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Acte 2 - Deuxième partie : Départ vers l'Est
Chapitre 2 : Le dernier vol du corbeau
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Au crépuscule du troisième jour, je retrouve mes compagnons d'armes à la sortie du campement. J'ai fait le plein de flèches et j'ai fixé mon arc dans mon dos. J'ai toujours cet arc ridicule d'enfant, mais Charsi n'a pas eu l'occasion d'en fabriquer d'autres depuis notre déroute. Elle n'a pas les outils pour travailler correctement le bois. Et ceux des barbares sont trop grands et trop rigides pour moi, si leur cris ne sont pas là pour me fortifier. Celui-là manque de puissance c'est vrai, mais dans le combat qui s'annonce, ce ne sont pas mes flèches qui feront vraiment une différence alors ça n'a pas vraiment d'importance.
Alors que nous faisons nos premiers pas dehors, je distingue une silhouette un peu plus loin sur le chemin. C'est Kashya. Je fronce les sourcils. Elle semble nous attendre. Nous la rejoignons. En vérité, c'est moi qu'elle cherchait à voir en privé. Je la trouve bizarre. Elle m'emmène à l'écart. Je trouve son comportement très étrange. Son langage corporel aussi.
- "Venge moi." Me dit-elle à voix basse, le regard brûlant de rage, dès que nous sommes suffisamment loin. Elle tremble bien qu'elle essaye de le cacher. "Je sais que je ne devrai pas te demander parce que c'est aussi de ma faute si on en est là aujourd'hui." Je sens la morsure de la haine dans mon cœur mais je sers les dents. "Mais il n'y a que toi qui me comprenne. Même éveillée, je rêve d'elle. Je la revois prendre la vie des nôtres. Tu n'étais pas là lorsque nous avons essayé de contenir la première vague. Elle a … elle a …" balbutie-t-elle.
- "Pourquoi me dites vous cela maintenant?"
Je la coupe. Je résiste à l'envie de la frapper soudainement. Par son intervention, elle est en train de mettre à mal ma préparation, en me mettant à cran. Je ne veux pas entendre ce qu'elle à me dire. Pas maintenant.
- "Parce que ta haine te rend plus forte." Me répond-elle. Je vois briller dans ses yeux une ferveur emplie d'un désir que je trouve malsain. Je déglutis. "Si tu la hais plus, tu seras plus à même de la vaincre. Les probabilités ne mentent pas. Akara a confiance en des choses abstraites. Moi en des raisonnements empiriques. Je sais ce qui est mieux pour la victoire. Je ne souhaite pas ta mort." Elle m'attrape par les épaules. "Je veux que tu réussisses et que tu reviennes indemne. Et moi, ne pas être certaine du résultat me rend folle. Je vais exploser. Je crois qu'il n'y a que savoir Moiraine morte qui m'apaisera. Tu comprends."
Elle tremble toujours. Je hoche la tête mais m'écarte un peu pour qu'elle me lâche. A la vérité, je comprends qu'il faut absolument que je fasse l'inverse de ce qu'elle me demande, mais je lui mens pour qu'elle arrête d'essayer de me pousser à bout. C'est à la fois pathétique et effrayant. Je vois sa propre douleur à fleur de peau, sans presque aucune retenue. Le masque d'impassibilité est tombé.
- "Tu es suffisamment en colère pour décupler tes forces?" Me demande-t-elle finalement pour confirmation.
- "Oui." Dis-je à peine plus fort qu'un murmure plus pour la calmer que pour lui offrir quelconque satisfaction.
J'agrémente le tout d'une grimace qui pourrait passer pour de la colère pure si ce n'était pas du dépit. Elle ne fait visiblement pas vraiment la différence et cela semble fonctionner. Elle se calme progressivement et tente tant bien que mal de retrouver son impassibilité.
Sur le moment, je n'ai même plus la force de lui en vouloir. Elle me fait de la peine. Je comprends sa démarche. Je comprends ce qu'elle ressent. Mais je dois absolument m'en détacher. Car elle est le reflet de ce que je pourrai devenir si je me laissais aller et cela m'effraie. Elle garde la façade dans le camp, mais voilà ce qu'il en est vraiment. Au fond... Comment a-t-elle pu se laisser ronger ainsi?
En vérité, j'ai déjà ma réponse. Sans l'étrange intervention de Rolf, je n'aurai étrangement jamais espéré voir un autre lendemain. Je m'étais enfermée dans la même boucle infernale qu'elle. Et, je réalise maintenant que cette épreuve doit-être pire pour elle après ce qu'Akara m'a dit à son sujet.
Je prends congé d'elle aussi poliment que je le peux et rejoins mes compagnons, la laissant seule au milieu de la plaine.
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Mes compagnons et moi marchons en silence vers l'Est alors que la nuit commence à assombrir le ciel. Astrid ne possède pas la vision intérieure alors j'ouvre la route pour elle. Rolf ne semble étrangement pas gêné par l'obscurité. Je profite du trajet pour essayer d'effacer cet incident avec Kashya et me remettre dans de bonnes conditions pour le combat à venir. Marcher auprès du druide semble être un remède en soit. Sa présence m'apaiserait presque, pour une raison que j'ignore.
Bientôt, nous croisons dans la plaine les premiers morts vivants, mais ils ne nous remarquent pas. Rolf nous fait comprendre en silence qu'il a déjà commencé à camoufler notre présence depuis longtemps. Je souris.
Nous arrivons sans encombre aux abords du cimetière. Comme dans un fait exprès, cela ressemble énormément au cauchemar que Diablo avait induit dans mon cerveau lorsque j'étais à Tristram. Était-ce finalement bien une prémonition ? Les seigneurs démons sont-ils capables de montrer l'avenir? Je rejette mes questionnements et me concentre sur le présent.
Une légère brume recouvre le sol. La terre recrache la maigre chaleur qu'elle a accumulée durant le jour. Des bruits sinistres émanent du cimetière. Ce sont les gémissements des morts vivants qui nous parviennent de loin. Cela me glace le sang.
Nous nous faufilons jusqu'au muret qui ceint le lieu désacralisé. Plus loin se trouve la grille d'entrée. L'une des portes à été forcée et gît dans un angle bizarre sur le côté. C'est par là que nous passerons. Je saisis mon arc et déploie au maximum ma vision intérieure. Mais je le fais très lentement de peur que Moiraine ne le sente.
Bientôt sa présence m'est révélée ainsi que celles de nombreux morts vivants. Mon cœur se met à battre la chamade. Ça y est, nous y sommes. Nous n'aurons pas le droit à l'erreur. Plus un mot n'est toléré. Je leur indique par des gestes précis la localisation de ma sœur et nous commençons une approche discrète au milieu des tombes.
Moiraine se trouve en poste près d'un large mausolée, ce qui nous offre un très léger avantage. Sa vision physique sera réduite de ce côté-là. Nous nous déplaçons par à-coups en essayant de dissimuler notre approche en provoquant le moins de bruit possible, même si pour le moment, la couverture de Rolf semble parfaite. Les morts vivants à côté desquels nous passons nous ignorent totalement.
Nous sommes maintenant plus qu'à quelques mètres. Les mouvements de Moiraine me semblent assez étranges. Elle me paraît de plus en plus nerveuse. Peut-être commence-t-elle à deviner notre présence. Je vais devoir regarder pour repérer une fois pour toute les lieux et déterminer si oui ou non son comportement est anormal. La vision intérieure me donne une idée de ce qui se passe - je devine les formes et les mouvements mais dans ce cas précis, j'ai besoin de mes yeux pour mieux analyser la situation. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'elle peut l'entendre.
Je prends une inspiration profonde aussi silencieusement que possible et je me redresse très légèrement pour voir au-dessus des stèles qui nous cachent.
Mon cœur se sert lorsque je l'aperçois enfin. Comme lors de mon rêve, je ressens à nouveau une certaine attirance physique pour elle. Sa silhouette féline se dessine parfaitement à la lumière de la Lune. Malgré ou peut-être à cause de sa condition de succube, je la trouve splendide. Elle n'a pour seuls vêtements que les écailles pourpres qui recouvrent ses membres et une partie de sa poitrine. Elle porte toujours son masque de Khasdra d'où je vois dépasser sa chevelure rousse qui retombe en cascade sur ses épaules. Elle tient à la main son arc, dont les plumes noires évoquent les ailes d'un corbeau.
Comme je le craignais, elle est sur le qui vive. Je crois qu'elle a deviné qu'il y avait des intrus dans le cimetière. Je sens sa vision intérieure se déployer. Un frisson me parcourt l'échine quand elle entre en résonance avec la mienne. Elle se tourne vers moi mais ne semble pas me voir pour le moment. Je sais que ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle ne comprenne ce qui se passe. La peur aiguise mes sens. J'avertis aussi discrètement que possible Astrid et Rolf mais c'est hélas cela qui dévoile notre position. Dans son état d'éveil, le simple bruit de ma peau frottant sur mon armure aura suffi.
Une explosion nous propulse en arrière alors qu'une flèche magique touche une tombe près de nous. Elle nous a raté de deux mètres seulement. Le cimetière s'anime soudainement. Les morts se tournent vers nous et commencent leur approche lente et pataude dans notre direction. Astrid est la première à se relever. Elle charge aussitôt sur le flanc ma sœur qui est en train de courir dans notre direction pour avoir un meilleur angle.
Je n'ai pas le temps de me redresser, Moiraine attaque avec la rapidité et la justesse que je lui connais. Ses flèches sont chargées magiquement, tantôt pour exploser, tantôt pour transpercer. Toujours à moitié couchée au sol, je les dévie toutes aussi vite que je le peux. De puissantes détonations déchirent le silence de la nuit lorsque les traits explosifs atteignent une surface solide. Je dois à tout prix neutraliser ses flèches. Je sais qu'elle serait capable de s'en resservir le cas échéant. La tâche est ardue. Moiraine tire à une vitesse que j'ai du mal à suivre, mais pour l'instant ma protection est parfaite.
Elle remarque très vite ma présence et mais Astrid la presse lui laissant peu de temps pour s'occuper de mon cas. Cependant, après un salto impressionnant pour éviter la lance de l'amazone, c'est moi qu'elle prend pour cible. J'ai à peine le temps de rouler sur le dos pour éviter le trait. Je profite du mouvement pour me remettre sur mes pieds. Heureusement pour moi, l'attention de Moiraine est de nouveau accaparée par Astrid qui vient d'enchanter son corps. L'armure de foudre glisse sur elle et son arme. Chaque coup qu'elle porte maintenant fait jaillir des arcs électriques dans toutes les directions. Ses mouvements sont d'une précision redoutable. Aucun geste n'est superflu. Plusieurs éclairs atteignent Moiraine mais ils ne l'arrêtent pas. Elles se déplacent toutes les deux si vite. Si la mort de l'une des combattantes n'était pas le but de chacune, j'aurai pu trouver cette démonstration de force et de maîtrise subtile enchanteresse.
A quelques mètres de moi, je sens la présence implicite de Rolf qui s'occupe de la menace des morts vivants qui tentent de prendre à revers. Il combat à l'aide de son bâton et ne semble avoir aucun mal à les repousser.
Je me concentre à nouveau pleinement sur le combat qui fait rage entre ma sœur et Astrid. Cette dernière a réussi à se rapprocher dangereusement. Moiraine n'a pas d'armes de mêlée mais elle ne semble pas gênée pour se défendre. Elle se sert de son arc pour parer les coups qu'elle n'arrive pas à esquiver. Profitant du moment, je bande mon arc pour essayer de l'avoir dans un moment de faiblesse. Mais il n'y a pas d'ouverture et le combat est trop rapide. Je risquerai de blesser l'amazone par mégarde.
Je me sens soudainement si impuissante comme lors de mon combat contre Diablo. Je décide alors de me contenter de dégager le passage des morts vivants qui sont trop proches d'elles, comme Rolf.
Je reste toutefois attentive. Je vois bien que Moiraine essaye de trouver une ouverture pour se servir de son arc. Je sais qu'une seule flèche lui suffirait pour abattre Astrid. Mon cœur bat la chamade. Je tremble à chaque attaque de l'une et de l'autre. L'adrénaline aiguise mes sens et je tiens en respect mes sentiments. Je dois tout bloquer, quoiqu'il arrive. Tout!
Bientôt Moiraine trouve l'ouverture tant recherchée et tire à bout portant. J'anticipe l'attaque mais il me faut toute ma concentration pour figer le trait en plein vol. Je me mets à suer abondamment à cause de l'effort que cela me demande. Le tir était puissant.
Moiraine tourne soudainement la tête vers moi comprenant que je viens d'accomplir ce miracle. L'espace d'un instant je me revois au début de mon voyage avec elle, alors qu'elle me faisait cette démonstration. Je souris et les larmes menacent de couler à ce souvenir mais je tiens bon et ne relâche pas ma concentration. Je ressens tout de même un peu de fierté. L'élève a rattrapé le maître dans ce domaine.
Ce court moment de flottement pendant lequel Moiraine me regarde est tout ce qui suffit à Astrid pour porter le coup fatal. C'est avec un mélange d'allégresse et d'horreur que je la vois plonger sur ma sœur. Sa lance lui traverse le corps de part en part, comme si elle n'avait pas de réalité tangible. Quelle force terrible elle a. Je porte la main à ma poitrine alors que j'ai l'impression de ressentir la douleur dans mon propre corps, comme si j'avais reçu le coup moi-même.
Au même moment, l'amazone décharge toute la magie de foudre qu'elle conservait. Il y a une détonation puissante. Les éclairs jaillissent de leur deux corps réunis par l'attaque en formant des arcs électriques entre elles, le sol et les tombes alentour. Progressivement l'énergie se tarit dans un crépitement frénétique avant de disparaître totalement.
Le temps semble suspendu quelques secondes. Puis Astrid se redresse et fait un pas en arrière, la main toujours sur sa lance. Moi, je suis comme paralysée. Tout me semble irréel. Ma sœur n'a pas bougé. Elle me regarde toujours à travers son masque et je ne peux décoller le regard d'elle.
Le moment est brisé lorsque Astrid retire avec brutalité sa lance de son corps en la frappant d'un coup de pied puissant dans le ventre. Moiraine recule de plusieurs pas sous l'impact mais ne tombe pas. Elle tourne lentement la tête vers sa blessure, avant de retirer d'une main tremblante son masque. Elle le laisse tomber à ses pieds ainsi que son arc. Puis elle porte les mains à sa poitrine avant de finalement reporter son attention sur Astrid. Elle fait encore quelques pas titubants en arrière avant que ses genoux flanchent pour de bon. Elle s'écroule soudainement sur une tombe derrière elle pour ne plus bouger.
Les morts vivants gémissant ont cessé d'avancer et la flèche que je retenais toujours dans les airs retombe au sol dans un bruit mat. Mon cœur cogne fort dans ma poitrine. Les émotions se bousculent dans ma tête. J'ai un sentiment de victoire et une terrible impression d'avoir échoué en même temps.
Je m'approche lentement de mon ancienne maîtresse. Lance en main, Astrid attend vigilante un peu plus loin. Elle respire fort et je vois la transpiration perler sur sa peau. Le combat a été éprouvant physiquement pour elle. Elle me regarde passer et me sourit tristement. Elle compatit. Mon cœur se sert. Je sais que ce qui vient va être terrible pour moi. Mais c'est ainsi que ça doit être.
Je me retourne vers Moiraine. Je sers les poings. Son visage est étonnamment et douloureusement intact malgré sa transformation en succube. Elle a l'air si humaine… si elle. Elle est à moitié couchée sur cette tombe d'inconnu. Son buste est maintenu dans une position semi-verticale par la stèle dans son dos. Je vois alors avec horreur la blessure que l'amazone lui a infligée. Elle est allée droit au but. Au cœur. Un trou béant se trouve à l'endroit où la lance est entrée dans sa poitrine et où se trouvait certainement l'organe en question. Étrangement, il n'y a que très peu de sang et Moiraine est toujours consciente.
Elle ouvre les yeux lorsque je m'arrête près d'elle. Elle me sourit. J'ai soudainement envie de pleurer. Je la dévisage sans pouvoir prononcer un mot avant de regarder à nouveau ce trou dans son corps. Elle semble comprendre mon regard troublé sur sa blessure.
- "Je suis morte dans le monastère, sous les sorts d'Akara. Il n'y a plus que de la poussière dans mes veines." Articule-t-elle péniblement.
Sa voix n'a presque pas changé, ce qui me brise le cœur. Je pensais affronter un monstre qu'il me serait facile de haïr, mais si ce n'est ce corps légèrement changé, je la retrouve presque fidèle aux souvenirs que j'en avais. Et ce qui me fait le plus mal est que quelqu'un lui a refusé le droit de mourir. Comme Maeko…
La nécromancie … un échange sans contrepartie, ramenant une fausse vie dans des corps défunts. Une violation de l'existence en somme. Cette fois-ci les larmes coulent. Je m'agenouille à ses côtés. Moiraine reprend la parole lentement.
- "Ta nouvelle sœur sait ce qu'elle fait." Elle sourit à nouveau. "Elle sait comment arrêter un mort vivant. Droit au cœur." Elle baisse les yeux vers sa poitrine.
- "Vous arrêter peut-être mais pour vous tuer, comment dois-je faire?" Je demande la voix brisée et le cœur battant. La voir ainsi m'est insupportable. Je veux que ses souffrances s'achèvent au plus vite.
- "Il faut tuer le nécromancien ou bannir l'âme du royaume des mortels. Mais dans mon cas, ça ne sera pas la peine. Mon corps éthéré est en train de se disloquer. Il était bien trop abîmé de toute façon. Je serai bientôt libérée, n'aies crainte."
Tremblante, je la soulève légèrement et l'allonge près de moi. Je pose sa tête sur mes genoux. Distraitement, je passe une main dans ses cheveux. Nous restons un moment ainsi sans parler, sans bouger. Puis je sens littéralement l'énergie quitter son corps. La sensation est horrible. Je sers les dents.
- "Ça a été un honneur d'être ta sœur, Annor. Je suis désolée de t'avoir fait autant de mal. Est-ce que tu me pardonneras?" Murmure-t-elle. J'éclate en sanglots. Je ne peux rien dire, alors je hoche simplement la tête. "Merci."
Son corps se relâche et elle ferme les yeux. Elle a l'air en paix. Soudainement, je vois son aura réapparaître. Elle s'échappe de son corps par vagues successives par le trou dans sa poitrine. Elle s'étire et forme comme des éclairs épais et lents qui rampent sur le sol. Elle touche toutes les tombes et les quelques morts vivants encore debout qui errent sans but dans les allées. Ces derniers tombent au sol, comme si on avait coupé le charme qui les animait. Vient-elle de les bannir?
- "J'espère que les morts resteront là où ils doivent être dorénavant." Murmure Moiraine. Je la sers un peu plus fort. "Il est l'heure pour moi de les rejoindre. Adieu Annor..."
L'aura de ma sœur s'estompe lentement pour se fondre dans le brouillard environnant, ce qui me donne maintenant l'impression étrange qu'elle est tout autour de moi. L'instant suivant, son corps se transforme en poussière et la brise nocturne vient me l'arracher des mains.
Je pousse alors un cri terrible qui n'est que le pâle reflet de la peine que je ressens à ce moment.
Est-ce cela la vengeance? Je suis dévastée, écœurée, horrifiée, révoltée. Il n'y a pas de paix. Tout ceci n'a fait que m'ouvrir le cœur plus grand. J'ai mal. Si mal.
Astrid et Rolf me rejoignent aussitôt et s'agenouillent à leur tour. L'amazone pose une main réconfortante sur mon épaule et le druide me sert dans ses bras. J'enfouis mon visage dans ses peaux de bêtes.
- "Allez-y. Laissez-vous aller. Nous sommes là." Me dit-il à l'oreille.
Alors je me laisse aller. Je pleure et je crie jusqu'à ce que je n'ai plus de voix et que je tombe de fatigue.
Bien c'était le combat contre Moiraine. J'espère qu'il vous a plu.
