Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Chapitre un peu différent des autres. Annor est seule et déambule dans le Labyrinthe. Elle va trouver un petit quelque chose dans ces souterrains qui va la changer à jamais...
Note : la petite "poésie" est une traduction spéciale que j'ai faite de l'anglais. C'est pour ça que ça ne rime pas. Je sais qu'elle ne colle pas vraiment au texte d'origine mais je l'ai adapté à mes besoins. Je vous en parle en note de bas de page. Bonne lecture :).
Acte 1 - Quatrième partie : Descente aux enfers
Chapitre 2 : Seule dans les ténèbres
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Lorsque j'arrive devant la cathédrale, je ne peux m'empêcher de sentir une boule d'angoisse se former dans mon estomac. Seule la lune éclaire mes pas. Une légère brume recouvre le sol et s'infiltre en lentes volutes dans le lieu sacré par la porte qui est restée entrouverte. J'utilise ma Vision Intérieure pour augmenter ma perception avant d'entrer.
Le portail de retour de Moiraine a disparu. Je vais devoir refaire tout le chemin dans la crypte. Je grimace. L'idée me déplaît particulièrement, surtout que je distingue encore vaguement la silhouette des araignées géantes que j'avais découvertes lors de mon premier passage. Elles sont désormais dans la salle principale, accrochées aux murs ou rampant derrière les bancs. Elles semblent bien plus actives que la dernière fois. J'ignore si c'est parce qu'elles sont plutôt nocturnes ou si c'est pour une raison magique qui m'échappe pour le moment.
J'avance prudemment afin de ne pas attirer leur attention. Finalement, j'atteins la crypte assez rapidement. Les araignées ne semblent pas intéressées par ma personne. A mon plus grand soulagement.
En bas, l'obscurité est presque totale et l'odeur nauséabonde y est plus forte que jamais. Mes pas résonnent bizarrement sur la pierre humide alors que je me fraye un chemin au milieu des portillons et grilles métalliques du Labyrinthe. J'essaye de rester concentrée sur l'itinéraire que j'emprunte afin de garder un semblant de sens de l'orientation. Comme la première fois, il me semble distinguer de temps à autre une forme émerger d'un pilier. Mais cette fois-ci, je ne suis pas certaine qu'il ne s'agisse pas tout simplement de mon imagination. Le lieu se prête particulièrement à agiter les esprits féconds. Et comme je n'arrive pas à distinguer de mouvement ou de silhouette bien définie, je finis par me convaincre que j'affabule.
Bientôt, j'atteins le couloir menant au caveau mortuaire où nous avions combattu Léoric. Les ossements de l'armée de squelettes ont disparu et le corps du roi également. Il reste quelques traces des flammes de Jarzeth mais rien de très visible. Je comprends la réaction d'incompréhension du garde blessé lorsque Jarzeth avait mentionné le combat tantôt. Toutefois, je m'inquiète de ce que qui a pu effacer les preuves ainsi.
Je sais que je ne devrais pas, mais la curiosité est la plus forte. J'emprunte le couloir duquel avait surgi le roi décati et je remonte jusqu'au caveau. Il n'y a rien d'autre qu'un tombeau de pierre sculpté à l'image du souverain. L'endroit n'a pas l'air aussi effrayant qu'il ne m'avait paru auparavant. Il règne même une certaine sérénité empreinte de majesté. Peut-être qu'en apportant le repos au roi Léoric nous avons levé une sorte de malédiction. Peut-être que mon imagination en fait encore trop. Je m'approche de la tombe, il n'y a aucun signe qu'il ait été ouvert. J'ignore si le corps s'y trouve bien et je n'ai pas l'intention de vérifier. Ma curiosité a ses limites. Je rebrousse chemin à la quatrième vitesse et j'essaye de me concentrer sur ma destination.
Bientôt, comme l'avait mentionné le garde blessé, je vois de la lumière émaner du fond de la crypte. Je m'approche lentement, serrant mon arc. Depuis plusieurs minutes, j'entends des bruits de pas dont je n'arrive pas à déterminer la provenance. Le son rebondit sur les ogives de la crypte, rendant toute localisation impossible. Peut-être n'est-ce que l'écho de mes propres pas. Mon angoisse se renforce lorsque je tombe sur des traces sanglantes qui forment presque comme une sorte de chemin. Les gardes du prince étaient rassemblés quand ils ont été attaqués par le Boucher. Je trouve l'entrée des catacombes après un nouveau lot de grillages et de circonvolutions, marqués du sang des blessés. Je maudis intérieurement l'architecte de ce dédale.
L'entrée est large et est éclairée par des torches dont la flamme me semble étrangement trop rouge. Je me concentre un instant et je vois se dessiner au milieu des braseros des filets de magie arcanique. Évidemment… Prenant mon courage à deux mains, je descends prudemment le long escalier de pierre qui mène aux catacombes. Bien que très espacées, les torches éclairent suffisamment le passage pour que je me passe de mon don de perception.
Les catacombes ont l'air plus anciennes encore que la crypte. La pierre y est plus sombre mais aussi plus grossièrement taillée. Le labyrinthe de grilles fait maintenant place à un labyrinthe de murs et de portes. La hauteur sous plafond est ridiculement élevée. Je distingue à peine les soupentes.
Je balaie du regard ma nouvelle épreuve et soupire. Je m'attendais à trouver un chemin clair du passage de ma sœur ou des gardes, mais je ne trouve que des portes fermées, comme si quelqu'un avait délibérément voulu brouiller les pistes. Je vais devoir trouver mon chemin seule.
Cet endroit m'angoisse plus que la crypte au-dessus. Elle semble réellement habitée. Je sais, cette fois-ci, que ce n'est pas une vue de mon esprit. Même s'il ne s'agit pas forcément d'humains, il y a une vie animale là-dedans. Outre le plic ploc des infiltrations d'eau qui s'écoulent du plafond, j'entends des couinements, des grognements, des grattements, des chocs et des craquements. Tous ces sons sont plutôt discrets mais omniprésents.
Alors que je progresse, ici aussi, il me semble parfois entendre des pas faire écho aux miens. Mais cette fois-ci, la structure du plafond n'explique pas les sons que j'entends. Le sentiment d'être suivie m'obsède. Et malgré les torches qui éclairent mon chemin, je n'arrive jamais à apercevoir cette ombre que j'entends.
Les sens en déroute, je dois m'y reprendre à plusieurs fois pour déterminer le chemin à emprunter. Je fais d'abord le tour par ce qui semble être un couloir avant de me rendre compte qu'il ne mène à rien d'autre que de nouvelles salles. J'ouvre quelques portes au hasard.
La plupart des pièces sont vides ou ne contiennent que des meubles délabrés qui semblent avoir été entreposés là pour libérer de l'espace ailleurs. Certaines salles contiennent d'anciens autels de pierre gravés, semblant dater d'une autre époque. Aucun symbole du Zakharum n'y figure. Les moulures sont presque grotesques et pourtant elles montrent un savoir-faire certain. Je devine qu'il doit s'agir de reliques Horadrims très anciennes.
Dans une salle reculée, je fais une étrange découverte. Plusieurs armures légères de la garde sont disposées contre un mur. Ce qui me rend perplexe est qu'elles semblent pleines, pourtant aucun corps de les habite. Elles ont des postures terriblement humaines. Certaines sont assises contre le mur, les genoux repliés. D'autres semblent vouloir se cacher le visage. Je m'approche, curieuse, de percer le mystère qui les maintient dans ces positions qui défient les lois de la physique, mais je trouve aucun subterfuge. Alors que je scrute l'une d'entre elle, il me semble distinguer un résidu spirituel. Comme si un corps éthéré s'y trouvait toujours attaché. La lueur est très faible. Sans doute un écho. Je quitte la pièce, troublée au plus profond de mon être et reprend ma route dans le dédale.
A force d'errance, je finis par trouver une salle qui possède une autre sortie. Je décide de marquer le passage. Avec la pointe d'une flèche, je grave une croix sur le montant des deux portes dans le sens de ma progression. Lorsque j'entre dans la salle suivante, je dois me boucher le nez. L'odeur de salpêtre et de moisissure me saisit à la gorge. Je suis étonnée de tomber sur une sorte de reliquaire meublé. Les murs sont couverts d'anciennes bibliothèques et un gros ouvrage est posé sur un piédestal au centre. Les livres semblent très anciens. Ils sont racornis, sans doute par l'humidité, d'autres sont partiellement déchirés ou brûlés. Les bibliothèques elles-mêmes semblent bien plus récentes, bien que les infiltrations d'eau aient œuvré à faire gonfler le bois. Ils sembleraient que les ouvrages aient été entreposés là après avoir été découverts ailleurs.
Je m'approche du livre mis évidence au milieu de la pièce. Le langage m'est inconnu, mais un feuillet a été ajouté. Le texte y a été partiellement traduit. Il me semble reconnaître l'écriture que nous avions attribué à Lazare sur cette page volante. Du moins, il s'agit d'une de celle que nous avions trouvé dans son journal caché.
Le Sanctuaire est une utopie. Il ne peut y avoir de paix entre les anges et les démons. Même ici. Ces créatures qu'ils ont enfantées sont malléables. Elles croient aveuglément en la lumière alors que leur cœur se tourne invariablement vers les ténèbres. Le moment de mettre un terme à cet éternel conflit est arrivé et il ne peut y avoir qu'un seul vainqueur. Je crains que ce soit aux hommes de faire pencher la balance et j'ai peu de doutes sur le côté vers lequel elle penchera.
Je tourne les pages et trouve d'autres notes comme celles-ci. Elles font référence à des noms de lieux, d'anges et de démons qui me sont inconnus. Mais l'un d'entre eux, que je connais, revient souvent. Tyraël, l'ange de la justice, fondateur des Horadrims. J'ai du mal à suivre ce qui est raconté. Lazare a choisi de ne traduire qu'une poignée de paragraphes qui m'apparaissent décousus. La plupart mentionne des conflits aux conséquences cataclysmiques que j'ai peine à imaginer et dont la chronologie m'échappe totalement.
Au milieu des pages, je trouve également un autre parchemin qui ne me semble pas provenir du livre. Il s'agit d'une poésie au rythme étrange et au sens obscur.
Je peux voir ce que tu ne peux.
De visions éthérées en cauchemars.
Du coin de l'œil disparaissent
Murmurant leurs chants secrets.
Alors verras-tu ce qui ne peut-être.
Ombres mouvantes où lumière devrait glisser,
Hors des ténèbres, au bord de la folie,
Projetées sur les couloirs de ceux qui ne voient.
Même après plusieurs lectures, la signification réelle m'échappe, pourtant j'ai l'impression que les mots se gravent en moi d'une manière physique. J'ai l'impression que par moment le texte fait référence à la vision intérieure, voire à ma sororité, voire à moi-même... Peut-être parle-t-il de cette ombre que je crois me suivre sans jamais la voir. Je ne sais pas...
J'ai l'impression que plus j'y pense plus les choses prennent un sens personnel. Comme si cette note avait été laissée ici pour que je la lise. Je réprime un frisson d'angoisse alors que tout autour de moi semble avoir changé. L'obscurité me semble plus dense, malgré la lumière projetée par les torches rougeoyantes. J'hésite à amplifier ma perception. J'ai peur d'être tombée dans un piège magique.
Comme pour confirmer mes craintes, j'entends soudainement un bruit étrange provenir d'une des pièces que j'ai traversées précédemment. Je récupère à la quatrième vitesse quelques-unes des notes qui se trouvaient dans le livre, dans le but de les montrer plus tard à Moiraine et Cain, et je rebrousse chemin
Pour mon plus grand malheur, les mots de la comptine prennent soudainement un sens bien particulier. Dans un des couloirs que j'avais emprunté plus tôt, j'ai tout d'abord l'impression que les pierres des murs bougent légèrement. J'essaye de me convaincre que ce n'est qu'une vue de l'esprit, un jeu de la lumière provoqué par les torches vacillantes. Puis le bruit que j'avais entendu devient plus net. On dirait des sortes de raclements. Bientôt, ce que j'avais pris pour une illusion, s'affirme. Je vois des formes humaines émerger des murs.
Je me concentre pour essayer d'analyser la situation le plus objectivement possible. Je plisse les yeux pour essayer de déterminer la couleur des créatures. Elles me semblent de la même couleur que le mur dont elles s'extraient. Sans doute s'agit-il de golems.
Finalement, la poésie n'avait peut-être rien à voir avec ça. Il s'agissait probablement d'un mécanisme de défense magique que j'aurais activé en pénétrant dans la bibliothèque. Tout du moins, j'essaye de m'en convaincre.
J'arme une flèche et attends que la forme la plus proche dépasse davantage pour tirer. Mon trait se plante dans sa tête avec un bruit mat, comme s'il s'était planté dans de la glaise. La créature ne réagit même pas et continue de s'extraire de la roche. Ma théorie est validée. D'un côté je suis rassurée, mais de l'autre je me fais du souci pour le retour. En effet, les golems sont lents et patauds, ils ne présentent pas un danger immédiat, toutefois, je n'ai aucun moyen de les combattre et ils vont bientôt occuper tout le couloirs, rendant ce chemin impraticable pour une retraite.
Je pince les lèvres. Il faudra faire avec ou espérer que Jarzeth sera à nos côtés à notre retour. Seule sa magie pourra détruire ces automates de terre. Je referme la porte et poursuit ma progression dans le Labyrinthe.
La poésie d'origine sonne bien mieux. La voici.
I can see what you see not.
Vision milky then eyes rot.
When you turn they will be gone,
Whispering their hidden song.
Then you see what cannot be
Shadows move where light should be,
Out of darkness, out of mind,
Cast down into the Halls of the Blind.
Elle correspond à une quête aléatoire de Diablo 1. Je m'en suis servie ici pour autre chose. Annor n'a pas rêvé. Les mots ont eu un effet sur elle et ont légèrement altéré à sa Vision Intérieure. Elle voit désormais des choses que peux de gens peuvent voir... Je rappelle que les mots ont un pouvoir dans mon univers étendu :). Les golems de pierre/glaise sont juste là pour honorer la quête dans le jeu. Les Hiddens ressemblent à des golems pour moi.
Une dernière chose. Jarzeth a tendance à disparaitre pendant plusieurs chapitres, mais ne vous inquiétez pas, il n'est pas mis au rebus. Il se fait juste désirer le coquin ;).
A très vite !
