forme musicale, où il pouvait ressentir une connexion et une parenté avec d'autres rebelles du monde entier, passés et présents.

Y compris elle-même.

Elle se retourna pour lui faire face, assise par terre, les jambes croisées. Ils ont écouté ensemble pendant que Pete Townshend criait les paroles de « We Won't Get Fooled Again » dans le microphone.

Hermione espérait que Malefoy savait à quel point elle le respectait et l'admirait en ce moment. Qu'elle avait réalisé que ses luttes étaient difficiles. Elle le regarda dans les yeux depuis son siège par terre pendant que la musique retentissait et qu'ils écoutaient les paroles ensemble. Un lent sourire conspirateur s'étala sur son visage, qu'elle lui rendit.

Il comprit et il apprécia sa solidarité avec lui. Après quelques instants, elle se sentit mal à l'aise, incapable de retenir son regard. La façon dont il la regardait lui fit nouer le ventre et apporta une chaleur indésirable entre ses jambes. Elle détourna les yeux, faisant semblant de parcourir ses CD pendant que la chanson continuait.

Lui apprendre le Patronus et avoir cette discussion les rapprochait l'un de l'autre. Elle en savait beaucoup plus sur lui désormais, et lui sur elle. Peut-être qu'ils étaient amis. Était-ce si terrible ? Il en avait besoin, n'est-ce pas ? Il avait des amis, mais aucun d'entre eux ne vivait ce qu'il vivait en ce moment. Si elle n'était pas là, il devrait le faire seul.

Alors que les derniers riffs de guitare sortaient de ses haut-parleurs et que la chanson se terminait, elle leva les yeux pour voir Malefoy qui la regardait toujours. Son sourire devint malicieux.

— « Partons. »

— « Quoi ? Partir ? » Hermione n'arrivait pas à comprendre ce qu'il disait. Elle regarda son horloge. Il était 23h30. « Où aller ? »

— « Quelque part de moldu. »