Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Aujourd'hui, chapitre histoire. On en apprend un peu plus sur les évènements qui ont secoué Tristram.
"Stay a while and listen" ;p
Acte 1 - Première partie : La sœur du Khanduras
Chapitre 4 : Cain le conteur
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Nous quittons la chambre. Moiraine me demande à nouveau de garder ma langue dans poche pour notre sortie, m'expliquant qu'elle cherche à savoir d'abord si des personnes mal intentionnées se cachent en ville. Même si je connais peu des secrets de notre Ordre, certaines informations même mineures pourraient devenir des armes puissantes contre la sororité si elles tombaient entre de mauvaises mains.
- "Donne-moi ton arc." m'ordonne Moiraine une fois dehors.
Je lui tends, un peu à contre-coeur. Même s'il ne s'agit que d'un arc d'apprentis, j'y tiens énormément. Je devine qu'elle a un plan concernant le forgeron mais elle ne m'en informe pas. C'est l'une des caractéristiques de l'enseignement de Moiraine. Elle ne prévient jamais et n'explique rien avant que les choses se soient déroulées. C'est à moi d'être alerte et attentive.
Elle me fait signe de la suivre. Nous traversons la place et nous rendons, comme je l'avais deviné, à la forge de Griswold. Ce dernier nous accueille avec un large sourire.
- "Vous voilà d'jà de retour, m'dames." Moiraine lui donne l'arc.
- "Il manque d'équilibre. Vous pensez être capable de rectifier le tir?"
Griswold le soupèse et le teste. Je remarque que ses gestes sont ceux d'un expert. Mes premières appréhensions, quant à laisser mon arme entre les mains d'un inconnu se dissipent. Après son inspection, il le pose sur le comptoir.
- "C't'un arc très honnête pour cette qualité. L'bois est plutôt ordinaire mais la courbure a été adaptée. L'équilibre est presque parfait. Je suis impressionné. L'gars qui l'a confectionné a du savoir faire."
- "La femme." corrige Moiraine avec le sourire. "Je lui transmettrai vos louanges."
- "Vous v'nez du monastère, non?" demande-t-il en soulevant un sourcil interrogateur. Je suis étonnée qu'il connaisse notre existence.
- "D'autres sœurs sont venues?" enchaîne Moiraine sans perdre un instant.
- "Non, pas récemment." Il croise les bras. "Par contre, nos déboires ont attiré plusieurs mages Vizjerei. Ent'e nous, j'préfère voir des sœurs qu'ces types louches adeptes des arcanes..."
- "Où sont-il?" demande-t-elle au sujet des mages.
- "Disparus dans l'Labyrinthe, comme plusieurs d'ent'e nous." Griswold a l'air soudain bien grave.
- "Quel Labyrinthe?"
- "Sous la cathédrale, y'a des catacombes, et des ruines, et des tunnels." il se frotte énergiquement le visage. "Dites-moi est-ce qu'c'est la grand' prêtresse qui vous envoie?" Moiraine hoche la tête. Griswold se rapproche et baisse d'un ton. "Écoutez, chuis pas du genre à demander d'l'aide aux sœurs, mais là d'sous c'est l'enfer."
- "Vous y étiez?"
- "Griswold est l'un des rares survivants du massacre." déclare une voix âgée dans notre dos.
J'essaye tant bien que mal de cacher mon sursaut. Nous nous retournons d'un bloc. Le vieillard de la fontaine nous a rejoint sans se faire remarquer. Son livre épais est rangé dans une large sacoche qui pend à son côté.
- "Veuillez m'excuser. Je ne voulais pas vous effrayer." Je sens qu'il dit ça pour moi. Je suis un peu vexée. "Mon nom est Deckard Cain."
- "Sont des sœurs." dit le forgeron à l'ancien sur un ton emprunt d'une certaine urgence.
- "Je sais mon brave. Ne t'en fais pas, je leur dirai tout." Griswold acquiesce en silence. "Occupe-toi de l'arc de la jeune fille, veux-tu?"
- "Bien entendu."
Cain nous fait signe de le suivre. Il avance étonnamment vite pour quelqu'un de son âge. Peut-être est-il moins âgé qu'il n'y parait. Sa maison est un peu plus loin, dans une rue adjacente. Elle est simple d'aspect extérieur, mais l'intérieur ressemble plus à une librairie qu'à un domicile. De nombreuses étagères dégueulant de livres et de parchemins recouvrent les murs.
Alors que nous entrons, je suis témoin du premier geste de déférence de Moiraine depuis le début de notre voyage. Elle se sépare de son arc et de son carquois et les pose contre un mur. C'est une marque de confiance incroyable pour une sœur de son rang. Cet homme doit être important pour qu'elle agisse de la sorte. Cain semble avoir compris le geste et s'incline autant que ses vieilles vertèbres lui permettent. Il nous invite à prendre place à sa table et prend la parole presque immédiatement. Sa voix porte la marque de l'âge mais il s'exprime avec clarté.
- "Je devine que vous êtes en quête de réponses. Je suis navré d'avoir interrompu votre conversation avec Griswold mais le pauvre homme est désespéré. Il ne fait pas attention à ce qu'il dit et Lazare a des oreilles partout."
- "Lazare n'était-il pas le conseiller du roi?" demande Moiraine.
- "Si fait. Et notre archevêque également. La population avait confiance en lui." soupire le vieillard.
- "Que s'est-il passé?"
Le poids des ans semble se faire sentir à nouveau alors qu'il s'adosse à son siège.
- "Vous n'êtes pas sans savoir que le roi a déclaré la guerre contre l'Ouestmarche." Moiraine acquiesce. "Il y a plusieurs mois, il a envoyé au front ses deux commandants les plus vaillants. Le capitaine Lachdanan, et… son propre fils, le prince Aidan. L'Ouestmarche a prouvé très rapidement être un adversaire au dessus des moyens du Khanduras mais Léoric s'est entêté, jusqu'à pousser ses hommes à la mutinerie. Et je parle d'hommes comme Lachdanan, qui lui était fidèle jusqu'au bout des ongles. Ce dernier a déserté avec une poignée de ses soldats et est rentré en catastrophe à Tristram." Cain marqua une courte pause. "Les renégats ont alors pourchassé le roi jusque dans la cathédrale où Lachdanan l'aurait tué."
- "Aurait?" souligne Moiraine.
- "Ce sont les mots de Lazare. A la vérité, il n'y a eu aucun témoin de l'acte et les accusés se sont mystérieusement volatilisés. Lorsque nous sommes venus constater les faits, le roi avait bel et bien été tué d'un coup d'épée en plein cœur et des traces de lutte étaient visibles mais aucune autre personne n'étaient présentes. On ne peut sortir de la crypte qu'en passant par la cathédrale elle-même. Or personne à part Lazare n'en est ressorti."
- "Vous pensez qu'il ait pu commettre le crime lui-même?" Cain secoue lentement la tête.
- "Non. Le roi Léoric n'était peut être plus de première jeunesse, mais il était un homme robuste et un fier combattant. Lazare n'aurait pas pu le soumettre seul."
- "Vous êtes convaincu qu'il s'agit bien de Lachdanan?"
- "Je le pense oui. Cependant, j'ignore ce qui a pu renverser le cœur d'un homme aussi brave et loyal."
- "Qu'en est-il du prince Aidan?"
- "Aux dernières nouvelles, mais c'était il y a plusieurs semaines, à l'annonce de la mort de son père, le prince a pris sur lui de conclure une trêve avec l'Ouestmarche. Je pense qu'il comptait sur Lazare et son jeune frère Aldrech pour prendre la relève en attendant son retour."
Je vois l'expression du vieil homme s'assombrir avant de reprendre son histoire. Sous l'impulsion de Moiraine, il nous relate les évènements qui ont précédé les signes avant coureurs du malheur: l'apparition des déchus autour du village, et les bruits étranges venants des profondeurs de la cathédrale, il y a de cela plusieurs années.
- "Cela a commencé bien avant l'arrivée du roi Léoric. Mais cela n'a cessé d'empirer depuis."
- "Le massacre?" le vieil homme hoche tristement la tête.
- "Peu de temps après que le roi a déclaré la guerre à l'Ouestmarche, plusieurs enfants du village ont été portés disparus, dont le jeune Aldrech… Il y a eu une battue organisée par les villageois mais seul le jeune Wirt fut retrouvé… mutilé." Cain passa une main tremblante sur son visage. "Léoric perdit la raison à l'idée que son Aldrech ait pu subir les même sévices que Wirt. Fou de rage et de douleur, il a jeté son dévolu sur les hommes qui avait participé à la battue. La garde royale, commandée ce jour là par Lazare, a rassemblé les hommes. Il en a fait tuer plusieurs sur la place du village, pour l'exemple, et emmené les autres dans la cathédrale. Seuls deux d'entre eux nous sont revenus en vie. Ce brave Griswold et son meilleur ami. Notre brave forgeron était gravement blessé et heureusement pour lui inconscient. C'est son ami qui l'a tiré hors des catacombes où ils avaient été emmenés. Le pauvre homme en a perdu la raison. Des rares bribes que nous avons pu comprendre de son récit, nous avons conclu que les hommes du village avaient été piégés dans un réseau de galeries complexes sous la crypte et livrés à un démon féroce, bien plus grand et bien plus fort que les déchus que nous avions l'habitude de chasser. C'est ce que nous avons appelé le Labyrinthe."
- "Vous ignoriez l'existence de ces galeries?"
- "Hélas oui. Notre cathédrale a été construite il y a fort longtemps par le Zhakarum, l'église de la Lumière, sur d'anciennes ruines Horadrims qui forment aujourd'hui la crypte. La crypte a été excavée à l'époque où je n'étais qu'un apprenti. J'ai averti qui de droit qu'il fallait explorer plus avant ces ruines avant d'être certains d'y faire quelconque modifications. Les constructions Horadrims sont plutôt rares mais elles indiquent souvent un danger. Hélas le savoir pour déchiffrer les codes anciens est presque perdu. Moi-même n'en ai qu'une portion. Je n'ai pas pu trouver les preuves d'un danger quelconque avant que les fouilles ne commencent. Mais même si ça avait été le cas, croyez bien que l'idée de pouvoir déterrer de puissantes reliques Horadrims étaient plus alléchante que de laisser dormir ces secrets. Finalement, moi-même, je dois avouer que j'ai profité de ces fouilles. Plusieurs livres anciens ont été ramenés des profondeurs. Autant dire une mine de connaissances. Encore aujourd'hui je les étudie." je sens une légère trépidation dans sa voix. Il semble fier d'insinuer qu'il appartient à cette ancienne caste. "Mais avec le recul, j'aurai préféré qu'on laisse ces ruines dormantes. Le savoir des Horadrims nécessitent une certaine clairvoyance pour être interprétés correctement." je vois la lueur dans ses yeux alors qu'il regarde Moiraine.
- "Et Lazare?" demande cette dernière, ignorant l'allusion à peine dissimulée au don de Vision Intérieure.
- "Après les évènements, il a disparu dans le Labyrinthe… Plus personne n'ose s'approcher de la cathédrale depuis des semaines." Je tique. Je pensais que le régicide et les massacres étaient des événements récents. "Les bruits sous la terre ont redoublés. Le soir, on s'enferme à double tours en espérant ne pas être la nouvelle victime de ce qui vit sous notre sol sacré. Je crains qu'il s'y passe des choses encore plus graves, mais je n'ai plus l'âge d'aller explorer."
Moiraine est concentrée. Son expression est grave. Pour ma part, je sens monter une angoisse sourde au fond de mes entrailles.
- "Griswold a parlé de mages Vizjerei." poursuit-elle. "Que sont-ils devenus?"
- "Tous ont disparu dans le Labyrinthe." Cain sourit tristement.
- "Mon devoir de sœur me dicte d'intervenir. Nous sommes élevées dans les armes pour combattre le mal. En cela nous suivons la même voie que les anciens Horadrims, cependant croyez bien que nous convoitons également ces reliques du passé." Le vieil homme pince les lèvres. "Mais je place ma priorité dans la protection de la population. Je vous propose ceci. Nous partirons au matin explorer la cathédrale et descendrons dans le Labyrinthe. Nous chercherons l'origine du mal et la détruirons si nous le pouvons. Ce que nous trouverons dans le Labyrinthe, nous le partagerons avec vous afin que le savoir des anciens Horadrims nous guide."
Cain secoue lentement la tête. Il a l'air attristé.
- "Les Vizjereis aussi ont eu cette arrogance." déclare-t-il. Je sens vivement le camouflet. Je coule un regard vers Moiraine. Elle reste impassible. "Si vous souhaitez combattre le mal soit, mais ne tentez pas de réveiller les secrets endormis des Horadrims. Qui sait quels terribles malheurs pourraient nous assaillir encore."
- "Sans le savoir des Horadrims, il me semble déjà difficile de comprendre ce qui est en train de se passer. Et si vous ne désirez pas que nous touchions aux anciennes reliques alors n'appelez pas l'aide de la Vision Intérieure de la sorte. Vous pourriez me faire regretter de vous avoir montré autant de respect."
Sur ces paroles, Moiraine se lève. Je l'imite sans dire un mot. Je remarque, pour la première fois depuis que nous sommes entrées, l'aura laiteuse qui l'entoure. Elle prend son arc et quitte la maison du vieux conteur sans même se retourner. Elle me laisse la tâche ingrate de refermer la porte. Je ne peux m'empêcher de regarder en arrière. Deckard Cain est penché sur sa table, l'air las.
- "Ne prends pas ce vieil homme en pitié." me dit-elle alors que je la rejoins. "Ne le considère pas non plus comme notre ennemi. Il est terrifié mais il le cache. Je devais le bousculer pour qu'il sorte de cette torpeur qui gagne son cœur. Cette ville entière est sous le joug d'une terreur latente. Par ailleurs, ne la laisse pas t'envahir à ton tour."
Je déglutis.
J'aime moyennement ce chapitre mais il est nécessaire car informatif. Comme dans le jeu, Cain est la source principale de lore, du moins pendant un certain temps dans mon récit.
