Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


Je pose ici quelques réponses (raccourcies) que j'ai faites à Ellanna suite à sa review. Ca peut intéresser d'autres personnes.

Annor reste attachée à Moiraine. C'est quelque chose d'autre que l'amour, mais c'est comme ça qu'elle l'interprête dans le feu des hormones :). Elle fantasme sur elle (le rêve récurrent n'est pas de son fait je me dois de préciser) et elle l'admire, ça c'est certain. Pourtant le lien est différent et il est réciproque, mais ça se manifeste très différemment pour Moiraine. Vous prendrez conscience qu'elle tient plus à Annor que ce qu'il semble au premier abord. C'est juste plus "subtile" mais ça apparaîtra avec le temps. Je ne peux hélas pas dire ce que c'est sans spoiler quelque chose qui viendra bien plus tard. Désolée.

Pour Aidan, je n'ai pas trop développé la relation avec le peuple. Il va y avoir quelques interactions et quelques points de vues, mais pas plus que cela. Il se comporte comme un commandant d'armée et non comme un souverrain cependant.

Et Jarzeth n'est pas mis au rebut, loin de là :). Il réapparaît pour ce chapitre, mais dans les deux prochains, il est central.

Bonne lecture !


Acte 1 - Troisième partie : Ce qui se cache dans le noir

Chapitre 4 : Anticipation

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En début d'après-midi, nous rejoignons comme prévu Jarzeth chez Cain. Pipin est déjà sur place. Je suis d'abord étonnée de voir le Vizjerei dans une autre tenue que celle de la veille. Elle reste de coupe identique mais le matériau de base, d'un vert profond, semble plus précieux encore que celui de sa tunique précédente. Je me demande alors quelle est la richesse réelle de notre compagnon d'armes.

- "Le prince est-il venu vous voir?" Demande Moiraine à peine arrivée.
- "Le prince?" Demande le vieil homme stupéfait.
- "Il est de retour à Tristram. Je l'ai croisé à la forge de Griswold. Je lui ai conseillé de venir vous voir au plus vite. Bien qu'il ne semble pas porter les Soeurs dans son cœur, j'espérais qu'il serait venu."

Cain jette un regard en arrière à la couronne du roi qui siège maintenant sur un petit piédestal sur son bureau.

- "Nous n'avons pas encore trouvé comment désenvouter la couronne." Dit-il nerveusement. Puis, il s'éponge le front. "Les choses vont trop vite et dans le mauvais sens. Si jamais le prince Aidan se rend à la crypte, les choses risquent de s'envenimer."
- "Les traces du combat sont plutôt claires." Ajoute Jarzeth. "Il aura des coupables tout désignés s'il souhaite satisfaire un besoin urgent de vengeance."
- "Oh le prince Aidan n'est pas ce genre d'homme. Il est droit et juste." Intervient Pipin embarrassé.
- "Le prince revient de long mois passés à faire la guerre à l'Ouestmarche. Son père a été assassiné par son plus fidèle commandant et son petit frère est porté disparu. Jarzeth a raison." Réplique Moiraine.
- "Que pouvons-nous faire?" Demande alors Pipin désemparé.
- "Nous avons peu de marge de manœuvre." Répond ma soeur. "Toute initiative pour combattre ce qui se trouve sous la cathédrale pourrait être interprété comme un acte d'agression par le prince, pourtant nous devons agir au plus vite. De plus, nous avons découvert qu'un petit malin va s'amuser prochainement à diffuser de fausses rumeurs concernant les Soeurs."
- "C'est le jeune Wirt du quartier nord, n'est-ce pas?" Demande Cain. Moiraine acquiesce. "Tout le monde sait ce qui lui est arrivé. Tout le monde sait ce qu'il fait pour survivre. Mais je crains hélas que, dans les circonstances qui sont les nôtres, les gens prêtent une attention renouvelée à ses ragots. Le temps joue contre nous." Il grimace.
- "Nous allons devoir forcer le passage dans la cathédrale et tenter de devancer le prince." Conclut Moiraine l'air grave avant de se tourner vers le Vizjerei.
- "Il me faut encore un peu de temps pour me préparer." Répond Jarzeth. "Adria m'a invité à la retrouver demain matin. Elle me remettra l'objet que je lui ai acheté une petite fortune. Cette femme sera ma ruine." Plaisante-t-il avant de reprendre plus sérieusement. "C'est une amulette qui renforcera grandement mes sorts. Si nous devons combattre un démon majeur, cela ne sera pas de trop."

Je ne peux masquer ma surprise. J'avais déjà été impressionné par ses sorts. Je suis maintenant curieuse de voir ce qu'il adviendra lorsqu'il utilisera l'amulette de la sorcière.

- "Pourquoi demain?" Demande ma sœur en fronçant les sourcils.
- "Elle doit procéder à l'enchantement elle-même. C'est une commande spéciale."
- "Êtes-vous certain qu'elle vous donnera ce que vous voulez?"
- "Les clans de mages ne s'entendent pas particulièrement." Commence-t-il en appuyant lourdement sur les mots pour souligner l'euphémisme. "Mais lorsqu'un accord est conclu, il en va de notre honneur d'en respecter les termes. Et pour un Khajistani, l'honneur est sacré." Il sourit.
- "Très bien, je pense qu'on peut attendre jusqu'au matin. Faire profil bas peut jouer en notre faveur. Mais dès que vous aurez votre amulette, nous retournerons dans la cathédrale, qu'il en plaise au prince ou non." Déclare Moiraine.

Jarzeth incline respectueusement la tête pour approuver cette décision. Cain acquiesce à son tour. Seul Pipin semble incertain, mais il ne formule aucune objection.

Nous quittons la demeure du vieil Horadrim. Je remarque la présence des soldats du prince qui patrouillent dorénavant autour de la place. Moiraine les ignore et prend la direction de la forge.

L'escale chez le forgeron me semble presque devenue routinière. Griswold lève les yeux à notre approche. Je vois, non loin de son enclume, un stock de d'épées en mauvais état. Je comprends que le temps où il travaillait pour nous est révolu mais Moiraine ne semble pas inquiète.

- "J'vous ai préparé en douce un carquois chacune." Nous dit-il en nous tendant deux lots de flèches, retenues par une fine cordelette. "J'en ai d'autres à monter dans l'arrière boutique mais l'prince m'a donné une commande prioritaire." Il a l'air sincèrement désolé.
- "Je comprends. Je suis heureuse que vous aillez quand même honoré notre commande."
- "J'sais qu'le prince n'aime pas les Soeurs, mais moi je sais qu'vous êtes notre meilleure chance. Vous protégez ces terres depuis des siècles. Ca s'rait malhonnête de pas l'reconnaitre."

Moiraine sourit. Je la vois lorgner du côté du stock d'épées.

- "Elles ont l'air très abîmées." Dit-elle en les désignant du menton.
- "V'là c'que font des mois de guerre." Répond-il en grimaçant. "La moitié est bonne pour la fonte. L'reste, on va voir."
- "À partir du métal de fonte, pourriez-vous forger une nouvelle épée?"
- "Si, mais elle n's'rait pas adaptée aux hommes de la garde. L'métal n'est plus pur. Faudrait que j'fasse un alliage. Et avec c'qui m'reste, j'ai à peine d'quoi faire une épée convenable. Et elle s'rait trop courte et trop légère. Les hommes de la garde refuseraient porter une épée d'femme. Sans offense." Ajoute-t-il précipitamment. "A moins d'un miracle, et qu'une caravane marchande avec les matériaux dont j'ai besoin s'arrête ici, ça va partir en ferraillerie."
- "Vraiment?"

Ma soeur penche la tête sur le côté et sourit de nouveau. Il faut une seconde à Griswold pour comprendre ce que sous-entend Moiraine. Elle produit alors, une nouvelle pièce d'argent, qu'elle glisse discrètement sur le comptoir.

- "Même si c'est de la récupération, votre travail et surtout votre dévotion méritent salaire."
- "Vous allez m'arracher mes nuits, m'dame!" Dit-il avec un large sourire.

Moiraine s'apprête à partir. Je récupère les lots de flèches avant de lui emboîter le pas.

- "Attendez!" S'exclame-t-il, juste assez fort pour nous retenir, mais suffisamment discrètement pour ne pas attirer trop l'attention de la garde qui nous observe déjà depuis un moment. "Les dimensions?"
- "Je suis sûre que vous avez l'œil, Griswold." Répond-elle en prenant la pause, une main sur sa hanche pour lui donner un bon angle de vue sur son avant bras.

Il s'éponge le front alors qu'un garde s'avance. Je suis le regard de Griswold qui scrute Moiraine. Je peux presque voir les engrenages dans son esprit tourner alors qu'il fait ses calculs.

- "Circulez mesdames!" S'exclame le garde en arrivant à notre hauteur. "Le forgeron royal a du travail."

C'est amusant qu'il emploie ce terme. Tristram a beau être le siège de la cour, ce n'est pour moi qu'une ville mitheuse. Et aussi serviable et compétent soit Griswold, il est un simple artisan. Son échoppe n'a rien d'extraordinaire.

- "Nous ne faisions que récupérer une commande passée." Rétorque Moiraine en désignant les flèches que je tiens."
- "C'est pas une raison pour tenir notre forgeron occupé." Le garde voit la pièce que Griswold n'a pas eu le temps de récupérer. Il la ramasse. "Et ça, qu'est-ce que c'est?"
- "Le paiement de la commande évidemment." Répond ma soeur sans ciller. "Je suis une femme honnête."
- "Ça, ça reste à prouver." Ricane le soldat, reposant la pièce sur le comptoir. "Les Soeurs sont des voleuses et des pilleuses. On ne vous aime pas trop par ici."
- "J'avais bien compris." Réplique Moiraine avec un sourire en coin. "Bonne journée monsieur." Conclut-elle avant de rebrousser chemin.

Nous retournons à l'auberge, sous le regard inquisiteur du garde zélé. Lorsque nous retrouvons la discrétion de notre chambre, je suis soulagée. Moiraine en revanche a l'air agacée que nous soyons obligées de revenir systématiquement ici.

- "S'il faut combattre les gardes pour arriver à nos fins, nous le ferons." Me dit-elle en asseyant sur le lit. C'est la première fois que je la vois perdre un semblant de sang froid. "Nous essayerons d'éviter de tuer évidemment, mais s'ils ne nous laissent pas le choix, il faudra en arriver à cette extrémité. Est-ce bien clair?"
- "Mais ça veut dire que nous allons devoir combattre les soldats de notre propre armée." J'ose faire remarquer. "Nous serons déclarées pariat."
- "Le monastère est peut-être sur le sol du Khanduras, mais il n'appartient à aucune nation. Nous combattons les forces du mal partout où elles se trouvent et nos recrues viennent du monde entier. Être Soeur signifie aussi abandonner son drapeau. Peut-être te sens tu encore un peu Khandurane mais dois-je te rappeler qu'hier tu as affronté ton propre roi? Il était certes déjà mort, mais dans l'absolu, je ne vois pas bien ce qui serait pire." Lâche-t-elle en me jetant un regard glacial.

Je pâlis soudain, en réalisant ce que cela implique. J'ai planté une flèche dans le cœur du roi. J'essaie de me consoler en me disant que ce n'était plus qu'un mort-vivant, mais je suis victime d'une terreur à rebours et je ne me sens pas très bien. Je m'assieds à mon tour.

Etant enfant, j'avais vu des soldats parcourir nos terres mais le roi n'était qu'une figure lointaine et un peu abstraite. La créature que nous avons abattue la veille n'était personne pour moi, si ce n'est un vague visage sur une pièce de monnaie. J'ignorais même jusqu'au nom de mon propre souverain avant que Moiraine ne me le dise. Le mot roi n'a jamais eu de réelle signification pour moi. Nous n'avions à faire qu'au seigneur local et à ses hommes. Après tout, les affaires du royaume n'atteignaient que peu les petites gens comme moi. Et cela m'a toujours satisfait qu'il en soit ainsi.

- "Je ne me suis jamais intéressée à ces choses-là, avant." Je réponds d'une voix peu assurée alors que j'essaye de synthétiser ma réflexion.
- "Tu viens de prendre la mesure de tes actes, n'est-ce pas?" Me demande Moiraine en penchant légèrement la tête.
- "En quelque sorte."

Je n'ose pas dire à ma sœur ce qu'il en est vraiment. A la vérité, je réalise que je me sens plus Khandurane que je le pensais. Après avoir été vendue au monastère par mes parents, j'avais décidé de renier mes origines. Faire un tabula rasa me semblait facile. De toute évidence je me trompais.

- "Vous n'êtes pas d'ici?" Je demande pour échapper à mes propres pensées. Elle sourit brièvement.
- "Je sais que je n'ai pas vraiment l'allure de mes pairs mais j'ai toujours pensé que ma taille un peu au dessus de la moyenne et ma couleur de cheveux étaient des indices suffisants pour déterminer d'où je viens."
- "Vous venez des terres barbares du nord!" Je m'exclame. J'ai toujours été fascinée par ces géants des terres gelées. "Vous êtes de sang mêlé ?"
- "Combattras-tu les soldats si je te le demande?" Me coupe-t-elle sèchement, mettant fin à mon engouement. Elle est définitivement très contrariée par les événements.
- "Oui." Je réponds en baissant la tête. Que puis-je vraiment répondre d'autre.
- "Bien." Elle ferme les yeux. "Maintenant, si tu souhaites discuter avec quelqu'un, je te conseille la compagnie de Jarzeth. Il est dans l'arrière cour." Ajoute-t-elle. "J'ai besoin de silence et de calme."
- "Vous allez méditer?" Je demande.
- "Anticiper." Répond-elle.

Dans un premier temps, je reste dans la chambre, mais le trouble dans mon esprit me rend agitée. J'ai du mal à rester immobile. La méditation est hors de ma portée pour le moment. J'ai besoin d'une distraction. Moiraine le savait certainement. Elle m'agace à deviner tout de moi. Je lui jette une oeillade assassine et lui tire la langue.

- "J'ignorai qu'on m'avait affecté une gamine de huit ans." Me lâche-t-elle avec un sourire mi-figue mi-raisin, sans pour autant ouvrir les yeux. Je rougis violemment et tente misérablement de formuler quelques excuses. "Vas voir Jarzeth. Ce n'est plus une proposition, c'est un ordre."
- "Ne craignez-vous pas que je parle trop?"
- "Si tu te poses la question, c'est que tu as déjà conscience du problème. À toi d'être suffisamment subtile. Et puis, les conversations vont dans les deux sens. J'ai l'intuition que Jarzeth pourrait t'apprendre une chose ou deux. Je pense que tu ne seras pas déçue."

Je fronce les sourcils. Qu'a-t-elle encore planifié pour moi? Je m'apprête à sortir lorsqu'elle m'interpelle une nouvelle fois.

- "Ton arc." Dit-elle simplement.

J'ignore ce qui la pousse à croire que j'en aurai besoin dans la arrière cour de l'auberge, mais j'obéis sans discuter.