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Acte 2 - Quatrième partie : Les terres corrompues

Chapitre 2 : Les Vizjereis

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Il me faut de longues minutes pour me calmer et me reprendre. Cain et Astrid nous rejoignent. Mes compagnons me racontent alors ce qui s'est passé. Tyraël leur a expliqué que j'avais une sensibilité anormale aux arcanes et que mon malaise ne serait que passager.

- "Vous allez devoir faire très attention cependant. Même si ce n'est pas dangereux pour vous à proprement parler, cela vous rend très vulnérable." M'explique le druide. "Vous avez été inconsciente pendant presque deux jours."
- "Où est Tyraël ?" Je demande un peu confuse.
- "Il est parti après s'être assuré que vous alliez bien. Il s'est envolé vers les terres barbares."
- "Il a fait une forte impression. Nous avons eu des promesses d'intervention de plusieurs clans de mages." Se réjouit Cain. "Et le vizir nous a garanti un voyage pour Kurast. Le bateau quittera le port dans trois jours. C'est un navire marchand." J'acquiesce.

Je suis contente d'apprendre que certaines choses s'arrangent finalement, mais j'ai toujours le cœur retourné par les souvenirs de Jarzeth.

- "Cain, puis-je vous parler en privé?" Je demande. Les autres quittent la pièce sans protester. J'explique mon expérience bouleversante, sans entrer dans les détails de la vie terrible du mage.
- "C'est tout à fait possible qu'il se soit en quelque sorte dissous dans le chaos, à travers cette magie arcanique qu'il générait. J'ai déjà entendu parlé de brume arcanique mémorielle. Cela demande des conditions assez complexes mais vu ce que Jarzeth avait créé, je dirai que tout est possible... J'ai parcouru rapidement le journal d'Horazon." Il sort les ouvrages qu'il avait récupéré sur le piédestal. "Les concepts qu'il développe sont incroyables et mélangent tellement l'être à la magie pour reproduire l'influence des anges et des démons et bien d'autres choses que cela ne m'étonnerait pas." Il me tend l'autre livre. "Je pense que vous devriez garder ceci. C'est le journal de Jarzeth." Je le prends légèrement tremblante.
- "L'avez-vous lu?" Je demande.
- "Les premières pages seulement. La lecture fut très pénible. Il n'était pas l'homme que je croyais. Toute cette rage en lui. Son désir de voir les Vizjereis disparaître m'a fait mal au cœur. Je préfère garder l'image que j'avais de lui… avant."
- "Je peux vous assurer, Cain, que vous ne vous trompiez pas." Je sers le livre contre moi.
- "Pourtant, ce qu'il a écrit…"
- "Si son journal débute par cela, c'est qu'il a commencé à l'écrire dans la deuxième moitié de sa vie. Et je peux vous jurer qu'il a de très bonnes raisons d'en vouloir aux Vizjereis. Ce qu'il a vécu est inimaginable de cruauté." Je retiens mes larmes. Il me faut du temps pour formuler ma requête finale. "J'aimerai parler à Drogan, seule à seul, avant que nous partions, si vous pensez que c'est possible."
- "Oui, je pense pouvoir faire cela. Il tient une boutique de potions en ville. Je peux arranger une entrevue. Mais que voulez-vous de lui?"
- "Ça, s'est entre lui et moi. Je ne lui veux aucun mal si c'est ce que vous craignez." J,ajoute rapidement. Cain sourit.
- "Très bien. Je vous tiens au courant." Il se lève et quitte la chambre. Astrid entre à nouveau.
- "Vous me surveillez?" Je lui demande légèrement amusée.
- "C'est qu'on doit vous surveiller comme le lait sur le feu. Vous nous avez fait très peur."

Je repose le journal de Jarzeth sur mes genoux et passe machinalement les doigts sur la couverture de cuir. L'amazone m'observe sans rien dire. J'aimerai lui poser des questions sur sa propre expérience de la servitude, mais le sujet est bien trop douloureux à évoquer pour le moment. Je ne sais pas par où commencer ni si c'est une bonne idée que je m'embarque sur ce terrain glissant. Je ne veux pas la blesser. Alors, j'entame une discussion banale qu'elle prend plaisir à partager avec moi et j'essaie d'oublier pendant quelques instants l'horreur dont j'ai été témoin.

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Le lendemain nous sommes convoqués au palais et rencontrons le vizir entouré de ses femmes. Debout derrière le trône, Kalinda nous sourit.

- "Je tenais à vous remercier officiellement pour ce que vous avez accompli. Vous avez sauvé la ville et probablement le désert d'Aranoch tout entier. J'aimerais vous offrir plus qu'un simple voyage vers l'est." déclare le dirigeant.
- "Peut-être que vous pourriez cesser de vouloir changer le désert." Je propose. Le sourire de Kalinda s'élargit. "Vous n'êtes pas à l'abri d'un autre dérapage magique." Jerhyn sourit à son tour.
- "Nous avons déjà abandonné le projet de la coulée verte. Nous rassemblons nos forces pour protéger la population et les caravanes marchandes. Il reste de nombreux monstres dans le désert. Après cela, nous enverrons une partie de notre armée en renfort pour défendre Arréat. Je l'ai promis à Tyraël."
- "J'espère que nous trouverons avant le moyen d'éviter que la guerre ne se produise.'
- "Je l'espère de tout cœur également."

Après de multiples salutations, nous sommes raccompagnés vers la sortie par Kalinda en personne. Avant que nous franchissions les portes du palais, elle nous dit.

- "Je souhaitais apporter ma contribution. Votre voyage sur mes terres natales sera sans doute difficile. Le Khéjistan est une terre luxuriante mais hostile et nous sommes à cette image. Vous avez pu découvrir la résistance que peuvent opposer nos clans. Bien que Tyraël ait aidé à débloquer la situation, et je ne doute pas que la nouvelle aura rapidement atteint toutes les fraternités et sororités avant votre arrivée, je crains que vous rencontriez le même genre d'opposition une fois sur place. Peut-être, même pire... C'est pourquoi, j'ai tiré quelques ficelles auprès de mes sœurs pour vous obtenir une aide. Une porte parole en quelque sorte. Votre contact s'appelle Aziza. Elle se portera garante pour vous." Je souris. "Vous la connaissez?"
- "Oui, nous avons traversé le désert depuis le monastère en sa compagnie."
- "C'est parfait alors, elle vous attendra à Kurast au port."
- "Merci pour votre aide."
- "Merci pour la vôtre. Sans vous qui sait ce qui serait advenu de Luth Golheim."

Avant de partir, je me rapproche d'elle et lui murmure.

- "Je suis navrée de mon indiscrétion mais je suis curieuse. Est-ce que vous aimez vraiment le vizir?" Elle sourit.
- "Bien-sûr. Croyez-vous que j'aurai pris autant de risques si ce n'était pas le cas?"
- "Je ne sais pas, vous auriez pu avoir d'autres raisons."
- "Quoique vous en pensiez, Jerhyn est un homme droit et juste. Il est un bon dirigeant, qui pense à son peuple avant tout."
- "En éliminant les gêneurs?" Je sais que j'outrepasse largement les limites du convenable mais les mots sortent plus vite que ma pensée. Mes compagnons se tendent.
- "Ce n'était pas de son fait. Les Vizjereis ont pris des décisions en dehors de son commandement. En faisant cela, ils ne servaient pas les intérêts de mon époux, seulement les leurs. Imaginez que quelqu'un découvre que le mal s'est propagé par leur faute. Cela serait extrêmement néfaste à leur image." Je sers les poings.

Derrière elle, je vois passer les concubines qui l'informent qu'elles retournent à leurs quartiers. Elle leur fait signe qu'elle les rejoindra plus tard. Je tente une dernière question. La curiosité est la plus forte.

- "Cela ne vous gêne pas de partager le vizir avec les autres." Kalinda éclate de rire.
- "Vous voulez dire, est-ce que cela ne gêne pas Jerhyn de partager ses femmes avec moi. Je les choisis pour lui, mais elles doivent aussi me plaire." Elle me prend le menton d'une main ferme et douce à la fois, avant de déposer sur mes lèvres un court baiser. Abasourdie par son geste, je reste figée. Les autres pouffent devant ma réaction. "Allons, vous autres, ce n'est pas très gentil." Elle jette un regard trouble à Astrid avant de reporter son attention sur moi. "Vous auriez fait toutes les deux de formidables concubines. Mais vous avez mieux à faire que cela." Dit-elle. "Bien mieux. Prenez soin de vous et faites bonne route."

Elle repart sans attendre d'autres formalités de notre part et disparaît à l'angle du couloir par lesquelles les autres femmes sont parties. Nous sortons du palais et retrouvons l'atmosphère étouffante de Luth Golheim.

Une fois en bas des marches du palais, Astrid passe un bras autour de mes épaules et me sourit. Elle me glisse à l'oreille.

- "Je pense que nous allons avoir de longues discutions vous et moi sur ce qu'il convient de dire ou nous à une femme comme Kalinda. Il y a quelques protocoles à revoir."
- "Je ne pensais pas faire à mal."
- "Je n'en doute pas un seul instant, mais vous avez eu une chance inouïe. Elle a été fort patiente et gentille avec vous. Le fait que vous lui plaisiez, n'est pas étranger à tout cela." Elle me fait un clin d'œil. Je rougis violemment.
- "Vous pouvez parler! Vous avez vu comment elle vous regardait?"
- "Je sais, je sais, pas si fort." Elle rit maintenant.

Les hommes nous regardent gênés. Particulièrement Cain. J'éclate de rire à mon tour devant leur tête déconfite. Me laisser aller avec autant de légèreté malgré la douleur qui pince toujours mon cœur me fait un bien fou.

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Le lendemain, j'obtiens mon entrevue avec Drogan. Le vieil Horadrim me conduit jusqu'à sa boutique à la tombée du jour, mais comme convenu, je reste seule avec le Vizjerei.

- "Cain m'a dit que vous souhaitiez me parler."
- "C'est un sujet délicat." Je commence nerveusement. "C'est au sujet de Jarzeth." L'homme se crispe en entendant ce nom. "Vous le connaissiez?"
- "Est-ce que cela a vraiment de l'importance maintenant qu'il n'est plus, n'est-ce-pas?"
- "Pour moi, cela en a. Il tenait un journal intime que j'ai lu avant de le brûler." Je mens, mais je ne veux pas révéler comment j'ai eu ces informations, ni qu'il convoite le journal en question. "Il a écrit sa vie et je dois dire que cela m'a troublé au plus haut point pour ne pas dire choqué. Toutes ces Vizjereis qu'il a croisés sur sa route lui ont fait tant de mal. Tous ne voyaient que le danger qu'il représentait pour eux, certainement pour leur image, si on venait à découvrir les horreurs qu'ils faisaient." Drogan déglutit. "Mais vous, vous l'avez qualifié d'homme bon. Il ne vous a pas mentionné. Qui étiez vous pour lui?"
- "Personne. Je n'étais personne pour lui. J'étais à l'académie de magie lorsqu'il y était. J'étais un consultant de passage pour quelques semaines seulement. J'ai vu ce jeune étudiant incroyable et effrayant à la fois. Je comprends pourquoi les autres avaient peur de lui. Il apprenait trop vite. Ils avaient peur de perdre leur position s'il venait à devenir trop fort. Mais j'ai vu en Jarzeth une forme de naïveté touchante. Il devenait si fort non pas pour asseoir quelconque domination. Il devenait ce qu'il pouvait. C'était presque une forme de jeu pour lui. Curieux de tout. Aucune barrière d'a priori ni de jugement. J'ai suivi de loin son parcours, pendant un temps. J'avais vent de ses prouesses. Il a fait des percées dans certains domaines qui intéressent peu mes frères. Je sais qu'il s'aquitait de tâches peu reluisantes - nous l'avons presque tous fait à un moment ou un autre de nos formations - mais ses recherches ont toujours eu une portée presque artistique. Sa manière d'utiliser les arcanes était belle. J'ai compris qu'il obéissait, qu'il apprenait ce qu'on l'autorisait à apprendre, mais qu'au fond, il était un rêveur. Il a été formé pour mais il n'a jamais voulu faire le mal. J'en ai la conviction. J'ai quitté l'académie sans plus jamais entendre parler de lui. Jusqu'aux incidents à Luth Golheim. Aucun autre Vizjerei n'aurait pu faire ce qu'il a fait. Et encore une fois, il n'avait pas de mauvaises intentions. J'en suis persuadé." Je détourne le regard.
- "Après la lecture de ses mémoires. J'en suis venue à me demander s'il y avait de bons Vizjereis. Ce que les vôtres lui ont fait tout au long de sa vie est impardonnable." Il sourit tristement.
- "Je ne connais pas sa vie en dehors de l'académie, mais je vous crois aisément. Caldéum est une ville magnifique mais terriblement glauque. Je l'ai quitté, il y a longtemps car je ne supportais plus de vivre entouré d'autant de corruption. Les Vizjereis ne sont pas tous comme cela, je vous assure. Mais il y a cette part sombre qui gangrène notre fraternité. Et elle fait énormément de mal. Mais personne ne peut les déloger. Ils ont bien trop de pouvoirs et de mainmise maintenant. Nous devons vivre avec eux…" Il hausse les épaules. "Dites-moi. Est-il parti en paix, au moins ?" Je déglutis.
- "Oui." Je mens. Mais cette fois-ci mon mensonge ne passe pas inaperçu.
- "Vous êtes gentille, Annor." Je baisse la tête. "N'aillez pas honte de cela. J'apprécie le geste. En tout cas, c'est que vous teniez à lui pour vouloir adoucir ses derniers instants, même pour un inconnu."
- "Il m'a appris les rudiments de la magie et nous avons combattu ensemble pendant un temps."

Drogan acquiesce sans rien dire. Je me lève pour prendre congés.

- "Je vous remercie d'avoir pris le temps de me recevoir... Une dernière chose." Dis-je en atteignant la porte. "Connaissez vous la signification du mot Jarzeth?"
- "Oui, c'est un mot ancien. Il désigne une étoile. Il y a une petite histoire amusante concernant la genèse de cette dénomination. Les parents de Jarzeth avaient un humour assez noir pour le nommer ainsi."
- "Jarzeth était orphelin, et n'avait pas de nom. C'est le premier Vizjerei qu'il a rencontré qui l'a nommé ainsi." Drogan grimace. "Ecoutez, je sais qu'on ne se connait pas vraiment, mais vous êtes une des rares personnes qui le connaissiez... un peu du moins. Et je constate que vous aviez du respect pour lui. Ce qui est rare parmi les vôtres. Sa mort ne lui apportera aucune reconnaissance et il ne mérite pas de disparaître ainsi." Ma gorge se serre. "Je trouverai un moyen pour ma part, car je lui ai promis. Mais, puis-je vous demander de l'honorer d'une manière ou d'une autre, ici? Je ne veux pas qu'on l'oublie ou que l'on se souvienne de lui comme un monstre. Il n'en était pas un, vous comprenez?" Drogan sourit.
- "Je trouverai quelque chose. Promis."
- "Merci."

Je m'incline légèrement comme le faisait Jarzeth et sors de la boutique. Dehors, il fait nuit. Je lève la tête. Les lumières de la ville m'empêchent de bien voir les étoiles mais je cherche la région la plus vide du ciel. Je plisse des yeux pour essayer de distinguer la moindre lueur, et je finis par repérer un pâle petit point qui clignote faiblement. Je souris.

- "C'est bien, vous êtes toujours là, Jarzeth. Je vous vois." Je murmure avant de reprendre mon chemin .

Un peu plus loin dans la rue, Cain m'attend à la terrasse d'un café, le nez plongé dans un ouvrage. Je le rejoins.

- "Navrée de vous avoir fait attendre. Nous pouvons y aller." Je lui dis.

Il rassemble ses affaires et nous rentrons ensemble à la Fleur du Désert. Demain, nous embarquons pour Kurast.


Annor a appris des leçons du passé. Elle ne laisse pas sa douleur prendre le dessus. Contrairement à l'arc du Monastère, elle essaie de faire la paie avec la mort. Elle doit garder l'esprit clair pour les combats à venir. C'est un premier pas vers le deuil, mais elle a encore beaucoup de chemin à faire et Jarzeth est l'un des fantômes dont elle aura du mal à se séparer...