Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Voici un chapitre un peu plus charnu que d'habitude. Jarzeth entraine notre brave Annor, mais pendant ce temps...
Acte 1 - Troisième partie : Ce qui se cache dans le noir
Chapitre 6 : Sans répit
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Les heures qui suivent sont parmi les plus intenses de ma vie. Jarzeth m'apprend à utiliser des enchantements de plus en plus fort. Mon arc, qui n'est pas prévu à cet effet, vibre sous la pression et fait trembler ma main. Rediriger mon tir me demande une concentration de tous les instants. Conséquemment, je ressens une étrange fatigue qui se dissipe au bout de quelques minutes de repos.
- "Quel est ce contrecoup que je ressens?" Je demande après avoir pratiqué un enchantement de feu particulièrement puissant qui a laissé un cratère dans le glacier qui nous fait face.
- "La magie influe sur votre corps éthéré. Ce n'est pas votre corps physique qui la redirige. Disons que c'est l'équivalent de courbatures psychique." Jarzeth sourit. "Contrairement à vos muscles, le corps éthéré se régénère très vite. Pour un mage entraîné comme moi, c'est l'affaire de quelques secondes. Pour vous c'est plus long, mais c'est tout à fait normal."
- "C'est pour ça que vous n'êtes pas fatigué."
- "Je pourrais lancer ces sorts toute la journée." Dit-il en riant. "Ma régénération spirituelle est plus rapide que ma dépense pour des enchantements de cette nature. Pour les sorts de combat, en revanche, je dois faire attention. C'est une délicate balance à maîtriser."
- "Que ce passe-t-il lorsqu'on dépasse le point d'équilibre?" Je m'enquis.
- "Ce n'est pas mortel. Mais la douleur peut paralyser et si vous êtes mage, vous ne pourrez plus lancer de sort pendant un bon moment, voire même ne plus avoir la force de tenir debout. Dans le feu du combat, c'est cela qui peut entraîner votre chute. Après, user son corps éthéré est une mauvaise idée, quoiqu'il advienne. C'est une partie de nous à la fois malléable et fragile. Certains sorts peuvent avoir des effets très néfastes, mais ne vous inquiétez pas. Les enchantements que je vous propose, même puissants, ne vous donneront au pire que de vilaines douleurs." Jarzeth sourit puis regarde mon carquois. "Nous allons nous arrêter là." Ajoute-t-il. "Il faut que vous conserviez de quoi vous battre pour demain." Je comprends qu'il ne parle pas que des flèches."
Il me dévisage l'air soudainement grave. C'est un peu comme s'il avait entendu quelque chose qui échappe à mon ouïe.
- "Qu'y a t-il?" Je demande.
- "Je ne suis pas sûr. Rentrons." Dit-il en regardant un instant dans le lointain.
A l'horizon, le soleil couchant peint le ciel de pourpre et d'ocre. J'ai à peine le temps de m'émerveiller devant ce spectacle naturel. Jarzeth me touche l'épaule et l'incroyable paysage s'évanouit devant mes yeux pour se transformer en celui des plaines du Khanduras. Ici le soleil entame à peine sa descente vers l'horizon.
Un portail similaire à celui perdu dans les monts Arréat nous accueille. La magie se dissipe sous nos pieds en quelques secondes. Je m'apprête à poser une nouvelle question concernant ces anciens mécanismes Horadrims lorsque je remarque l'air troublé du mage.
- "Quelque chose est arrivé. Je sens des mouvements plus violents dans le chaos. Il y a eu une bataille..." Dit-il avant même que je me manifeste. Mon estomac se noue. "Fermez les yeux. La téléportation à grande vitesse peut donner mal au cœur quand on n'est pas habitué."
J'obéis. Il me touche à nouveau l'épaule. Je sens la magie nous entourer comme un voile léger. Contrairement au voyage précédent, cette fois-ci je sens notre déplacement et cela me semble durer une éternité. Lorsque tout s'arrête, par réflexe, j'ouvre les yeux. Nous sommes de retour dans l'arrière cour de l'auberge.
Je suis Jarzeth qui se précipite dans l'établissement. La salle de restauration est pleine de personnes qui parlent fort. Les tables et les chaises ont été poussées contre les murs pour laisser plus de place au centre de la pièce. Odgen et son assistante sont affairés. Ils transportent des linges et des bassines d'eau. J'aperçois Adria, ou plutôt son aura si distinctive, passer en coup de vent en direction des cuisines.
Le Vizjerei se fraie un chemin au milieu de la foule. Je profite qu'il libère le passage pour avancer également. C'est alors que je découvre la raison de cet attroupement. Plusieurs gardes sont couchés à même le sol. De larges lacérations sont visibles sur leur corps. Certains sont pâles comme la mort, sans doute à cause d'une perte massive de sang.
- "Que s'est-il passé?" Demande Jarzeth à Pipin qui s'occupe d'un blessé.
- "Dieu merci vous êtes là." Dit-le guérisseur soulagé de nous voir. "Le prince et une partie de la garde sont descendus dans le Labyrinthe. Il y a eu une attaque. Ceux-là ont pu revenir grâce au portail de retour que vous aviez laissé." Le garde dont il s'occupe grimace en se redressant légèrement.
- "Nous avons trouvé un passage sous la crypte, dans les catacombes." Dit-il haletant. "Une excavation à même la terre. Elle descend profond."
- "Récente?" Demande Jarzeth. Le soldat secoue la tête.
- "Le passage a été renforcé. C'est là depuis un bon moment."
- "Personne n'est descendu dans la crypte depuis des mois. Même à la mort du roi. Seuls Lazare et quelques fidèles du Zakharum y ont porté le corps. Il se peut que ce soit là depuis très longtemps." Confirme Pipin d'un air grave.
- "Les catacombes sont encore plus tortueuses que la crypte. Le passage y était en partie dissimulé. Nous suivions une trace de sang frais. C'est comme ça que nous l'avons découvert. " Poursuit le garde grimaçant alors que le guérisseur applique un onguent sur une entaille profonde.
- "Pourquoi être descendu dans les catacombes en premier lieu?" Demande Jarzeth en fronçant les sourcils. "Les restes du combats que nous avons mené dans la crypte auraient dû vous alerter de la magie puissante qui règne sous la cathédrale." C'est au tour du garde d'avoir l'air perplexe.
- "Quel combat? Nous avons vu de la lumière provenir du sous-sol. Nous avons mené l'enquête." Je croise le regard mage. Quelque chose ne tourne pas rond. "Nous nous sommes séparés en deux groupes lorsque nous avons trouvé le passage. Le prince est descendu avec quelques hommes. Nous autres." Dit-il en montrant du menton les autres blessés à terre. "Nous sécurisons l'entrée du tunnel lorsque l'attaque a eu lieu." Son visage se crispe alors qu'il nous raconte ce qui s'est passé. "Une créature immense armé d'un hachoir nous a surpris. Aussi nombreux que nous étions, nous n'avons rien pu faire. Le démon bougeait si vite malgré sa taille. Les coins et recoins du Labyrinthe nous ont piégés. Nous avons eu beaucoup de mal à rejoindre la sortie."
Je profite d'une petite pause dans le récit du garde pour intervenir.
- "Wirt a parlé de ce démon." Pipin hoche la tête.
- "Le Boucher." Confirme-t-il. "C'est comme ça qu'il l'appelle."
- "L'appelait!" Déclare une voix forte dans l'encadrement de la porte qui nous fait tous sursauter.
La foule pousse des exclamations d'horreur et s'écarte sur le passage de la nouvelle arrivante. Moiraine remonte le couloir qui se forme pour elle jusqu'à nous. Elle tient une longue épée ensanglantée dans une main et la tête énorme d'un démon dans l'autre. Elle-même est couverte de crasse et de sang. Elle jette un regard noir à Jarzeth.
- "C'est l'épée du Prince!" S'exclame Pipin en se relevant précipitamment.
- "Il arrive." Répond-elle sans détourner le regard du mage. "Il y a d'autres blessés. Je pense qu'il faudra plus faire plus de place."
Elle jette la tête énorme du démon cornu près de la porte d'entrée, provoquant de nouvelles exclamations horrifiées de la foule, puis se tourne vers moi. Son regard est glacial.
- "J'espère que le voyage en valait la peine." Siffle-t-elle. Je déglutis. Puis elle reporte son attention sur Jarzeth. Elle murmure d'un ton doucereux. "La prochaine fois, c'est votre tête qui roulera sur le sol."
- "La prochaine fois, demandez-moi les choses poliment." Répond le mage sans se laisser impressionner. "Je suis votre équipier, pas un de vos pions sur un échiquier."
La tension est brisée par l'arrivée soudaine du prince et de ses hommes. Il est dans le même état que Moiraine et soutient un blessé qui semble avoir beaucoup de mal à marcher. D'autres gardes arrivent à sa suite. Tous portent des lacérations plus ou moins graves, que ce soit au niveau du torse ou des membres.
L'urgence prend le pas sur le reste et les personnes présentes s'activent autour des blessés. Une fois débarrassé de son fardeau, le prince s'avance vers Moiraine. Elle lui tend son épée sans un regard. Il la reprend promptement et la garde au poing.
Je regarde angoissée cet échange muet entre eux. Je vois chez le prince une forme de respect mais aussi une haine profonde.
- "Venez avec moi, dehors. Tous les trois." Dit-il en nous balayant du regard.
Nous lui emboîtons le pas. Il récupère la tête de démon sur le pas de la porte avant de sortir. A l'extérieur, une foule s'est amassée devant l'auberge. Les gens se poussent naturellement pour nous laisser le passage. Je reconnais, au milieu des curieux, le jeune Wirt qui nous observe d'un œil mauvais. J'aperçois également la tête chauve de Griswold dépasser un peu plus loin. Il masque difficilement son inquiétude.
Le prince se place au centre de cette tribune improvisée et lève la tête monstrueuse de manière à ce que tous puisse voir, puis déclare d'une voix forte.
- "Tristram peut dormir en paix ce soir. Le démon qui vous a pris enfants, époux, familles ou amis est mort!"
Les acclamations et cris de joie fusent de toutes parts. Le prince attend quelques secondes que le tumulte se tarisse un peu avant de reprendre la parole.
- "Aujourd'hui marque le début d'une nouvelle ère pour notre ville meurtrie. Aujourd'hui nous pouvons commencer à guérir de nos blessures. Les monstres connaîtront les affres de notre fureur!"
Il pose la tête à ses pieds avant de reculer. Il jette un coup d'œil à Jarzeth qui comprend immédiatement ce qu'on attend de lui. Le Vizjerei semble agacé, mais lance néanmoins un trait de feu puissant qui embrase de manière spectaculaire le vestige du monstre. Une fois l'effet de surprise passé, la foule applaudit ce macabre spectacle.
- "Je sais que nous avons connus des jours sombres, mais nous allons travailler ensemble à ce que prospère à nouveau notre pays." Crie-t-il pour se faire entendre de tous. "Nous allons commencer par éradiquer la vermine qui se terre sous notre sol sacré. Lazare a trahi le roi, le peuple, jusqu'à la lumière qui guide le Zakharum. Il sera le prochain à goûter le fil de ma lame!"
Il brandit son épée ensanglantée, ce qui déclenche de nouvelles acclamations de liesse. Je note l'expression contrite de ma sœur pendant toute la diatribe du prince. C'est alors que je comprends pourquoi ce dernier nous a demandé de l'accompagner. Il vient tout simplement de s'approprier la victoire, en se servant de nous comme de simples faire-valoir. Je sers les dents. Comme je comprends Moiraine maintenant...
Le prince poursuit son discours galvanisant encore quelques minutes, avant d'inviter les gens à rejoindre leur foyer et de rebrousser chemin. Nous le suivons à l'intérieur de l'auberge. Les personnes présentes saluent son retour et ses paroles.
Je patiente aux côtés de Moiraine et Jarzeth un peu à l'écart. Ma sœur garde un visage impassible pourtant je peux presque sentir la colère irradier de son corps. Je ne peux m'empêcher de m'inquiéter également de son état. Même si depuis son retour, elle ne montre aucun signe de douleur, la quantité de sang qui la recouvre me pétrifie.
- "Êtes-vous blessée?" Je lui demande discrètement, dès que j'en ai l'occasion. Elle secoue la tête.
- "C'est le sang du démon." Répond-elle froidement.
Je jette un coup d'œil au prince qui est aussi sale qu'elle. J'ai peine à imaginer le combat qu'ils ont dû mener. Je me mords la langue. Je regrette déjà la plaisanterie de Jarzeth et le fait que nous ayons quitté les lieux. Les choses auraient pu vraiment mal tourner. J'aurai dû me trouver auprès de ma sœur.
La foule quitte progressivement l'établissement laissant plus d'espace pour les personnes s'occupant des blessés. Le prince se rend au chevet de chacun de ses hommes et ne semble plus s'occuper de notre présence.
Moiraine commence à s'impatienter. Visiblement, elle et le prince ne sont pas partis sur les bases d'une collaboration saine. Jarzeth le montre moins, mais je sens que le comportement du jeune souverain l'agace également.
- "Va chercher Cain." M'ordonne soudainement ma sœur, toujours aussi sèchement.
J'obéis au quart de tour, filant vers la sortie comme si j'avais les chiens des enfers à mes trousses. Je ne souhaite en aucun cas alimenter sa colère.
La nuit est tombée. Il reste quelques groupes de personnes à l'extérieur mais le gros de la foule s'est dispersé. Je remarque que la tête du monstre a disparu, mais ne m'attarde pas sur ce détail. J'imagine sans mal ce que les gens auront pu en faire. Je fonce vers la maison du vieil Horadrim. Il est déjà sur le pas de la porte, comme s'il m'attendait.
- "J'ai entendu le discours du prince." Me dit-il dès que je le rejoins. "Comment se présentent les choses?"
- "Il y a de nombreux blessés parmi les gardes." Je résume. "Moiraine vous demande."
Le vieil homme hoche la tête avant de fermer sa demeure à double tour et de me suivre. Lorsque nous arrivons, les choses n'ont pas beaucoup évolué. Adria a rejoint les autres au chevet des blessés et aide Pipin à leur faire boire des potions. Cain jette un regard horrifié à ma sœur et au prince.
- "Ils vont bien." Je lui glisse à l'oreille pour le rassurer.
Moiraine lui fait signe d'aller parler au prince avant de croiser les bras d'un air défiant. Le vieil homme s'éclaircit la gorge avant de se présenter.
- "Sir, peut-être vous souvenez-vous de moi?"
- "Bien entendu." Répond le prince en se relevant. Il jette un regard chargé de rancœur à ma sœur avant de sourire. "J'aurai préféré que nous retrouvions en d'autres circonstances."
- "Moi de même."
- "Je quitte une guerre pour en trouver une autre." Dit-il d'un air affligé. "Comment en est-on arrivé là?" Demande-t-il ensuite.
Je vois Moiraine se repositionner contre le mur sur lequel elle est appuyée. Elle semble plus énervée que jamais. J'en déduis qu'elle a déjà exposé les faits au prince mais que ce dernier n'a pas voulu écouter. Cain regarde en arrière, vers la sorcière qui administre ses soins aux côtés de Pipin. Il n'a visiblement pas envie de dévoiler trop de choses en sa présence.
Adria remarque la gêne du vieil homme. Elle fronce les sourcils avant de se lever.
- "Si quelqu'un veut bien prendre ma place, je dois retourner à ma roulotte. J'ai un enchantement à terminer." Ajoute-t-elle en jetant une œillade à Jarzeth. "J'ai préparé une grande quantité de potions de régénération. Vue l'état des blessés, vous avez des réserves pour au moins deux jours." Dit-elle à l'intention de Pipin cette fois-ci. Puis elle se tourne vers nous, attendant une réponse à sa requête.
- "Annor." Propose Moiraine. Le prince réagit immédiatement.
- "Non! Aucune Sœur ne s'occupera de mes hommes." Éructe-t-il, le regard fou. L'effet est renforcé par l'état dans lequel il se trouve.
Un silence pesant suit son intervention. Bien que je ne sois pas particulièrement enchantée à l'idée de m'occuper des blessés, je suis choquée par sa réaction. Je ne comprends pas son violent rejet. Jarzeth s'avance d'un pas.
- "N'y comptez même pas." Continue le prince sur le même ton. "Les Vizjereis ne sont pas plus dignes de confiance que les Sœurs."
A ma surprise, Adria intervient à sa manière en faveur du mage. Son aura si chaotique habituellement disparaît devant mes yeux ébahis. Je croise le regard de Moiraine. Elle me fait un signe discret afin que je taise mon étonnement.
- "Pardonnez-moi, Sir." Dit la sorcière d'un ton apaisé. "Je peux comprendre votre méfiance, mais si vous rejetez l'offre de ce Vizjerei, alors c'est que vous remettez en cause les soins que j'ai apporté à vos hommes." Le prince fronce les sourcils. "Je ne suis pas Vizjerei mais j'ai étudié pendant quelque temps auprès d'eux et certains remèdes que j'ai administrés à vos hommes découlent directement de leurs connaissances. Nous sommes tous là pour aider."
Il la fixe intensément pendant un long moment avant de répliquer de manière cinglante, sans pour autant élever la voix.
- "Aider? Tous? Vraiment?" Demande-t-il accusateur. "Alors, pourquoi les Sœurs ne sont jamais intervenues, lorsqu'elles pouvaient vraiment aider? La Grande Prêtresse n'est-elle pas censée voir l'avenir? N'a-t-elle pas vu la chute de Tristram ? Pourquoi a-t-elle laissé le mal gangrener le sol sacré qui nous nourrit? Comment un démon aussi puissant a-t-il pu se repaitre aussi longtemps de mon peuple ? Comment les Sœurs ont-elles pu laisser sombrer Tristram dans les ténèbres ? Allons, dites-le moi? Expliquez moi comment en est-on arrivé là?!"
Je regarde exprès ailleurs, espérant ainsi ne pas être la cible de cette rancœur presque palpable. Moiraine s'avance. Je jette un coup d'œil dans sa direction. Je vois briller dans ses yeux la flamme de la colère, pourtant c'est d'une voix neutre qu'elle s'adresse au prince.
- "Pendant que vous meniez cette guerre insensée contre l'Ouestmarche, les Sœurs ont combattu sans relâche les forces du mal qui grouillent dans le désert d'Aranoch et menacent la frontière Est. Les forces des ténèbres ne s'éveillent pas seulement ici. Si nous n'avions pas fait rempart, Tristram et une bonne partie du Khanduras n'existerait plus aujourd'hui." Le prince s'apprête à répliquer mais une nouvelle fois Adria intervient.
- "Sir, la Sœur dit la vérité. Pour venir ici, j'ai traversé le désert depuis Luth Golheim, avec une caravane marchande. Les convois sont désormais armés. Des créatures maléfiques rôdent dans les sables d'Aranoch. La route vers l'Est est particulièrement dangereuse. Des sœurs sont intervenues à la frontière pour nous ouvrir un passage lors d'une attaque."
J'ignore pourquoi la sorcière semble avoir un effet positif sur le prince. Il nous regarde en biais mais reste silencieux. Moiraine continue.
- "La Grande Prêtresse nous a envoyé ici dès qu'elle a pu. Et si elle ne l'avait pas fait, à cette heure, Tristram pleurerait également votre mort."
Elle croise les bras d'un air défiant. Je comprends soudainement ce qui a dû se passer dans le Labyrinthe lorsqu'ils ont combattu le Boucher. Le prince se détourne. C'est au tour de Cain d'intervenir.
- "Sir, je sais que le moment est mal choisi, mais je pense qu'il est temps que vous sachiez ce qui s'est passé en votre absence."
Le vieil homme commence alors à narrer les tragiques évènements qui se sont succédé. Pendant son récit, j'observe tous les membres présents. Le prince ferme les yeux et absorbe les terribles paroles avec une douleur contenue. Les quelques hommes encore conscients ne sont pas capables d'autant de stoïcisme mais expriment l'horreur qu'ils ressentent en silence.
Jarzeth et Moiraine se mettent à l'écart, de l'autre côté de la pièce. Je les vois discuter, sans pour autant entendre ce qu'ils se disent. Sans doute, mettent-ils au clair le différend qu'ils ont eu tantôt. A vrai dire, mon attention est accaparée par Adria. La sorcière semble beaucoup trop impliquée dans le récit de Cain. Elle cache à peine l'intérêt qu'elle porte à tout ceci. Bien qu'elle aide à nouveau Pipin, je la vois jeter à plusieurs reprises des œillades au prince. Son regard est indéchiffrable. Il ne semble n'y avoir aucune malice, pourtant je ne peux m'empêcher de trouver son comportement suspect.
Cain narre les détails sur la folie grandissante du roi et les manigances de Lazare, évitant minutieusement les allusions à la pierre d'âme et à Diablo, le seigneur de la terreur. Il finit par congédier poliment Adria, qui obtempère sans la moindre hésitation.
Le vieil Horadrim accompagne alors le prince dans l'arrière-cour pour les révéler les derniers détails, à l'abri des oreilles des blessés eux-mêmes. Pipin me fait signe d'approcher.
- "Je vais avoir besoin de vous." Me dit-il avec un sourire fatigué.
- "Le prince ne semblait pas vouloir qu'une Sœur s'occupe de ses hommes." Je tente timidement.
- "Le prince est à bout. Ne vous inquiétez pas de ça. La vie importe plus que quelques sentiments froissés."
Je m'agenouille auprès de lui et commence à l'aider. Pipin me demande principalement de préparer les bandages et m'explique comment doser au mieux les médications d'Adria. A mon grand soulagement, il s'occupe seul du reste.
L'espace d'un instant, je m'en veux un peu de penser ainsi. Les Sœurs combattent. Les Sœurs peuvent subir de pareilles blessures. Moiraine m'avait prévenue que nous allions sans doute côtoyer la mort de près. Je secoue la tête discrètement. Non, ces hommes ne sont pas morts. Ils sont bien en vie et souffrent. Je dois les aider. Je pince les lèvres. Il faut que je m'endurcisse.
Je finis par arriver à me concentrer sur ma tâche, faisant abstraction de ce qui me rebute. A la vérité, la vue du sang ne gène pas tant que ça, même si les blessures sont parfois graves, mais la souffrance des gens me touche directement et ça j'ai du mal à le supporter. Je me console en me disant que je suis utile.
Concentrée sur ma tâche, je sursaute presque lorsque la porte de l'arrière cour s'ouvre sur le prince et le vieil Horadrim. Aidan me jette un regard affecté, mais je n'y vois plus la colère qu'il avait au début.
- "Vos hommes pourront être déplacés demain je pense." Déclare Pipin en se relevant péniblement. "Ils devront dormir ici ce soir, je le crains."
- "Ça ira." Répond le prince d'une voix fatiguée. "Je vous les confie. Cain et moi avons encore des choses à évoquer."
Les deux hommes quittent l'auberge sans plus d'explications. Je devine que leur discussion tournera autour de la couronne du roi...
Moiraine et Jarzeth s'approchent de moi. Je me tourne vers eux.
- "Je vais me débarrasser de tout ça..." Dit ma soeur en faisant un geste vague pour désigner son corps crasseux et ensanglanté. "Retourne à la chambre dès que tu auras fini..." Me dit-elle avant d'emprunter l'escalier qui mène à l'étage.
Le Vizjerei s'agenouille près de moi et du guérisseur.
- "Puis-je être utile d'une quelconque façon ?"
Pipin lui délègue immédiatement plusieurs tâches. A trois nous arrivons mieux à gérer les urgences. L'objectif de stabiliser l'état de tous les blessés semble soudainement plus atteignable.
- "Est-elle en colère?" Je demande discrètement à Jarzeth alors que l'on prépare de nouveaux bandages. Il me sourit.
- "Le combat a été rude. Les choses se seraient probablement passées différemment si nous avions été là. Mais ce qui a réellement attisé la colère de votre Sœur, c'est l'attitude du prince. Elle m'a informé que nous devrons certainement faire équipe avec lui et cela ne l'enchante guère. Je peux aisément comprendre pourquoi." Soupire-t-il.
Nous poursuivons nos tâches en silence. Une fois, les hommes de la garde stabilisés, Pipin nous remercie chaleureusement. Odgen lui propose une chambre pour passer la nuit sur place, en cas d'urgence. Le vieil homme accepte l'offre. Il a l'air épuisé. Jarzeth et moi remontons un peu avant lui.
- "Je sais que ça ne sera pas aisé, mais essayez de prendre le plus de repos que vous pourrez." Me dit le mage avant de rejoindre sa propre chambre.
Je trouve Moiraine en train de méditer dans la nôtre. Elle a complètement détaché sa chevelure flamboyante, ce qui adoucit grandement ses traits. Je l'admire en silence quelques secondes, avant de prendre mes affaires pour profiter à mon tour des douches. Je laisse couler l'eau un bon moment sur mon corps, comme pour effacer cette fatigue mentale qui commence à s'accrocher à moi. Je repense à tout ce qui s'est passé aujourd'hui.
Jarzeth a raison, il ne sera pas facile de dormir ce soir.
Voilà, c'est la fin de cet arc de transission. Le prochain s'appelle "Descente aux enfers" et c'est le moment d'affronter ce qui se cache sous la cathédrale :).
A très vite!
