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Acte 1 - Quatrième partie : Descente aux enfers
Chapitre 6 : Lazare
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Bientôt nous nous retrouvons à parcourir de nouveaux couloirs. J'ai perdu tout sens de l'orientation. Nous suivons aveuglément la source de puissance magique qui provient des entrailles de la prison Horadrique.
Puis, au détour d'un couloir, une voix semble nous parvenir à travers les murs, comme un écho lointain. Nous ralentissons et tentons d'approcher sans bruit. Au bout d'un long couloir, nous voyons une porte d'où émane une lumière intense. Les paroles sont bien plus claires maintenant mais les mots sont inintelligibles. Aidan dégaine son épée et s'avance en longeant le mur. Il ne peut s'empêcher de lâcher le nom de celui qu'on entend depuis un moment et dont il reconnaît maintenant la voix.
- "Lazare..."
Moiraine et moi prenons nos arcs respectifs en main. Jarzeth invoque en silence son bouclier d'énergie.
La voix de l'autre côté se tait quelques secondes, comme si elle avait soudainement pris conscience de notre présence. Mon cœur bat la chamade.
- "Qui est-là?"
L'instant d'après nous sommes comme agrippés par une force invisible et tractés vers l'avant. Nous nous débattons mais nous sommes comme ligotés. Impuissants, nous passons la porte en rang et sommes alignés comme des pions contre le mur du fond. L'archevêque est un homme d'une cinquantaine d'années au visage anguleux et au regard trouble. Il est en tenue de prêtrise. Le symbole du Zakharum brodé sur sa poitrine au fil d'or brille légèrement à la lumière des lampes, mais j'ai pourtant l'impression que l'éclat est faux… vicié.
L'endroit est très similaire à celui que j'avais trouvé dans les catacombes et où j'avais lu l'étrange poésie. Les murs sont recouverts de bibliothèques chargées d'ouvrages en tous genres et un énorme ouvrage repose, ouvert, sur un piédestal. Lazare se déplace et dévoile ce que son corps cachait partiellement à notre vue. Il prend place derrière un autel de pierre sur lequel est couché un jeune homme nu, à peine plus âgé que moi. Je frissonne d'horreur lorsque je vois une pointe cristalline qui saillit de son front ensanglanté. Je vois sa poitrine se soulever faiblement. Il est toujours en vie.
- "Aldrech." Gémit le prince en le voyant.
- "Prince Aidan, je me m'attendais pas à vous accueillir ici." La voix de Lazare transpire de condescendance. "Vous arrivez à point nommé pour voir l'avènement d'une ère nouvelle."
- "Par tous les saints, qu'avez-vous fait à mon frère?"
- "J'ai fait de lui l'élu." L'archevêque lève les bras et éclate d'un rire sadique. "Vous n'imaginez pas l'honneur qu'il a de devenir le vaisseau du Seigneur de la Terreur lui-même."
- "Pourquoi?" Demande alors Moiraine.
Lazare baisse la tête et accroche le regard de ma sœur. Pendant un instant, je crois voir une étrange lueur rougeoyante briller dans ses yeux.
- "Parce que la guerre du pêcher approche et que nous devons préparer les armées." Répond-il avec une sorte de ferveur maniaque.
- "Vous êtes un homme du Zakharum, comme moi. Vous servez la lumière angélique. Pourquoi avoir abandonné votre foi?" Crie Aidan.
- "Vous n'avez aucune idée des forces en jeu ici." La question du prince semble l'avoir déstabilisé. Les mots se précipitent comme s'il voulait donner plus d'informations qu'il ne pouvait physiquement le faire. "Les anges ont abandonné le Sanctuaire, il y a bien longtemps. Nous vénérons de fausses idoles qui n'accompliront jamais rien pour nous car ils ont juré de ne jamais interférer. Les démons en revanche ont déjà commencé à s'infiltrer dans notre monde. Les grands Seigneurs comme Diablo dorment depuis des siècles dans leur prison de cristal. Il suffit de les réveiller et le Sanctuaire leur fournira l'armée qui fera enfin tomber les anges de leur piédestal."
Il se met à rire comme un dément, puis se penche sur Aldrech. Ses mains tremblent alors qu'il caresse du bout des doigts le cristal fiché dans le crâne du jeune homme. Dans ses yeux se lit une adoration non feinte.
- "Les anges sont intervenus." Réplique Moiraine, l'arrachant à la contemplation béate de son œuvre. "Les Seigneurs des enfers ont été piégés par des hommes formés de la main même de Tyraël. Vous vous tenez dans les vestiges de la prison qu'ils ont construite. Vous vous mentez à vous-même."
- "Les Horadrims sont morts." Crache-t-il avec hargne. "Et ce n'est pas ce vieux fou de Cain qui se croit encore appartenir à cette caste disparue qui pourra changer quoique ce soit. Quant à Tyraël, si vraiment la vie des hommes lui importait, il serait ici même et son épée de lumière m'aurait déjà pourfendue. L'arrogance des anges doit prendre fin." Martèle-t-il en se dirigeant vers le support où repose un livre épais.
Il reprend la lecture que nous avions interrompue. Il parle dans une langue qui m'est inconnue mais les mots sont chargés de violence. Moiraine et Aidan tentent un temps de le raisonner, mais il ne continue de psalmodier. Bientôt, la pierre au front d'Aldrech se met à briller. Son corps est parcouru d'un léger tremblement.
- "Arrêtez ça tout de suite!" Hurle le prince.
Soudainement le livre saute de son piédestal. Je me retourne vers Moiraine, comprenant qu'elle vient d'utiliser sa télékinésie pour le faire bouger. L'effet de surprise est suffisant pour distraire Lazare. Il relâche son sort d'entrave une seconde. Mais c'est tout ce qu'il fallait. Ma sœur et le prince sont les premiers à se précipiter vers l'archevêque. Aidan fonce sur lui, l'épée au clair tandis que Moiraine tente de contourner l'autel pour récupérer le livre. Mais Lazare est plus vif que je ne l'aurai cru. Il déchaîne sur eux la foudre. L'impact est violent et ils s'écroulent tous deux, comme si on avait coupé les fils d'une marionnette. Je crie le nom de ma sœur en encochant une flèche.
Mais je n'ai pas l'occasion de tirer. Soudainement c'est le chaos le plus total. Je n'arrive plus à fixer Lazare du regard. Il apparaît et disparaît bien trop vite pour que je puisse le voir. J'entends pourtant sa voix. Il continue de psalmodier. Je finis par remarquer qu'il a le livre en sa possession et qu'il continue de lire. Jarzeth essaye de déchaîner ses sorts sur lui, mais il semble aussi insensible à la magie que lui et rien ne l'atteint.
L'archevêque n'essaye même pas de contre-attaquer. Compléter son rituel semble être la seule chose qui compte à ses yeux. Il ne me prête pas la moindre attention. Alors je prends le temps de me concentrer. Bientôt, je distingue un schéma dans ses téléportations. La musicalité des mots qu'il emploie l'oblige, peut être inconsciemment, à synchroniser rythmiquement ses déplacements. Et ce qui me paraissait erratique devient clair.
Je sais que je n'aurai pas le droit à l'erreur, alors au moment où je suis sûre de mon coup, je bande mon arc.
- "Jarzeth, reculez." Je crie.
Le mage m'obéit et il se téléporte aussitôt à mes côtés. Le visage de Lazare se déforme d'un rictus effrayant lorsqu'il me remarque enfin, mais pris dans son élan, il continue sa ronde. Je pivote pour viser l'endroit où il apparaîtra. Tout se déroule comme au ralenti. Je sens une grande quantité d'énergie s'accumuler dans mon arc. Ma flèche se met à briller d'un éclat rougeâtre que je ne reconnais pas. Je n'hésite pourtant pas à tirer en redirigeant toute la magie que Jarzeth vient de m'offrir. Lazare étonné de se trouver dans ma ligne de mire met une seconde de trop à disparaître.
Ma flèche l'atteint en pleine poitrine, un peu trop haut pour être mortelle, mais l'enchantement inconnu fait le reste. Le vicaire est propulsé avec une force inattendue et atterrit en vrac dans le coin de la pièce, en renversant plusieurs étagères de la bibliothèque qui se trouvait sur sa trajectoire. J'entends un craquement sinistre et Lazare s'immobilise, laissant retomber de ses mains privées de tonus le livre maudit. Un filet d'un liquide noirâtre épais apparaît à la commissure de ses lèvres et, quelques secondes plus tard, son habit de prêtre s'imbibe rapidement de la même substance. Il me faut un instant pour comprendre que c'est de son sang qu'il s'agit. Je grimace. Lazare n'était certainement plus humain depuis bien longtemps.
Alors que je pensais avoir réussi à interrompre définitivement l'archevêque, ce dernier défie tous les pronostics. C'est ainsi qu'abasourdis, nous l'écoutons impuissant prononcer dans un râle les derniers mots qui complètent le rituel. Une seconde plus tard, nous entendons un craquement sinistre dans sa cage thoracique alors que Jarzeth lui brise magiquement les os. Malheureusement, même la tentative désespérée du mage d'utiliser la magie interdite pour précipiter sa mort n'aura pas suffi pas à l'arrêter. Quelle volonté terrible habite ce corps?
Aux derniers mots prononcés par Lazare, la pierre sur le front d'Aldrech se met à briller de mille feux et le corps du jeune homme s'arc-boute de manière non naturelle. Il se met à se contorsionner frénétiquement pendant plusieurs terrifiantes secondes.
- "Aldrech!" Hurle le prince qui se relève difficilement.
Il prend appui sur l'autel et essaye de retenir les mouvements désordonnés qui agitent le corps de son frère. Mais quelque chose de plus puissant semble avoir pris possession du jeune homme. Comme mu par une force invisible, il s'élève au-dessus de la table de pierre sans qu'Aidan ne puisse le retenir. Un portail rouge sang s'ouvre dans le vide et son corps est aspiré à l'intérieur.
- "Mon maître... est... enfin libre." Croasse Lazare extatique, en régurgitant abondamment son sang noir visqueux.
L'instant suivant, la mort fige sur son visage son sourire malsain, dernier témoin de la folie qui l'habitait. Son expression à la fois démente et bienheureuse me glace le sang.
Moiraine se relève à son tour, une main sur la poitrine à l'endroit où la foudre l'a atteinte. Le portail devient très brillant et s'agrandit démesurément. Bientôt, comme Aldrech avant nous, nous sommes happés à l'intérieur.
Ouais en fait, je l'avoue j'ai publié deux jours d'affilé juste pour poser mon petit cliffhanger tranquille ^^
A dimanche pour affronter la source du mal.
