Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Le titre parle de lui-même et je pense que vous devinez déjà ce qui va se passer :P
Acte 2 - Deuxième partie : Départ vers l'Est
Chapitre 6 : L'armée sauvage
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Le jour de partir en guerre pour reprendre le monastère arrive enfin. Le campement s'active dans le matin glacé. C'est un temps à neige. Nous avons à peine le temps de nous préparer que l'on est rassemblés à la sortie devant la palissade. Notre armée est peu nombreuse mais impressionnante.
Je suis avec mes sœurs, en formation. Nous sommes une bonne quarantaine. Nous sommes pour la plupart armées d'arcs. Il y a quelques exceptions comme Kashya, Charsi ou encore Akara. Et Astrid se tient à l'écart.
Plus loin, les sorcières patientent dans des leurs habits colorés. Elles en ont prêté ou peut-être offert de similaires à Akara. Cela fait un peu bizarre de voir la Grande Prêtresse dans ces vêtements exotiques et surtout porter d'autre couleur que du violet, mais ça lui va bien.
Les barbares sont rassemblés à la sortie du camp. Pour l'occasion, ils ont peint à l'ocre sur leur corps des symboles guerriers. Charsi est avec nous mais les a imités. Elle abandonnée son armure et n'a gardé sur le haut du corps que de quoi dissimuler sa féminité. Comme les autres, elle a peint sa peau, mais à sa manière. Sur son ventre découvert, elle a dessiné un grand œil symbole de notre sororité. Je souris. Elle a allié ses origines retrouvées à son clan d'appartenance. Le nôtre. Elle est armée d'une hache à deux mains adaptée à son gabarit. Sur son visage se lit toute la détermination qui l'habite.
Les sorcières qui ont décidé de rester en arrière nous offrent un enchantement pour résister au froid, afin que nous puissions rester libres de nos mouvements en évitant les surcouches de vêtements. Elles nous ont garanti que cela durerait au moins la journée.
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Sans un mot, Akara dessine dans l'air les symboles arcaniques qui ouvrent le portail qui nous mènera au monastère. Son aura se déploie comme un voile diffus. Mon cœur bat la chamade. C'est l'heure... Nous passons le seuil magique à tour de rôle. Elle est la dernière à traverser et le portail se referme derrière elle.
Nous sommes postés dans la forêt à une demi-heure à pieds du monastère à vue de nez. Je reconnais vaguement les lieux. Parce que nous sommes dans les hauteurs, il fait plus froid, bien que je ne le sente pas vraiment. La neige tombée en abondance a tenu. Elle recouvre le sol et les arbres d'un manteau blanc délicat, ce qui rend le paysage est difficile à lire.
Kashya nous donne les dernières instructions.
- "La neige ne nous permettra pas de cacher notre présence efficacement mais il en sera de même pour nos ennemis. Restez attentifs. Charsi nous guidera. Les barbares doivent ouvrir la marche. Les sœurs ensuite. Puis les sorcières."
Après une rapide revue des troupes, nous nous mettons en route. Je suis extrêmement nerveuse. J'ai l'impression d'un grand calme avant la tempête. Après une courte randonnée, nous avons enfin les portes du monastère en vue. Elles sont restées ouvertes, comme lorsque nous avons fui. Revoir ces grands murs gris est émouvant.
Sans un mot, toutes les sœurs déploient leur vision intérieure. Je les imite. Celles qui le peuvent la partagent avec nos alliés pour augmenter légèrement leur perception. Mais, je sens que quelque chose cloche.
- "Ça bouge dans nos murs." Je murmure à Astrid qui s'est rapprochée de moi. Elle hoche la tête. "C'est un piège."
- "Je ne pense pas." Intervient Kashya qui nous a entendu. "Ils sont dormant. Trop de bouches à nourrir et pas assez de nourriture. Ils vont être enragés et affamés lorsqu'ils vont se réveiller."
Je grimace à la suggestion que les cadavres aient pu leur servir de nourriture pendant tout ce temps...
Nous pénétrons aussi discrètement que possible dans le cloître. Le mouvement dans les murs s'intensifie. Ils nous sentent de là, ou ils ont des sentinelles que nous ne voyons pas? J'ai un frisson d'horreur. Très vite les premiers déchus sortent en bondissant par les portes de la cour. Nous les abattons à distance, mais il ne faut pas attendre longtemps pour que l'alerte soit tout de même donnée. L'instant suivant, tout le monastère se réveille. Une rumeur infernale emplit les murs.
Mais combien sont-ils encore? Je pensais qu'Akara avait pu les exterminer...
- "En position!" Crie Kashya. Il ne sert plus à rien d'être discret maintenant.
Les barbares se répartissent en deux groupes et se mettent à crier. Leurs puissants cris résonnent dans l'enceinte du cloître. Nos cœurs et nos corps sont chargés à bloc. Le premier groupe, dans lequel se trouve Garak, se déploie et charge la première vague d'ennemis qui fondent sur nous, tandis que le second s'occupe de bloquer ce qui arrive sur nos flancs. Les barbares retiennent efficacement la multitude pendant un temps puis se font déborder. Depuis l'arrière, les sorcières enchantent les armes et lancent des boules de feu pour contenir le gros des troupes vers l'avant. Au milieu de tout cela je cherche simplement à trouver et abattre les meneurs de troupes et les nécromanciens. L'expérience du terrier de déchus m'a servi de leçon.
A plusieurs reprises, l'écho d'Auriel se manifeste mais mes flèches ne sont pas enchantées. Sur le coup, je ne cherche pas trop à comprendre pourquoi cela ne marche pas comme lorsque j'ai pris en main l'arme. Je pense au départ qu'il s'agit d'un effet du mélange de la magie des sorcières et celle contenue dans l'arc puis je remarque un détail troublant. La main éthérée qui se superpose à la mienne dessine de manière répétée des symboles avec les doigts. Il me faut plusieurs répétitions avant de comprendre les symboles. La fois suivante je l'imite. Ma flèche se nimbe alors de filaments arcaniques.
Mon cœur manque un battement alors que je reconnais cet enchantement. C'est celui de Moiraine. Le perce armure. Je dois faire un effort pour rester concentrée sur le combat et ne pas tomber dans la superstition que ma défunte sœur serait vraiment à mes côtés. Le corps éthéré est une chose dont je n'embrasse pas encore tous les concepts. Cela dit, cette chose essaie de m'apprendre un sort. Sans attendre, je libère ma flèche sur un khasdra ardi qui tente d'atteindre un barbare dans le dos. Mon trait l'atteint dans l'épaule. L'homme bouc fait un pas en arrière sous le choc et lorsqu'il se redresse pour me faire face, je vois un réseau de lignes blanches apparaître à l'endroit où elle a touché. Je souris. Les symboles sont simples, je peux les reproduire à l'infini sans problème. Moiraine les dessinait imperceptiblement. Pour l'instant, je me contenterai de mouvements grossiers, mais ce sera tout aussi efficace. Le khasdra fonce vers moi. Je tire une nouvelle fois, presque par réflexe. Ma flèche se plante sa poitrine jusqu'à la hampe. Une impulsion de télékinésie suffit pour la faire ressortir et se ficher dans l'œil du déchu qui se trouvait derrière. Le khasdra crache du sang avant de s'effondrer terrassé, en même temps que le malheureux que j'ai atteint après.
Ma petite victoire personnelle est cependant de courte durée. Je ne peux pas me réjouir de ce que je viens d'accomplir. L'armée infernale ne désemplit pas. Il arrive toujours de nouveaux monstres par les portes et fenêtres du premier étage des bâtiments de la cour. Nous n'avons pas avancé d'un pouce.
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Cela fait bientôt une heure que nous tenons ainsi, mais malgré nos efforts, l'armée des enfers est juste bien trop nombreuse et nous commençons maintenant à perdre du terrain. Rolf avait raison. Nous avons largement sous-estimé la menace.
La panique commence à gagner notre groupe lorsqu'une des sorcières s'écroule sans raison. Son corps est subitement agité de spasmes et des écailles rouges commencent à recouvrir sa peau sombre. Astrid est la première à réagir. Elle la tue avant que ne s'achève la transformation en succube. Elle me jette un regard inquiet. Je me concentre alors sur le sol autour de nous. Il me faut faire un effort de concentration intense pour voir ce qui est caché. Les tentacules noirs, influence d'Andariel, rampent partout et s'accrochent à nos combattants. Je grimace. Encore une fois, je n'ai pas senti sa présence avant qu'il ne soit trop tard. Les barbares semblent épargnés mais, des femmes, les sorcières sont les plus touchées. Sans doute parce qu'elles sont sensibles au chaos et les sœurs formées à la discipline.
- "Résistez!" Je leur crie. "C'est Andariel qui cherche à vous convertir! Résistez!"
Une sorcière à la peau noire et au crâne rasé vient à mes côtés. Je la reconnais. C'est la meneuse de la danse guerrière de la dernière fois.
- "Comment?" Me demande-t-elle. La peur se lit sur son visage.
- "Focalisez-vous sur votre but et pourquoi vous vous battez. Pas sur la peur que vous ressentez. La détermination est la clé. Elle doit être vraie, absolue."
Je repense à Lachdanan en prononçant ces mots. Le soldat n'avait aucun pouvoir particulier sinon son inflexible loyauté pour la famille royale et son pays.
- "L'influence démoniaque n'atteint pas les cœurs résolus..." Dis-je dans un souffle.
La sorcière ferme les yeux et entame une sorte de litanie lente dans une langue qui m'est inconnue. Elle se calme progressivement et je vois les tentacules s'éloigner légèrement d'elle.
- "Ça marche." Je m'exclame enthousiasmée.
Elle ouvre les yeux et me sourit.
- "Le mantra de concentration spirituel suffira alors..."
Je la regarde hébétée. Elle retourne dans son groupe. Je l'entends leur parler aux autres sorcières dans cette autre langue qu'elles ont. Pendant qu'elles combattent, elles se mettent toutes à réciter l'étrange litanie. Les tentacules s'écartent doucement. C'est mieux même si je sais que ça ne suffira pas sur le long terme. Nous ne sommes pas assez nombreux pour faire face.
C'est alors que je repense à Rolf. Il avait dit qu'il serait là quand nous aurions besoin de lui. Et je ne le vois nulle part... J'agis d'instinct. J'abandonne mon poste et cours vers l'entrée du monastère. Je m'avance même sur le chemin, scrutant la forêt à la recherche d'un signe. Rien... J'attends quoi ? Une minute, peut être deux... Rien... Je ne vais pas pouvoir faire défaut à mon poste beaucoup plus longtemps. Je sers mon arc et ferme les yeux. Dans mon dos j'entends des cris. Ceux des monstres... Ceux des combattants... Le cauchemar se répète...
Alors que je perds espoir en notre victoire, je sens la présence qui habite mon arme m'envelopper avec douceur. Auriel… Me dit-elle que je ne dois pas abandonner ? J'ouvre les yeux et tourne la tête à ma gauche. L'aura diffuse d'Auriel est parfaitement formée à mes côtés et elle me montre la forêt du doigt. Je redresse la tête et suis du regard ce qu'elle m'indique. C'est alors que je l'aperçois...
Il est encore loin sur le chemin forestier mais il approche vite. Mon cœur s'emballe. Rolf a tenu parole. Je souris à pleine dents. J'ai envie de crier à mes sœurs que le druide est de retour, mais je suis subjuguée parce qui arrive ensuite. J'ai les larmes aux yeux lorsque je vois glisser hors des sous-bois une meute de loups à la fourrure grise. A vue de nez, ils sont au moins une trentaine. Ils le suivent paisiblement comme ils suivraient leur mâle alpha. Puis c'est au tour de quelque chose de bien plus massif d'émerger de la forêt. J'écarquille les yeux lorsque je vois trois ours bruns qui s'avancent d'un pas lourd dans ma direction.
Rofl s'arrête finalement à ma hauteur suivi par sa horde. Je sens une grande énergie émaner de son corps. Sans doute a-t-il invoqué l'esprit d'un arbre pour se donner de la force. Il me salue avec le sourire.
- "Ils sont nombreux à avoir répondu à l'appel." Dit-il de sa voix calme et posée. "Très nombreux... L'armée sauvage est à votre service. Ils n'attendent qu'un signe."
Il s'incline très légèrement. Je regarde hébétée la meute et les ours. Ils sont nombreux, c'est vrai, mais ils seront insuffisants. De quoi parle-t-il? Je me retourne alors vers le champ de bataille. La situation est critique. Il n'y a pas un instant à perdre. Les forces des enfers sont trop nombreuses, il faut intervenir.
- "C'est le moment." Je dis simplement.
Rolf lève les bras au ciel comme le font les barbares pour crier mais c'est un rugissement puissant qui s'échappe de sa gorge. Comment son corps est-il capable de produire un tel son? La force de son cri surprend tout le monde. Le combat s'interrompt l'espace d'une seconde tandis qu'alliés comme ennemis se tournent vers lui. L'instant suivant une clameur, comme je n'en avais jamais entendu avant, emplit toute la forêt. C'est alors que s'élève au-dessus des arbres une nuée de corbeaux si compacte, qu'elle noircit le ciel.
- "Aucune force des ténèbres ne résistera à la rage de la nature." Me dit Rolf avec un sourire soudainement bestial.
Je n'ai pas les mots pour décrire ce que je ressens alors. Je suis submergée par l'émotion. Il a levé pour nous une véritable armée sauvage. J'ai l'impression que tous les oiseaux du continent se sont rassemblés pour nous venir en aide. Je suis parcourue de frissons d'entendre cette clameur dans le ciel. Je me retourne vers mes sœurs et croise par hasard le regard de Kashya. Elle semble tout aussi estomaquée. Elle qui avait décidé de rejeter le druide de son équation, c'est ce dernier qui apporte la plus inattendue des solutions. Je suis amère cependant. Elle ne voulait pas croire...
- "Ne perdez pas votre cœur en rancœur inutile. Je ne lui en veux pas. Vous ne devriez pas non plus." Me dit Rolf en remarquant mon regard. "Ma vision du monde est étrangère à tous les combattants de votre armée. Encore plus pour votre sœur. Ce n'est pas grave."
- "Mais je vous comprends... Je crois..."
- "Pas encore. Mais un jour, sans doute." Il me sourit puis fait un pas en direction du monastère. "Ne bougez plus!" Hurle-t-il au dessus de la clameur qui s'intensifie à mesure que les oiseaux se rapprochent de nous.
Nous obéissons et en quelques secondes la marée de plumes noires se déverse sur nous. Déchus et khasdras disparaissent dans un déluge de battements d'ailes, de coups de becs et de croassements. Le bruit est assourdissant. Lorsque les corbeaux reprennent leur envol et se mettent à voler en cercle autour du monastère, notre groupe est le seul encore debout. Les cadavres de nos ennemis gisent au sol, mutilés par des centaines de coups de becs et de griffes. Je me retourne incrédule vers Rolf. Il m'ignore et continue d'avancer dans le monastère. Il rugit à nouveau, la meute s'élance à son tour et entre dans les bâtiments par toutes les ouvertures qu'ils peuvent trouver. Bientôt les cris des déchus qui s'étaient cachés résonnent dans les murs alors que les loups les chassent. Ils tentent de s'échapper, mais nos combattants les cueillent à la sortie et ils finissent par rejoindre leurs semblables précédemment tués.
- "Est-ce que ça va?" Me demande le druide et se retournant vers moi.
Je plonge dans ses grands yeux verts qui ne montrent aucune hargne malgré le côté bestial qui exsude de tout son être. Il n'est pas des nôtres. Il vit dans une réalité que personne ne peut comprendre. Quelque part au fond de moi, je ressens son étrange sérénité mais je ne peux entrevoir ce qui lui donne cette force d'ignorer l'horreur pour rester humain. Est-il seulement humain? Un spectre avait dit Garak. Non, il est bien plus que cela.
- "Comment… comment faites-vous ?" Je bégaie.
- "Je suis un druide." Me répondit-il. "Je suis la nature."
- "Évidemment…" je ricane mais c'est nerveux.
Ce n'est pas une réponse, mais je la comprends un peu. Il n'y a aucune autre explication que mon cerveau ne peut concevoir de toute façon...
Le moment de stupeur passé, tout le monde salue notre sauveur, mais nous ne perdons pas un seul instant. Notre groupe se remet en formation. Les ours bruns rejoignent tranquillement la ligne de front tenue par les barbares, comme si c'était la chose la plus naturelle à faire. Puis nous nous enfonçons dans le monastère. Nous passons cour après cour. Le nuage de corbeaux fait place nette dès que nous en avons besoin et très vite nous ne craignons plus rien de l'armée des enfers. Notre protection céleste est inviolable.
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C'est en suivant l'influence d'Andariel que nous trouvons bientôt l'origine du mal. Elle provient d'un endroit inattendu. La chapelle. Ou plutôt sa crypte. C'est la construction la plus ancienne du monastère. Comme dans la cathédrale de Tristram un mur a été abattu sur une certaine hauteur est creusé ou plutôt partiellement effondré. Il y a une sorte de barrière magique qui protège l'entrée. Non c'est différent. C'est un portail… le portail que Moiraine a ouvert, je devine. Plusieurs barbares essayent d'entrer mais n'y arrivent pas. Akara s'approche.
- "C'est une poche de réalité démoniaque." Dit-elle après avoir touché la surface du bout des doigts. "Nous ne pourrons pas tous y pénétrer."
Kashya grimace.
- "Si les archères ne peuvent pas tenir Andariel à distance. Le combat va être extrêmement dangereux." Déclare-t-elle.
- "Nous n'avons pas le choix, pourtant." Proteste la Grande Prêtresse. "Il faut continuer.
En disant cela, elle passe le portail sous le regard horrifié de ma maîtresse d'armes.
Bien bien. Alors Rolf? :P
Vendredi, c'est le combat contre Andariel. Et après cela, je reprends un rythme normal. C'est à dire dimanche et mercredi.
A très vite!
