Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


Ce chapitre fait le plein de personnages secondaires et commence à taper dans les intrigues principales.


Acte 1 - Première partie : La sœur du Khanduras

Chapitre 3 : Tristram

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Les journées suivantes ressemblent à la première. Seul le décor change. Nous quittons la montagne et la forêt pour traverser d'immenses prairies. Nous marchons du lever du jour au début de l'après-midi à un rythme effréné et le reste du temps Moiraine s'occupe de me former. Je ne comprends pas comment je fais pour tenir mais je suis exaltée. De jours en jours, je sens mes sens se développer et j'acquière de nouvelles compétences. Je commence à comprendre le sens profond de la Vision Intérieure alors que Moiraine ouvre mon esprit à de nouvelles expériences sensorielles. Je découvre la signification du lien qui unie deux sœurs lorsque nous fusionnons presque mentalement, harmonisant nos gestes comme si nous n'étions qu'un seul être. Moiraine, elle-même est étonnée que nous nous soyons à ce point compatibles.

- "Kashya devait le savoir." Me dit-elle un jour après une longue séance d'entraînement au combat qui me laisse épuisée. "Sa perspicacité m'agace."

Parallèlement, mes nuits sont de plus en plus agitées. Un rêve angoissant perturbe mon sommeil. Je distingue la haute silhouette de Moiraine émerger d'une brume épaisse, stagnant à quelques dizaines de centimètres du sol. Elle porte son masque de Khasdra qui me fixe de ses orbites vides. D'autres silhouettes indistinctes semblent tituber lentement dans sa direction. J'ignore de quoi il s'agit mais je me réveille toujours le cœur battant et l'estomac noué par l'angoisse.

Je ne comprends pas vraiment pourquoi je fais ce rêve. Moiraine est sévère mais j'ai appris à l'apprécier. Elle me pousse dans mes retranchements mais j'attends chaque nouvelle épreuve avec impatience. Mes doutes sur le bien fondé de mon départ pour cette mission étrange se sont effacés. Apprendre tant en si peu de temps vaut toutes les difficultés que j'éprouve.

La vie au monastère me semble bien fade en comparaison et remonter à un temps lointain. J'aimerai que ça ne se termine jamais. J'ai pris goût à cette vie et je me sens pour la première fois appartenir à quelque chose. Nos professeurs tentent toujours de forcer cet esprit fusionnel entre sœurs mais avec aucune de mes camarades je n'ai jamais ressenti ce que je vis avec Moiraine. J'ai l'impression que nous devenons en quelque sorte plus intimes, bien qu'il y ait toujours cette distance maître-élève. Étrangement ce n'est pas elle qui dresse cette barrière entre nous. Elle essaye plutôt de l'abolir tandis qu'elle cherche à renforcer ce lien particulier qui existe entre les sœurs confirmées. J'ai juste peur de m'ouvrir complètement à elle, car j'ai le sentiment que je ne pourrai pas me contenter d'un lien platonique et que j'y laisserai mon cœur. Je suis trop jeune, trop fragile. Cela m'effraie.

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A l'aube du cinquième jour, elle m'annonce le programme de la journée.

- "Aujourd'hui, pas de marche forcée ni de leçon. Nous arriverons à Tristram en fin de matinée. Voilà les consignes. Lorsque nous serons là bas, tu ne parleras à personne tant que je ne te l'aurai pas dit. Observe. Sers-toi de ce que tu as appris pour récolter des informations. Soit discrète. Les gens sentent lorsqu'ils sont observés. Notre Ordre n'est pas secret à proprement parler mais peu de monde sait ce qu'est une sœur de l'Oeil Aveugle et encore moins ce que sont nos talents particuliers. Nous serons très certainement prises pour des vagabondes, et je ne les détromperai pas. Il faudra t'habituer au regard des autres et éventuellement aux quolibets. Le respect s'acquiert par les actes et beaucoup de patience.
Comprends aussi que beaucoup de choses sinistres se sont produites là bas, dont la mort du roi. Nous arrivons donc dans un contexte tendu. Il est possible que nous devions être confrontées à la mort de manière frontale. Il est nécessaire que tu te prépares psychologiquement à voir ce genre de choses."

Je sens une boule se former dans mon estomac à cette idée, mais Moiraine a raison. Devenir une sœur implique de devoir être capable de faire face à l'horreur.

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Nous empruntons pour la première fois un chemin tracé par l'homme. Les prairies font place progressivement aux champs puis, comme semblant jaillir du sol, nous passons les premières habitations. Bien que nous retrouvions la civilisation, je ne me sens pas à l'aise. La terre ici semble malade. Nous sommes en été, et cette année la nature a été particulièrement clémente. Les cultures devraient être abondantes pourtant nous ne trouvons quasiment que des plantations abandonnées dont les céréales ont pourri sur pieds.

Puis, alors que nous ne sommes plus qu'à quelques kilomètres de la ville, une odeur nauséabonde nous agresse. Moiraine décide de faire le détour. Nous trouvons une ferme isolée dont le pâturage est jonché de cadavres pourrissants de vaches. Je porte la main à ma bouche. J'ai du mal à contenir un haut le cœur.

- "Ces vaches ne sont pas mortes de causes naturelles." déclare Moiraine. Elle désigne des traces sombres qui marquent le sol. "La terre a été corrompue. Les vaches se sont empoisonnées en mangeant l'herbe."
- "Ne peut-on rien faire?" je demande les mâchoires serrées.
- "Non. Seul un paladin pourrait désenvouter l'endroit."
- "Mais qu'est-ce qui peut provoquer ce genre de choses?"
- "Quelque chose d'extrêmement néfaste." Je sens qu'elle reste volontairement vague. Elle soupire. "Ne restons pas là."

Nous reprenons notre route en silence. La dernière remarque de Moiraine tourne en boucle dans mon esprit. Pendant leur missions, les sœurs sont régulièrement amenées à combattent les forces du mal, mais pour moi ça avait toujours été quelque chose d'un peu abstrait. J'avais vu des corps de créatures démoniaques comme les déchus ou les khasdras mais je n'avais jamais été témoin des conséquences d'une malédiction.

Nous arrivons quelques heures plus tard à la lisière de la ville ou plutôt devrai-je dire du village. Il est protégé par une enceinte de pierres et de bois assez sommaire. Je suis étonnée de voir que les portes sont grandes ouvertes et que personne ne les garde.

Non loin de l'entrée, un peu à l'écart du chemin principal, je ressens soudainement une présence forte. Cela semble venir d'une roulotte installée un peu en vrac. Une femme toute vêtue de noir en sort. Pendant une seconde, elle semble étonnée de vous voir, mais très vite son expression change et elle nous adresse un sourire amical. Comme lorsque c'était arrivé lorsque Moiraine avait utilisé ses pouvoirs, je distingue une aura autour d'elle. Cependant la sienne est plus large et tumultueuse. Je ne peux retenir un souffle de surprise. Moiraine me touche la main pour attirer mon attention, puis me murmure:

- "C'est une sorcière. Arrête de la fixer sinon elle va comprendre que tu vois son aura."

Je m'exécute et continue ma progression les yeux rivés sur le sol. Je connais peu de choses sur les sorciers et sorcières sinon qu'ils viennent du continent Est, d'un pays nommé Khéjistan.

Nous finissons par atteindre le cœur de ville. Ce que j'ai sous les yeux est très loin de ce que je m'imaginais. J'ai du mal à comprendre que ce soit ici que le roi du Khanduras a choisi d'implanter sa cour. Tristram est un village morne qui semble aussi malade que les terres qui l'entourent, sinon plus. Les rares villageois que nous croisons nous regardent bizarrement. Moiraine m'avait prévenue mais je suis assez mal à l'aise.

Il ne nous faut que quelques minutes de marche pour atteindre la place principale qui n'est agrémentée que d'une simple fontaine en pierre. Un vieil homme rabougri en robe grise, assortie au granit, est assis sur le rebord le nez plongé dans un épais livre. Moiraine se dirige sans hésiter vers la seule auberge : l'auberge du Soleil Levant. Voilà un nom qui ne semble pas du tout convenir à cet établissement sombre et délabré.

Un type efflanqué est adossé à la porte. Il crache une chique noire dans un baquet à ses pieds lorsque ma sœur se présente à lui.

- "Bonjour mon brave, vous reste-t-il des chambres de libre?"
- "Plein." répond-il avec le sourire, ce qui dévoile sa dentition gâtée. "Les clients ont fui après la tuerie. Mais puis-je demander ce que deux jeunes femmes viennent faire ici?" Il me toise. Je n'aime pas du tout la lueur qui brille au fond de ses yeux tombants.
- "Nos affaires ne regardent que nous. Si vous refusez l'or, je vais certainement trouver une maison plus aimable qui saura accueillir des étrangères avec un peu plus de manières." Moiraine fait un pas en arrière.
- "Appelle Odgen!" crie une grosse voix un peu plus loin dans notre dos. Puis voyant qu'il a attiré notre attention, l'individu reprend la parole avec un accent si fort que je pourrai y accrocher ma cape. "C'pas des bandits. T'as pas vu l'arc d'la dame."

C'est un homme massif à la barbe aussi fournie que son crâne est dégarni. Il s'approche de nous. Il porte un tablier de cuir et des gants de protection. Dans ses mains joue un marteau de forgeron qui ne laisse aucun doute sur sa profession.

Le type qui gardait l'entrée ouvre la porte et crie le nom de l'aubergiste avec autant de délicatesse qu'un clairon puis il s'éloigne de l'établissement non sans avoir craché un dernier glaviot dans le baquet.

- "Bonjour, j'm'appelle Griswold. C'est d'la belle ouvrage qu'vous avez là." déclare le forgeron. Malgré son air bourru, celui-là me parait plus sympathique. Moiraine hoche la tête. "J'ai rarement vu d'travail aussi fin. J'pourrai mett'e ma main à couper qu'il est enchanté."
- "Ne faites pas ce genre de pari avec moi, l'ami, ou vous allez finir manchot."

Griswold éclate de rire, en se claquant bruyamment la cuisse du plat de la main. Presque au même moment, le propriétaire de la taverne nous rejoint. C'est un homme d'une trentaine d'années au regard un peu triste. Il s'essuie les mains nerveusement dans un grand torchon à carreaux.

- "Pardonnez-moi mesdames. Nous avons pas mal de viande saoule depuis les derniers évènements. J'espère que ce type ne vous a pas causé trop de soucis."
- "Aucun. Avez-vous des chambres de libre?" réitère Moiraine.
- "Oh oui… plus qu'il n'en faut. Plus personne ne vient visiter Tristram depuis la mort de notre bon roi et les incidents…"
- "Combien de nuits avec ça?" le coupe Moiraine, produisant deux écu d'or.
- "Autant que vous le désirez, madame." répond Odgen dont le regard ne quitte plus les pièces brillantes.
- "Très bien, alors conduisez-nous à notre chambre." elle lui donne l'argent. L'aubergiste s'en empare avidement et ouvre la porte.
- "Quoiqu'vous ayez à faire en ville, mesdames, si vous avez besoin d'faire réviser vos armes ou d'faire le plein de flèches, vous savez à qui demander." dit Griswold en montrant sa forge de l'autre côté de la place.

Alors que je contemple l'atelier en question - qui semble d'ailleurs bien plus rustique que la forge du monastère - je sens que quelqu'un nous observe. Je jette un coup d'œil rapide alentours. Il me semble qu'il s'agit du vieil homme près de la fontaine. Ses sourcils broussailleux dépassent à peine de son énorme livre, mais je sens son regard posé sur nous.

Moiraine pose une main sur mon épaule et nous entrons dans l'établissement.

Les clients sont à l'image de l'extérieur : morne et délabré, pourtant la décoration est soignée et l'établissement bien plus propre qu'il n'y paraissait. Odgen trottine vers une femme plantureuse au comptoir. Elle lève rapidement les yeux lorsque l'homme lui confie les pièces d'or. Elle disparaît aussitôt dans l'arrière boutique pour en revenir avec une clé. Le propriétaire de l'établissement revient vers nous.

- "Suivez-moi."dit-il en empruntant l'escalier du fond. Il nous mène à l'étage qui débouche sur plusieurs couloirs. "Voilà votre chambre. La salle de toilette et les latrines se trouvent sur le palier au fond. Je ne pense pas que vous serez dérangées. J'espère que vous apprécierez votre séjour à Tristram."

Moiraine me fait signe de prendre la clé et elle remercie poliment le propriétaire. La chambre est aussi rustique que le reste de l'établissement mais elle est confortable. Je me dois de constater que la literie est bien meilleure que celle des dortoirs du monastère.

Moiraine referme la porte. Elle attend quelques instants avant de me faire signe qu'il est sans danger de parler à présent.

- "Bon les choses se présentent assez mal." Dit-elle. "Quelque chose empoisonne la ville, tout comme les bêtes que nous avons vues tantôt."
- "Vous pensez que quelqu'un a lancé une malédiction sur la ville?"
- "J'ai peur que ce soit pire que ça. Pour en avoir le cœur net, il va nous falloir enquêter. Les gens seront certainement sur la défensive. Nous ne pourrons pas nous déplacer et agir comme nous le souhaitons. Nos actions pourraient facilement être interprétées comme des actes malveillants. Odgen et Griswold m'ont l'air d'honnêtes personnes, mais je pense qu'il faut rester vigilants pour les autres. Il y avait des regards dissimulés. On nous observait."
- "Ne pouvons-nous pas nous annoncer auprès de quelconques autorités pour avoir le champ libre?" je demande timidement. Moiraine sourit.
- "Tu ne sais vraiment pas ce qui s'est passé ici, n'est-ce pas?" je rougis. "L'autorité est morte avec le roi Léoric. Il a été tué par quelques hommes de sa propre armée après le fiasco de la guerre contre l'Ouestmarche."
- "C'est un coup d'état?"
- "Non, c'est une révolte et une désertion. Le fils cadet est porté disparu, par conséquent, Tristram attend le retour du front du fils aîné. Pendant ce temps, personne ne dirige le pays et aucune force armée ne fait la loi ici."
- "Vous semblez déjà savoir ce qu'il faut savoir sur la mort du roi, pourquoi enquêtons-nous?"
- "Akara pense que la mort du roi est un événement plus complexe qu'un simple soulèvement d'armées épuisées par des mois d'une guerre inutile. Il y a également cette histoire de massacres qu'il nous faut éclaircir."

Moiraine se rapproche de la fenêtre et tire très légèrement le rideau.

- "Nous allons devoir interroger les habitants, à commencer par ce vieil homme près de la fontaine."
- "Il nous surveillait tout à l'heure."
- "Tout à fait." Elle lâche le rideau et se tourne vers moi en souriant. "Je peux t'assurer qu'il est bien plus qu'il n'y paraît. Il aura très certainement des choses intéressantes à nous dire. As-tu vu le symbole sur le livre?" je secoue la tête. "C'est la marque des Horadrims."

Le nom m'est familier, mais il ne m'évoque que d'anciennes légendes. Les Horadrims seraient les gardiens de Sanctuaire, formés par l'Ange Tyraël à combattre les démons primordiaux dans le cas où ces derniers seraient tentés de fouler notre sol.

- "Vous pensez qu'il en est un?"
- "Je n'en sais rien, mais il en détient peut être le savoir."
- "Je pensais qu'il s'agissait d'une légende."
- "Les Horadrims sont peut être de l'histoire ancienne mais ils ne sont pas une légende. Il te reste beaucoup de choses à apprendre, ma sœur."


Vous l'aurez compris, je poste deux chapitres par semaine. Un le mercredi, et un le dimanche.
Je vous dis donc à mercredi pour la suite. Cœurs sur vous.