Chapitre 6 : Sharpstone
La bibliothèque était, et de loin, sa pièce favorite du manoir. Elle pouvait y passer des heures sans voir le temps passer, d'autant que les ouvrages étaient tous de qualité. Seul problème, elle avait quand-même bien le droit de se plaindre un peu, il n'y avait que des bouquins sorciers. Sa soif de connaissance était telle qu'elle était néanmoins contente de lire des récits historiques, des contes et autres romans écrits par des sorciers, mais la magie de l'écriture moldue allait finir par lui manquer, elle le savait.
Pour l'heure, malgré un livre sympathique qui contait les aventures de Merlin avant les évènements de la table ronde, Hermione se sentait nostalgique. Elle était assise sur un rebord de fenêtre, aménagé en petit canapé avec des coussins moelleux, et regardait dehors depuis plusieurs dizaines de minutes.
Il y avait de la bruine, comme presque tous les jours depuis un mois qu'elle était là, ce qui n'empêchait pas les jumeaux de jouer dehors avec leur père. Elle n'avait jamais trop joué à courir partout avec ses parents, mais leurs jeux étaient tout de même agréables et aujourd'hui, cela lui manquait. Enfin, ses parents lui manquaient, tout court, et même si elle avait envoyé et reçu plusieurs lettres, les hiboux facilitant les échanges épistolaires, elle aurait aimé voir sa mère pour lui parler de vive voix.
Cela lui était déjà arrivée de ne pas voir ses parents pendant plusieurs mois, pendant ses études, mais elle avait toujours su avec exactitude quand elle allait les retrouver. Là, elle n'en avait pas la moindre idée. Son ignorance était d'ailleurs identique sur plein de sujets et elle détestait cette sensation. Elle ne savait même pas quand elle pourrait commencer à travailler, ce qui l'aiderait pourtant à se sentir plus utile, ce dont elle avait désespérément besoin.
Pourtant, Rogue lui avait dit qu'il s'était occupé de l'autorisation maritale. Elle lui aurait volontiers demandé où cela en était, mais elle ne le voyait pas tant que ça et, les courts moments durant lesquels ils étaient ensemble, ils ne parlaient guère. En même temps, il travaillait sans arrêt et même pendant les repas, il n'était pas rare qu'il soit en pleine lecture de courriers ou autres parchemins obscures dont Hermione ignorait la provenance et le contenu.
Au moins, il ne la dérangeait pas et, mariée ou non, il n'y avait pas grande différence, hormis le fait qu'elle savait maintenant ce qui se passait dans une chambre à coucher. Et encore, ils n'avaient partagé leur lit qu'une seule fois, lors de la nuit de noce, mais jamais ensuite. La vie de femme mariée ne ressemblait pas à ce qu'elle avait imaginée. Néanmoins, devait-elle s'en plaindre ou s'en réjouir ? Ce n'était pas comme si elle s'était attendue à un conte de fée, même si elle avait eu, l'espace de quelques mois, l'espoir d'un mariage sentimental avec Sirius… aurait-elle été plus heureuse ? Sûrement oui, au moins ne serait-elle pas morte d'ennuis, elle en était certaine, Lord Black ayant toujours été plus loquace, charmant, et simplement plus intéressant.
La jeune femme soupira et se demanda ce qu'il devenait. Il devait avoir choisi une prétendante maintenant, les bancs n'allaient plus tarder à être publiés, sauf s'il s'était enfui comme il lui avait proposé. Elle ne regrettait pas d'avoir refusé, elle voulait faire changer les choses ici et espérait pouvoir y arriver un peu, à son niveau, mais quand ? Est-ce qu'elle aurait autant de travail que son mari quand elle sera au ministère ? Ce serait parfait, pour son ambition mais aussi pour que ses journées soient un minimum plus passionnantes.
Alors qu'elle était toujours dans ses pensées, un pop de transplanage retentit et la fit sursauter. Elle tourna la tête et chercha quelqu'un mais ne vit rien. Ce n'était pas la première fois qu'elle se sentait observée dans les murs de cette demeure, mais jamais pourtant n'avait-elle entendu un tel bruit ! Devenait-elle paranoïaque ?
- Plus bas maîtresse Rogue, répondit une voix couinante.
Alors qu'elle baissa le regard, elle remarqua avec soulagement l'elfe de maison qui se penchait tellement que son nez était contre le sol. Hermione haussa néanmoins un sourcil surpris, en un mois, elle n'avait jamais eu l'occasion de voir les elfes du manoir, ceux-ci étant plus discret de des demiguises.
- Bonjour, dit-elle alors en se tournant face à la créature. Qui es-tu ?
- Bonjour maîtresse Rogue ! répondit-il relevant juste un peu la tête, surpris de la forme de politesse dont elle faisait preuve. Je… je suis illuminé !
- Pardon ? s'offusqua-t-elle de l'insulte qu'il s'infligeait à lui-même.
- Je suis illuminé maîtresse, répéta-t-il avec l'air gêné. Illuminé est l'un de vos humbles serviteurs maîtresse Rogue.
- Oh… c'est ton prénom ! Excuse moi, je n'avais pas compris. Tu peux te redresser tu sais ? Et tu peux m'appeler Hermione, ajouta-t-elle en souriant.
Pourquoi diantre semblait-il si effrayé ? Que faisait son mari pour que les elfes de maison soient aussi discrets et intimidés ? Elle allait devoir en parler avec lui et s'en voulut de ne pas s'être posée la question avant. En attendant, la créature se redressa et regarda la jeune Lady avec de grands yeux aussi globuleux que mignons :
- Illuminé ne peut pas appeler Maîtresse Rogue par son prénom, illuminé est un bon elfe bien élevé maîtresse.
- Je n'en doute pas une seconde, concéda-t-elle toujours avec bienveillance. Mais appelle moi au moins juste Mademoi… Madame, se corrigea-t-elle.
- Illuminé va essayer… madame !
- Merci, c'est très gentil. Je suis ravie de te rencontrer, depuis que je suis ici, je n'ai vu aucun d'entre vous.
- Les amis d'Illuminé et lui-même n'ont pas pour habitude de se montrer à ceux qui ne le souhaitent pas madame… enfin, illuminé veut dire…
- Ne panique pas, dit-elle rapidement en voyant la créature craindre une bêtise et une possible réprimande. Je ne sais pas comment vous faites avec mon mari, mais je serais ravie de tous vous rencontrer et de tous vous voir.
L'espace d'un instant, elle crut qu'Illuminé allait pleurer mais se retint et posa une main sur son cœur en inclinant à nouveau sa tête :
- Illuminé vous remercie et Illuminé le dira à ses amis, Madame Rogue !
- Merci beaucoup… mais dis-moi, que me vaut ta présence ici ?
- Oh ! s'exclama l'elfe en se rendant compte qu'il avait oublié l'essentiel. Maître Rogue m'a demandé de vous remettre ceci Madame !
La créature sortit d'une poche de fortune, dans sa tunique délavée faite en une sorte de drap en tartan vert déchiré, une missive qu'il tendit à Hermione. La jeune femme la prit et remercia l'elfe, non sans demander si son époux n'aurait pas pu la lui donner lui-même :
- Maître Rogue à du quitter le manoir en début d'après-midi pour se rendre au ministère Madame. C'est de là bas que maître Rogue à fait quérir Illuminé Madame.
- Oh, je ne savais pas qu'il était sorti aujourd'hui…
Cela arrivait régulièrement, il partait elle ne savait où et revenait à divers moments de la journée. D'ordinaire néanmoins, elle se rendait compte de son départ, ne serait-ce que parce qu'il avait la décence de la saluer vaguement avant de quitter la demeure. Sans faire plus de commentaires, Hermione descella le parchemin et remarqua l'en-tête du ministère, ce qui la fit se redresser d'un bond pour la lire :
« Lady Rogue,
J'ai eu l'honneur de comprendre votre intérêt pour notre cher ministère et je vous en remercie grandement. Nous sommes toujours en recherche de sorciers et sorcières motivés pour nous épauler dans nos différentes missions pour la population.
Votre mari ayant fait part de son avis sur la question et ayant autorisé une activité salariale de votre part, nous serions ravis de vous rencontrer en personne afin de trouver le poste qui vous siéra le plus.
Pour se faire, nous vous proposons de venir à la rencontre des directeurs de départements, lors de notre réunion du dernier vendredi de ce mois.
Nous attendons un retour à ce pli avec impatience.
Cordialement,
M. Spavin,
Ministre de la magie. »
Le ministre lui-même lui avait écrit, ce n'était pas tous les jours que cela arrivait. Même dans le cadre de l'arrestation du vampire de Londres, cela avait été le directeur de la section de la justice magique qui l'avait rencontrée pour la féliciter, alors même qu'il n'avait pas fait grand-chose avec les aurors. Enfin, avoir une lettre du ministre était donc surprenant mais aussi et surtout motivant pour la suite, quand bien même cela était peut-être le protocole normal pour l'arrivée d'une femme au ministère, d'une Lady qui plus était.
Ragaillardit par cette nouvelle, la jeune sorcière se retint difficilement de sauter de joie. Elle allait devoir se préparer et n'avait pas énormément de temps pour ça, heureusement Emily l'aiderait le jour même, mais elle allait avoir besoin d'une tenue plus professionnelle non ? Elle demanderait à Rogue pour ça, il ne dirait probablement pas non, il n'allait pas vouloir avoir honte de son épouse tout de même. Enfin, avant de lui parler tenue vestimentaire, elle allait devoir le remercier, il n'était probablement pas aller au ministère pour rien aujourd'hui, après tout, elle n'était pas dupe et se doutait bien que la lettre n'arrivait pas aujourd'hui par pur hasard alors qu'il était lui-même au ministère.
Après avoir chaudement remercié une énième fois Illuminé, la jeune femme décida de se dégourdir les jambes, trop excitée à l'idée que sa vie avance enfin dans le sens qu'elle souhaitait malgré son statut de naissance. Elle allait travailler et ne serait pas simplement professeur ou soignante, non, elle serait peut-être archiviste, secrétaire ou mieux encore, peut-être qu'elle aurait un rôle plus intéressant, comme secrétaire particulière, cela dépendrait du secteur qui voudrait bien d'elle. Elle enfila une veste, mit sa capuche et sortit malgré le temps maussade pour profiter du jardin.
Elle n'était que rarement sortie au vu de la bruine fréquente, elle était donc toujours en phase de découverte de cet immense extérieur qui lui appartenait, en quelque sorte du moins. Elle avait déjà trouvé une zone où les statues animalières foisonnaient, une autre où les haies étaient taillées comme des sculptures, représentant diverses formes sympathiques réalistes ou géométriques, et une zone avec une fontaine un peu en hauteur, d'où l'on pouvait voir un labyrinthe de haies, très esthétique, s'étendre sur quelques hectares. Elle avait déjà entendu parler de ce genre de bizarrerie dans des jardins mais ne s'était jamais attendu à en voir un véritable, encore moins chez elle.
Ce jour là, elle prit un chemin qu'elle n'avait pas encore emprunté et qui menait derrière ce spot, digne d'une épreuve d'un tournoi des trois sorciers, mais qui le contournait. Un jour prendrait elle sûrement le risque de s'y perdre, mais elle attendrait un jour plus clément. Pour l'heure, elle partit donc au loin, dans ce domaine qui pourrait presque faire rougir les extérieurs de Poudlard, à la recherche de trésors dont elle ignorait encore l'existence.
Après une bonne dizaine de minutes de marche, elle arriva derrière le labyrinthe et vit que, ce qu'elle avait pris jusque là pour la suite de ce dernier, était en réalité une petite partie boisée du terrain. Un chemin passait entre deux allées de conifères qui s'étalaient moins profondément qu'elle ne l'eût cru au premier abord. Elle tomba alors sur une clairière plus claire, où courrait une petite rivière qui contournait un kiosque qu'elle reconnut :
- Oh, c'est comme sur le tableau du salon d'hiver !
Avec un large sourire, elle se dirigea jusqu'au trésor du jour qu'elle était ravie d'avoir trouvé. Ce genre de petit havre de paix était exactement ce qu'elle aimait et elle s'imagina déjà en train de lire et de boire le thé ici, à l'abri des regards et au calme, probablement à la bordure même du domaine, avec une vue extraordinaire sur une étendue jaune et verte de nature vierge.
Alors qu'elle profitait de la douceur de la température, à l'abri des fines gouttes de pluies caractéristiques de l'île, elle entendit des voix au loin. Étonnée, elle tourna la tête en direction de la discussion qu'elle ne pouvait pas comprendre. Après une minute ou deux, les deux intrus sortirent de ce qui s'apparentait au bois du manoir. Rogue marchait aux côtés d'Illuminé qui souriait à son maître tandis qui lui racontait ce qui devait être une anecdote amusante.
- … drôle, Illuminé aurait beaucoup aimé voir ça ! entendit Hermione alors qu'ils arrivaient sans doute possible vers elle.
- La prochaine fois, tu pourras venir si tu le souhaites.
- Ce serait un honneur maître Rogue ! Oh, nous voilà arrivé auprès de votre femme, Illuminé va vous laisser.
- Pourrais-tu nous faire apporter du thé s'il te plaît ?
- Bien sûr maître, avec plaisir maître !
L'elfe semblait heureux qu'on ait besoin de lui et disparut en transplanant. Rogue regarda ensuite sa femme et inclina la tête pour la saluer :
- Comment allez-vous ?
- Bien, je vous remercie, répondit-elle en souriant. Venez vous mettre à l'abri, vous allez être trempé !
- Je ne tombe presque jamais malade, j'ai l'habitude du temps peu clément de Skye.
- Certes, mais si nous devons boire un thé, vous serez mieux à côté de moi.
Avec un sourire vaincu, il ne répondit pas et s'approcha enfin, s'installa sous le kiosque et se posa contre la rambarde pour profiter du paysage comme le faisait sa femme. Leur abri était suffisamment grand pour s'installer à six personnes autour de la table en fer forgée posée là, mais il était proche d'elle. Si elle l'avait voulu, elle aurait pu le toucher en tendant le bras et elle se rendit compte que ce n'était pas arrivé depuis des semaines. Quand ils étaient ensemble dans une pièce, il gardait toujours une sorte de distance de sécurité ou de convenance. Après, cela arrivait le plus souvent dans la salle à manger, ils étaient alors de part et d'autre de la table qui était de bonne taille et qui n'aidait pas au rapprochement.
- Illuminé m'à dit que vous aviez bien réceptionné la lettre du ministre.
- Oui, tout à fait.
- Aurais-je déteint sur vous ?
- Pardon ?
- J'aurais imaginé que vous jubileriez, avoua-t-il en tournant la tête vers elle.
- Ais-je l'air d'être du genre à sauter de joie en cas de bonne nouvelle ?
- Oui !
- Bon, d'accord, c'est vrai, je suis en effervescence ! admit-elle en ricanant enfin.
- Vous avez le droit de le montrer, vous êtes bien mieux quand vous êtes souriante.
- Eh c'est vous qui dites ça ? ironisa-t-elle en retenant un rire.
- Je souris parfois, se défendit-il avec un haussement d'épaule, mais j'ai bien peur de plus ressembler à un aliéné qu'autre chose quand cela arrive.
Cette fois, elle ne retint pas son rire. Il pouvait être drôle quand il le voulait, même si la plupart du temps il était d'un sérieux presque ennuyeux… et c'était une fastidieuse intellectuelle qui pensait ça ! Rogue ne s'énerva pas, il eut un sourire en coin et reporta son regard sur le paysage, pensif et sérieux, accoudé à la rambarde :
- J'espère que vous serez un minimum heureuse maintenant que votre rêve devient réalité.
S'inquiétait-il vraiment du bonheur de sa femme ? Lui qui semblait pourtant se moquer de tout ce qui l'entourait, en dehors de ses vengeances personnelles bien sûr.
- Est-ce pour cela que vous étiez au ministère aujourd'hui ?
- Non, répondit-il vivement avant de reprendre doucement, j'y étais simplement pour des raisons administratives.
- Par rapport à votre travail ?
- Oui, pour déclarer les grossesses des montures ailées.
Hermione se rendit compte qu'elle ne savait même pas exactement en quoi consistait l'activité de son époux. Elle savait qu'il était Lord oui, qu'il avait donc une place privilégiée dans la société, mais ce n'était pas un emploi. Minerva lui avait parlé de plusieurs entreprises qui fructifiaient mais sans entrer dans les détails, depuis elle n'avait jamais pris la peine de s'interroger là-dessus.
- Vous élevez donc des abraxans et des gronians ?
- Oui, mais de moins en moins.
- C'est à dire ?
- Je n'aime pas vraiment l'idée de gagner ma vie en vendant des créatures aux plus offrants, sans savoir ce qu'il adviendra d'elles ensuite.
- Je ne peux qu'être d'accord avec vous, admit-elle.
- Du coup, dès que j'ai pu, j'ai étendu nos secteurs d'activités. Ma mère a toujours été passionnée par les livres, comme vous, mais comme les maisons d'éditions n'étaient pas capables de fournir des ouvrages de qualité, j'ai décidé d'en ouvrir une moi-même.
- Wow, et qu'est-ce que vous éditez ? Vous en publiez beaucoup ?
- Un peu de tout, mais surtout des manuels scolaires, c'est assez rentable je dois dire. Mais il y a aussi des romans de grand écrivains sorciers, comme Bolingbroke ou Williamson.
- Vous ne publiez pas de romans moldus j'imagine, j'ai remarqué qu'il n'y en avait aucun dans notre bibliothèque.
- Hum… il est vrai que nous nous consacrons aux écrivains sorciers, quels qu'ils soient en revanche. Leurs romans ne vous plaisent pas ?
- Si, bien sûr certains sont meilleurs que d'autres, mais dans l'ensemble j'apprécie leurs œuvres. Après j'avoue que lire du Wilde ou du Austen me manque un peu.
- Aust-quoi ?
À ce moment, un pop sonore retentit et Illuminé apparut en même temps qu'une théière, deux tasses et des biscuits sur la table. Rogue remercia la créature qui s'inclina et disparut à nouveau. Hermione le vit s'approcher de la table et tirer une chaise, puis il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'il attendait qu'elle s'y installe. Elle le remercia alors qu'il la poussait vers la table avant de s'assoir à son tour. D'un geste de la main, le thé se servit et la lionne observa cette magie si particulière qu'il employait avec une aisance folle, comme si ne pas utiliser de baguette était naturel.
Sans un mot il mangea un gâteau, comme si ce qu'il venait de faire était normal. Elle en fit de même, sans commentaires, après tout, ce temps avec Rogue n'était pas désagréable, soit parce que la jeune Lady était en manque de sociabilisation, soit parce que son mari était finalement moins terrible que la dernière fois. Quoi qu'il en fut, elle savait surtout qu'elle aurait bientôt l'occasion de voir plus de monde, grâce à son futur travail, et cela la rendait folle de joie.
- Allez vous avoir besoin de quelque-chose pour votre rendez-vous avec les directeurs de départements ? Une nouvelle tenue ou une nouvelle parure quelconque ?
- J'y ait réfléchi un peu et je pense qu'il me faudrait en effet une nouvelle tenue. Je ne suis pas certaine de ce que je vais devoir mettre, mais je suppose que pour rencontrer mes futurs supérieurs hiérarchiques, il faudra que je sois irréprochable.
- Je ne doute pas un instant que vous le serez, admit-il sans mal en reprenant un gâteau. Peut-être pourrais-je dégager un temps pour aller sur Londres d'ici mercredi si vous le souhaitez, je pense que vous trouverez votre bonheur au chemin de traverse.
- N'y a-t-il pas de boutiques de prêt-à-porter au village sorcier le plus proche ? Cela vous éviterait d'avoir à changer vos plans.
- C'est en effet possible, mais je ne saurais le dire, je n'y vais que rarement. Mes affaires ne m'y emmènent jamais à vrai dire. Cependant, vous pourriez y aller avec Ann la prochaine fois qu'elle s'y rendra pour les achats de la semaine.
- Oui, ce serait parfait, j'ai envie de connaître un peu plus les alentours, expliqua la lionne en souriant.
Rogue semblait approuvé et changea de sujet :
- Savez-vous déjà où vous voudriez travailler ?
- Je ne sais pas encore quels services ministériels veulent bien de moi, donc… je ne sais pas vraiment.
- Eh bien, tous les directeurs sont d'accord pour vous accueillir en réalité, lui annonça son mari comme s'il s'agissait d'une évidence. Je ne sais pas les postes proposés, mais vous aurez un large choix possible.
- Vous exagérez un peu la réalité il me semble…
- Je reviens du ministère, je sais ce que je dis ! répondit-il en levant les yeux au ciel. Enfin, je suppose que vous souhaiterez rejoindre le département des mystères ou celui de la justice, ou bien encore celui de la protection et de la régularisation des créatures magiques.
Hermione s'imaginait déjà travailler dans l'un de ces départements et ne retint pas un large sourire de satisfaction. Elle n'avait plus qu'à espérer qu'on ne lui proposasse pas un poste trop ennuyeux dans ceux-ci !
- Si je puis néanmoins me permettre, éviter de travailler avec Lord Malfoy. Vous ferez comme vous le souhaiterez bien entendu, mais…
Il ne termina pas sa phrase, un elfe de maison le coupant dans sa phrase en apparaissant à ses côtés. Il ne s'agissait pas d'Illuminé, cet elfe était un peu plus petit et portait une toge noire. Il s'inclinait déjà devant Rogue et dit d'une voix aigue à la prononciation parfaite :
- Maître, Ponctuel est désolé de vous déranger mais vous avez une visite de Lady…
- Déjà ? soupira-t-il sans laisser finir la créature. Dites lui que j'arrive.
- Vous l'attendiez ? s'inquiéta l'elfe.
- Pas officiellement non, ne t'en fais pas. Dit à Mahdi de la faire patienter dans mon bureau et dit à Illuminé de prévoir encore du thé… je vais en faire une overdose aujourd'hui !
Rogue se leva et regarda Hermione en inclinant la tête :
- Je dois y aller, profitez bien de l'extérieur mais prenez garde de ne pas prendre froid, vous n'avez pas encore l'habitude de l'île.
Sans attendre de réponse, il transplana à la suite de l'elfe. Il était visiblement pressé de voir cette visite impromptue.
…
Le mercredi suivant, la jeune Lady partit comme prévu avec la gouvernante pour le village sorcier le plus proche, à bonne demi-heure de route. Dans la voiture, Ann expliqua un peu l'histoire de la région, dans les grandes lignes, ainsi Hermione sut que la famille Prince s'y était installée à la fin du 14eme siècle et avait alors aidé au développement du plus ancien village sorcier de l'île, jusque-là délaissé à cause de ses nombreuses intempéries. Par la suite, les Prince avaient régné en maître des lieux plus ou moins officiellement :
- Et aujourd'hui, bien que l'île soit régit par le ministère uniquement, comme la majorité des terres appartiennent encore à maître… eh bien à vous et votre époux en fait, les habitants sont encore assez dépendants du domaine.
- Et cela se passe bien ?
- Votre époux est un très bon gestionnaire pour la prospérité du lieu…
- Mais ? demanda Hermione persuadée qu'Ann ne disait pas tout.
- Disons qu'il ne vient jamais sur place, et même si le village prospère en effet, il n'y règne pas la tranquillité que l'on trouve à Pré-au-lard par exemple.
- Que voulez dire par là ?
- De nombreux braconniers vivent dans les parages et même s'il y a des représentants de la loi au village, on sent que la sérénité n'est pas totalement là.
- En avez-vous parlé avec Ro… Lord Rogue ?
- Oui, bien sûr, c'est lui qui a instauré la mise en place d'une sorte de police locale, en plus des aurors, mais je doute que cela ne suffise. Je ne dis pas que votre époux ne gère pas convenablement la situation, je remets surtout en cause le travail du ministère ici.
- Et qu'en dit le ministère alors ?
- Rien… l'île est un peu isolée, la population sorcière peu nombreuse et nous ne sommes pas une priorité. Les créatures chassées par les braconniers encore moins.
Sur ce triste constat, Hermione regarda par la fenêtre. Elles approchaient du hameau de Sharpstone. Les maisons étaient en pierre et les toits en chaume, plus éloignées les unes des autres que ce que la jeune femme avait l'habitude de voir à Londres. En revanche, plus elles se rapprochaient du village et du centre de ce dernier, plus les bâtiments étaient modernes et la ressemblance avec Pré-au-lard devenait plus visible, à l'exception bien sûr du nombre de personnes qui s'y baladaient.
Une fois à l'arrêt, Ann fit visiter rapidement à sa nouvelle maîtresse de maison avant de la déposer dans la boutique de Mme Finéguille, la couturière de Sharpstone. La gouvernante partit faire ses emplettes en attendant que la jeune Lady soit mesurée sous tous les angles par une sorcière d'une cinquantaine d'année au sourire chaleureux :
- Ainsi donc vous êtes la nouvelle épouse de Lord Rogue ?
- Oui... la nouvelle.
Hermione avait tendance à oublier que son mari avait été veuf avant de l'épouser elle. Il fallait dire qu'il n'y avait aucune trace du passage de sa prédécesseur au manoir.
- Vous l'avez connue ? demanda d'un coup la jeune Lady.
- Très peu je dois l'avouer, elle ne venait presque jamais au village. Je ne l'ai vu que deux ou trois fois, de loin, mais c'était une ravissante dame. Vous n'avez rien à lui envier cependant, ajouta-t-elle en terminant les mesures. Vous serez ravissante dans votre tenue ministérielle, j'en suis certaine, je vois déjà parfaitement la coupe de la robe qui vous siéra le mieux ! Venez, nous allons choisir le tissu.
Sans plus attendre, la vendeuse la mena à un dédale de tissu, lui montrant ceux qu'elle considérait comme le plus adapté à une tenue professionnelle. Hermione porta son choix sur un rouleau bleu nuit d'une qualité qu'elle n'avait jamais pu s'offrir jusqu'à aujourd'hui, ce que Mme Finéguille valida avec enthousiasme.
- Dans combien de temps pensez-vous pouvoir terminer la tenue ?
- Oh, je vais faire au mieux pour que vous puissiez l'avoir d'ici deux jours.
- Si tôt que ça ?
- Vous serez ma priorité Lady Rogue ! C'est un honneur pour moi de vous faire une tenue aussi importante que celle-ci. J'espère qu'elle vous plaira.
- Je n'en doute pas une seule seconde, mais je ne suis pas pressée je vous l'assure.
- Ne vous en faites pas, les robes que j'ai à confectionner sont presque toutes pour la fête des dragons qui n'a lieu qu'à la mi septembre.
- Quelle est donc cette fête ? s'étonna Hermione.
- C'est une célébration pour honorer les dragons noirs des Hébrides qui viennent de notre île. On dit que c'est pour remercier le plus puissant d'entre eux, qui a permis à l'île d'être ce qu'elle est aujourd'hui. C'est une légende locale qui nous tient tous à cœur et qui est sous le signe de la bonne humeur général, ce qui nous manque grandement ces derniers années !
- À cause des braconniers ? interrogea la Lady.
- Oui, entre autre…
La vendeuse parût triste l'espace de quelques secondes mais retrouva un large sourire peu après.
- Viendrez-vous à la célébration des dragons Lady Rogue ?
- J'aimerai beaucoup, avoua-t-elle en souriant en retour. Mais je ne sais pas encore comment va s'organiser mon quotidien un fois que j'aurais un travail.
Après une discussion plus conventionnelle, Hermione remercia la vendeuse et décida de faire un tour des boutiques alentours en attendant Ann. Il y avait un peu de tout ici, une petite librairie, une papeterie, un vendeur de balais et même une taverne. Alors que la Lady sortait de la papeterie, un homme sortant clairement du pub la bouscula et grogna contre elle de façon approximative :
- Ne peux pas faire gaffe la d'moiselle !
- C'est vous qui ne tenez qu'à peine debout, fit-elle remarquer.
- Oulaaaa elle s'prend pour qui c'te gamine là ! pesta-t-il en pointant un doigt accusateur sur elle. T'cherches les ennuis ?
- Pas plus que vous vous ne cherchez à boire de l'eau, il me semble.
Pensait-il vraiment que, sous prétexte qu'elle était une jeune femme, elle allait se laisser marcher dessus de la sorte ? L'homme mis un temps pour comprendre ce qu'elle venait de dire et finit par se rendre compte qu'il s'agissait d'une algarade :
- T'vas regretter non de…
- Lady Rogue, tout va bien ? demanda Ann qui arrivait avec un sac en main.
- Oui tout…
- La….Lady… Lady Rogue ? bafouilla d'un coup l'ivrogne qui semblait effrayé. Je… j'suis désolée Lady Rogue… J'voulais pas vous bousculer, j'l'ai po fait exprès Lady Rogue !
L'homme s'inclina à plusieurs reprises devant Hermione comme s'il s'agissait d'une reine de cœur prête à hurler l'ordre qu'on lui tranche la tête. Il ne fallait pas avoir fait de grandes études pour comprendre qu'il avait peur de la Lady qui lui faisait face, ou plutôt du nom qu'elle portait.
- Nous devrions rentrer, dit celle-ci à Ann suite à ce constat qui la mis à mal.
- Vous direz rien à vo'te mari hein ? J'ai rien fait d'mal hein ?
- Allez simplement décuver chez vous ! Je n'ai pas besoin de mon mari pour régler mes incartades.
Soupirante, elle et la gouvernante du manoir partirent jusqu'à la voiture. Une fois installées, le cocher fit avancer les abraxans sans attendre, direction la propriété Rogue.
- Est-ce que mon mari est vraiment le monstre que tout le monde s'imagine qu'il est ? interrogea finalement Hermione qui regardait dehors.
Ann s'était attendue à la question car elle ne sembla ni surprise ni prise au dépourvue :
- Qu'en pensez-vous ?
- Vous répondez à une question par une autre question…
- Si je vous disais ce que je pense de votre époux, est-ce que cela changerait réellement votre façon de le voir ?
- Cela dépendra de ce que vous me direz.
La gouvernante hésita un moment avant de répondre, au moins en partie :
- Je ne dirais pas que ce que l'on dit de lui est faux, mais ce n'est pas toute la vérité pour autant. Derrière chaque récit se cache la version de la personne dont on parle mais qui ne raconte pas, il ne faut pas l'oublier, tout simplement. Pour ma part, je n'ai jamais demandé à Maître Rogue de me conter sa version de ces histoires, mais je me fie à ce que je connais de lui et de ce que je vis au quotidien depuis qu'il m'a prise sous son aile.
- Comment l'avez-vous rencontré ? Enfin, si vous avez envi d'en parler bien sûre, ajouta Hermione en voyant pour la première fois le sourire de la gouvernante s'effacer pour faire place à une sorte de honte.
- Eh bien… je… hésita-t-elle. Disons que je n'ai pas toujours été aussi bien élevée et droite dans mes souliers Madame…
- Je ne vous jugerais jamais Ann, sachez-le. Je sais d'où je viens moi-même.
- Oh, vous ne venez pas du même milieu que moi et j'en suis heureuse pour vous Madame, je ne souhaite pas ça à ma pire ennemie… À l'époque, je vivais de menus larcins… je volais argent, biens et nourriture pour tenter de survivre alors que je vivais dans les rues de Glasgow. Mais un jour, un gentleman à découvert que je venais de lui dérober sa bourse et m'a rattrapé avant que je ne puisse fuir. Là ou d'autres auraient crié au voleur pour me voir envoyée en prison, ou bien pire, cet homme m'a expliqué qu'un autre style de vie existait…
- Vous aviez volé Lord Rogue ? s'étonna Hermione.
Ann se cardinalisa et regarda ses mains :
- J'avais 18 ans à l'époque. Je ne savais pas qui il était mais il était clair que je pourrais manger à ma fin pendant deux semaines, rien qu'avec le contenu de sa poche. Donc oui, j'ai volé maître Rogue. Mais au lieu de me punir pour mon impudence, il m'a proposé un travail. Je ne comprends toujours pas aujourd'hui ce qui l'a poussé à faire ça, mais je lui en serais à jamais reconnaissante et, vous vous en doutez, je ne me permettrai jamais de croire aux histoires de ténèbres qui l'entourent. Un homme qui laisse sa chance à une voleuse, à un mercenaire et un esclave ne peut pas être foncièrement mauvais non ?
Il était fort probable qu'elle parlasse de ses amis et collègues, bien qu'elle ne donna pas plus de détails sur ceux qui ont eu le droit à cette fameuse seconde chance. Ne voulant pas la mettre plus mal à l'aise, Hermione se contenta de répondre à la question posée :
- Je suppose vous avez raison oui…
- Je ne sais pas ce qui à conduit à votre mariage, mais nous ne sommes pas dupes Madame, Maître Rogue ne voulait plus se remarier après le décès de Lady Polaris. J'espère… nous espérons juste que vous serez heureuse et lui aussi, quelques soient les raisons vous ayant rapprochées de façon fortuite. J'outrepasse mes devoirs et probablement mes droits en vous disant tout cela et je vous demande pardon Madame, j'ai tendance à ne pas savoir m'arrêter quand il le faudrait quand il s'agit de Monsieur.
- Ne vous en faites pas Ann, je vous suis reconnaissante au contraire. Restez comme vous êtes, j'aime les personnes franches.
C'était vrai, Hermione n'avait jamais vraiment aimé les faux semblants, même si au final elle avait dû plus d'une fois s'en servir au cours de ces dernières semaines. Elle regretta à nouveau celle qu'elle était aujourd'hui et plus encore ce qu'elle aurait pu être si son mariage avait pu se faire avec Sirius… il lui manquait régulièrement.
De retour au manoir, la jeune Lady réfléchissait toujours sur sa vie. Elle savait qu'elle devait se sentir privilégiée plutôt que de se morfondre, elle n'était pas à plaindre. Elle vivait dans un manoir magnifique, même s'il était plus qu'isolé, elle était passée d'un milieu correcte à un milieu luxueux, même si c'était au prix d'un mariage presque arrangé, mais elle avait aussi la chance d'avoir un époux compréhensif et quasiment absent, même si c'était au prix d'un amour qui n'existerait jamais. Combien de femme, Lady ou non, avaient moins qu'elle n'avait aujourd'hui ?
De toute façon elle aurait bientôt un travail. N'était-ce pas ça, le seul et véritable rêve de sa vie ? Celui qui lui permettrait de s'élever socialement et de faire bouger les mentalités au moins autour d'elle ? Avec un peu de chance, cela lui permettrait même de se sentir comblée, loin des regrets qui voulaient, encore aujourd'hui, l'emporter dans les méandres de la dépression. Elle y réfléchit longuement pendant le trajet et même jusqu'au soir, encore alors qu'elle s'installait à table en attendant son époux pour le dîner.
