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Acte 2 - Troisième partie : Luth Golheim

Chapitre 2 : L'oasis

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Comme prévu, nous arrivons sous les quatre jours à l'oasis. C'est un écrin de verdure au milieu de nulle part. Un promontoire de roche sombre la surplombe sur une bonne partie. Il y a une vaste étendue d'eau qui résiste miraculeusement à la chaleur du désert. Elle est entourée d'une végétation rustique. Les arbres sont étranges, ils ne possèdent des feuilles qu'à leur sommet. Elles sont longues et offrent un ombrage agréable. Le reste ne consiste qu'en de rares buissons ras et une herbe jaunie. Les dromadaires semblent toutefois y trouver leur compte.

- "Nous allons rester une journée entière ici, pour que les animaux reprennent des forces. L'oasis suivante est plus loin et cela leur demandera plus d'effort." Explique Warriv.

Nous montons le camp à l'abri du promontoire. Là où il fait le plus frais. Rolf fait le tour de ce miracle de la nature au milieu de la désolation. Amusée, je l'observe un moment inspecter le moindre recoin de notre aire de repos, avant de rentrer pour me reposer. Je profite que l'on puisse passer une nuit complète sans voyager pour cela. J'ai du mal à m'adapter au cycle inversé et j'ai accumulé de la fatigue. Quelques sorcières font comme moi et nous nous retrouvons à plusieurs sous la tente. Le sommeil me rattrape vite.

Mes rêves m'emmènent loin du désert, jusque dans le monastère que j'ai quitté. Si la première partie de ma nuit est agréable. Je revois mes camarades. Elles ont l'air heureuses. La seconde est bien plus mouvementée. Alors que je replonge dans mes souvenirs, je sens une menace grandir et l'angoisse m'étreint le cœur. J'entends des voix paniquées au loin, mais je n'arrive pas à trouver d'où cela vient. Puis une main secouant mon épaule m'arrache du sommeil.

Hébétée, je me redresse. C'est Aziza qui me secoue et m'appelle.

- "Que se passe-t-il ?" Je demande d'une voix pâteuse.
- "Le camp est attaqué. Vite!" Lâche-t-elle avant de sortir précipitamment.

Je me lève aussitôt et attrape mon arc et mon carquois. Lorsque je sors la tête de la tente, je constate que c'est la panique. Warriv et Cain sont avec les dromadaires qui se sont réfugiés contre la paroi rocheuse. Les bêtes sont nerveuses et tentent de défaire leurs liens. Plusieurs sorcières forment un arc de cercle protecteur autour d'eux. Aziza est à côté de la tente. Son aura est partiellement déployée. Dans ses mains un éclair crépite, en attente d'être lancé. Pourtant, je ne vois pas la menace. Je repère Astrid et Rolf qui patrouillent autour de l'étendue d'eau.

- "Que s'est-il passé?" Je demande à voix basse.
- "Les bêtes ont senti la présence de quelque chose et ont commencé à fuir. Warriv les a retenu. Il a donné l'alerte. Les bêtes paniquent mais je ne vois rien." Lâche-t-elle les dents serrées.

Je déploie ma vision intérieure. C'est alors que je les distingue, mais tout juste. Je ne saurai dire ce que c'est exactement. Ils sont une dizaine. Ils sont à peine plus petits que moi mais uniquement parce que leur corps est replié. J'ai du mal à distinguer le haut mais le bas est une sorte de longue queue épaisse sur laquelle ils reposent. Ils glissent en silence dans l'obscurité. Ne laissant aucune trace particulière sur le sol. Leur reptation s'accorde avec le mouvement naturel du sable. Je remarque que Rolf commence à détecter leur présence en humant l'air. J'explique ce que je vois à voix basse à Aziza.

- "Ils sont invisibles. Avec ma vision déployée au maximum, je les vois à peine." Je lui souffle.
- "J'ai entendu parler des serpents du désert, mais c'est la première fois qu'une caravane que j'escorte tombe dessus. Warriv les avait mentionnés, mais à l'aller nous n'avons pas été inquiétés." Je hoche la tête. "J'ai une idée. Dites-moi où ils sont le plus précisément possible." Poursuit-elle.
- "Le plus grand nombre contourne le plan d'eau par la gauche. Ils sont à proximité de ce grand arbre incurvé, là-bas." Je lui glisse en lui montrant l'arbre en question.

Elle me fait signe qu'elle a compris. Alors qu'elle bouge discrètement les doigts, je vois l'éclair dans ses mains se changer en une boule argentée tournoyante et hérissée de piques. Ses yeux se mettent à luire au moment où son aura se déploie autour d'elle.

- "A terre!" Crie-t-elle.

Je me jette au sol, tout comme mes compagnons en face de nous. Les sorcières ne bougent pas et forment une barrière magique pour protéger les animaux et les deux hommes qui sont avec elles.

La boule quitte les mains d'Aziza avec une vitesse qui me surprend. Alors qu'elle avance dans le vide en tournant sur elle-même, des pieux de glace sont éjectés en grande quantité formant un vortex de glace perçante. Les autres sorcières l'imitent. Et bientôt, l'oasis est emplie de cette glace tourbillonnante. Ce déluge de pics me rappelle douloureusement la tempête qu'avait déclenchée Akara et ses funestes conséquences. J'entends des sifflements et aperçois du coin de l'œil les créatures qui tentaient d'approcher furtivement tressauter alors qu'elles sont transpercées à de multiples reprises par les pieux gelés. L'espace d'un instant, il me semble voir des ombres quitter leur corps, mais je n'en suis pas certaine. Les plus éloignées du vortex fuient l'oasis en glissant rapidement sur leur queue épaisse.

Lorsque les sorcières interrompent finalement leur sort. Une fine couche de neige recouvre l'oasis. Les lézards, si je peux dire cela, sont couchés sur le sol, à l'endroit où ils ont été terrassés. Je me relève et m'approche des corps qui sont parfaitement visibles maintenant. Il s'agissait bien de reptiles, probablement des serpents à l'origine. Le haut de leur corps a particulièrement muté. Ils ont des bras presque humains se terminant par des appendices griffus. Leur tête s'est également éloignée de l'animal d'origine, bien que l'on reconnaisse assez facilement encore la gueule d'un serpent.

Le reste du groupe nous rejoint. Rolf se penche sur les corps à son tour et les renifle.

- "Ils ont du sang humain. Ils n'ont pas d'odeur animale particulière, c'est pour cela que j'avais du mal à les pister. Je ne cherchais pas ce qu'il fallait." Il en soulève légèrement un et l'observe. "Ce sont bien des animaux pourtant… Ils ont muté sous l'influence d'une magie très puissante. Mais ce n'est pas une mutation spontanée. C'est le travail d'un homme. Je ne sens pas d'influence à proprement parler démoniaque, là dedans. Et la nature n'aurait pas modifié leur corps de manière aussi drastique." Il se redresse. "Toutefois, je pense que ceux qui se sont échappés ne reviendront pas. Ils ont appris que leur proie était dangereuse."
- "Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?" Demande le caravanier nerveux.
- "Malgré la transformation, ils restent des bêtes. Ils avaient un comportement typique de chasseur. Et ils visaient les montures, sans prendre garde à nous. S'ils nous en avaient voulu, ils nous auraient visé en premier. La chance que nous avons eu, c'est que les dromadaires aient senti leur présence pendant leur approche."
- "Si vous le dites. Moi, la seule chose que je vois, c'est que ces choses sont dangereuses. Il faut sécuriser l'oasis et éloigner les cadavres. Ça va attirer d'autres bêtes et avec la chaleur, demain les chairs vont pourrir. Ça va être ignoble." Conclut sèchement Warriv.

L'incident a mis tout le monde à cran. Nous nous dépêchons d'évacuer les corps des serpents et les entassons plus loin, avant le lever du jour. Je retrouve Rolf un peu plus tard alors qu'il inspecte les bords de l'étendue d'eau. Il a l'air contrarié.

Je contemple un moment ce paysage surréaliste de l'oasis enneigée. La magie des sorcières ne s'estompe pas facilement, malgré la chaleur.

- "Quelque chose ne va pas?" Je lui demande finalement.
- "Cette mutation m'inquiète. Je crains que nous tombions sur d'autres abominations comme celles-là. Lorsque les hommes font des expériences, ils ont tendance à avoir une imagination féconde." Il grimace. "Quant à Warriv, il ne nous dit pas tout."

Je jette un coup d'œil au caravanier qui s'affaire auprès de ses bêtes. J'aime de moins en moins ce type.