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Acte 1 - Deuxième partie : Tristram
Chapitre 2 : Le roi Léoric
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La première chose qui me frappe lorsque nous descendons dans la crypte est l'odeur atroce de putréfaction qui y règne. Il fait froid et humide. Moiraine et moi déployons simultanément notre Vision Intérieure. L'écho de nos esprits répondant à l'unisson me donne des frissons. Aussitôt les ombres s'éloignent alors que nous percevons mieux notre environnement.
Les murs semblent antiques. La différence d'architecture avec la cathédrale au-dessus est flagrante. La structure est soutenue par de larges colonnes de pierre rustiques se terminant par un plafond en ogive. Des sortes de pièces sont délimitées par de larges grilles de fer, sans doute installées a posteriori. Des portails grillagés permettent de passer de l'une à l'autre.
L'appellation de Labyrinthe me paraît soudainement particulièrement pertinente alors que je distingue vaguement le chemin à emprunter. Moiraine passe devant.
Nos pas résonnent sur le pavé humide et les portes grincent d'une manière sinistre lorsque nous les manipulons. L'atmosphère oppressante nous pousse naturellement au mutisme alors que nous avançons anxieux, sans vraiment savoir où nous allons. Après quelques pièces seulement les traces de lutte apparaissent. Des traînées de sangs entachent la pierre grise. Certaines d'entre elles convergent vers une sorte de couloir.
Jarzeth prend son bâton à deux mains.
- "Je sens une puissante magie." Murmure-t-il. Moiraine acquiesce et s'équipe de son arc.
- "J'entends quelque chose qui vient du couloir." Je leur indique alors qu'un lointain cliquetis me parvient.
Le mage génère une petite boule de lumière qu'il dirige lentement dans le couloir. A peine atteint d'elle l'autre côté, qu'un cri guttural se fait entendre. Dans un raclement de métal surgit alors une haute silhouette équipée d'une armure imposante et d'une épée massive. Je réalise avec effroi qu'il s'agit d'un homme dans un état avancé de décomposition.
- "La chaleur de la vie est entrée dans ma tombe. Préparez-vous à mourir et à servir mon Maître pour l'éternité!" Hurle la créature qui nous charge.
Jarzeth et Moiraine ont le réflexe d'attaquer tandis que je suis paralysée par la peur. Deux énormes boules de feu fondent sur notre adversaire qui s'embrase mais ne semble pas ralenti dans sa course.
- "Reculez!" Crie soudainement Jarzeth.
Le cœur battant, je recule de plusieurs pas et me plaque contre le mur derrière moi. Moiraine s'écarte également. Le mage joint ses mains devant lui et son aura se déploie autour de lui comme un immense halo doré alors qu'il incante son sort. Une colonne de flammes de la largeur du couloir jaillit de ses mains et engloutit le monstre. L'odeur dégagée est ignoble et le rugissement de douleur que pousse le mort vivant me glace le sang.
Au milieu des flammes, je le vois mettre un genou à terre. Lorsque le feu se tarit, la créature se relève. Son armure est noircie au niveau de l'impact principal. Le reste du métal est rougeoyant d'avoir été chauffé à blanc. Ce qui reste de tissus et de chair sur le monstre a pris feu. Le mort vivant relève la tête et la tourne dans notre direction. Ses orbites vides nimbées de flammes nous regardent férocement. C'est alors que je remarque la couronne qui ceint son crâne.
- "C'est le roi." Je m'exclame.
Prenant appui sur sa lourde épée, il se relève lentement.
- "Que mon tombeau soit le vôtre!" Gronde-t-il avant de marteler le mur du couloir de son poing gantelé.
J'entends de sinistres bruits se réverbérer dans la pièce. Sans même me retourner, je sais que des squelettes, semblables à ceux que nous avions vu dans la cathédrale, sont en train de se former et je n'ai aucune difficulté à déterminer qu'ils sont bien plus nombreux. Malgré l'angoisse, j'ai un éclair de lucidité. Empoignant mon arc à deux mains, je pivote vers l'arrière, utilisant le bois pour frapper de toutes mes forces. J'éclate d'un seul coup le crâne de celui qui s'était formé dans mon dos. Il s'écroule d'un bloc comme si les ficelles invisibles qui le tenaient debout venaient d'être coupées.
- "Visez la tête!" Je crie sans aucune retenue.
Moiraine me sourit et acquiesce. L'espace d'une seconde, je me sens comme flotter sur un nuage. Je lui ai prouvé qu'elle pouvait compter sur moi. Je la vois encocher une flèche et viser le roi Léoric. Le trait se charge de magie et explose à l'impact. Malheureusement, l'armure est bien plus résistante que prévu et l'explosion ne laisse qu'une marque noire supplémentaire sur le métal.
- "Jarzeth, nos arrières!" S'exclame Moiraine alors qu'elle charge une nouvelle flèche. "Annor, avec moi! Vise les articulations et laisse moi faire le reste."
J'échange ma place avec le mage dans un mouvement qui semble presque chorégraphié. Du coin de l'œil, je le vois s'armer de son bâton et entamer une danse mortelle avec les squelettes qui tentent de nous déborder. J'encoche la flèche à mon tour et vise sa hanche droite qui est légèrement découverte par le bas de l'armure qui est mal fixée.
Le roi décati anticipe notre attaque et se repositionne afin de pouvoir parer nos flèches, plaçant notamment ses bras comme bouclier. Me rappelant l'enseignement de Moiraine, je conserve ma visée initiale. Nous tirons nos traits simultanément. Ma flèche et celle de Moiraine se nimbe d'un halo blanc laiteux et traversent le métal de l'armure comme s'il n'avait aucune réalité physique. Léoric pousse un cri de douleur et met de nouveau un genou à terre. Cette fois-ci, il ne se relève pas. Il laisse retomber ses bras le long de son corps, sa main droite refusant toutefois de lâcher son arme. Son mouvement dévoile les dommages que nos flèches fantômes ont provoqués. La mienne s'est plantée à l'endroit prévu entre deux plis d'armure, désaxant sa hanche, et celle de Moiraine s'est fichée profondément dans le plastron au niveau du cœur. Le halo blanc qui recouvre les projectiles se diffuse autour de l'impact tel un réseau de racines luminescents sur le métal encore rougeoyant.
Léoric reprend la parole d'une voix grondante qui se réverbère sur la pierre du caveau.
- "Ils m'ont pris mon fils... Ils m'ont dérobé mon trésor le plus précieux! Que Tristram pourrisse en enfer tout comme ces chiens qui m'avaient juré loyauté! Quant à vous…"
- "Annor, tue-le !" crie Moiraine avant que le mort-vivant ne termine sa phrase.
La seconde suivante, la flèche quitte mon arc, tout comme celle de ma sœur. Nos traits rejoignent dans un bouquet mortel la flèche déjà plantée dans le cœur du roi. L'armure se fissure en suivant les lignes luminescentes qui recouvraient le métal. La malédiction que Léoric s'apprêtait à formuler meurt dans sa gorge tandis qu'il s'immobilise. Pendant quelques secondes, il semble nous fixer de ses orbites encore fumantes puis sa tête retombe sur sa poitrine comme s'il contemplait la blessure qui l'avait achevée. Presque avec lenteur, la couronne qui ceignait son crâne glisse et tombe dans un fracas retentissant sur le dallage. Au même moment, les squelettes cessent de nous attaquer, puis ils s'effondrent simultanément en un tas d'ossements autour de Jarzeth.
Le mage se retourne vers nous, le dos légèrement voûté. Il respire fort. Je croise son regard ambré. Il incline la tête avec respect. Je fais de même. Le Vizjerei est décidément un combattant redoutable. Lorsque je vois la masse d'ossements à ses pieds, j'ai du mal à imaginer qu'un homme seul ait pu tenir tête à une armée de ces créatures. Je le vois prendre appui sur son bâton.
- "Êtes-vous blessé?" Je m'inquiète alors.
- "Je n'ai pas pu dévier tous les coups." dit-il en indiquant une zone plus sombre sur sa tunique. Je devine sans peine qu'il s'agit de sang.
Moiraine le rejoint prestement. Elle me confie son arc lorsqu'elle passe en coup de vent devant moi. Je tremble un peu lorsque je réalise que je tiens dans mes mains le légendaire: Aile de Corbeau. Il est bien plus long et lourd que le mien. Son bois sombre est caché sous d'épaisses couches de plumes qui se déploient comme deux ailes noires de chaque côté de l'encoche. La structure est renforcée d'argent sculpté symbolisant un crâne d'oiseau et forme en trompe l'œil comme un regard de chouette. Je replie les doigts autour de la corde. Une sensation étrange remonte le long de mon bras, comme si l'arc entrait en résonance avec mon corps éthéré. C'est la première fois que j'ai entre les mains un objet enchanté, ne sais pas comment décrire autrement cette sensation. L'effet de surprise passé, la curiosité l'emporte. Je teste discrètement la résistance de la corde. Je retiens une exclamation d'étonnement lorsque je me rends compte de la force qu'il faut pour ne serait-ce que la mouvoir d'un pouce. Je tourne la tête en direction de cette vision horrible que représente le roi déchu qui bloque maintenant l'accès au tombeau. Les flèches de ma sœur ont pénétré le métal comme s'il s'agissait d'un simple cuir. Comment Moiraine peut-elle bander un tel arc?
Alors que je m'interroge sur ma sœur, je sens comme une présence. Je scrute l'obscurité. La crypte est profonde et la lumière de Jarzeth n'éclaire qu'une faible portion de l'endroit. Toutefois, il me semble distinguer une forme humaine dissimulée derrière un pilier.
- "Nous allons devoir retourner en ville." Je sursaute quand Moiraine m'adresse la parole. Elle me reprend son arc et le fixe dans son dos. "La blessure de Jarzeth est mauvaise. Il a besoin de soins. Et nous devons prévenir Cain de la magie obscure qui opère en ce lieu." Elle sort le parchemin découvert plus tôt de sa besace.
- "Attendez!" s'exclame le mage. "Essayez de visualiser l'intérieur de la cathédrale lorsque vous l'utiliserez. Le portail ne se refermera qu'à notre retour. Nous ignorons ce qui reste encore dans la crypte. Nous devons éviter de créer une porte qui pourrait laisser passer d'autres créatures directement en ville... Je pourrai marcher."
- "Je crois qu'il y a quelqu'un au fond de la crypte." Dis-je à voix basse pour confirmer les dires du mage.
- "Je l'ai vu aussi." Confirme ce dernier. "Je pense que c'est un maudit. Pour celui-là, n'ayez crainte, il ne pourra pas sortir."
Moiraine acquiesce et ouvre le parchemin. Elle lit à haute voix les mots inscrits. Pour moi ce ne sont que des syllabes privées de sens mais bientôt je vois se former dans l'air une porte ovale vaporeuse légèrement bleuté. Le parchemin tombe en poussière entre ses doigts.
- "Aide Jazreth." M'ordonne-t-elle alors qu'elle s'époussette les mains.
Je propose mon soutien au mage qui l'accepte volontiers. Il passe un bras autour de mes épaules et transfère une partie de son poids sur moi puis il se sert de son bâton comme d'une béquille pour soulager son flanc blessé. Nous empruntons le portail ensemble. La sensation est étrange. J'ai l'impression de passer sous une fine cascade d'eau fraîche, puis la sensation s'évanouit aussitôt.
L'instant suivant, nous nous trouvons au milieu de la cathédrale, tout près de l'autel. Le soleil illumine l'édifice d'une myriade de couleurs projetées par les vitraux. Si je n'avais pas vécu l'horreur précédente, j'aurai pu trouver à l'endroit une certaine sérénité. Mais sur le moment, la souillure du mal qui ronge ce sol sacré enlaidit sa majesté. Moiraine ne tarde pas à nous rejoindre. Je vois alors qu'elle tient, partiellement protégé par un tissu, la couronne du roi. Je m'apprête à protester.
- "L'objet a été maudit. Je pense que c'est comme ça que le roi a été ramené d'entre les morts. Je dois la ramener à Cain, je pense qu'il saura la désenvouter et peut-être déterminer la source de la magie qu'elle abrite. Rentrez au village par la route et allez voir Grizwold, il saura vous conduire au guérisseur du village. Je vous retrouverai plus tard."
Sans même attendre de confirmation, Moiraine s'élance hors de la cathédrale à grande foulée. Jarzeth me regarde du coin de l'œil.
- "Votre sœur ne manque pas de personnalité." Dit-il avec un petit sourire.
Je vois dans son regard peut-être un peu plus que de l'admiration. J'initie la marche pour l'inviter à se taire. Il persiste cependant à parler. Je reste silencieuse. Je me souviens bien de la consigne que Moiraine m'avait donnée. Même si je respecte maintenant le Vizjerei pour le combattant redoutable qu'il est, le fait qu'il engage soudainement la conversation avec moi me questionne. Je reste attentive.
- "Je n'avais jamais eu à combattre aux côtés de sœurs jusqu'à aujourd'hui, ni pris d'ordre d'une femme avant cela. Les clans de mages hommes et femmes se mélangent rarement. Nous sommes trop différents."
Je ne peux m'empêcher de hausser un sourcil.
- "Ne le prenez pas mal ma remarque. Je souligne juste que vous êtes une agréable surprise. Sachez que je vous considère déjà comme toutes les deux comme de grandes guerrières et que ce sera un honneur de poursuivre l'investigation à vos côtés lorsque je serai rétabli."
- "L'honneur est partagé." J'ose répondre.
C'était le premier vrai combat de cette histoire. Je commence doucement. J'espère qu'il vous aura plu.
A bientôt.
