Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce chapitre pour les interactions. J'espère qu'il vous plaira.
Sinon pour info, je posterai exceptionnellement la suite demain ;). Tout s'enchaine.

Bonne lecture.


Acte 1 - Quatrième partie : Descente aux enfers

Chapitre 5 : Une raison de se battre

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Bien que je sens la concentration magique augmenter à mesure que nous nous rapprochons de la source, la sensation n'est pas aussi oppressante que je l'aurais cru. La chaleur reste néanmoins toujours un problème et nous sommes contraints d'effectuer plusieurs pauses pour conserver nos forces. Dans certaines salles, le sol est ouvert sur de petits puits naturels de lave. Nous évitons naturellement celles-là.

- "Pourquoi les Horadrims ont-ils construit une prison sur de la lave?" Je demande.
- "Ce n'est pas le cas." Répond le prince. "En se libérant, le démon exfiltre son royaume infernal. Sa réalité finira par remplacer tout ce qui est ici et transformer le reste en surface par la suite."

Sa réponse me semble tout à fait incongrue et terrifiante. Le regard de Moiraine m'indique que je ne dois pas pousser la conversation plus loin alors je me tais. Pourtant, je ne comprends pas vraiment pourquoi je dois le faire.

Nous nous reposons quelques minutes de plus avant de reprendre la route, mais un bruit attire notre attention. Un martèlement sourd résonne dans les murs qui nous entourent et devient de plus en plus intense. Il ne faut pas longtemps pour découvrir l'origine de ce grondement. Par les deux portes que comportent la pièce déboulent une vingtaine de khasdras armés de lances et d'arcs.

- "Annor, les archers! Et reste dans le cercle!" Me crie Moiraine.

Je n'ai pas le temps de lui demander de quoi elle parle. Le prince pose la main au sol et un cercle magique se dessine sous nos pieds. Des écritures arcaniques dansent à l'intérieur. Soudainement, je sens mes forces ravivées comme jamais. Les écorchures sur mes bras que la succube m'avait faites se referment aussitôt. Me laissant peu de temps pour apprécier ce miracle, je vise le premier archer que je vois et l'abats d'une seule flèche.

Moiraine et Aidan sortent du cercle et dégainent simultanément leur épée. Ils engagent immédiatement le combat avec les autres hommes boucs armés de lances. Le prince se révèle avoir une force presque surhumaine. Je suis impressionnée par la facilité déconcertante avec laquelle il repousse ses assaillants. Lorsqu'il abat son épée sur l'un d'entre eux, il n'a besoin que d'un seul coup pour le fendre littéralement en deux. Mais malgré sa puissance de frappe, il est relativement lent et doit utiliser ce qui ressemble à un large bouclier de lumière pure pour repousser les coups rapides ou les projectiles. Le style de combat de ma sœur est radicalement différent. Elle danse presque parmi les ennemis, esquivant leurs attaques et retournant la force de l'adversaire contre lui. Pour le reste, elle détourne les flèches qui lui sont destinées par télékinésie.

De mon côté, je fais de mon mieux pour réduire le nombre des attaquants à distance mais, dans la cohue, il m'est difficile de voir mes cibles, surtout que je suis plus petite d'au moins une tête de tout ce qui qui s'agite autour de moi.

Très vite, je découvre avec bonheur, l'utilité principale du cercle de lumière dans lequel je me trouve. Les rares khasdras qui ont réussi à déborder ma sœur et le prince sont bloqués par cette barrière infranchissable. Je comprends qu'il s'agit d'un sanctuaire, comme celui qui se trouvait à l'entrée. J'ai une brève pensée pour Lachdanan et redouble d'efforts pour abattre ces demi-bêtes furieuses.

Je découvre également, et avec moins d'enthousiasme, l'effet des runes sur l'épée de ma sœur. Habituellement, la vue du sang ne me fait pas particulièrement peur, mais là c'est juste répugnant et inhumain. Chaque blessure qu'elle inflige, ou presque, provoque des saignements impressionnants. Elle n'a pas besoin d'achever ses adversaires. Après un ou deux coups, ils ne représentent plus de menace. Ils sont pour la plupart à genoux, le ventre ou la poitrine ouverte, déversant, en quelques secondes, l'intégralité de leur liquide vital sur la pierre sombre. J'essaye de rester concentrée et d'éviter de regarder directement cet affreux carnage, bien que ce soit difficile à ignorer.

Le combat se poursuit bien trop longtemps à mon goût. J'ai la désagréable impression que le nombre de khasdras ne diminue pas. Il en arrive toujours plus par les portes et mes compagnons commencent à être gênés dans leurs mouvements par la quantité de corps au sol. De mon côté, à ce rythme, je vais rapidement arriver à cours de flèches.

Je sursaute alors qu'apparaît à mes côtés Jazreth dans un tourbillon de magie arcanique. Il porte autour du cou, l'amulette d'Adria. Il n'a besoin que d'un seul coup d'œil pour évaluer la situation.

- "Dans le sanctuaire!" Crie-t-il à Moiraine et Aidan surpris également par son arrivée.

Alors que les deux combattants entrent dans le cercle. Jarzeth, lui, en sort. Il exécute une chorégraphie complexe tandis que les khasdras convergent dans sa direction. L'amulette à son cou se met à luire et son aura se déploie soudainement comme un voile tempétueux autour de lui. Ce qui se passe ensuite va au-delà de ce que mon esprit est capable de supporter. Les corps des morts s'agitent et se déforment jusqu'à expulser violemment de leur chair des centaines de morceaux d'os aiguisés dans toutes les directions. Et la réaction en chaîne est terrible. Chaque khasdra qui tombe transpercé par ces projectiles en tue deux autres de la même manière.

Jarzeth se protège à l'aide d'un bouclier magique et le sanctuaire fait de même pour nous. Mais, je suis en état de choc. Moiraine s'en rend compte un peu trop tard. Elle m'attrape avec force et plaque mon visage contre son épaule. Sa main me cache le reste de la scène horrible qui se déroule autour de nous. Alors que je me blottis contre elle, mon estomac convulse. Le peu que j'ai vu a suffi. J'ai une furieuse envie de vomir.

Les khasdras hurlent de terreur et de douleur. Je devine au bruit de leurs sabots sur le sol que nombre d'entre eux ont pris la fuite. Bientôt, il ne reste plus que le silence, interrompu seulement par nos respirations lourdes. Moiraine m'agrippe toujours et m'empêche toujours de voir. Malheureusement mes hauts-le-cœur ne passent pas, car bien que je ne vois rien, mon imagination fait le reste.

- "Ne regarde surtout pas." Me glisse-t-elle à l'oreille.

Je n'en ai pas la moindre intention, qu'elle se rassure.

Elle commence alors à avancer. Je la suis tant bien que mal dans cette position inconfortable dans laquelle elle me maintient. Je bute parfois contre ce qui traîne au sol, en essayant de ne pas trop imaginer ce que c'est. J'entends les autres se déplacer également un peu plus loin. Nous avançons ainsi ce qui me semble être une éternité avant de nous immobiliser pour de bon. Moiraine me relâche et il me faut quelques secondes pour oser ouvrir les yeux.

- "Qu'est-ce que c'était que ça, Vizjerei!" S'emporte Aidan en l'attrapant au col.
- "Le seul moyen d'arrêter cette marée de khasdras." Répond le mage calmement, tout en se dégageant.
- "Magie noire." Crache le prince furieux en le pointant du doigt.
- "Pas exactement, mais suffisamment maléfique pour que le sanctuaire vous en protège."

Je tremble comme une feuille et ma nausée ne passe pas. Je repense à ma discussion plus tôt avec Adria. Cette magie que Jarzeth a utilisé est ignoble. N'en pouvant plus, je m'écarte du groupe et part dans un coin pour vomir.

- "Et elle! Qui est-elle? Que fait-elle là?" S'énerve Aidan. Je sais qu'il parle de moi. J'ai presque envie de pleurer lorsque j'entends ce qui suit. "C'est une gamine. Quels genres de monstres êtes-vous dans votre secte pour exposer des enfants à des horreurs pareilles."

Je sais qu'au fond il n'a pas tord, mais je suis blessée dans mon orgueil. J'ai bien envie de me défendre mais pour le moment j'en suis réduite à me vider l'estomac misérablement.

- "Je sais que c'est une enfant et qu'elle n'est pas encore endurcie aux horreurs qui existent en ce monde et par delà, mais elle est indispensable à notre réussite. Et elle l'a déjà prouvé." Répond Moiraine. Ses paroles me réchauffent le cœur. "Sans elle, je n'aurai pas eu l'épée qui m'a permis de combattre à vos côtés. Sans elle, Jarzeth serait sans doute arrivé trop tard et, bien que je réprouve également la magie qu'il a utilisée, je suis heureuse d'être encore en vie."
- "Et cela vous donne toute impunité, vous pensez…" Répond le prince avec le même mordant qu'avant.

Ses paroles me désarçonnent. J'y vois une vérité que je n'avais pas envisagée jusqu'alors. Est-ce juste?

J'ai déjà conscience d'être prise dans la toile tissée par Moiraine, à jouer le rôle qu'elle m'a donné, ce dès le moment où l'on s'est rencontrées. Je sais que je me bats et que je me dépasse à chaque instant pour une bonne cause. Mais est-ce suffisant? Mon cœur me dit, qu'au fond d'elle, Moiraine veut mon bien, pourtant la vérité est qu'elle m'expose à des dangers de plus en plus grands et que l'issue la plus probable de tout ceci est que ma vie s'achèvera prochainement. La fin justifie-t-elle les moyens?

Je pivote légèrement pour observer du coin de l'œil les trois adultes. Moiraine ne montre aucune expression et fixe Aidan dont le regard est empli de colère. Seul Jarzeth se tourne vers moi. Il me sourit légèrement avant de reporter son attention sur le dallage de la pièce. Est-ce de la honte que je lis dans ses yeux?

Alors que je me redresse, je suis prise d'un léger vertige. Quelqu'un se précipite à mes côtés pour me soutenir. Je suis étonnée que ce soit le prince Aidan qui vienne à mon aide en premier. Il me soutient au niveau de la taille et m'aide à m'asseoir sur le muret qui ceint le pied du mur. Il pose un genou à terre et me regarde d'un air concerné.

- "Vous avez le droit d'abandonner et de rester là. Personne ne vous en voudra pour cela." Me dit-il. "Je sais ce que font les Sœurs du monastère. Je sais que notre mission n'est pas si éloignée au fond, mais je ne cautionne pas leurs méthodes." Il secoue la tête rageusement et me prend la main. "Les Sœurs arrachent l'enfance à des dizaines de jeunes filles comme vous et les modèlent à devenir des soldats implacables comme elle." Il pointe Moiraine. "Vous êtes endoctrinée à servir aveuglément votre Grande Prêtresse. Avez-vous la moindre idée de ce qu'elle projette de faire réellement. Savez-vous pourquoi vous êtes-là au juste? Pourquoi vous battez-vous? Je suis navré, mais dès le premier jour où je vous ai croisé à la forge, j'étais outré. Vous n'êtes qu'une enfant..."

Il baisse la tête. Je cligne des yeux plusieurs fois. Je suis à la fois étonnée du ton presque paternel qu'il emploie avec moi et d'être étrangement d'accord avec lui sur de nombreux points. Je lance un regard désespéré à Moiraine. Elle secoue la tête et part s'asseoir sur le muret d'en face.

- "Je ne répondrai pas à ta place." Soupire-t-elle. "Le prince a raison au moins sur une chose. Tu as le droit de choisir. C'est de ta vie dont il est question. Plus nous avancerons, plus les périls seront grands. Je ne peux pas t'obliger."

Je reste silencieuse un moment, tandis que j'essaye de mettre en ordre mes idées. Tellement de choses me passent par la tête : des souvenirs anciens aux derniers traumatismes. Malgré le côté probablement injuste de ce que j'ai vécu, une vérité se dégage de tout ceci. Je me mets soudainement à pleurer. La main du prince sert la mienne un peu plus fort et me regarde presque avec pitié. Je pense qu'il interprète mal ma réaction. Ce n'est pas une marque de faiblesse ou de renonciation. C'est simplement la manifestation d'une trop grande émotion. Je prends une grande inspiration avant de répondre.

- "Oui messir, je sais pourquoi je me bats." Je dis tout en sanglotant. Il est pris au dépourvu. "Avant d'entrer dans le monastère, je n'étais personne. J'étais une petite main qui travaillait la terre depuis son plus jeune âge pour nourrir des seigneurs comme vous." Son expression s'endurcit. "Je n'étais tellement rien que mes parents m'ont vendue aux Sœurs. Mais à travers leurs enseignements, j'ai découvert que je savais faire autre chose que de gratter la terre pour donner à manger à des estomacs déjà bien remplis. Elles m'ont donné une chance et une place dans leur société." Ma voix se raffermit. "Certes, je ne connais pas les desseins de la Grande Prêtresse mais je sais qu'elle est ma mission ici. Et je peux vous dire ceci. Je ne suis là que depuis quelques jours seulement, mais quand je pense aux habitants de Tristram, je ne peux que vouloir leur venir en aide. Avez-vous vu le visage de ceux qui ont déjà perdu l'espoir et de ceux qui essayent d'échapper à la réalité?" Le prince acquiesce.
- "Mon peuple et mes terres sont très malades. Je le sais et cela me brise le cour, croyez le bien."
- "Oui, votre ville est gangrénée." Il est presque choqué de mon audace. J'ignore sa réaction et poursuis sur ma lancée. "Pourtant, il reste quelques oasis de verdure qui résistent à la fange. Il y a ce bon vieux Cain qui cherche des solutions dans les secrets de ses ancêtres. Il y a le trop gentil Pipin qui fait ce qu'il peut pour garder les gens en bonne santé. Il y a le généreux Odgen qui cultive son petit paradis dans la cour de son auberge et dont l'établissement sert maintenant d'hôpital pour vos hommes. Et il y a ce bon vieux Griswold, qui combat la morosité à grands coups de claques sur la cuisse et de rires tonitruants." Je vois le prince sourire avec sincérité pour la première fois. "Je ne sais pas si ce que je fais fait partie d'un dessein plus grand que seule la Grande Prêtresse connaît mais je sais que je me sens utile et que ces gens là-haut méritent que même une petite personne comme moi fasse ce qu'elle peut pour eux. Ne serait-ce que pour l'exemple."
- "Et si vous mouriez dans ce lieu infernal?" Il me regarde avec tristesse.
- "Alors, j'aurai été quelqu'un pendant deux années de ma vie et aurait vécu plus pendant ce court laps de temps que durant les treize années qui ont précédé." Il grimace.
- "N'avez-vous donc même plus peur de mourir?"
- "Oh que si messir. Je suis terrifiée. Mais ce que vous ne voyez pas, c'est que ma sœur que vous prenez pour un soldat implacable, comme vous dites, a tout fait pour m'enseigner tout ce qu'elle pouvait pour me donner une chance de survivre à tout ça. Cette chance je veux la prendre. Qui vous dit que je ne mourrai pas en restant ici? Si une nouvelle horde de khasdras passait par là ou d'autres créatures plus terribles, que pensez-vous que mes quelques flèches pourront faire? Quitte à choisir comment mourir, je préfère que ce soit à vos côtés à combattre que seule dans ce lieu sordide."

La main du prince sert une nouvelle fois la mienne. Je vois qu'il a les larmes aux yeux.

- "Très bien." Dit-il en se levant. "Alors dès que vous vous sentirez prête, nous partirons."

Il part de l'autre côté de la pièce et s'adosse au chambranle de la porte, observant le prochain couloir que nous devrons emprunter. Mes paroles semblent l'avoir touché. Moiraine se lève à son tour et s'agenouille devant moi. Avec une certaine tendresse, elle me prend le visage à deux mains.

- "J'espère sincèrement que j'aurai fait assez… ma sœur" Me dit-elle à voix basse. Mon cœur se sert.


Of course Jarzeth arrive à la rescousse :). Of course...
Après... est-ce qu'Adria avait raison sur lui ? Hmmm...

A demain pour la suite du coup.