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Acte 2 - Deuxième partie : Départ vers l'Est

Chapitre 9 : Passé, présent, futur

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La brume pastel m'enveloppe à nouveau. Pendant ce court moment de répits, j'essaie de me calmer un peu. Découvrir ce qui était arrivé à Moiraine m'a grandement secoué.

Lorsque la scène apparaît enfin, je suis dans les monts enneigés d'Arréat. Je vois de grandes murailles qui protègent une cité barbare gigantesque. La forteresse est assiégée par une armée de démons que je n'avais jamais vus avant. Ils sont plus grands, plus hideux, plus féroces que ce que j'ai connu jusque là. Mais surtout, c'est leur nombre qui m'impressionne. Ils sont des dizaines de milliers.

Autour de moi, des centaines de barbares fuient le champ de bataille, pressés par cette armée phénoménale. Leur vitesse de course leur permet de dépasser leurs ennemis mais ils n'ont que moins d'une centaine de mètres d'avance. Au loin, je les vois bondir hors de danger par-dessus un gouffre gigantesque qui entoure l'immense cité. Ils sont rattrapés à la volée par leurs frères, de l'autre côté, et mis en sécurité. L'évacuation est l'une des plus impressionnantes qu'il m'ait été donnée de voir.

Mon corps immatériel glisse dans la brume pastel jusqu'à un point de vu aérien. Je constate alors que ce que je voyais alors n'était que le sommet de l'iceberg. Les armées barbare et démoniaque sont immenses et l'évacuation que j'avais pu observer était bien plus importante. C'est une marée humaine qui rejoint l'abri de la cité par tous les côtés et j'avais largement sous estimé le nombre de démons. Leur masse noircit littéralement les flancs de la montagne.

C'est alors que mon regard est attiré par un mouvement sur les remparts. Drapée dans ses éternelles robes violettes, Akara domine le champ de bataille dans ce corps sans âge qui est le sien. A son cou, pend l'Oeil Aveugle dans un écrin d'acier. Lorsque les barbares sont suffisamment à l'abri, elle déchaîne une tempête cataclysmique. Ce qu'elle avait invoqué au monastère n'était rien en comparaison. Sa puissance est sans pareil. Si j'ai toujours été impressionné par son aura, celle qu'elle déploie ce jour-là est bien plus intense. Bientôt, le ciel s'ouvre et vomit une pluie de roches en fusion qui embrassent les flancs de la montagne. La fureur des cieux dure une éternité et à elle seule Akara met fin à une invasion infernale massive du royaume barbare.

Je comprends alors que cette vision vient de son passé, il y a fort longtemps et que l'univers ne lui a toujours pas rendu à ce jour, l'intégralité de l'énergie primordiale qu'elle a dépensé pour lancer ce sort cataclysmique ce jour-là. Le mot Néphalem tourne dans mon esprit. Elle qui disait ne pas pouvoir tenir tête à un seigneur démon... Ce n'est peut-être plus le cas aujourd'hui, mais à cette époque, clairement, elle le pouvait.

La vision ne me laisse pas le temps d'admirer la force de celle qui deviendra notre Grande Prêtresse. Les scènes changent à plusieurs reprises. Akara souffre du contrecoup de l'utilisation de sa magie. Elle est très affaiblie, mais les barbares prennent soin d'elle. Je la vois par à coups entrer en transe à différents moments de son rétablissement. Je comprends qu'elle a des visions de l'avenir grâce à la pierre à son cou.

La scène change à nouveau et me propulse un peu plus loin dans sa ligne temporelle. Je vois Akara s'adresser au jarl en personne. Elle est à genoux devant le trône.

- "Messire." Dit-elle. "J'ai vu la chute des trois frères. Soyez rassuré, les Horadrims vaincront." Le seigneur barbare sourit.
- "Voilà une nouvelle formidable!" Il se lève et s'agenouille à son tour. Même ainsi, il l'a domine toujours physiquement. "Sœur Akara, vous avez accompli l'impossible pour nous. De tout Sanctuaire, vous êtes la seule à avoir répondu à notre cri de détresse. En se manifestant loin à l'Est dans les terres Khéjistanies, les Seigneurs Démons ont détourné le regard du monde de nous, mais leur objectif est derrière nos murs, dans la montagne sacrée. Vous seule avez regardé dans la bonne direction et par votre engagement vous avez sauvé tout Sanctuaire d'une fin terrible. Les barbares vous seront éternellement reconnaissant."

Je plisse les yeux. Si je n'ai aucune difficulté à comprendre que c'est ainsi qu'Akara a noué des relations avec les barbares il y a très longtemps, quelque chose m'interroge. Qu'est-ce qui se trouve dans la montagne et que les démons convoitent? Qu'est-ce que les barbares protègent? Soudain mon sang ne fait qu'un tour. Les paroles de la Grande Prêtresse sur la genèse de Sanctuaire me reviennent. Elle m'avait dit que les barbares ont une mission sacrée qui dure depuis des siècles. Et qu'y a t-il de plus précieux en Sanctuaire que la Pierre Monde. Oui, ce doit être ça. Le cœur d'Anu est sans doute caché dans leur montagne et les barbares le protègent depuis toujours...

La scène change à nouveau rapidement, me laissant peu de temps à la réflexion. J'ai du mal à saisir tout ce qui se passe. Dans des flashs, je vois de puissants mages combattre des démons dont je n'arrive pas à distinguer l'aspect. Ce que je sais c'est que les combats sont titanesques. Sans doute s'agit-il du combat des Horadrims face aux trois frères.

Puis la brume me ramène dans le Khanduras. Dans une forêt montagneuse. Je reconnais la région du monastère. Il n'y a qu'une chapelle, perdue au milieu de nulle part. Notre chapelle, avant que nous nous installions. Je suis toujours dans le passé. J'essaie de déterminer l'époque, mais je n'ai aucun point de repère.

Un homme en guenilles force l'entrée du lieu saint qui semble avoir été déserté depuis longtemps. Lorsqu'il rabat la maigre capuche qui cache son visage, je déglutis. C'est l'homme difforme de la vision que j'avais eu à Tristram en touchant le livre de Lazare. Des excroissances osseuses sont visibles sous sa peau craquelée. Devant l'autel défoncé, il tombe à genoux et se met à hurler. La transformation fait apparaître de nouvelles difformités sur son corps. Il reste un long moment recroquevillé sur le sol poussiéreux. Puis, lorsqu'il est assez fort pour cela, il se redresse péniblement, regardant nerveusement autour de lui. Le pas chancelant, il descend dans la crypte. Là se trouve une fissure dans le mur. Au même endroit que le portail d'Andariel se trouvait. Il colle son visage contre la pierre.

- "Tu es là?" Demande-t-il d'une voix déformée. La réponse se fait attendre.
- "Diablo? Ta présence n'est pas désirée. Que veux-tu ?" Siffle la reine des succubes derrière le mur.
- "Je vais bientôt être rattrapé par les mages humains formés par Tyraël. J'ai besoin de ton aide."
- "Laisse moi tranquille. Contrairement à vous j'ai planifié mon invasion subtilement. Si tu restes ici ils vont me découvrir. Part séant."
- "Écoute-moi, vile serpent! Gronde-t-il. "L'aide que je te demande n'est pas pour maintenant. Tu pourras continuer tes manigances dans l'ombre."
- "Je t'écoute." Andariel semble intéressée.
- "Les humains ont façonné des pierres à partir de fragments du cœur d'Anu pour nous enfermer. Je vais me laisser capturer. Ils ont créé ce piège dans l'urgence, sans la supervision de Tyraël. Ils ne savent sans doute pas que nous savons manipuler la Pierre Monde. Je prendrai le contrôle de ma prison et mes frères également, puis nous reviendrons. Nous serons sans doute affaiblis, mais nous ouvrirons le Sanctuaire de l'intérieur pour reprendre la pierre à ses fous. Les humains sont fragiles, ils plieront sous notre volonté. Ce que je te demande, c'est le moment venu, de protéger notre voie lorsque nous nous réveillerons. Mes frères ont déjà été faits prisonniers plus à l'Est. Cette chaîne de montagne coupe le continent en deux. Si tu prends cette position, personne ne pourra nous empêcher de nous rejoindre."
- "Un plan subtile, cela ne te ressemble pas, Diablo." L'homme se met à rire sinistrement.
- "C'est Méphisto qui a pensé à cela."
- "Je me disais aussi…"
- "Alors que dis-tu?"
- "J'accepte, à la condition que tu m'offres toutes les femmes de ce royaume. Elles sont si délicieuses. Pleines de vices et de désirs inavoués."
- "S'il n'y a que cela pour te satisfaire. Accordé. Tu sais de toute façon que nous aimons aussi tes plaisirs sadiques." Il sourit d'un air mauvais.
- "Maintenant quitte mes terres!" Crache la démone.

Sans attendre, Diablo dans ce corps monstrueux s'enfuit et prend la direction de Tristram.

La scène change à nouveau. Je suis au milieu d'un groupe d'hommes qui semblent être de simples villageois. A leurs pieds, l'homme difforme est étendu dans une flaque de sang noir, son corps piqué de nombreuses flèches. J'écoute les conversations qui parlent de cette rencontre terrifiante qui a mené à cette battue improvisée par les chasseurs du coin qui défendaient simplement leurs terres. Puis un prêtre du Zakharum arrive en courant, mené par des paysans jusqu'au corps. Il comprend que ce qu'il a devant lui est bien plus qu'un cas de mutation démoniaque classique. Il demande aux chasseurs d'aller à l'Est à la rencontre des Horadrims pour demander leur aide.

Ce qu'il advient ensuite ne m'est pas montré mais je devine sans peine ce qui s'est passé. La brume m'enveloppe à nouveau et je fais un autre bond dans le temps.

Je me trouve dans un endroit sombre. J'entends des chants. Sans doute religieux, mais les voix me semblent progressivement dissonantes et je me sens de plus en plus mal. Mes yeux s'habituent doucement à l'obscurité. Je distingue des personnes agenouillées dans des vêtements gris. Ils semblent prier. Ce sont eux que j'entends chanter. Je me déplace sans bouger parmi ses hommes et ses femmes prostrés. J'essaye de voir leur visage mais ils sont tous encapuchonnés. Observant autour de moi, je reconnais sur les murs le symbole du Zakharum. Est-ce vraiment un temple de la lumière ? Pourquoi est-il si sinistre?

Je vois plusieurs personnes se relever et je glisse à leurs côtés alors qu'elles s'enfoncent dans les profondeurs du lieu. Jusque là la vision me faisait sauter d'un point de vue à un autre. Ce mouvement sans déplacement est un peu perturbant mais je m'habitue rapidement.

Après de multiples salles plus sombres les unes que les autres nous arrivons dans une pièce immense illuminée par des torches arcaniques diffusant une lumière verte. De grands bassins d'une eau stagnante encadrent un autel sur lequel une pierre émeraude pulse d'un éclat mauvais. C'est une pierre d'âme, j'en suis certaine. Les individus s'avancent lentement et forment un cercle autour d'elle. C'est alors que je perçois une voix plus diabolique et malfaisante que tout ce que j'ai entendu jusque là. Elle s'exprime dans un souffle, presque un râle, lentement, posément. Je ne comprends pas vraiment ce qu'elle dit toutefois. Simplement quelques mots qui tournent en boucle. Baal. Tal Rasha. Tyraël. Tristram. Diablo. Je sens comme des aiguilles me piquer la chair lorsque je l'entends.

Un homme encapuchonné s'avance. Il caresse la pierre d'une main tremblante. Je devine de l'excitation dans ce geste. Il halète légèrement comme s'il atteignait progressivement l'orgasme. Je grimace. Qui peut éprouver du plaisir à écouter cette voix sinistre. Bientôt le message est plus clair. J'ai l'impression que mon sang devient de glace.

- "Tyraël a enfermé mes frères aussi. Baal est quelque par dans le désert, à l'Ouest. Je l'entends si faiblement. Il me répète sans cesse. Tal Rasha. Tal Rasha. J'ignore ce que c'est. Mais sa prison est encore forte. En revanche Diablo a commencé à s'éveiller. Son influence est encore faible, mais elle grandit. Il est si loin sous terre. Il a besoin d'aide."

A ces mots je comprends que l'être contenu dans cette pierre doit être Mephisto. Le seigneur de la haine d'où je tire ma force. Je me mets à trembler. Quelle créature atroce. Pourquoi ai-je hérité d'un tel monstre?

- "Je l'aiderai à se libérer, Seigneur." Je reconnais cette voix. C'est Lazare. Je n'ai aucun doute. "Je trouverai le moyen."
- "Alors file. Vas au Khanduras le retrouver. Tu es le plus imprégné de mes fidèles. Tu n'auras aucun mal à sentir sa présence. Laisse le te guider jusqu'à lui. Il aura besoin d'un corps fort. Diablo est puissant et a besoin d'une chair à la mesure de contenir ses pouvoirs."
- "Bien mon Seigneur." Susurre l'archevêque avec un désir à peine contenu. Il me rend malade.

La vision m'éloigne de ce temple maudit où la déchéance du Zakharum est totale et où le plan de Lazare a débuté il y a des années.

Je suis ramenée à Tristram. Il me faut un moment pour comprendre que nous sommes dans un passé beaucoup moins lointain. Nous sommes au milieu de l'été. Aidan est couché dans l'herbe, dans une prairie. Blottie contre lui, Adria semble dormir paisiblement. Le prince porte des vêtements amples. La sorcière a glissé son bras dans sa chemise ouverte. Je vois qu'elle a obtenu ce qu'elle cherchait, ce qui me fait sourire légèrement.

La brume pastel m'emporte dans leur chambre. Il fait nuit noire. Les rôles sont en quelque sorte inversés. Dans le grand lit royal, aux draps de satin, Adria est assise, nue, et sert contre sa poitrine Aidan qui sanglote. Elle caresse avec douceur ses cheveux et lui murmure des paroles apaisantes.

Puis, je fais plusieurs sauts dans le temps. Je vois les journées qui défilent en accéléré, ce qui me donne le tournis. Je dois me concentrer pour voir ce qui se passe. Les scènes sont à tour de rôles gênantes ou effrayantes. Je rentre dans l'intimité du couple, qu'ils passent simplement du temps ensemble ou qu'ils découchent. Adria et le prince semblent cacher leur relation. Les visions effrayantes sont toujours celles qui me montrent le prince seul. Aidan qui se réveille en hurlant toute les nuits, le visage déformé par une terreur innommable. Parfois, son corps est agité de spasmes impressionnants ou de mouvements qui devraient être impossibles. La seule chose qui semble le calmer est la présence d'Adria à ses côtés.

Hélas du jour au lendemain, la sorcière disparait, le laissant seul avec ce mal qui le ronge. C'est là que le prince sombre. Il tente d'utiliser les potions de Pipin pour trouver le repos mais rien n'y fait. Sa peau prend lentement une teinte terreuse, à mesure que l'insomnie s'installe.

Puis, un jour, Aidan quitte la ville avec une partie de la garde. Il s'entretient avec d'autres soldats qui semblent mécontents. Je n'entends pas ce qu'il dit mais il semble tenter de justifier son départ à ses hommes restants.

La brume continue de dévoiler en succession rapide, les événements liés à son départ puis la vision se stabilise enfin.

Je le suis maintenant qu'il s'aventure loin dans les terres au nord, là où personne ne viendra le chercher. Un jour. Pris d'une folie que je n'explique pas, il tue les hommes de sa garde avec la force surhumaine que je lui connaissais. La lumière autrefois resplendissante qui émanait de son corps est devenue froide, glacée. Le massacre est d'une violence inouïe. Puis au milieu des cadavres, il est pris d'un accès de démence. Il arrache sa tunique et hurle à gorge déployée vers les cieux. Sous sa peau, je vois briller une lumière rouge reconnaissable parmi tant d'autres. La pierre d'âme de Diablo est plus active que jamais et elle est en train de prendre possession de lui.

La brume m'arrache à cette vision horrifique pour me ramener à Tristram. C'est la fin de l'automne. Je vois Aidan entrer dans la ville dans un habit piteux de rôdeur. Il a gardé comme dernier vestige de son rang, son épée, mais même l'acier a perdu de son éclat. Il entre dans l'auberge d'Odgen. La foule le considère d'un œil aviné et bovin mais personne ne le reconnaît. Il faut dire que son visage à bien changé. Il a perdu ses cheveux, et de profondes rides marquent sa peau. Ses pommettes sont également plus saillantes qu'avant et ses yeux bleus ont viré au noir.

Un homme dans le fond cependant, continue de l'observer sans rien dire. C'est un pauvre bougre quelconque qui tire sur une longue pipe que je devine chargée de drogue, vu l'éclat terne de son regard. Aidan s'assoit au comptoir et plante sa longue épée dans le sol sans en lâcher le pommeau. Alors, qu'Odgen ramène sa boisson, la main du prince qui tient l'épée se met à trembler. Je vois le regard terrifié d'Aidan qui perd soudainement le contrôle. Visiblement, il ne s'attendait pas à cela. Sa main tremble de plus en plus, jusqu'à ce que son corps entier soit agité de spasmes terrifiants. L'aubergiste s'approche de lui, tentant de lui venir en aide, mais le prince s'écroule au sol dans ses guenilles et tout autour de lui se dessine un cercle de feu. La panique gagne la foule. Les gens commencent à fuir. Les vêtements amples que porte le prince se mettent à onduler et de sous le tissu émergent des créatures rampantes ignobles qui s'en prennent aux clients. Le feu se répand et d'autres créatures plus connues sortent des flammes. Une multitude de déchus en jaillissent comme si elles avaient traversé un portail. Une fois leur massacre accompli, elles sortent de l'établissement pour continuer leur méfait plus loin.

Dans la taverne revenue silencieuse, Aidan se relève péniblement et jette un regard désespéré au massacre qu'il vient d'accomplir. Son visage s'est légèrement déformé. Je devine sous sa peau deux cornes pousser à son front. Il ramasse sa lourde épée et se dirige vers le jardin d'Odgen. Il passe, en traînant son arme qui semble maintenant trop lourde pour lui, devant l'unique survivant du massacre. L'homme à la pipe. Leurs regards se croisent et il lui dit d'une voix caverneuse "Fuis pauvre fou." Avant de passer le pas de la porte.

L'inconnu tente de le faire mais les flammes dévorent l'auberge et n'y a plus qu'une seule issue. La même que celle que le rôdeur vient d'emprunter. Alors il le suit. Aidan fracasse un mur pour se créer un passage et l'inconnu l'emprunte à son tour. Derrière eux, il y a une explosion et l'auberge s'embrase pour de bon. Je vois alors des centaines de déchus glisser hors des flammes surnaturelles et s'en prendre aux habitants du village. Ainsi est tombée Tristram...

La brume m'enveloppe une nouvelle fois et me propulse dans un endroit dont j'ignore tout. Cela ressemble à un temple dans le désert. Bien qu'il fasse sombre, je distingue du sable qui recouvre en abondance le sol. Aidan et l'ivrogne de la taverne avancent une torche à la main dans un dédale de couloirs sinistres. Le prince semble connaître le chemin. La pierre des murs est différente, mais cela ressemble au Labyrinthe sous la cathédrale de Tristram. Sans doute est-ce une prison Horadrique.

Aidan a subi une importante métamorphose. Sa peau est craquelée et ses cornes commencent à apparaître de manière plus visible. Il a le teint gris cendre.

Nouveau bond dans le temps. L'image est plus floue. Il faut plus de temps pour que mon regard devine les détails. Sans doute suis-je en train de voir l'avenir. Akara m'avait bien dit que les visions du futurs étaient plus difficiles à déchiffrer.

Aidan et son compagnon avancent jusqu'à une grande salle éclairée de torches arcaniques. Un homme, que dis-je une créature sans doute humaine il y a longtemps, est attaché par des chaînes magiques à une pierre gigantesque qui flotte au-dessus d'un gouffre béant. Sur la pierre, des symboles arcaniques pulsent d'une lueur rouge terrifiante. Une longue passerelle de cordes la relie à la terre ferme. La chose se débat dans ses liens. Elle hurle, siffle, crache. Je vois de temps à autre apparaître son corps éthéré… et celui d'un autre. Ils sont deux à l'intérieur de cette chose.

Je suis terrifiée par ce spectacle cauchemardesque, mais j'essaie de rester attentive. C'est peut-être ma seule chance d'entrevoir l'avenir. Aidan laisse tomber son épée sur le sol et court avec une vitalité anormale en direction de l'homme enchaîné. C'est alors que je vois dépassé du torse du malheureux une pierre d'âme fêlée. Elle rayonne d'un éclat jaune sable. C'est donc cela le deuxième corps éthéré que je devine. Celui d'un démon. Sans doute Baal.

Alors qu'il n'est plus qu'à quelques mètres de son but, je sens une présence incroyable émerger dans mon dos. Je me retourne. Je suis à deux doigts de hurler. Mon corps me dit que c'est un Ange - je sens une sorte d'instinct se réveiller en moi, mais mon esprit me dit que c'est un monstre. Cela n'a rien à voir avec la douce présence de l'écho d'Auriel accrochée à mon arc. Cet homme - si je peux le qualifier ainsi - est écrasant de puissance. Il est un nexus d'énergie pure.

Il a l'apparence d'un chevalier encapuchonné dont l'armure étincelante le recouvre entièrement à l'exception de ses mains et de son visage. Mais c'est de cela que vient ma peur. Si je vois bien que sa capuche repose sur quelque chose, il n'a pas de visage ou plutôt, l'obscurité infinie délimite les contours de sa réalité physique. C'est bien plus qu'imaginer que quelque chose de sombre recouvre sa peau, c'est une absence total d'existence que je contemple. Il en est de même pour ses mains, seule autre partie visible de son corps.

Pourtant, je vois son aura rayonnante qui l'entoure comme un voile fin. J'ai l'impression qu'elle émane du néant.

- "Plus un pas! Diablo!" Crie l'ange. Sa voix résonne en moi si fort que j'en ai mal.

Il dégaine une épée de lumière avant de s'élancer à la suite d'Aidan. Au même moment, je vois émerger de son dos, des tentacules rayonnantes blanches immenses reliées par un voile spectral. Elles se déploient comme deux grandes ailes et emplissent toute la pièce. Même ces ailes immaculées me terrifient. Elles s'accrochent aux murs comme des centaines de mains juste avant qu'il se propulse vers l'avant.

- "Recule!" Hurle-t-il une nouvelle fois.

La vision s'estompe par moment. Elle devient de moins en moins claire. Akara avait dit que c'était comme de regarder les rêves de quelqu'un d'autre. C'est exactement la sensation que j'ai.

J'entrevois des forêts denses qui me sont inconnues. Je ne reconnais pas les essences d'arbres. Puis, je vois le temple du Zhakarum toujours plongé dans les ténèbres. Je devine ensuite une église, ou peut-être une cathédrale, dont l'intérieur est baigné d'une lueur rouge orangée.

Puis, tout devient flou et ce qui suit n'a plus aucune cohérence à mes yeux. J'aperçois l'Ange à de nombreuses reprises sans comprendre ni où il est ni ce qu'il fait. Il me terrifie toujours autant. Les scènes se succèdent maintenant si vite que je n'arrive plus à suivre. Ce n'est plus qu'une succession de couleurs, de sons et de sensations. Par moments, je reconnais ma propre voix. J'essaye de m'y accrocher mais tout m'échappe.

La dernière chose que mon cerveau imprime, c'est l'image de cet Ange. Il me hurle dessus de fuir. Sa voix me fait mal. J'ai l'impression de brûler de l'intérieur. Tout est rouge autour de nous. Je distingue vaguement une structure immense flotter dans le vide. Je me sens courir. Mes poumons me brûlent. Je sens du sang couler sur ma peau. Je suis blessée je crois. Puis il y a une explosion et c'est le néant. Pas l'inconscience. Juste le vide. Plus rien n'existe. Même pas moi. Je hurle alors que mon cerveau refuse de concevoir une telle chose et le boudoir d'Akara reprend une réalité physique tout autour de moi.

J'ai enfoncé mes mains dans les accoudoirs du fauteuil et je tremble comme une feuille. Les lampes arcaniques brillent à nouveau dans la pièce et je vois Akara qui me fait face. Elle halète fortement et la sueur coule en rigoles le long de son visage. Nous nous regardons sans prononcer un mot. Je vois dans ses yeux qu'elle pense la même chose que moi. L'Oeil Aveugle nous a offert sa vision et nous n'étions pas prêtes.


Note: la partie avec Aidan qui revient à Tristram est dans la prison Horadrique du désert sont les cutscenes de Diablo 2 que j'ai revisité pour coller à ma narration ^^.
Si vous vous souvenez, l'histoire de Diablo 2 est racontée par l'ivrogne de la taverne. Il fallait que je lui rende un peu hommage, mon point de vue sur l'histoire étant complètement différent.

En tout cas, j'espère que j'ai réussi à être suffisamment claire dans l'enchaînement des visions.

A dimanche pour la fin de l'arc ;)