Holà !

Joyeux anniversaire Kuroko, joyeux anniversaire Dawlly (en retard), joyeux Noël et bonne année ! J'espère que tout va bien pour tout le monde et que l'année s'est bien passé durant ce premier mois ;)

Avant toute chose, deux fun-facts :

1. J'avais prévu d'écrire cette histoire en un jour, le voyant comme un simple petit texte sans prise de tête. La blague ! J'ai pris quatre mois. Ça vous donne une idée de ma rapidité d'écriture...

2. Vous l'avez sûrement vu dans le résumé mais ce n'est pas un Aokaga. Oh nonnn ! Mais ne vous en faites pas, c'est quand même un peu sous-entendu ;) Mais ça va principalement se baser sur l'amitié entre Aomine et Midorima que je trouve super intéressante. Je suis sûre que ces deux-là ont une bonne alchimie et j'espère vous en donnez un aperçu dans ce chapitre !

Quelques autres petites informations à la fin, mais c'est tout pour l'instant !

Trêve de blablaterie, bonne lecture ;D


Il sortit du magasin, rangeant son paquet de biscuits dans son sac. Le ciel était sombre, des gros nuages noirs couvraient le soleil. L'air frais de l'octobre soufflait dans sa veste d'uniforme et le fit jurer.

Il prit la direction d'un café qu'il aimait bien, où il allait pouvoir se poser et bien commencer les vacances. Mais il s'arrêta quand le tourbillonnement d'une feuille au vent lui fit apercevoir une tête aux cheveux verts. Il pencha la tête, se demandant si sa vue lui jouait des tours. Mais le noiraud à ses côtés qui lui tapotait l'épaule en riant et la main bandée qui relevait des lunettes avec habitude, ne laissèrent place à aucun doute.

Il accéléra un peu pour les rejoindre et passa un bras autour du cou du vert quand il arriva à leur hauteur. Celui-ci sursauta à ce geste et ses sourcils se froncèrent quand il vit l'homme à ses côtés.

- Cache ta joie de me voir, Midorima, le charria-t-il.

- Ce n'est pas une manière d'aborder les gens, Aomine.

Et pour prouver son mécontentement, il retira son bras d'un coup d'épaule. Aomine ne s'en formalisa pas, il avait déjà prévu cette réaction dès qu'il avait amorcé son geste.

- Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il en leur emboîtant le pas.

- On sort d'un match qui avait lieu pas très loin, répondit le plus petit. Shin-chan me raccompagne jusqu'au métro.

- Tu rentres pas avec lui ? demanda le bleuté à son ex-coéquipier.

- Non, c'est rare que je sois dans ce coin-là de la ville, j'avais envie d'en profiter un peu.

Aomine hocha la tête en silence mais on pouvait voir dans ses yeux qu'il était en train de peser le pour et le contre de sa prochaine proposition.

- Je vais me poser dans un café pas loin d'ici, ça te dirait d'y aller avec moi ?

Midorima fut étonné de cette offre, et ce n'était pas peu dire. C'était rare qu'Aomine veuille passer du temps avec lui, encore plus dans un endroit aussi intimiste. Ils n'avaient jamais été réellement proches, du moins de son point de vue, alors cette suggestion le perturba. En même temps, son attention le toucha un peu, Aomine voulait profiter de sa présence et l'invitait même à prendre un café avec lui.

Un coup d'œil du brun lui fit comprendre que sa réponse prenait un peu trop de temps à venir.

- Merci pour ta proposition, mais quand je disais « profiter » je voulais dire aller dans des parcs et visiter un peu, refusa-t-il presque à regret.

- Ah, je vois…

Midorima crut percevoir de la déception dans sa voix, mais c'était tellement improbable qu'il se dit l'avoir imaginé. Il s'attendit à voir son ami partir d'une minute pour aller dans le café mais celui-ci resta à leurs côtés et fit le trajet avec eux.

Pas plus de cinq minutes plus tard, ils étaient à la station et Takao les salua avec un grand sourire et de longs mouvements de bras. Ils prirent les escaliers pour remonter et Midorima se demandait toujours ce qu'Aomine faisait là.

- Tu vas dans quel parc ? demanda ce dernier.

Le vert arqua un sourcil, ne comprenant pas le sens de cette question.

- Pourquoi ? Tu veux m'accompagner ?

- Ouais. Tu l'as dit toi-même, c'est rare que tu sois ici, donc autant en profiter pour passer un peu de temps avec toi.

Le bleuté remarqua à nouveau la surprise et même un fond de méfiance dans les yeux de son ami. Il pouvait le comprendre, tous les deux n'avaient jamais été particulièrement proche et ils n'avaient jamais cherché à l'être, alors sa soudaine proposition pouvait le déstabiliser. Même lui ne savait pas trop d'où lui était venu cette idée, mais il la trouvait bonne et il trouvait plus intéressant de passer l'après-midi avec un ami que tout seul dans un café.

- Je ne vois pas de problème à ça, j'imagine. Je vais au jardin de Kiyosumi.

- Ok, allons-y.

Ils accédèrent rapidement au jardin, la verdoyance du lieu avait un côté apaisant et ils eurent l'impression de respirer plus pleinement que dans la rue avoisinante. Ils débutèrent leur promenade dans le calme, regardant d'un œil impressionné les arbres au-dessus d'eux. Il y avait un chemin en terre qui faisait le tour du jardin, délimité par des arbres larges et intimidants.

- Comment s'est passé ton match ? débuta Aomine.

- Bien. Takao s'est même permis de faire un duel contre le meneur en face.

- Ah ouais ? C'est vrai qu'il dribble bien, ça peut être intéressant. Et toi ? Aucun adversaire n'a retenu ton attention ?

- Non, ils étaient tous correct mais ils n'étaient pas exceptionnels non plus.

- C'est dur de satisfaire le deuxième gagnant de l'Intercup, se moqua Aomine.

En effet, le shooter à trois points avait accédé à la seconde place de l'Intercup d'été après avoir éliminé Tôô Gakuen en demi-finale. Midorima était plutôt étonné qu'Aomine l'accepte aussi facilement alors qu'il en avait voulu à Kagami pendant des mois après sa défaite à la Wintercup de l'année dernière. Mais il avait remarqué qu'Aomine avait gagné en maturité récemment et qu'il se concentrait sur ses erreurs au lieu de blâmer les autres.

- De ce que je sais ce n'est pas beaucoup plus facile pour toi, fit remarquer le lunetteux en lançant un regard presque soucieux à l'égard du bleu.

- Nan, mais moi, je n'ai jamais vraiment donné de la valeur aux joueurs qui n'ont pas notre niveau.

- J'ai quand même l'impression que tu t'énerves moins qu'avant quand les adversaires baissent les bras au milieu du match.

- C'est vrai, mais c'est parce que mon coach veut éviter ça à tout prix. Il donne des instructions pour que je touche moins la balle au début comme ça les adversaires gardent un peu d'espoir et je peux me donner à fond à la fin du match.

- C'est une idée de ton coach ou de Momoi ?

- Un peu des deux, je pense… Ils partagent souvent les mêmes avis quand je suis le sujet.

- Je vois…

Ils passèrent un petit pont et Midorima s'y arrêta pour regarder l'eau qui s'écoulait en dessous avec un bruit souple. Aomine avait failli continuer tout seul mais il revint sur ses pas et attendit que son ami ait terminé sa contemplation pour repartir. Le vert observa la petite rivière et les horizons avec sérieux comme s'il se l'imprimait dans la tête. Il termina de prendre sa photo visuelle et reprit ses pas.

- Et toi ? Tu t'entends bien avec ton coach ? reprit l'as de Teiko.

- Il n'en a jamais vraiment eu après moi, mais il a arrêté de faire le compte de mes caprices au début de cette année.

Midorima se souvenait de ces moments où son ancien capitaine et son coach lui autorisait un nombre limité de caprices avant l'exclusion. Il avait heureusement toujours évité cette sentence, ainsi que celle des pastèques dans la tête.

Ces souvenirs étaient profondément inscrits dans sa mémoire et son cœur se serrait toujours un peu quand il s'en rappelait. Cette première année à Shûtoku lui avait appris tellement de choses, il en était infiniment reconnaissant.

- Mes senpais me manquent parfois, admit Midorima.

Aomine sentit la nostalgie avec laquelle Midorima prononçait ces mots. Il ne l'avait jamais entendu se livrer à propos de sa vie, mais il prit ça positivement. Il avait invité Midorima à discuter avec lui, autant que ça se fasse à cœur ouvert.

- Vous étiez une équipe très soudée, tu leur faisais pleinement confiance, c'est normal que la réadaptation à une nouvelle équipe prenne du temps.

Aomine se basait sur ce qu'il avait visionné durant le match opposant Midorima à Akashi l'année dernière. Il n'y avait pas assisté, il était dans le fameux café où il voulait aller tout à l'heure, avec Momoi. Mais il avait évidemment regardé les replays du match sur son ordinateur. Il avait vu avec quelle confiance le shooter à trois points faisait des passes à ses coéquipiers. Ça ne l'avait pas surpris, Midorima était une personne sérieuse qui n'hésitait pas à mettre son égo de côté pour gagner, très différent de lui.

- Je n'ai pas eu trop de mal à m'adapter à ma nouvelle équipe, pour ainsi dire. Mais les personnalités de mes senpais l'année dernière sont très différentes des nouveaux de cette année.

Aomine hocha la tête, ne trouvant rien à répondre à ça, il doutait même que Midorima veuille une réponse.

Un oiseau vola au-dessus de leur tête avec un chant sifflotant. Il rejoignit les branches et sortit de leur champ de vision.

-C'était une alouette des champs, déclara Midorima. C'est rare d'en trouver ici, elles sont plus fréquemment en Europe ou en Afrique, surtout à ce moment de l'année.

Aomine sourit, alors que ça avait tendance à l'énerver, aujourd'hui il était heureux de profiter du savoir de son ami, ça l'impressionnait même.

- Tu connais le nom de tous les oiseaux, comme ça ?

- J'en connais quelques-uns.

Aomine savait que Midorima faisait preuve de modestie, il devait au moins connaître la moitié des espèces vivantes de cette planète.

- J'avais un livre sur les animaux du Japon quand j'étais petit et je le trouvais très intéressant.

- On n'avait vraiment pas les mêmes occupations quand on était gamin, rit Aomine.

- Je m'en doute, ça m'étonnerait que tu sois un spécialiste des animaux du Japon.

- C'est sûr. J'étais sûrement en train de faire un one-on-one sous la pluie pendant que tu lisais ton bouquin.

Aomine souffla du nez dans une sorte de rire. Les plis de son sourire se firent plus tendus, comme si son visage voulait retourner à la normale mais ses lèvres continuaient à se retrousser.

- C'est marrant comme rien a vraiment changé, pas vrai ?

Midorima comprit que le sourire tendu de son ami venait de sa nostalgie. Il avala sa salive, sentant une vague de sensibilité remonter dans sa gorge. Il se revoyait enfant, poing contre la joue, en train de dévorer des livres pendant des heures. Tout comme Aomine se revoyait en train de courir de part et d'autre du terrain, essayant de dribbler des adultes qui venaient s'amuser avec lui.

Rien n'avait vraiment changé, Midorima avait changé de livres et Aomine avait changé d'adversaire, mais ils avaient toujours les mêmes occupations. Ils n'étaient rien d'autres que de grands enfants, et ils avaient souvent tendance à l'oublier.

Ils furent coupés dans leurs discussions par quelques gouttes qui venaient de tomber sur eux. Ils levèrent les yeux pour savoir si l'eau venait des feuilles des arbres qui écoulaient encore la pluie de la veille, ou si c'étaient les nuages qui débordaient.

- Je crois qu'il pleut, constata Midorima.

- Mh, tu crois ? demanda ironiquement Aomine. T'as un parapluie ?

- Non, je n'ai que mes affaires de sport.

Ils réfléchirent à une alternative en silence. Le bruissement des arbres et le mouvement des insectes étaient les seuls bruits dans cet immense jardin et ni l'un ni l'autre avait envie de quitter ce havre de paix.

- On continue de marcher ici et on voit si ça empire ? proposa Aomine, le moins rationnel des deux.

Midorima savait que la pluie allait empirer, il suffisait de regarder les gros nuages noirs au-dessus de leurs têtes, mais il n'avait pas envie d'écourter sa balade avec son ami donc il accepta.

- Je t'ai pas demandé, mais comment tu t'entends avec ta nouvelle équipe ?

- Moi ? Hm…

Le jeune homme prit quelques secondes pour réfléchir. Il ferma les yeux et posa mentalement les éléments négatifs puis positif sur une balance. Elle tangua un peu mais donna une réponse.

- Bien. On a eu quelques différents en début d'année, surtout avec Wakamatsu qui ne m'aime pas du tout. J'ai loupé des entrainements, je ne me donnais pas à 100% aux matchs, j'étais constamment de mauvais humeur… Puis ça s'est calmé. J'ai commencé à prendre sur moi et à essayer de plus m'intégrer à mon équipe, en commençant par venir à tous les entrainements. Le coach et Momoi ont sûrement remarqué mes efforts et c'est à ce moment-là qu'ils ont créé des subterfuges pour que je puisse me donner à fond dans les matchs. Pour différentes raisons je me suis aussi détendu, je suis de meilleur humeur ces derniers temps.

Midorima écouta l'analyse avec un silence religieux. Il ne s'attendait pas à ce que son ex-coéquipier s'exprime autant sur le sujet mais il était au moins sûr d'avoir toute la réponse. Il était content qu'Aomine s'exprime aussi pleinement. Il ne demandait de nouvelles à personne parce que, à part Momoi, personne ne le faisait, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne se préoccupait pas de la vie de ses amis.

Son intégration dans son équipe le rassura, il avait déjà remarqué l'année dernière qu'Aomine était à l'écart à Tôô Gakuen, volontairement ou non. Et ça l'avait un peu inquiété, connaissant la tendance à s'isoler de l'as de Teiko, tendance qui l'avait mené à sa perte dans son ancienne équipe. Il était alors heureux de savoir que ses relations s'amélioraient et qu'il disait lui-même bien s'entendre avec ses coéquipiers. Même si son côté adversaire ne put s'empêcher de se dire que ça allait compliquer les choses pour les prochaines confrontations de Tôô et Shûtoku. Il ne manquerait plus qu'il se mette à entrer dans la vraie zone lui aussi, il serait dans de beaux draps.

- Je suis content de savoir que tu t'entends mieux avec ton équipe.

- Hm… Enfin ça reste quand même tendu avec Wakamatsu, j'ai fait des choses l'année dernière qu'il n'a pas encore pardonné.

- Il faut que tu cherches à te faire pardonner, alors.

- C'est simple de dire ça, il me donne pas envie de le faire ! Toujours à me crier dessus quand je fais quelque chose qui ne lui plait pas…

Aomine fit la moue et mît ses mains dans ses poches. Il était peut-être plus mature mais il n'était pas devenu un saint non plus. Wakamatsu ne semblait pas vouloir lui pardonner pour quoi que ce soit, alors il n'allait pas se donner la peine de le faire. Ses efforts étaient déjà suffisants, il n'allait pas non plus s'excuser auprès de son capitaine.

- Ça m'aurait étonné venant de toi, analysa Midorima en redressant ses lunettes.

- Chaque chose en son temps, quand il se calmera et remarquera mes efforts, peut-être que j'accepterai de me réconcilier avec lui.

Midorima releva à nouveau ses lunettes : la pluie s'était intensifiée et sa monture ne faisait que glisser. Sans ajouter que sa vision devenait de plus en plus floue à cause des gouttes sur ses verres. Aomine remonta sa veste sur ses épaules mais un frisson le parcouru quand la fraîcheur de l'habit se colla à son dos. Les feuilles des arbres s'écrasaient à leurs pieds à cause du vent et de la pluie.

- Je crois que ça a empiré, remarqua Aomine.

- On devrait se dépêcher de se couvrir, il va sûrement y avoir de l'orage, pressa Midorima.

- J'habite juste à côté, suis-moi.

La pluie s'abattait sur eux avec violence, le vent faisait virevolter leurs habits, et ils furent obligés de courir pour échapper le plus vite possible à la tempête.

Ils fusèrent dans les rues en évitant les chanceux aux parapluies. Cette course fit du bien au brun, il adorait pouvoir courir librement dans la ville contre le vent. Un sourire s'étira sur ses lèvres, ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux du vert. Le bleu s'amusa à accélérer pour laisser son ami dans son dos, le cœur s'accélérant avec la vitesse. Ses jambes le propulsaient de plus en plus loin et de plus en plus vite, il aimerait tant pouvoir s'envoler.

Ils arrêtèrent finalement leur course dans un petit immeuble au milieu d'une rue d'habitation. Aomine sortit ses clés et ils purent enfin s'abriter dans le hall. Leurs habits gelés collaient à leur peau et les firent frissonner, Aomine se dépêcha de monter les escaliers, Midorima à sa suite.

- Je te préviens, c'est très petit, précisa le bleu en montant les marches deux-à-deux.

Midorima hocha la tête, s'efforçant de suivre la rapidité de son ami. Il ne connaissait pas ce quartier mais les immeubles avaient en effet de très petits balcons empilés les uns sur les autres. Il ne pensait pas qu'Aomine habitait ici. En même temps il n'était jamais allé chez lui, même durant l'époque de Teiko.

Ils accédèrent à un couloir où le nombre de porte assura à Midorima que les appartements devaient être minuscules et serrés. Ses pensées se firent interrompre par les précisions d'Aomine :

- J'habite tout seul depuis quelques mois, je te présente mon studio.

Il ouvrit la porte et le studio d'Aomine se dessina devant ses yeux. Midorima crut d'abord qu'il n'y avait qu'une seule pièce mais il vit une porte à sa gauche, derrière une plante. Sinon, devant lui, il pouvait voir une cuisine, un lit, un bureau et un canapé. Tout ça réparti dans une petite pièce de vingt mètres carrés. Il ne s'était jamais imaginé le bleu vivre dans un tel lieu, c'était même la première fois qu'il visitait un espace de vie aussi réduit.

- La salle de bain est sur ta gauche. Vas-y, je te ramène des habits de rechange, proposa Aomine.

Il enleva ses chaussures et partit dans l'armoire pour prendre quelques habits pouvant correspondre à la carrure du vert.

- Et toi ? demanda ce dernier.

- T'inquiète, j'ai pas besoin de douche.

Pour prouver ses dires, il retira sa veste et son pull puis prit une serviette sur sa chaise de bureau et commença à s'éponger le torse. Il tendit les affaires qu'il avait trouvé pour le shooter à trois points et commença à déboutonner son jean.

Midorima disparut dans la petite salle de bain. Aomine termina de se déshabiller et se changea après s'être essuyé. Une fois sec, il s'écrasa sur son lit et sortit son téléphone pour scroller sur des reels de basket et des influenceurs faisant la promotion de nouvelles chaussures. L'algorithme lui fit aussi regarder des recettes japonaises où le sucre et le sel coulaient à flots, faisant grogner son ventre. Il s'amusa de voir que Kagami likait presque tout, sûrement pour les cuisiner après. Il faudrait qu'il retourne chez lui un jour, juste pour goûter un de ses plats.

Midorima sortit rapidement, ou alors le temps avait accéléré pendant qu'il regardait les réseaux sociaux, il n'était pas sûr. Dans tous les cas, son ami était maintenant à ses côtés et ça le força à couper son téléphone.

- Les habits sont à ta taille ? demanda-t-il en jetant le menton dans leur direction.

- Oui, c'est bien, les chaussettes sont peut-être un peu grandes en revanche…

- J'en ai pas des plus petites, tu vas devoir faire avec ! annonça-t-il en se relevant dans son lit. Je vais faire du thé, tu en veux ?

- Oui, s'il te plaît.

Il s'exécuta et ouvrit un tiroir pour chercher ce qu'il pouvait faire.

- Mets-toi à l'aise, l'invita-t-il. J'ai du thé vert, ça ira ?

- Oui, ça ira. Ça te dérange si j'utilise ton bureau pour faire mes devoirs ?

- Tes devoirs ?! Quelle idée de les faire maintenant ? s'insurgea le bleu en versant de l'eau dans la théière.

- Je fais un camp d'entraînement pour le basket la semaine prochaine, je veux avoir fini mes devoirs avant.

- Moi aussi j'ai un camp d'entrainement la semaine prochaine, mais je les ferai la veille de la rentrée, comme d'habitude.

- Là commence la différence entre toi et moi, Aomine.

Pour prouver ses dires, le vert ouvrit son sac où il extirpa un cahier d'exercices qui avait heureusement survécu à la pluie. Il l'avait pris pour patienter avant le match et sur le trajet il fallait tirer profit de tout instant. Il était bien content de l'avoir pris maintenant qu'il était là, comment aurait-il survécu à perdre une soirée entière sans s'avancer dans sa littérature japonaise.

Il sortit son stylo fétiche qu'il avait fabriqué lui-même avec tous les bons procédés pour qu'il lui porte chance. Il sortit également son yoyo, objet porte-bonheur du jour, qu'il avait gardé précieusement dans sa poche. Ça ne l'avait pourtant pas protégé de la pluie tout à l'heure… Il en achètera un plus grand la prochaine fois.

Cette disposition d'objet chanceux et cette attitude superstitieuse faisait bien rire Aomine. Son ami ne changera jamais, toujours préoccupé par tous les mauvais présages. Comment pouvait-il être si sérieux même en ayant un yoyo à ses côtés ? Il pourrait presque se mettre à s'inquiéter pour sa santé mentale.

Il versa les feuilles de thé dans la théière et attendit que l'infusion se fasse. Il s'accouda au plan de travail et ressortit son téléphone pour vérifier les messages qu'ils s'étaient échangés sur le groupe de l'équipe pour le camp d'entraînement la semaine prochaine. Une fois toutes les informations remises en tête, il sortit deux tasses et versa le thé avec un sérieux qui en aurait choqué plus d'un.

- Voilà pour toi, mon cher Midorima, singea-t-il.

- Merci, fit Midorima en récupérant sa tasse fumante.

Le brun hésita quelques secondes puis posa sa tasse à côté de sa jumelle et envoya valser son téléphone sur son matelas.

- Hey, Mido, je relisais les messages de mon équipe et je me suis rappelé que mon coach offrait des burgers, le premier jour, à tous ceux qui avaient remplis au moins la moitié de leur devoir… Donc, je me dis, maintenant que t'es là, autant que tu me sois utile.

- C'est une très mauvaise manière de me faire cette proposition, Aomine.

- J'm'en fous. T'es partant ou pas ?

- Comme tu m'invites chez toi et que tu m'offres un thé, je me vois mal refusé.

- Nickel ! ponctua-t-il d'un saut sur son lit, à côté du bureau.

Il attrapa son sac et retira son cahier d'exercices qu'il jeta sur le bureau sans plus de discours.

- J'pense que je vais commencer par l'histoire du Japon, c'est le plus simple.

- Si c'est là où tu as le plus de facilité, autant le garder pour la fin quand je ne t'aiderais pas.

- Mh… Mouais… Les maths alors ? Ou la littérature ? C'est les deux trucs que je déteste le plus.

- Ça tombe bien puisque c'est les deux matières avec le plus gros coefficient pour les examens finaux.

- Oui, eh ben je choisis pas ce que j'aime pas ! On va faire les maths, ça ira plus vite.

Midorima leva les yeux au ciel et soupira. Il s'attendait déjà à devoir passer des heures avec Aomine, si celui-ci était prêt à écouter plus de cinq minutes…

Il avait été dans sa classe pendant toutes ses années de collège, il commençait à connaître l'animal. Deux neurones qui se font la guerre dans sa boîte crânienne pour savoir ce qui est le plus important entre la bouffe et le basket, des yeux vides de toute lucidité, la capacité de concentration d'une mouche et évidemment la durée de sommeil d'un paresseux. Aucun doute, il n'a pas inventé l'eau chaude. Aucune culture générale, aucune honte, le basket est définitivement la seule chose capable de réveiller son esprit.

- Les profs sont vraiment gentils avec vous, je n'ose pas imaginer le niveau de ta classe, commenta-t-il en feuilletant le carnet de son ami.

- Comment ça « gentils » ?

- Franchement, les suites arithmétiques… On a vu ça en cinquième. C'est du niveau facile, je ne vois même pas pourquoi tu as besoin de moi pour ça.

- Mais la cinquième c'est super loin ! Akashi n'était même pas encore capitaine, t'imagines ?

Evidemment, il fallait que ça ait un rapport avec le basket. En y repensant, son ex-camarade de classe n'était pas beaucoup plus concentré en cinquième que n'importe quelle autre année, aucune surprise qu'il ne se souvienne pas du programme.

- Bon, est-ce que tu sais comment fonctionne une suite ?

- Comment je pourrais savoir ?

Midorima releva les yeux au-dessus de ses lunettes, jugeant son ami sans vergogne. Quelle honte.

- Parce que tu l'as vu en cours, peut-être… Bref, laissons tomber, je parle avec un sourd. On va la faire courte : une suite arithmétique c'est un calcul qui aura toujours le même variant en augmentant.

- Rien compris.

Il passa une main sous ses lunettes pour caresser ses yeux qui avaient du mal à ne pas sortir de leurs orbites de rage. Il fallait qu'il garde son calme, quelques exercices de maths, même Aomine en était capable, pas vrai ?

- Je vais te donner un exemple, ça ira plus vite. Combien font 10 puissance 2 ?

- …

Midorima eu déjà du mal à ne pas crier en voyant Aomine prendre 10 minutes à répondre, mais sa réponse acheva de lui faire perdre son calme :

- 20 ?

Il inspira un bon coup et ferma violement le cahier d'exercice.

- On va s'arrêter là pour aujourd'hui.

- Quoi, c'est pas ça ? On n'a même pas encore fait un exercice ! Midorima, un burger gratuit repose sur tes épaules, il faut que tu m'aides !

- Ce n'est pas dans mes principes de travailler avec quelqu'un qui a un QI négatif.

- C'est pas dans mes principes de travailler avec un type superstitieux qui se trimballe avec un yoyo, mais il faut savoir faire des sacrifices pour gagner !

- Et qu'est-ce que j'y gagne ?

- Tu préfères que je te mette à la porte ?

La foudre éclaira la pièce à cette question. Un puissant bruit de déchirement se fit entendre et provoqua le tremblement de l'immeuble. Entre la perte inévitable d'une centaine de neurones et une mort lente et douloureuse dans le froid, le choix était – pas si vite – fait.

- D'accord, je reste.

- Ça fait pas 20 ?

- Pas du tout. Ça fait 100.

- J'y étais presque.

- …

L'heure continua avec de multiples explications, entraînant Midorima à devenir professeur des écoles, tellement le niveau d'Aomine était déplorable. Ce dernier eut le cerveau en ébullition après autant de révélations changeant complètement le sens de sa vie. Après quelques jours de travail, enfin quelques dizaines de minutes mais tout est relatif, Aomine finit enfin son carnet d'exercices de maths, chose qui n'était jamais arrivée de sa vie.

- AHHH ! soupira-t-il. Enfin terminé…

- Je pense que c'est la dernière fois que je t'aiderai pour tes devoirs, orage ou pas.

- Ça c'est ce que tu dis.

Aomine s'étira de tout son long comme un chat sortant d'une longue sieste. Midorima retira ses lunettes pour se frotter correctement les yeux, c'était plus difficile de faire les devoirs avec Aomine qu'avec sa petite sœur, c'en était inquiétant.

- Tu veux rester dormir ici ? proposa l'hôte de la maison.

- Je pense pas, il vaudrait peut-être mieux que je rentre, mes parents doivent s'inquiéter.

- T'es sûr ? Si j'étais eux, je serais plus inquiet pour toi qui rentres sous ce temps que si tu ne rentres pas du tout.

- Ça ne s'est pas calmé ? demanda le vert en s'approchant de la fenêtre.

- Pas le moins du monde.

En effet, la pluie battait violement contre la vitre et les éclairs semblait de plus en plus proche. Les arbres se secouaient dans tous les sens et les parapluies des malheureux encore sous la pluie se retournaient.

- Effectivement… Je devrais peut-être les appeler.

- Comme tu veux, agréa Aomine en récupérant les tasses de thé vides.

Il n'était pas un grand fan de vaisselle, d'ailleurs la seule raison pour laquelle sa maison était propre était la venue de Momoi la veille. Pourtant il commença à laver les tasses, se disant que son ami voulait sûrement un peu d'intimité. En tout cas, c'est ce qu'il aurait souhaité s'il devait appeler ses parents.

Quelques minutes plus tard, Midorima finit son appel et Aomine coupa l'eau du robinet. Il se tourna vers le lunetteux et fit un signe du menton pour savoir le verdict.

- Ils sont d'accord avec toi, il vaut mieux que je reste dormir ici. De toute façon, ma sœur est invitée chez une amie pour dormir donc ils vont pouvoir faire une soirée juste entre eux.

- Ahah ! Ils vont pouvoir s'envoyer en l'air tranquillement, charria Aomine.

- Aomine, j'ai déjà du mal avec tes blagues de mauvais goût habituellement, alors je te prierai de ne pas en faire avec mes parents si tu ne veux pas que je m'énerve sérieusement.

- J'rigole, c'est bon, apaisa le bleuté. T'es tellement coincé mon vieux !

- Je préfère ne pas répondre à cette provocation.

Aomine ricana, l'attitude si solennelle et confiante du vert l'amusait beaucoup. Ce dernier releva ses lunettes comme si ses remarques ne l'atteignaient pas.

- Tu veux manger quelque chose en particulier ? demanda-t-il en se tournant vers son plan de travail.

- Comme tu veux.

- Bon ben on va partir sur un bol de nouilles alors…

- Tu as besoin d'aide pour la préparation ?

- Non, non, t'en fais pas, je gère, s'empressa-t-il de répondre, connaissant les erreurs de cuisine que son ami était capable de faire.

En effet, Momoi et Midorima s'était déjà retrouvés à préparer un repas ensemble. Déjà, confier la cuisine à Momoi était une grave erreur mais il pensait que le génie de la Génération Miracle allait au moins redresser le niveau. Quelle surprise de découvrir l'objet porte bonheur des cancers dans leur plat ce jour-là…

L'as de la Génération Miracle ne pouvait pas prétendre avoir un super niveau culinaire, il suffisait de regarder ses notes dans cette matière durant sa scolarité, ça tournait principalement autour des 1/5 à chaque trimestre. Néanmoins, il réussissait quand même à faire des plats simples. Les ramens, c'est dans ses cordes.

Midorima fut surpris du refus empressé du bleu mais il accepta sans broncher et se remit à travailler, sans être interrompu par un importun. Un silence se fit dans la pièce, seulement perturbé par des bruits de cuisson, d'écriture ou des interjections d'Aomine, qui inquiétait pas mal l'érudit. Quelques quarante minutes plus tard, après sept exercices finis et presque trente « merde » prononcés par Aomine, les bols de ramens étaient près.

- A table !

- Aomine, on est à trois mètres l'un de l'autre, ça ne sert à rien de crier, s'exaspéra le vert.

- Arrête de parler et viens manger.

Le bleu posa les deux plats sur la table basse en face de la télé et s'affala sur le canapé. Son ami le rejoignit avec plus de respect pour le canapé et attendit poliment que l'autre commence. Il ne se fit pas prier, planta ses baguettes dans les nouilles et les avala avec un maximum de bruit. Midorima le regarda faire sans un mot, alors qu'il s'attendait à une critique.

- Tu as maigri, non ?

Il fut surpris par cette question subite et répondit « quoi ? » en attendant que l'information remonte à son cerveau.

- Ah, ouais, confirma-t-il finalement. Ça se voit beaucoup ?

- Pas vraiment non, je l'ai seulement vu quand tu as retiré ton pull tout à l'heure. Il y a une raison en particulier ?

- Pas vraiment, non. C'est juste que depuis quelques temps, mon ancien poids ne me convenait plus trop et j'ai voulu changer.

- Qu'est-ce qui ne te convenait pas ?

- La forme de mon corps et le taux de masse graisseuse. En soit, c'était rien de choquant mais quand tu passes plusieurs années sans t'entraîner alors que ton corps était habitué à faire du basket tous les jours, ça laisse quelques marques. Puis j'avais envie de changer ma musculature.

- Soit. Du moment que tu restes en bonne santé, j'imagine qu'il n'y a pas de problème, répondit le plus grand en prenant une nouvelle bouchée.

- T'inquiètes, j'ai pas envie de gâcher mes talents de basket !

- J'espère bien, et ne parle pas la bouche pleine.

Aomine soupira mais un petit sourire fleurit sur ses lèvres, tellement prévisible. Il en joua et prit une nouvelle bouchée de viande pour les manger la bouche ouverte, très proche de son oreille.

- Ugh ! Aomine !

La facilité avec laquelle il parvenait à l'énerver lui provoqua un fou rire qui lui valut un regard noir et un coup dans les côtes. Après un soupir de l'autre côté du canapé, ils reprirent le rythme de leur dégustation. Mais ce silence ne lui plaisait pas, il souhaitait profiter de la présence de Midorima pour discuter pacifiquement avec lui.

- Comment ça se passe le lycée, toi ?

- Ça se passe correctement, le niveau a beaucoup augmenté depuis le début de l'année mais j'arrive à garder le niveau.

- Tu vas peut-être pas me croire, mais j'ai des meilleures notes cette année que mes années de collège, se vanta-t-il en glissant son bras au dos du canapé.

Midorima se tourna vers lui avec des yeux un peu plus gros que d'habitude, prouvant son étonnement. Mais il s'en remit vite et il répliqua en avalant des nouilles :

- T'as trouvé quelqu'un d'autre pour faire les devoirs à ta place ?

- Uh ?! Comment ça « quelqu'un d'autre » ?

- Tu recopiais constamment les cours de Momoi avant les tests de fin d'année, Aomine.

- C'est pas des devoirs ça !

Il venait inconsciemment de confirmer avoir trouver quelqu'un pour faire ses devoirs mais il ne s'en rendit même pas compte. Midorima ne releva pas, habitué à la lenteur du cerveau d'Aomine.

- Ce ne sont pas des devoirs-maison mais ça reste le travail que tu dois fournir en cours.

- J'y peux rien si les cours des profs m'endorment en deux minutes, ils ont qu'à être plus intéressant. J'ai essayé de suivre ! rajoute-t-il en voyant son invité lever les yeux au ciel.

- Mais oui… Bref, comment se fait-il que tu aies de meilleurs résultats cette année ?

Aomine retira son bras et les croisa sur son torse avec une moue ennuyé.

- J'ai trouvé quelqu'un pour faire mes devoirs, avoua-t-il à mi-voix.

- Je me disais bien aussi.

- Attends ! Je l'exploite pas, c'est lui qui s'est proposé !

- Ça doit être ça oui… Et c'est qui ? Celui qui ne fait que s'excuser dans ton équipe ?

- Non ! Lui il accepterait jamais, Momoi l'a retourné contre moi. C'est un type dans ma classe.

- Tu l'as menacé ? se méfia Midorima qui commençait à douter des dires d'Aomine.

- Quelle image t'as de moi ?! Je menace pas les gens pour des devoirs, qu'est-ce que j'en ai à faire de ma réussite scolaire, sérieux ? Je suis pas un voyou !

- …

- … Tu te fous de moi ?-

- Non, je dis pas que tu es un voyou ! se corrigea le lunetteux en vitesse. Mais quelqu'un de ta classe qui accepte de faire tes devoirs sans raison, laisse-moi te dire que c'est bizarre.

- J'ai jamais dit que c'était pas bizarre. C'est super chelou même. Je comprends pas ce mec.

- Mais tu le connais au moins ?

- Bah, maintenant, ouais. Mais quand il a commencé à rendre des devoirs à ma place aux profs, je le connaissais pas.

- Pourquoi il fait ça alors ?

- En vrai je sais plus trop… Il m'a dit qu'il voulait m'aider parce qu'il voyait que je faisais des efforts, un truc dans le genre.

- Des efforts en cours ?

- Certainement pas. En sport je pense.

- Il est pas un peu détraqué ton gars ?

- Ah si, si, carrément.

Il avala des nouilles dans le plus grand des calmes alors que Midorima était en train de faire carburer son cerveau à 100 km/h pour comprendre l'histoire d'Aomine. Il n'y parvint pas d'ailleurs, mais il se dit qu'il valait mieux ne pas chercher plus loin, ce n'était pas pour lui.

- Tant mieux pour toi, j'imagine… Tu veux toujours faire agent de police ?

- Ouaip. Et toi, c'est quoi déjà ?

- Médecin.

- Ah, ouais, c'est vrai. Bon courage, hein. Je me demande si c'est pas Satsuki qui veut être médecin aussi, ces derniers temps...

- Vraiment ? Elle en a les capacités pour en tout cas. Comment va-t-elle ?

- Bah, aux dernières nouvelles elle va bien, elle a des amis, sa famille va bien, les cours ça va, elle est toujours à fond sur Tetsu…

- Hein ? Ah oui, c'est vrai que Momoi est amoureuse de Kuroko.

- Tu le savais ? s'étonna Aomine avec un sourire moqueur.

- Kise me l'a dit l'année dernière.

- AHAHA ! Tu l'as appris que l'année dernière par Kise ?! T'es sérieux ?! s'exclama le bleu, hilare.

- Désolé de ne pas traîner avec elle tous les jours comme toi, je ne vois pas comment j'aurais pu le remarquer plus tôt ! s'emporta-t-il.

- Sérieux, même Akashi l'a remarqué alors qu'il la voyait moins souvent que toi. Ça tue les yeux qu'elle est fan de lui, t'es juste bigleux, assume.

- Je n'assumerai rien du tout. Je n'en ai qu'à faire des penchants amoureux de ma manageuse, tant qu'elle réussit son travail, je n'ai pas à m'impliquer dans sa vie personnelle.

- Ah ouais ? Donc si pendant Teiko je t'avais révéler que j'aimais les hommes autant que les femmes, ç n'aurait rien changé ? demanda Aomine en se penchant pour voir la réaction de son test.

- Parfaitement. Tu peux avoir les penchants amoureux que tu veux, je n'en ai rien à faire, asséna-t-il avec un visage neutre.

- Ok, c'est bon à savoir, sourit le bleu avec malice.

Il reprit son bol pour le terminer en quelques gorgées, il se sentait repus. Il n'avait pas l'habitude de parler autant en mangeant. Dans la tradition de sa famille, il laissait ses parents raconter leurs journées avant de raconter la sienne, et il laissait souvent sa sœur s'exprimer avant lui. Mais il devait admettre que cette discussion avec son ex-coéquipier était plutôt plaisante. Aomine l'avait pas mal surpris dans la journée, par ses actions ou ses réflexions, mais il se rendait compte qu'au fond il restait le même gosse moqueur et vantard qu'il a toujours été.

Aomine le rejoignit dans l'engloutissement des dernières gorgées de son repas et, avec un rot retenu au dernier moment, il s'assit plus confortablement dans son siège. Il avait rarement tenu une discussion aussi longue avec son ami, et il le regrettait. Il pouvait se jouer de lui mais ce dernier ne partait pas au quart de tour comme Kagami ou Kise. Il savait parler intelligemment et garder son calme, de temps en temps ça faisait du bien quelqu'un comme ça. En plus, contrairement à Kuroko, il n'essayait pas de retourner ses offensives contre lui avec des punchlines cassantes, ou alors il le faisait plus doucement. Ou alors il n'y arrivait tout simplement pas, ce qui était drôle aussi.

- Et toi ? L'amour, comment ça se passe ? enchaîna-t-il.

- Rien de nouveau.

- Ah ouais ? Toujours un bourreau des cœurs ? T'en as brisé combien cette année ? plaisanta Aomine.

- N'importe quoi, s'exaspéra Midorima. Enfin, d'après Takao, il y a une fille qui est intéressée par moi dans la classe.

- Et elle t'intéresse ?

- Non, pas vraiment.

- Ahah, cash ! Pourquoi ? C'est pas ton genre ?

- Pas vraiment, je préfère quelqu'un de plus âgée. Juste quelques années, ne va pas m'imaginer avec des vieilles dames, prévint Midorima.

- Ah ouais, plus âgée, plus mature, plus expérimenté, je vois le genre…

Vu la manière avec laquelle il l'avait dit, Midorima doutait qu'il voie vraiment le genre. Dans ses pensées libidineuses, il devait encore être en train de s'imaginer des choses disgracieuses. Enfin, peut-être qu'il le comprenait réellement, ça serait surprenant venant de sa part mais on ne sait jamais.

- Et toi ? Tu as été en couple ? demanda-t-il, plus pour relancer la conversation que par réel intérêt, l'amour, ça ne l'intéresse pas trop.

- Comme si ça t'intéressait ! devina Aomine. Mais par politesse je vais te répondre, non je n'ai pas été en couple et j'ai même rejeté certaines filles.

- J'ai effectivement eu l'impression que tu avais quelques fangirls à tes matchs. Pourtant je n'avais pas trop l'impression que les filles étaient intéressées par toi au collège.

- C'est parce que Kise me faisait de l'ombre ! Maintenant je peux m'épanouir autant que je le veux et être remarqué par les plus belles filles du lycée. J'espère que t'es pas trop jaloux !

- Franchement, je m'en fiche complètement et je me porte même bien mieux en sachant que je n'ai pas à recaler des gens. Mais si tu es tant heureux de pouvoir plaire, pourquoi tu n'en profites pas pour te mettre en couple ?

- Tu t'intéresses vraiment à ma vie amoureuse, là ?

- Pas spécialement, j'essaie juste de comprendre ta morale. Tu es attaché à l'idée d'être amoureux pour te mettre en couple ?

- Bah, c'est quoi l'intérêt sinon ?

- Je ne peux pas parler en mon nom, mais je sais que certaines personnes sortent avec d'autres parce que ça leur fait plaisir de conquérir des cœurs, un peu comme un trophée. Ou alors, ils pensent être amoureux et comme ils sont en manque de proximité, ils se mettent ensemble.

- T'as vraiment étudié les raisons de mise en couple sans amour ?

- Pas besoin de les étudier pour les comprendre, tu regardes autour de toi et il n'y a que ça.

- Personnellement, si j'ai envie de proximité sans sentiments, je me fais une sex-friend. Mais si je me mets en couple, il faut que ça soit sérieux. C'est pas les greluches de mon fan-club qui vont m'intéresser. Je les laisse aux gars qui veulent des trophées, comme tu dis.

- Tu as une vision plus respectable de l'amour que je ne le pensais.

- Ouais ? Avoir une sex-friend, tu trouves ça respectable ? ricana le bleu.

- Bon, à part sur ce point.

- Je me disais, aussi, s'amusa-t-il. Allez, je vais ranger ça.

- Tu veux de l'aide ?

- Ouais, mets les bols dans l'évier et prends des mochis dans le frigo.

- Quand je disais t'« aider » je voulais pas dire « faire le boulot à ta place ».

- Et plus vite que ça, esclave ! en rajouta Aomine.

Un regard noir en menace mais son ami s'exécuta quand même. Il amena les mochis et Aomine n'attendit pas avant d'en mettre un en bouche, pressé de goûter le sucre qu'il lui faisait envie depuis le début du repas.

- Ils ne sont pas mauvais, observa Midorima qui prenait les mochis avec des baguettes pour ne pas salir ses doigts bandés.

- Pas aussi bon que ceux de Kagami, mais ça passe.

- Ceux de Kagami ?

- Mh, confirma-t-il la bouche pleine. Il m'en a fait quand je squattais chez lui un jour.

- Tu squattes chez Kagami ? Mais vous vous détestez pas ?

- Ça n'a rien à voir ! Chez lui c'est plus grand et il cuisine bien, ça suffit pour y aller.

- Alors quel intérêt d'avoir ton propre studio ?

- Pour ne plus vivre avec mes parents.

- Oh…

Midorima détourna les yeux, gêné d'avoir forcé Aomine à avouer ça. Celui-ci ne réagit pas et continua à manger sans un mot. Il se demanda s'il devait encourager Aomine à en dire plus ou agir comme si de rien n'était.

Sentant le débat intérieur du vert, le bleu décida de reprendre :

- On a eu des tensions ces dernières années, depuis la fin du collège environ. Au début, c'étaient juste des embrouilles de parents sur les nerfs et de gosse en crise d'adolescence. Mais comme tu le sais, mon état ne s'est pas amélioré en fin d'année, et j'essayais un maximum d'éviter les entraînements, les cours, et aussi mes parents. Forcément le fait que je rentre de plus en plus tard a envenimé les choses et ça a encore plus creusé un fossé entre nous. En seconde, pareil, disputes sur disputes, je passais un maximum de mon temps chez Satsuki.

Il s'arrêta pour prendre une gorgée d'eau. Il vérifia par la même occasion que Midorima ne voyait pas d'inconvénients à sa confession. D'après son silence religieux et ses yeux attentifs, celui-ci l'écoutait attentivement.

- Puis j'ai perdu en huitième de finale à la Winter Cup. Au début, j'ai eu du mal à l'accepter, mais comme pour tous les autres, ça m'a fait un bien fou et je me sentais enfin de nouveau motivé pour affronter une équipe meilleure que moi. Mais, mes parents comme mes professeurs n'ont pas du tout perçu mon classement de ce point de vue. Le basket, c'est la seule chose à laquelle je suis réellement bon, et pour la première fois depuis des années, j'ai été vaincu. Alors ils se sont énervés, m'ont rabâché que je n'étais plus bon en rien, que je devais sérieusement me mettre à travailler sinon j'allais finir à la rue.

Il prit une nouvelle pause, même si les circonstances avaient changé, il se sentait toujours impacté par ces souvenirs. Une grande inspiration, un long souffle, et il était reparti :

- Mon élan de motivation était en train de rechuter et tout le monde autour de moi le voyait – il faut dire que je ne cache pas très bien mes émotions –, alors certaines personnes ont commencé à me soutenir et à me répéter le discours inverse. Parmi eux : Satsuki et Tetsu. Ne leur dit pas, parce que s'ils doivent l'entendre je préfère que ça vienne de moi ils m'ont été d'une aide inimaginable pendant toute ma remontée. Tu dois être étonné de l'apprendre que maintenant, mais c'était mon choix de garder ça loin de vous, tout le monde dans la GM était en reconstruction à ce moment et je ne voulais pas en rajouter une couche. J'ai eu l'aide de mon équipe, de ma classe et de certains professeurs. Finalement, ma mère a réussi à trouver un travail après avoir été mère au foyer pendant des années. Le stress du travail, la fatigue de mes deux parents, forcément ça n'arrangeait rien. On se prenait de plus en plus la tête, on s'opposait sur tout, on n'arrivait pas à communiquer et remettre les choses en ordre. Alors on a fait un choix drastique avant que ça ne dégénère, celui de m'acheter un studio grâce au nouveau salaire de ma mère. Et là ça fait je crois un ou deux mois que je vis ici.

Midorima hocha la tête pour intégrer tout ce qu'il venait d'entendre. Effectivement ça l'étonnait de l'entendre que maintenant, mais connaissant Aomine et son incapacité à demander de l'aide en cas d'urgence, il était presque plus choqué d'apprendre qu'il avait accepté l'aide de Kuroko et Momoi. Peut-être qu'ils ne lui ont pas laissé le choix, c'était probable venant de leur part.

- Je suis en effet surpris d'apprendre tout ça que maintenant. Même si on était tous en reconstruction, tout le monde aurait été disponible dans ces temps-là. Si Kuroko et Momoi ont pu t'aider, c'est bien mais la prochaine fois n'hésite pas à nous solliciter aussi. S'il y a bien une chose qui n'a pas changé avec le temps, c'est qu'on peut toujours compter les uns sur les autres.

- Ahah ! Si on m'avait dit que j'allais t'entendre dire ça un jour, j'y aurais pas cru. Evidemment qu'on peut toujours compter les uns sur les autres, mais avec l'ego qu'on a, personne ne le fait jamais.

- Oui, c'est vrai. Mais c'est pour ça qu'on a normalement toujours un œil posé sur les autres, sinon on serait venu t'aider que tu le veuilles ou non.

- Oui, je sais, c'est comme ça qu'on fonctionne de toute façon. C'est pour ça que je ne voulais pas vous impliquer. Si vous n'avez pas remarqué c'est que vous aviez vos propres problèmes à régler. Satsuki est toujours à mes côtés et Tetsu et moi, on a repris contact quelque temps après son anniversaire, alors ils ont tout de suite vu qu'il y avait un problème. Akashi voit tout aussi, et je le suspecte d'être celui qui a permis à ma mère de retrouver un travail.

- Ça me paraît logique que ça se soit passé de cette manière, mais je reste surpris de ne pas l'avoir remarqué avant… Tu les as revus depuis ton emménagement ? Tes parents, je veux dire.

- Ouais, déjà pour mon déménagement – qui était une catastrophe, mais ce n'est pas surprenant –. Puis après aussi, ça reste mes parents et j'ai jamais voulu couper les ponts, juste mettre de la distance.

- C'est bien. Tu es encore mineur donc il vaut mieux que tu restes en contact avec eux.

- Ouais, je sais, puis c'est eux qui me payent la maison donc ça serait plus problématique qu'autre chose de couper contact.

- Oui, c'est sûr.

Les mochis étaient terminés mais aucun des deux ne semblaient prêts à se lever. Ils restèrent simplement sur le canapé, laissant leurs pensées divaguer.

- Et Kagami ? reprit finalement Midorima.

- Kagami ?

- Tu as dit que tu squattais chez lui depuis quelque temps, il a remarqué quelque chose, lui aussi ?

- Je pense ouais, puis Tetsu a dû lui dire d'une certaine manière. Mais il n'a pas fait de remarque, il agit plus ou moins normalement.

- Plus ou moins, c'est-à-dire ?

- C'est-à-dire plus doucement et moins chiant. On s'embrouille quand même, sinon ça serait pas nous, mais on s'entend bien mieux qu'au début.

- Eh ben, c'est pas un duo sur lequel j'aurais parié.

- Eheh, moi non plus, agréa-t-il avec un sourire.

Il se leva enfin et retira le paquet vide de mochis, annonçant la fin de la discussion. Midorima sembla se réveiller, reprenant pied avec la réalité et sortant de la pause qu'était leur discussion. Il se tourna pour regarder l'heure et décida qu'il était temps d'aller se coucher.

- Je dors comme ça ou tu as un pyjama à me prêter ?

- Bah, c'est ça ton pyjama.

Midorima avisa le jogging et le T-shirt ample qu'il portait et haussa un sourcil à l'égard de son ami. Aomine le dévisagea des pieds à la tête et opina, fier de son choix.

- Bah, je vois pas où est le problème ?

- Soit, abandonna Midorima, comprenant qu'il n'avait rien à tirer de cette argumentation. Et je dors où ?

- Sur le lit, avec moi.

- …

- …

- … Et là aussi tu vas me dire que tu vois pas où est le problème ?

- Bah, je vois bien qu'il est sur le lit, mais je comprends pas quelle est l'origine du problème.

Midorima prit une grande inspiration et se tourna d'un quart, cherchant quel était le meilleur angle pour exposer le problème à Aomine. Il toussota et releva ses lunettes.

- Avec tout le respect que j'ai pour toi et ton corps, je ne sais pas si je me sentirais assez à l'aise pour dormir avec toi dans ton lit.

- Qu'est-ce que tu crois ? T'es pas du tout mon style, impossible que je te touche.

Il se demanda s'il devait se sentir rassuré ou en colère, mais il décida de ne pas relever. Aomine continua :

- Si vraiment tu le sens pas, tu peux dormir sur le canap', mais tu devras faire un choix entre le haut ou le bas de ton corps que tu veux reposer. J'ai un lit deux places, ça sert quand même à ça.

- Certes, tes arguments se tiennent, tu m'as convaincu.

- Si seulement je pouvais avoir la même remarque sur mes copies.

- Les tiennes ou celles que ton pote fait à ta place ?

Aomine retira une chaussette et l'envoya sur le binoclard en vengeance à cet affront. Heureusement ce dernier parvint à l'éviter de justesse, évitant en même temps une syncope.

- J'prends le côté du mur ! s'exclama Aomine en sautant sur le lit.

Un enfant, pensa Midorima en retirant ses lunettes pour les poser sur la table de chevet. Il devait faire une croix sur son pyjama, son hygiène dentaire parce que c'était impossible qu'il prenne la brosse à dents d'Aomine ou son doigt pour le faire, et son intimité. Il avait évidemment déjà fait des camps d'entraînements avec le brun mais il n'avait jamais partagé son lit.

- Tu veux mettre un réveil pour demain ? demanda Aomine, s'installant confortablement sur son oreiller.

- Je pense, oui… Je peux partir à 6h d'ici, comme ça je pars directement, et j'arrive chez moi pile pour l'heure du petit-déjeuner.

- 6H ?! Mais t'es fou ? On est en vacances, hein !

- Je préfère me réveiller tôt pour être productif tout au long de la journée.

- S'il y a bien une grosse différence entre toi et moi, c'est ça.

- Et notre style de basket.

Midorima essaya lui aussi de se coucher sur l'oreiller mais il désenchanta en remarquant qu'ils étaient gros et mous, exactement ce qu'il détestait. Il se retint de se plaindre, trop fatigué pour commencer un énième débat.

- Prêt à dormir ? questionna-t-il.

- Ouais.

Il appuya sur l'interrupteur et l'obscurité tomba instantanément dans la pièce. Juste leur souffle résonnait dans le studio, il essayait alors de ne pas respirer trop fort, pour ne pas gêner le silence ambiant. Mais il était bien difficile de dormir en faisant de l'apnée donc il devait reprendre sa respiration et donc faire bien plus de bruit que s'il respirait normalement. En bref il passait pour un idiot.

Heureusement, Aomine vint à sa rescousse en matière de bruit et se tourna dans son lit. Petit bémol, il était maintenant en face de son dos, donc Midorima ne pouvait plus se tourner, sinon ils allaient avoir leur visage l'un en face de l'autre. Il sentait presque le souffle du brun brûler son T-shirt. Il n'était clairement pas fait pour dormir avec quelqu'un d'autre.

Sentant que la respiration de son ami s'était calmée, il se tourna sur le dos et fixa le plafond. Evidemment, il voyait flou, mais il pouvait plus ou moins déchiffré l'heure que projetait le réveil quand il plissait les yeux. Ça faisait à peine une vingtaine de minutes qu'ils s'étaient couchés, il avait l'impression que cela faisait au moins une heure qu'il était là. Il vit les minutes défiler avec une lenteur cruelle. 21h30, 40, 50, 22h, 06, 08,… Alors qu'il se sentait enfin rejoindre les bras de Morphée, une sonnerie le réveilla brusquement.

- Putain, c'est quoi ?! grogna Aomine en passant son bras au-dessus du corps crispé de son ami.

Midorima fut en même temps énervé de se faire réveiller au moment où il se relaxait enfin, et soulagé de ne plus être le seul réveillé dans ce lit bien trop petit malgré sa grande taille.

- Bakagami, j'espère qu'il a une bonne raison ! soupira Aomine en décrochant. Qu'est-ce que tu me veux à cette heure-là ?! …Bien sûr que je dormais ! …Un basket ? Mais il pleut pas, là ? …Ah ouais ? Bon, bah, pourquoi pas. Il y a Midorima chez moi, il peut nous rejoindre ? …Nickel, on est là dans une dizaine de minutes !

- Alors, pas du tout, intervint Midorima alors qu'Aomine se levait.

- Pas du tout, quoi ?

- Dans quel monde tu as cru que j'allais faire un basket à 22h30 ?!

- C'est pas vraiment comme si t'avais le choix… Allez, si t'es fatigué tu joues pas, c'est pas grave.

- Mais encore moins ! Tu penses que je vais sortir en ville avec cette température et à cette heure pour regarder deux imbéciles jouer au basket ?!

- Joue, alors ! C'est pas compliqué ! Et allume, je vois rien.

Il s'exécuta pour voir Aomine en caleçon devant son armoire. Il apporta instantanément une main à ses yeux, remerciant pour la première fois Dieu de l'avoir rendu myope. Il ne rouvrit les yeux que quand il entendit des bruits de tissus en train d'être enfilés.

- Dépêche, on va être en retard !

- Mais puisque que je te dis que je ne viendrai pas !

- Pourquoi pas ? T'as pas les clés de chez moi et j'ai pas de double, comment tu veux qu'on fasse ?

Pour une fois, son argument fit taire Midorima. Ce dernier commença vraiment à réfléchir si son inquiétude de dormir seul dans un lieu inconnu avec une porte ouverte valait celle de sortir par un temps venteux au milieu de la nuit pour faire un basket avec deux abrutis.

Aomine commençait à enfiler ses baskets quand il lui lança un regard entre le défi et le questionnement. Il regrettait d'être aussi faible mais il répondit tout de même :

- Je me change dans la salle de bain, attends-moi.

Il aurait préféré ne pas voir le sourire victorieux d'Aomine qui lui rappela sa défaite mais il fit avec. Il avait avec lui ses habits du match de cet après-midi et évidemment des affaires de rechanges, parce qu'il était prévoyant. Il mit donc sa tenue de sport et rejoignit Aomine sur le pas de la porte.

- Soit on court, soit on arrive en retard.

- Comment ça courir ?

- Très bon choix, c'est parti !

Et le bleu s'élança comme une fusée dans les couloirs puis dans les escaliers avec toute la rapidité qui le caractérisait, laissant le vert vingt mètres derrière lui. Il se jouait évidemment de Midorima, ils n'étaient pas en retard puis ce n'était pas lui qui pouvait faire une remarque sur la ponctualité. Il sortit dans la rue, accélérant encore plus. Au moins, ils allaient arriver bien échauffés.

Il était toujours ravi de faire un one on one avec Kagami, ce type était l'un des seuls qui ne l'ennuyait jamais et qui s'améliorait toujours plus de jours en jours. Mais c'était comme si la venue de Midorima le motivait encore plus. Il n'avait jamais passé un aussi long moment avec lui et le soulagement et l'amusement qu'il avait ressenti aujourd'hui prouvait que c'était une erreur. Au même niveau que Kise, Murasakibara et même Akashi, ils étaient tous des amis précieux qu'il voulait garder près de lui.

Bordel, il en a pris du temps pour le réaliser. Il partait toujours du principe que c'était quelque chose de normal que de les avoir à ses côtés, ne comprenant pas pourquoi Satsuki s'émoustillait autant quand ils étaient tous réunis. Mais avec cette période de solitude il y a quelques mois de ça, il avait réalisé à quel point il était chanceux d'avoir de telles personnes autour de lui.

Bon, il n'en était pas non plus au point de leur faire chacun une déclaration d'amour pour leur montrer à quel point ils étaient importants pour lui, mais juste des moments comme ça, coupé du temps où il pouvait se permettre d'être lui-même, c'était ce qu'il voulait.

C'est avec de telles pensées qu'il s'arrêta à un feu rouge pour les piétons. Alors que Midorima le rejoignait en soufflant bruyamment, son regard lui lançant des couteaux, il décida de sortir son téléphone pour un petit message avec espoir qu'il fasse mouche.

Ils arrivèrent enfin au lieu convenu à l'heure. Kagami était déjà là, en train de dribbler dans tous les sens avec sérieux. Il s'approcha discrètement et dès qu'il vit le corps du rouge se pencher en arrière pour tenter un trois points, il sauta en face de lui dans un contre violent qui fit crier le joueur de peur.

- Ahomine, arrête de faire ça ! s'époumona-t-il.

- Tu devrais plutôt commencer à t'habituer, baka !

- Dans tous les cas, cette espèce de tir ne serait jamais rentré, intervint Midorima.

- Hmpf… Si c'est pour faire des remarques comme ça, t'aurais tout aussi bien pu rester chez Aomine.

- C'est ce que j'avais l'intention de faire, figure-toi.

- Qu'est-ce que tu fais là, alors ?

Midorima fronça les sourcils et fit une sorte de mou ennuyé.

- Ça ne te regarde pas, lâcha-t-il en remontant ses lunettes sur son nez.

Kagami arqua un sourcil en direction du bleu, se disant sûrement que la GM était un ramassis de tarés. Il n'aurait pas tort, d'ailleurs. Il se pencha pour ramasser la balle à côté des barrières et la fit tourner sur son doigt, regardant avec délectation ses deux prochains adversaires.

- Vu qu'aucun de vous n'est capable de m'arrêter en one on one, je vous autorise à vous mettre à deux contre moi, accorda-t-il avec toute l'humilité dont il était capable.

- Hein ? J'ai pas signé pour ça ! Je joue contre Midorima, pas avec lui ! s'offusqua Kagami.

- On va pas jouer à deux contre Mido, abruti ! Déjà à toi tout seul tu contres tous ses shoots, c'est pas marrant.

- Aomine, je ne te permets pas. Avec mes entraînements, je réussis à trouver un bon timing pour que-

- Ok, super, Bakagami et Mido, tous les deux en face de moi.

Il était possible de voir la fumée sortant des oreilles des deux cités. Le je-m'en-foutisme d'Aomine était bien trop efficace sur eux, et ça allait dans son sens parce qu'ils avaient soudainement très envie de ne faire qu'une bouchée de la panthère. Midorima retira ses bandages aux doigts puis réceptionna la balle qu'Aomine lui envoya pour commencer le jeu.

Il hésita entre tirer d'un coup ou se rapprocher de la ligne des trois points, mais, pas de chance, son instant d'hésitation fut de trop. Le bleu se jeta sur la balle entre ses mains et traversa le terrain avec une rapidité inégalée pour dunker puissamment.

- Faut se réveiller les gars, deux contre un et je gagne déjà, nargua Aomine.

Kagami serra les points, son visage devenant rouge tandis que Midorima se blâmait pour sa perte de balle. Le rouge récupéra la balle et revint au centre du terrain pour réengager. Cette fois, sûrement plus habitué aux réactions de la panthère, le tigre s'élança sans hésitation dans la bataille. Le bleu le vit venir mais il ne le rattrapa pas tout de suite. C'est une fois sous le panier qu'ils se firent de nouveau face à face. S'il partait en dunk, Aomine allait le contrer, s'il tentait un tir, Aomine allait le contrer la meilleure chose était de faire un dribble pour se détacher de son emprise, ou une passe à Midorima, mais ce n'était pas dans les options.

Il fit passer la balle entre ses jambes, dans son dos, fit une feinte à droite pour partir à gauche. Pas assez de vitesse, Aomine le marquait toujours fermement. Il recula un peu pour repartir avec plus de spontanéité dans une dernière tentative de se séparer de lui. Mais pas de chance, Aomine s'interposa dans son dunk et attrapa la balle sans difficulté. Kagami jura entre ses dents en le voyant partir à toute vitesse, mais heureusement, Midorima vint bloquer sa course folle. L'érudit du groupe était connu pour sa défense sans faille tandis que l'as de la GM était connu pour sa capacité à marquer dans toutes situations. Le combat de géants auquel Kagami assistait le conforta dans l'idée de ne pas intervenir.

Aomine comprit immédiatement le danger. Il ralentit son dribble, sachant que Midorima n'allait pas chercher à l'intercepter et que Kagami n'allait pas intervenir. Durant ce laps de temps, il calcula la meilleure chose à faire pour marquer. Soudainement, il se propulsa sur sa droite, en retenant son souffle.

Midorima ne se laissa pas faire et usa de son envergure pour bloquer l'élan de l'as. Mais celui-ci l'avait prévu et il chercha à déstabiliser son adversaire en faisant glisser la balle entre ses jambes, pour qu'elle arrive sans défense devant les lunettes du vert. Au dernier instant, il la récupéra et fit passer le ballon entre les jambes du shooter à trois points. Ce dernier, déstabilisé par la feinte, eu une réaction trop lente qui permit à l'autre de marquer son second point.

Kagami ne pouvait même pas en vouloir à Midorima, il était trop impressionné par l'aisance du brun. Il était déjà subjugué par son talent quand il jouait contre lui, mais voir ses feintes et ses déhanchés pour s'effacer de la défense d'un point de vue extérieure était encore plus choquant. Il sentit presque un sourire se peindre sur ses lèvres en réalisant encore une fois ses capacités phénoménales.

Midorima reprit la balle, les sourcils froncés, une profonde concentration visible sur son visage. Il garda la balle entre les mains et, à un timing imprévisible, il leva la balle au-dessus de sa tête, en position de tir. Aomine leva instantanément le bras pour bloquer le shoot qu'il voyait venir mais il se fit surprendre par une passe. Sauf que la passe aussi était une feinte, et alors qu'il se précipitait pour empêcher Kagami de dribbler, Midorima sauta et lança la balle qui parvint directement dans le filet. La panthère grinça des dents, vexé de s'être fait avoir aussi rapidement. Kagami aussi ne fut pas le plus heureux malgré les points, il pensait réellement qu'il allait recevoir la passe et il s'imaginait déjà sa nouvelle confrontation avec le numéro 5.

- Tu n'as pas l'air très heureux, Kagami-kun, intervint une voix à ses côtés.

- EUAHHHHH !

Les deux autres joueurs sur le terrain sursautèrent à ce cri de panique et l'un d'eux sourit en apercevant le plus petit.

- Qu'est-ce que tu fiches ici, Kuroko ?!

- Aomine-kun m'a invité. Il ne t'a pas prévenu ?

Le nommé trottina jusqu'à eux et secoua gentiment les cheveux bleu clair avec un doux sourire.

- Yo, Tetsu ! Satsuki n'est pas avec toi ?

- Elle ne devrait pas tarder.

Et comme en réponse, ils se tournèrent tous les trois vers des pas de course et un bruit aigu qu'Aomine caractériserait de très énervant. Mais il s'y habituait, à force.

- Tetsu-kuuuuuuuuuuun !

Ce dernier se retrouva plaqué au sol en moins de temps qu'il en faut pour le dire. Aucun des trois ne se désigna pour le libérer de l'emprise de fer de la jeune fille, ils attendaient juste qu'ils finissent leur sketch. Ils se relevèrent enfin et Satsuki fit directement face à son ami d'enfance.

- Tu sais pas quoi ?

- Qu-

- Akashi-kun, Ki-chan et Mu-kun sont tous les trois à Tokyo aujourd'hui ! répondit-elle d'emblée.

- Ah ouais ? Comment ça se fait ?

- Kise-kun et et Murasakibara-kun avaient un match aujourd'hui et Akashi-kun vient d'arriver dans sa maison de vacances il y a quelques heures, répondit le cyan.

- Vous les avez invités ?

- Evidemment !

- Trop cool, on va pouvoir se faire des vrais matchs ! sourit Aomine, les yeux pétillants d'excitation.

Kagami fut presque déçu de ne pas avoir Aomine que pour lui, mais en même temps ça allait être la première fois de sa vie qu'il allait assister et participer à un vrai match qu'avec la GM et un sourire vint également lui ronger le visage.

Midorima de son côté se demandait bien dans quoi il s'était embarqué. Il dévisageait ses amis un à un, s'interrogeant sur leurs états mentaux. Quelle idée de vouloir faire un match de basket au beau milieu de la nuit ? Il pensa à sa famille qui devait le croire en sécurité chez un de ses amis. Il commença même à craindre que toute cette journée ne soit qu'un complot organisé de bout en bout par Takao et Momoi, les connaissant ça ne serait pas étonnant. Kuroko remarqua son trouble et lui fit remarquer :

- Je ne pensais pas que tu étais le type de personne qui se levait au milieu de la nuit pour faire un match, Midorima-kun.

- Je n'en suis pas un, figure-toi. Aomine ne m'a simplement pas laissé le choix.

- Comme si t'étais triste d'être là, tiens ! s'offusqua celui-ci.

- Ce n'est pas ce que je dis.

- Oh, donc tu es heureux ? s'informa la rose avec un sourire espiègle.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit non plus.

Il remonta ses lunettes avec embarras, il ne manquait plus qu'il soit obligé de leur dire qu'il était content de retrouver tous ses amis pour un match de basket. Mais en attendant leur arrivée, les 3 gus de départ plus Kuroko décidèrent de continuer leur partie.

- I pour moi, alors ?

- 2 à 2, les trois points comptent pour deux au street-basket.

- Pff, tu pouvais pas garder cette réflexion pour toi, Bakagami…

- Pas de tricherie, j'ai bien l'intention de gagner !

- T'es le seul à ne pas avoir encore marqué, pourtant, se moqua le bleu en se positionnant au centre du terrain. Allez Tetsu, on va les exploser.

- Ça va de soi.

Aomine se lança dans la bataille avec panache et un jeu de dribble que seul lui pouvait faire. Mais il n'était pas le seul à connaître ses enchainements et Kagami se retrouva rapidement sur son chemin. Mais ce n'était pas assez pour l'arrêter, le rouge ne se concentrait pas assez sur lui.

- Regarde la lumière, baka ! chantonna le brun en se glissant dans une faille.

Il n'eut plus qu'à lancer la balle dans une position acrobatique pour que même Midorima qui revenait en défense ne put pas le contrer. Il entendit le rouge grogner quand il passa à ses côtés et ça ne fit qu'accentuer son amusement. Le tigre commençait à sortir les griffes, ça promettait. Et il le montra dès l'engagement, il glissa la balle derrière lui, puis entre ses jambes, une glissa à droite, il partit à droite, il partit à gauche, il l'avait feinté. Heureusement, Kuroko vint à la rescousse. Mais un type de 1m90 et de 80kg contre un de 1m67 et de 56kg, c'était joué d'avance et Kagami put faire un magnifique dunk avec un rugissement bien à lui.

- 3 à 3, ricana le rouge.

Il ne put que sourire. La tension du match grimpait avec les points et l'envie de prendre le dessus se faisait de plus en plus sentir. Kuroko savait très bien que son ex-lumière n'avait pas l'intention de lui faire de passe, ce n'était pas son basket. Donc il s'occupait de rester derrière lui, essayant de se faire remarquer pour déstabiliser ses opposants.

Mais Midorima qui avait compris son subterfuge de tout à l'heure ne se laissa pas avoir, et avec sa défense sérieuse il parvint à attraper la balle quand il fut occupé par Kagami. Le rouge réagit comme une bombe et se précipita vers le panier, Aomine sur ses talons. Mais il n'eut pas l'intention de lui envoyer la balle, préférant marquer les points à sa manière. Mais trop concentré sur son tir de l'autre côté du terrain, il n'entendit pas les pas précipités qui arrivaient sur lui.

La balle venait de quitter sa main quand une fusée blonde la fit voler derrière lui.

- Ahah ! Tu l'as pas vu venir celle-là, Midorimacchi !

- Kise, abruti, on allait marquer, là ! s'énerva Kagami.

- C'est bon, vous aurez l'occasion de le refaire…

- T'interviens pas dans un match comme ça, ducon, l'insulta Aomine en lui lançant sa chaussure.

- Mais pourquoi tu me frappes t'es contre eux !

- Je suis d'accord avec Daiki, on aurait pu attendre la fin de leur match, agréa Akashi.

- Je me réveille pas à 23h pour regarder mes amis jouer au basket sans moi !

- Le respect du basket, tu connais pas ? critiqua le bleu qui rejoignit le mannequin à cloche-pied pour récupérer sa chaussure.

- Bonsoir, Akashi-kun et Murasakibara-kun.

- Et moi ?! s'écria Kise.

- Oups, bonsoir Kise-kun, se rectifia faussement Kuroko.

Ils entrèrent tous sur le terrain, déjà en habit de sport et en saluant la jeune fille et les autres joueurs. Ils se mirent tous inconsciemment en cercle.

- Bon, on joue ou quoi..? bailla Murasakibara qui n'était sûrement là que parce qu'Akashi lui avait demandé.

- On fait quoi comme équipe ?

Ils se regardèrent tous un à un. S'ils voulaient faire des équipes égales, il fallait soit qu'ils rajoutent Momoi, soit qu'ils enlèvent quelqu'un. Et vu comme Aomine et Kagami étaient déjà sérieux, amener Momoi dans le jeu n'était pas le plus sûr. Il restait à savoir qui ils allaient virer.

- Je vais m'échauffer sur le côté, commençaient sans moi, proposa Akashi.

Ils poussèrent tous un souffle de soulagement, et remercièrent Akashi du regard pour son sacrifice. Puis ils s'organisèrent pour la composition des équipes. D'un côté : Murasakibara, Midorima et Kuroko, et de l'autre : Kagami, Aomine et Kise.

- Et pourquoi je suis obligé de me coltiner les deux débiles, là ?! s'énerva Aomine en pointant son équipe du doigt.

- Comment ça je suis débile ? s'offusqua Kise.

- Je pourrais dire la même chose, Ahomine !

- Toi aussi tu penses que je suis débile ?!

- La ferme, Kise ! s'écrièrent les deux lumières d'une même voix.

- Pourquoi je dois me taper ces deux hystériques ? se plaignit le blond en se passant la main sur le visage.

- Qui tu traites d'hystérique ?! s'écrièrent à nouveau le tigre et la panthère.

Et ils repartirent dans une dispute insignifiante et puérile sous les yeux réprobateurs de Midorima de l'autre côté du terrain. Il releva ses lunettes avec un soupir.

- Dites, on risque pas d'écraser Kuro-chin ? demanda innocemment Murasakibara.

- N'importe quoi… Aux dernières nouvelles tu sais encore regarder devant toi quand tu cours, non ? s'exaspéra le vert.

- Il est quand même connu pour être invisible sur le terrain… Je te pensais plus intelligent que ça Mido-chin.

- Et tu ne penses pas que tu le sentirais si tu rentrais dans Kuroko pendant le match ? J'y crois pas, me faire critiquer par un mou du cerveau comme toi, quelle honte…

- Qui tu traites de mou de cerveau, Mido-chin ?

- Si tu réfléchissais plus rapidement tu le saurais peut-être déjà !

- Vous n'êtes pas mieux que les trois autres, fit remarquer le plus petit.

- N'importe quoi ! s'écrièrent les deux plus grands d'une même voix.

Et ils partirent dans une dispute insignifiante et puérile, aussi. Momoi observa tout ce sketch d'un air dépassé. Quatre ans avaient passés mais ils restaient les mêmes enfants surexcité et susceptible qu'ils étaient. D'une certaine manière, elle se sentait rassurée quand ça arrivait. Elle qui avait chéri leur équipe jusqu'au bout, elle était tellement heureuse quand ils se retrouvaient tous ensemble à nouveau, et elle savait que Kuroko partageait son avis. La dernière année de collège et la première année de lycée avaient été terriblement douloureux pour elle, comme un trou dans le cœur, une blessure qu'aucun pansement ne pouvait guérir. Mais elle savait qu'elle n'était pas la plus à plaindre, son ami d'enfance avait vécu cette époque encore moins bien qu'elle, même s'il s'était efforcé de ne pas le montrer.

En plus d'avoir perdu son seul groupe d'amis, il avait perdu sa passion pour le basket. Et pire que tout : il s'était perdu, lui. Une colère perpétuelle et grandissante, la confiance aveugle qu'il avait placée en Kuroko qui s'était brisée avec l'arrivée de la nouvelle lumière, un ennui de plus en plus profond, une recherche de solitude qui le détruisait à petit feu… Elle était persuadée que sa défaite allait le changer et elle avait eu des sueurs froides quand l'effet inverse s'était produit. Elle s'était battue avec toute la force du monde pour le protéger de l'injustice qu'il subissait. Elle n'aurait sûrement pas réussi sans l'aide de Kuroko qui, malgré tous leurs travers, était resté l'ami le plus précieux qu'Aomine avait.

Et ça aurait été mentir de dire que Kagami n'avait pas apporté son aide aussi. Il l'avait peut-être fait inconsciemment mais il avait réussi à libérer son ami de beaucoup de stress. Aomine n'avait jamais osé faire part de tous ses problèmes à Kuroko ou à elle, considérant sûrement que c'était une charge trop lourde à porter pour eux. En plus, il se sentait déjà redevable envers eux de ne pas l'avoir laissé tomber malgré tous les problèmes qu'il leurs avait causé. Mais Kagami était plus fort, il ne se sentait pas redevable envers lui à part pour l'avoir vaincu. Il se permettait donc plus de se libérer avec lui, d'avoir des crises de nerfs ou au contraire d'être plus vulnérable. Les deux lumières fonctionnaient de la même manière, préférant s'isoler quand un problème leur tombait dessus. Le rouge savait donc quoi faire pour rassurer et s'occuper du bleu.

Même s'ils continuaient constamment à se disputer pour des broutilles, ils se comprenaient mieux que personne. L'arrivée de Kagami était juste la dernière étape pour stabiliser leur groupe.

- Bon, il faudrait peut-être que j'intervienne, remarqua le framboise à ses côtés.

En effet, les deux groupes semblaient ne pas vouloir arrêter de se battre, mais Akashi n'avait pas l'intention d'attendre le lever du soleil pour jouer. Alors il prit la balle et rejoignit le centre du terrain.

- Le prochain qui ose critiquer son équipe, je lui plante des ciseaux dans l'œil, menaça-t-il.

D'un coup, tous les joueurs se turent et s'alignèrent au centre du terrain, des sueurs froides dans le dos.

- Bien, vous pouvez commencer, ponctua-t-il d'un tip-off.

Murasakibara et Aomine sautèrent en même temps mais l'envergure du géant lui permis de récupérer la balle plus tôt. Il fit automatiquement la passe au vert mais Kise le vit venir et intercepta la balle. Il courut au panier mais Murasakibara fut plus rapide et il arriva dans la raquette avant le blond. Il n'eut d'autres choix que de faire discrètement la passe à Aomine derrière lui. Mais la longueur de la défense du violet s'étendait jusqu'au trois points donc il fallait user d'un subterfuge pour marquer. Et ça tombait bien, Aomine avait plus d'un tour dans son sac. Il commença par quelques jeux de jambes qui éliminèrent Midorima, puis il se déplaça jusqu'aux côtés du tigre.

- Ne bouge pas, lui souffla-t-il discrètement.

Il arrêta son dribble pour se mettre en position de tir et, comme prévu, Murasakibara vint pour le contrer. Mais ce n'était qu'une feinte et le numéro 5 fit un pas de côté afin de se retrouver derrière Kagami pour tirer. Murasakibara fut assez rapide pour revenir à lui et arrêter son shoot mais la présence de Kagami ne lui permit pas d'être assez proche de son adversaire.

Le tir d'Aomine rentra en ne touchant que le filet, avec un bruit jouissif. Kise vint lui faire un high-five et ils retournèrent en défense avec les plaintes de Kagami en arrière-plan, vexé de n'avoir été qu'un plot.

Midorima engagea aux côtés de Kuroko, le violet étant resté sous le panier, comme à son habitude. Kagami défendait sur lui, attentif à tous ses mouvements. Il hésita à tirer tout de suite mais il savait que le rouge s'en doutait. Il décida alors de faire une feinte dans laquelle Kagami tomba à pieds joints. Il se rabaissa sous les yeux colériques et surpris du tigre et se releva pour tirer réellement. Mais ce n'était pas si facile. Une main brune vint frapper la balle de toute force avant de se précipiter derrière elle. Contre-attaque de l'équipe adverse.

Mais encore une fois, ce ne fut pas si simple. Murasakibara bloqua le tir pourtant acrobatique de son ex-coéquipier et fit la passe à l'ombre de son équipe. Kise se dépêcha de rejoindre le cyan pour l'empêcher de faire une quelconque passe. Mais le plus petit avait autre chose de prévu, et après un coup d'œil à Murasakibara derrière lui, il se volatilisa pour n'apparaître que quelques mètres plus loin, derrière lui. Kagami apparut face à son coéquipier et même si le cyan avait très envie de shooter lui aussi, il savait que c'était trop risqué de le faire contre quelqu'un qui le connaissait si bien. Il fit alors une passe à Midorima qui tira sans hésiter. Le panier entra.

Tout le match continua avec cette même intensité et Kuroko demanda à être le prochain sur le côté à la fin de celui-ci. L'équipe d'Aomine, Kagami et Kise avait gagné de deux points et ça se voyait à des kilomètres avec leurs sourires rayonnants de mille feux. Les équipes changèrent et cette fois Akashi, Kagami et Murasakibara firent équipe contre Aomine, Midorima et Kise.

Sans grande surprise, les deux lumières passèrent leur temps l'un contre l'autre, conservant le ballon la plus grande partie du match. Kuroko et Momoi les regardèrent jouer comme s'ils étaient en train de vivre le moment le plus magique de leur vie. Se déplaçant en symbiose, oubliant le monde autour d'eux, se poussant dans leurs derniers retranchements. Ils donnaient un spectacle tellement magique que personne ne chercha à intervenir et après que l'équipe d'Akashi eu gagné, ils décidèrent d'abandonner les deux fauves à leur danse folle. Ils y passèrent un temps fou, courant de part et d'autre du terrain, une concentration intense et imperturbable, un sourire coincé sur leurs lèvres, ils étaient à fond.

Ils finirent par s'arrêter et se mettre sur le côté, laissant un dernier match se faire avec la rose. Ils n'étaient plus très sérieux, écrasés par la fatigue, ils ne jouaient plus que pour le fun. Kise finit par se lancer un concours de dunk à lui tout seul, Murasakibara s'amusa à porter la rose pour qu'elle puisse dunker, Midorima encouragea Kuroko à essayer les tirs à trois points et Akashi montra devant des yeux ébahis ses talents de freestyle.

Le réveil de Midorima sonna et ils étaient encore sur le terrain. Il n'imaginait même pas dans quel état ses parents allaient le retrouver. Mais, bizarrement, il ne regretta pas une seule seconde d'être venu. C'était peut-être les matchs les plus amusants qu'il avait fait de sa vie. Il n'avait pas beaucoup gagné mais il n'en avait rien à faire. Ce n'étaient pas les victoires qui comptaient, mais le souvenir de cette soirée. Il glissa un regard vers l'initiateur de cette folie et s'étonna de voir que ce dernier le regardait déjà. Aucun mot ne fut échangé, la lueur dans leurs yeux suffirent à exprimer tout ce qu'ils avaient à dire : « Merci ».


Puis Momoi prit une photo du groupe, ofc ;)

J'aime énormément le ship Aokaga comme vous le savez, mais je prête aussi une affection toute particulière aux liens d'amitié entre membres de la GM. Il y a tellement de choses à relever dans leur manière d'interagir, dans les liens plus ou moins proches qu'ils entretiennent tous. C'est, à mes yeux, une vraie mine d'or et je pense que ça risque d'arriver encore que je fasse une fic juste basée sur un lien d'amitié entre deux personnes, ou même plus, qui sait ?

Sachez que la scène où ils se retrouvent tous pour faire un basket n'était pas prévu dans le plan que je m'étais fait, mais en même temps je me suis dit que c'était quand même le point central de tout l'anime et de toutes leurs relations et que ça aurait été dommage de ne pas sauter sur l'occasion ! C'était la première fois que j'écrivais une scène de match de basket, j'espère que c'était assez fluide ;)

Petite précision pour mes lecteurs de Tes yeux :

Je pense que vous vous en doutez mais je n'ai pas beaucoup (pour ne pas dire pas du tout) avancé dans ma fic pendant que j'écrivais celle-là. Le prochain chapitre risque donc de sortir dans un petit - gros - bout de temps. Je ne peux pas vous donner une date précise parce que j'en ai aucune idée et que me mettre des time-lines ça me réussit vraiment pas TwT Je vais tout de même faire de mon mieux et au pire ça sortira dans deux ans XD (j'espère pas)

Fin de la précision

Merci à tous et à toutes de m'avoir lu, prenez soin de vous et à la prochaine, bises ;D