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Acte 2 - Sixième partie : Liés

Chapitre 7 : Émotions nouvelles

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Illiam me fait visiter les lieux qui deviendront mon quotidien pour les jours, voire les semaines à venir. Arrogath est immense et je dois me concentrer, malgré ma fatigue mentale pour retenir où se trouve chaque poste clé.

Il me montre d'abord l'endroit où se réunissent les stratèges. Là où se décident les plans d'attaques et de défenses. Il m'explique que le jarl s'y trouve la plupart du temps. C'est une grande zone couverte mais cerclée de murs bas, si bien que l'on peut parfaitement voir qui s'y trouve à chaque instant. Au moment où nous passons, une dizaine de barbares, hommes et femmes, se concertent autour d'une immense carte qui représente leurs terres.

Nous nous dirigeons ensuite vers un endroit enclavé dans la forteresse. Nous croisons beaucoup de Vizjereis en chemin. Lorsque je vois ce qui s'y trouve, je comprends mieux.

- "Les mages nous fournissent un transport rapide vers chaque bastion et fort." Explique Illiam lorsque nous débouchons dans une cour immense où des dizaines de portails flottent dans les airs.

Plusieurs mages se relaient pour garder ouvertes en permanence ces portes magiques. Nous arrivons à un moment particulièrement actif. Je vois arriver par plusieurs de ces portails des guerriers blessés soutenus par d'autres. Ils sont envoyés ailleurs en n'en empruntant d'autres. Puis, j'entends du bruit derrière nous. Illiam me plaque gentillement mais fermement contre un mur pour laisser le passage. Une vingtaine de barbares suivie d'autant de mages passent en coup de vent devant nous et empruntent les portails d'où venaient les blessés. Ils se répartissent sans dire un mot.

- "Mais comment font-ils pour savoir où aller et quand?" Je demande impressionnée.
- "Les ordres émanent du poste de commandement. Ils sont transmis aux soldats par garnisons. Les portails sont orientés géographiquement et classés par dangerosité. Les plus proches du centre sont sous un feu nourri. Les plus éloignés sont plus sûrs. Ceux qui sont le plus au nord amènent vers des bastions assez peu touchés. C'est là que nous soignons les blessés la plupart du temps. Les plus graves sont soignés ici, à Arrogath. Tu verras, tu apprendras vite à reconnaître le bon passage."
- "Mais comment ont-ils su qu'il y aurait des blessés. C'est bien trop synchronisé."
- "Un guerrier a été envoyé préventivement pour avertir le poste de commandement."
- "Je vois." dis-je pensive.

Les barbares sont un peuple étrange. Ils sont capables de la sophistication des plus grandes armées du Khanduras tout en gardant leurs racines tribales. M'engager auprès d'eux est une expérience qui va être incroyable. Si ce n'était pas une guerre de fin du monde qui se jouait, je pourrai presque ressentir de la joie à découvrir tout cela. Mon esprit vagabonde une seconde vers Rolf. Je ne le sens plus. La morsure de l'absence est douloureuse. Je soupire.

- "Tu dois être épuisée." Dit Illiam comprenant de travers ma réaction. Mais je ne le détrompe pas. "Laisse-moi te montrer les quartiers de vie des soldats."

Nous repartons vers le centre de la forteresse. Un réseau de rues serpentines relie plusieurs places gigantesques dans lesquelles sont alignées des centaines de tentes faites de peaux de bêtes, de chaume et de bois. Elles sont très grandes pour convenir à la physionomie barbare. A l'intérieur, il est possible de faire un petit feu. Je remarque d'ailleurs de la fumée s'échappant par une ouverture au sommet de plusieurs tentes. A vue de nez, les lits sont rustiques. Ils sont rembourrés de plusieurs paillasses et les couvertures en laine sont épaisses. Le froid ne sera pas un problème.

Nous nous arrêtons devant un bâtiment, mais il me montre à nouveau les tentes.

- "Les tentes ne sont pas attribuées. Si le pend est ouvert, c'est qu'elle est libre. Les plus grandes tentes sont doubles voire triples. Les plus petites conviennent à une personne seule."

Je remarque qu'il en a peu. Je grimace. Je n'ai pas très envie de partager une tente pour ce soir. Puis je remarque un autre détail qui me crispe. Hommes et femmes semblent partager les mêmes dortoirs.

- "Les couchages sont mixtes?" Je demande en essayant de ne pas paraître trop gênée.
- "Oui, tout comme les commodités." Me répond Illiam en désignant le bâtiment devant lequel nous sommes. "Chaque cour possède un bâtiment de ce genre. Tu le reconnaîtras facilement car..."

Je ne l'écoute plus trop. Du regard, je cherche déjà une tente individuelle de libre. Puis, ses mots pénètrent enfin dans mon esprit fatigué.

- "Hommes et femmes partagent les douches?" Je m'exclame avec un peu plus d'aigus dans ma voix que je ne l'aurai souhaité. Illiam rit doucement mais son regard n'est pas moqueur. Il est juste amusé.
- "Les barbares n'ont pas ce genre de considérations. Le corps est ce qu'il est. Que nous soyons homme, femme. Qu'il porte la marque de l'âge ou celle de la souffrance. Nous nous voyons pareil."
- "Ce n'est pas de la honte." Je tente de manière brouillonne, quoique au fond de moi, je ne désire pas montrer mes cicatrices. "C'est juste que je suis habituée à vivre avec des femmes."
- "Pour les douches, je ne peux rien. Pour la tente, tu peux toujours trouver une barbare avec qui passer la nuit si cela te rassure."

Je hoche la tête mais je ne suis pas plus sûre de moi. Illiam remarque mon malaise et son sourire amusé s'efface.

- "Je ne suis pas une femme. Mais si une présence familière peut t'aider, tu peux partager ma tente si tu le souhaites." Je rougis et cette fois-ci aucune obscurité n'est là pour le dissimuler. "Ce que je ressens ou non pour toi n'a rien à voir avec cette proposition." Ajoute-t-il rapidement. Il est très sérieux cependant. "Je ne t'imposerai pas mes sentiments. Je te l'ai dit."
- "Mais si nous passons la nuit ensemble..." Je bredouille.
- "Tu as peur de tomber amoureuse?" Je m'empourpre davantage.
- "Je ne sais pas."
- "As-tu déjà aimé... d'amour?" Il penche la tête.
- "Je ne sais pas… je ne crois pas."

Cette conversation me met mal à l'aise. Les barbares sont très directs sur le sujet des sentiments. Je me sens honteuse. Pourtant, je retrouve dans le regard d'Illiam la même sincérité que dans celui de Rolf. Il ne me juge pas. Il y a cependant cette petite étincelle de désir qui grandit au fond de ses yeux. Si c'était potentiellement de l'admiration à notre première rencontre, mon discours, auprès du jarl et des autres chefs, a allumé un feu plus profond chez le guerrier. Il est poli et délicat, mais je le vois très bien. Ses dernières paroles ne font que renforcer le fait qu'il cherche probablement la réciprocité de ses sentiments grandissants. Je me mentirai à moi-même si je disais que je ne lui trouvais pas un charme certain et que je suis inexplicablement attiré par sa personne. Sa voix notamment provoque en moi des sensations nouvelles. Mais je ne le connais pas. Je ne suis pas prête à tenter des expériences charnelles avec qui que ce soit. Enfin… Je pense. Illiam secoue la tête doucement.

- "Je ne suis pas un homme des terres vertes, ni du lointain Khéjistan. La nature humaine que vos peuples rendent si étrange dans vos têtes n'existe pas dans la mienne. Je te laisse trouver ce que ton cœur te dictera toute seule. Je ne suis pas à même de prodiguer quelconques conseils. Je pense que je ne t'apporterai que plus de confusion. Nous sommes pour l'heure des frères et sœurs de bataille. Et il en est de même pour chaque membre de cette immense armée. Garde cela en tête." Il me montre la tente qu'il a choisi pour la nuit. "Je serai là, si tu ne trouves pas de couchage individuel ou de femmes avec qui dormir ce soir. Nous devons être prêts à partir à l'aube. Rendez-vous devant ce bâtiment. Prends le plus de repos que tu peux, d'ici là."

J'acquiesce en silence et le regarde prendre possession de la tente qu'il m'a indiquée. La coupure fut un peu sèche, mais je ne lui en veux pas. Ma gêne est incompréhensible pour lui. Je dois m'adapter, mais l'effort mental que cela me demande pour le moment est au-dessus de mes forces. En l'absence de mes compagnons, je n'ai plus mes repères. Si les choses n'avaient pas tant dégénérées, ce serait avec Astrid que je dormirais, comme toujours. Je secoue la tête presque rageusement en repensant aux amazones qui l'ont capturée. Je soupire de lassitude.

Je décide de partir à la recherche de mon toit pour la nuit. Plus vite, je trouverai une barbare qui m'accepte, plus vite je pourrai essayer de me créer de nouveaux repères. Le cœur battant et plein d'espoir, je traverse une dizaine de cours dortoirs. Mais, je réalise vite que ce qu'Illiam m'a dit est une réalité à laquelle je vais devoir me faire, plus vite que prévu.

Tout autour de moi, je vois émerger des tentes des binômes étranges. Et les gens semblent se mélanger sans a priori. Même les Vizjereis ou autres sorcières du Khéjistan cohabitent avec les barbares. J'essaie toutefois de rester sur ma première idée, mais je ne trouve aucune tente individuelle libre. Puis je prends sur moi de demander à quelques femmes si je peux dormir sous leur toit. Je n'essuie que trois refus mais à chacun d'entre eux je me sens plus honteuse. Je finis par abandonner ma quête et je me réfugie sur un des remparts intérieurs qui m'offre une vue sur une bonne partie de la cité.

Pendant quelques minutes, je m'autorise à pleurer. Personne ne me regarde. Je me sens très mal. J'ai peur pour demain. J'ai peur pour ce soir. J'ai peur pour mes amis. Je ne me sens pas à ma place.

Je repense à ce que m'avait dit Rolf. Il savait d'une manière ou d'une autre ce qui allait m'arriver. Lien avec la Pierre Monde. Lien avec la nature. Lien avec Auriel. Lien entre nous deux.

Je me concentre sur cette ficelle invisible qui nous lie. Alors qu'il m'a échappé toute la journée, je le trouve enfin. Il est là. Il est en vie. Je souris à travers mes larmes. Cependant, mon petit moment de joie s'estompe rapidement. Je ressens de la peine de son côté aussi.

J'ignore ce qui lui est arrivé, mais il n'est pas bien lui aussi. Je me reprends un peu et sèche mes yeux. Je ne veux pas qu'il trouve en moi que des sentiments négatifs. Je compte toujours sur lui, mais il ressent ce que je ressens bien plus fort que moi. Je veux être capable de lui apporter du réconfort pour une fois.

Je relève la tête et regarde loin au delà des murs d'Arrogath, les montagnes qui se peignent de couleurs chaleureuses alors que le soleil décline. Je pousse, à travers le lien, mon émerveillement devant ce spectacle fabuleux. Sa peine ne diminue pas, mais je le sens l'espace d'une seconde comme s'il me prenait la main et la serrait en remerciement. La sensation s'efface si vite que j'ai presque l'impression de l'avoir rêvée. Je tremble alors que la morsure du vide qui en résulte me comprime le cœur.

Je me retourne et je m'assieds contre le mur. J'ai presque envie de dormir là. Isolée, mais au moins je n'affronterai pas ce soir mon malaise. Je pose mon arc et mon carquois sur mes genoux puis je ferme les yeux. Je suis si fatiguée que le sommeil vient presque aussitôt me trouver.

Je ne sais pas combien de temps je dors là, contre ce rempart, mais je suis réveillée par une vive douleur au niveau de ma poitrine. Comme un coup de poignard ou pire. Je porte machinalement ma main à mon cœur. Je sens quelque chose de métallique entre mes doigts. Affolée, j'ouvre les yeux pour voir ce qui m'aurait traversé. L'espace d'une seconde, je vois une sorte de lame de fer longue et recourbée dépasser entre mes seins. Et il y a du sang. Beaucoup de sang. Au clignement de paupières suivant, tout a disparu. La vision horrifique, comme la sensation. Je prends de grandes inspirations pour calmer mon cœur qui bat la chamade et pose ma tête contre la pierre froide dans mon dos. Je viens de faire un simple cauchemar.

Je regarde le ciel au-dessus de moi en frissonnant. La nuit n'est pas encore complètement tombée. Les premières étoiles pointent mais le ciel est encore assez clair. Je n'ai dormi qu'une demi-heure, peut-être moins. Si le froid de la nuit est déjà aussi prenant, je doute pouvoir rester dormir ici. Résignée, je me relève et me rééquipe. Il faut que je trouve où dormir au chaud ce soir.

Je regarde depuis mon perchoir tout le chemin que j'ai parcouru pour arriver là. Les cours dortoirs forment comme des îlots en contrebas. Je regarde les derniers guerriers interagir. De là, même les barbares me paraissent petits. Je les observe un moment. Hommes, femmes, jeunes, vieux, ethnies mélangées. Puis mon regard glisse entre les tentes fumantes, jusqu'à une en particulier. Même avec la vision intérieure, c'est difficile d'être certaine. Je plisse les yeux et me concentre sur l'endroit où je pense me souvenir où se trouve Illiam. Il y a de la fumée. Mon coeur fait un bond douloureux dans ma poitrine. Je soupire.

Ai-je peur de lui? Non. Enfin si en quelque sorte. Je repense à ce qu'il m'a dit. Ai-je peur d'aimer? C'est fort possible... Ai-je déjà aimé? Je ne sais pas… vraiment.

Je ferme les yeux. L'image de Moiraine s'imprime dans mon cerveau. Je me souviens de l'attirance que j'éprouvais pour elle. Je dois bien me l'avouer. Elle me plaisait. Elle était belle et je l'admirais pour tout ce qu'elle représentait pour moi. J'ai eu atrocement mal à sa mort. Était-ce vraiment de l'amour ? J'en doute. C'était un lien semblable à celui que je partage avec Rolf, en moins intense toutefois. Nous sommes des échos de l'enfant d'Auriel, reliés par notre nature angélique. Le druide remplace soudainement Moiraine dans ma tête. Avec lui, je suis certaine. Je ne pourrai pas supporter qu'il meurt, mais je sais que ce qui nous uni va au-delà des sentiments. C'est une expérience unique et difficile à définir. Mais, quoique les gens puissent penser en nous voyant, ce n'est pas de l'amour.

Mon esprit glisse vers ce Illiam que je connais à peine. Il m'a troublé, presque dès le premier instant. Mon cœur se met à battre plus fort. Je ricane. Je me sens stupide. Il y a bien quelque chose. Je n'ai pas envie de le découvrir mais, en cet instant, il est mon seul repère un tant soit peu solide.

J'ouvre les yeux et me résigne. Ce soir, je dormirai sous sa tente. Je descends de mon rempart et fais tout le chemin dans l'autre sens. Je réalise que j'ai sans doute été bien stupide de ne pas accepter tout de suite sa proposition. La nuit tombe rapidement et le temps que je refasse le chemin complet dans l'autre sens, il fait noir. Même en trouvant la bonne cour, reconnaître la tente qu'Illiam a choisi s'avère difficile.

Je décide de prendre le bâtiment des commodités comme point de repère. Et finalement, je retrouve mes petits. Le pend de la tente est encore à moitié ouvert. Je m'approche nerveuse et me présente à l'ouverture. Illiam me tourne le dos. Il est en train de s'occuper du feu. Je vois qu'il a défait la couche de gauche et que la droite n'a pas été touchée. Je ne sais pas pourquoi mais je n'ose pas avancer plus. Mes yeux s'attardent sur le barbare. Une bouffée de chaleur naît au creux de mes entrailles et remonte d'un coup jusqu'à mes joues. Je souris bêtement. Je n'ai pas besoin d'avoir de l'expérience dans l'amour pour comprendre ce qui m'arrive. Cet homme me plaît. Sans doute que mon état émotionnel a brouillé les pistes au début, mais là cela me semble très clair. Reste le problème est que je n'ai pas envie d'expérimenter ça pour le moment.

Je me retourne, cherchant déjà du regard une autre tente, lorsque Illiam m'appelle. Je fonds de l'intérieur. Cette voix… Je me retourne vers lui avec raideur et je balbutie quelques explications vagues. Il sourit.

- "Tu es le bienvenu, Annor. Si tu as faim, il y a des rations dans le coffre." Dit-il en désignant une petite boîte en bois recouverte d'un plaid en laine au fond de la tente.

Illiam s'assied sur son lit et attend patiemment que j'ose bouger. Mon combat intérieur dure à mes yeux une éternité, même si j'ai conscience que ce ne sont certainement que quelques secondes de gêne. Je finis par accepter l'invitation. Je pose mes affaires sous le lit libre et me dirige vers la boîte. Le repas va être simple mais copieux. Galettes de pain et viande séchée. Il y a aussi quelques carottes crues et des fruits secs. Je m'assieds sur mon lit et entame mon repas en fixant le petit feu qui réchauffe l'habitat.

- "Lorsque tu auras fini, pense à fermer le pend de la tente." Me dit Illiam en s'allongeant. "Bonne nuit, Annor."

Il se glisse dans ses couvertures et ferme les yeux. Je suis surprise mais j'apprécie qu'il m'offre en quelque sorte un peu d'intimité. Je termine mon repas et referme la tente comme il me l'a demandé. Je me glisse à mon tour sous les couvertures.

Finalement, la gêne que je ressens à partager la tente d'Illiam passe au second plan alors que je me laisse emporter par le sommeil. Toutes ses émotions de la journée m'ont épuisée.


Annor est encore perturbée par tous les changements qu'elle connait mais bon, c'est évident, Illiam et elle ont eu le coup de foudre :P

Bon, par contre du coup, on arrive dans la zone du récit qui me met mal à l'aise, on va pas se mentir :).
Je n'aime pas écrire des romances, mais je m'applique lol