Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Encore un chapitre très dense.
Acte 2 - Septième partie : La montagne sacrée
Chapitre 3 : Le dernier rempart
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Je me réveille au petit matin un peu vaseuse. Je suis un peu courbaturée mais rien de très méchant si l'on considère l'état dans lequel j'ai été ramenée. Tout me revient en mémoire et la torpeur du matin fait place progressivement à l'angoisse. Je frissonne lorsqu'un léger courant d'air vient caresser ma peau exposée. La couverture a glissé jusqu'à ma taille. Je réalise soudainement pourquoi elle est disposée ainsi. Illiam n'est plus dans la couche. C'est comme s'il s'était levé brusquement et était parti. Je me redresse sur un coude pour observer la chambre. Une boule se forme dans mon estomac quand je vois que ses affaires ne sont plus là. Il est parti pour de bon.
Je me lève en panique et enfile mon armure le plus vite que je peux. Il me faut un peu de temps pour me repérer dans la maison du jarl, mais je finis par débouler comme une furie dans la pièce principale. Les premières lueurs de l'aube pénètrent dans la grande salle.
- "Depuis combien de temps est-il parti?" Je hurle presque au jarl, ignorant les personnes avec qui il converse et les règles élémentaires de la bienséance.
- "Plusieurs heures." Me répond ce dernier sans s'émouvoir de mon manque de politesse. "Il ne voulait pas que tu essaies de l'arrêter."
Mon cœur cogne si fort dans ma poitrine que j'ai l'impression qu'il va exploser. J'ai mal. Je me sens à la fois trahie et esseulée. Illiam m'a abandonnée. Il est parti affronter une mort certaine et inutile. Baal va l'exterminer. Mon cerveau produit soudainement toutes sortes d'images plus horribles les unes que les autres. Je me prends la tête à deux mains. Je ne veux pas imaginer celui que j'aime mutilé… ou mort. Mais je sais que c'est ce qui va se produire.
- "Annor, je sais que tu souffres de sa décision, mais nous autres barbares ne vivons que pour protéger la montagne sacrée." Dit le jarl calmement. "Illiam ne fait que répondre à l'appel de la Pierre Monde qui a besoin de nous."
- "Mais nous avons déjà perdu!" Je hurle presque.
- "Annor, je ne vous savais pas si défaitiste." Dit une voix que je reconnais immédiatement.
Je me tourne vers les personnes avec lesquelles le jarl s'entretenait au moment de mon intervention. Personnes dont j'avais copieusement ignoré l'existence. Ce sont des amazones. Et plus particulièrement, c'est Astrid qui m'a interrompue. Mon sang ne fait qu'un tour. Je suis partagée entre un sentiment de colère profonde et de joie.
J'avance vers elle, jusqu'à pouvoir la toucher, pour la rendre plus réelle à mes yeux.
- "Vous êtes vraiment là?" Je demande au bord des larmes.
- "Oui." Elle me sourit. "Et je ne suis pas seule. Plus de quatre mille amazones remontent le continent à l'heure où nous parlons. Nous allons prendre l'armée de Baal à revers. Si les barbares tiennent bon, nous allons chasser de ce monde la fange des enfers."
Je secoue la tête. Ses mots ont du mal à m'atteindre. Des milliers de guerrières comme Astrid arrivent en renfort. Mon pauvre cœur ne peut pas supporter tant d'ascenseurs émotionnels. Je vais faire un malaise. Je m'assieds sur les marches qui mènent au trône du jarl et me prends la tête à deux mains.
Cain, que je n'avais pas vu, me rejoint.
- "Il y a encore un espoir, Annor. Il aura fallu sans doute trop de temps, mais le Sanctuaire s'est unifié sous une même bannière. Nous arrêterons Baal."
Astrid approche à son tour et s'agenouille devant moi. Son armure angélique luit légèrement dans les rayons du soleil levant qui embrasent lentement la salle. Je me plonge dans ses grands yeux bleus clairs qui reflètent toujours son caractère presque maternel et autoritaire à la fois. Je retrouve mon amie.
- "Taisez-vous." Dit-elle à Cain. "Ne voyez-vous pas qu'Annor se moque que nous gagnions la guerre. Elle a peur pour l'homme dont elle est tombée amoureuse." Elle pose une main sur ma joue et me sourit avec tendresse. "Je ne vous ferai jamais de fausses promesses et vous le savez." Me dit-elle. "Je ne sais pas si votre amant vivra jusque là, mais mes sœurs feront tout pour aider les barbares. Ayez encore un peu foi, c'est tout ce que je demande."
Je ne peux pas faire complètement ce qu'elle me demande, car mon sang démoniaque est en train de reprendre le dessus. Je ressens, avant même qu'on m'annonce de terribles nouvelles, un besoin urgent de me venger. Je veux détruire Baal. Je me tourne vers le jarl.
- "Le rite de passage pour entrer dans le temple de la Pierre Monde, est-il toujours une option?" Je demande froidement.
- "Oui. Vous comptez essayer?" Il a l'air étonné.
- "Nous allons essayer."
Je me retourne d'un bloc en reconnaissant la voix de celui qui répond à ma place. Rolf... Mon cœur fait un nouveau bond douloureux dans ma poitrine mais je ressens un soulagement infini. Le druide se tient dans l'encadrement de la porte d'entrée. Il s'approche de nous. Il fait peur à voir tant il est efflanqué, mais il dégage une force et une sérénité qui ne laisse aucun doute sur sa capacité à combattre. J'arrache de l'étreinte d'Astrid et me lève aussitôt pour rejoindre mon âme sœur. Je me jette dans ses bras et fond en larmes dans ses peaux de bêtes, en tambourinant du point fermé sur sa poitrine.
- "Plus jamais ça." Je hoquette entre deux sanglots. "Plus jamais ça!" Il me caresse les cheveux.
- "C'était une expérience horrible pour moi aussi." Me chuchote-t-il. "Mais cela devait être fait. Les druides ont déjà rejoint le dernier rempart, nous sommes auprès de nos frères comme il se doit." Continue-t-il à l'intention du jarl. "Je ne suis pas avec eux, car je sais ce que vous comptiez faire d'Annor et je ne pouvais la laisser affronter les Anciens seule."
- "Comment avez-vous su?" Demande le jarl circonspect.
- "J'ai vu les images se former dans son esprit lorsque vous lui en avez parlé hier. J'ai senti sa détresse lorsqu'elle a compris que l'homme qu'elle aime allait probablement mourir. Et je savais que bien qu'elle ait refusé votre plan, elle succomberait à l'appel de la vengeance tôt ou tard. J'ai demandé aux mages présents sur le front de me renvoyer ici, séant." Je me mets à trembler contre lui. Il me sert un peu plus fort. "Je suis la moitié d'Annor et nous ne vivons qu'une seule vie. Si je dois combattre une dernière fois, ce sera auprès d'elle et nul autre."
- "Vous partagez un lien druidique?"
- "Si vous voulez le définir ainsi, oui."
- "Je vois… Je ne sais pas quoi dire, si ce n'est que je suis honoré de vivre ce jour. Le jour où le peuple barbare est réunifié. Nos frères, les druides, n'ont pas failli à leur promesse. Et si certains d'entre nous abhorrent ce que vous êtes devenus, pour moi, les choses sont différentes car je vous vois. Je suis heureux que vous vous mêliez à nous pour la bataille finale et plus encore que vous passiez l'épreuve de nos ancêtres communs. Ce geste rapprochera définitivement nos peuples séparés par tant de siècles d'évolutions."
- "Je ne le fais pas pour nous. Je le fais pour elle."
- "Je sais. Mais l'image reste forte et c'est celle dont nos frères et sœurs ont besoin maintenant." Rolf incline la tête légèrement. "L'annonce de l'arrivée des amazones gonflera également le cœur des guerriers pour la bataille."
Je ressens un pincement au cœur. Illiam sera galvanisé par la nouvelle, mais je prie de toutes mes forces pour qu'il se souvienne qu'il doit survivre. Il doit me revenir en vie. Je me détache de Rolf mais je ressens le besoin de garder le contact, comme s'il allait disparaître d'un instant à l'autre. Je le prends donc par le poignet.
- "Expliquez-nous ce que nous devons faire pour le rite de passage." Dis-je d'une voix forte, en séchant mes larmes.
- "Suivez-moi." Nous dit le jarl.
Normalement, aucun barbare ne sait à quoi s'attendre et découvre l'épreuve sur place, mais le jarl n'a aucune intention que nous perdions, l'enjeu est bien trop grand. Il nous emmène donc dans un endroit d'Arrogath que seul lui à le droit de pénétrer pour nous révéler ce qu'il sait.
Nous pénétrons une sorte de cour intérieure, dédiée sans aucun doute à la méditation. Je trouve ce lieu étrange dans une forteresse barbare mais le jarl nous explique qu'il a pour habitude de s'adonner à cette pratique.
Il nous raconte patiemment l'histoire des Anciens et leurs formidables capacités physiques.
- "Les trois Néphalems sont maîtres des arts de combats barbares : la trombe, le bond, le lancer d'armes et le cri. En les combattant, le futur jarl doit se montrer digne de chacune de ces disciplines. Mais il ne s'agit pas de combattre tour à tour les gardiens. Il faut les combattre tous les trois en même temps. Ils n'ont qu'une seule faille… La vue..." Je fronce les sourcils. "Les corps éthérés des Anciens sont piégés dans des statues que le temps ne peut altérer. Mais les Anciens ne sont plus depuis des milliers d'années. Ils n'ont plus d'âme. Ce sont des automates chargés de la puissance phénoménale des êtres qu'ils incarnaient. Il est difficile de se rendre compte qu'il n'attaque qu'à vue dans le feu de l'action et c'est cela qui perd les plus orgueilleux prétendants. Aucun barbare actuel n'est assez fort à un contre trois contre nos ancêtres, mais à un contre un, nous pouvons rivaliser."
Ce qu'il nous dit à propos des Anciens me rappelle l'état dans lequel nous avions laissé Izual dans les plaines de Pandémonium avant qu'Auriel ne lui accorde le repos. Le corps éthéré seul ne constitue pas ce que nous sommes.
- "L'épreuve sera très différente pour vous. Vous allez opposer aux anciens des capacités qui ne sont pas des talents barbares et je serai avec vous. Nous serons donc en supériorité numérique."
Je souris légèrement. Ce souverain est un homme intéressant. L'épreuve des Anciens est l'un des rites les plus sacrés du peuple barbare mais il n'a pas peur de faire une entorse à la tradition et littéralement de tricher pour que nous puissions entrer dans le temple. La stratégie pour la sauvegarde de Sanctuaire passe avant tout.
Pendant que le jarl continue de nous prodiguer divers conseils sur le déroulement du combat, mon esprit vagabonde un instant vers Illiam qui se trouve quelque part sur la montagne puis je jette une oeillade à Rolf.
Il est venu pour me donner une chance de revenir sur la bonne route. Illiam n'est pas mort, mais déjà je veux le venger. J'ai accepté l'épreuve des Anciens et une nouvelle confrontation avec Baal par colère pure. Je sais que cette décision de combattre est la bonne mais je le fais pour de très mauvaises raisons.
Je me concentre à nouveau sur les paroles du jarl. Maintenant que je suis sur cette voie, je ne peux plus faire marche arrière et surtout, je dois survivre à tout ce qui va suivre si je veux avoir une chance de retrouver Illiam. Dans le cas contraire, je n'aurai finalement que fait la même bêtise que ce dernier : abandonné l'amour pour la haine.
Ah vous ne l'aviez pas vu venir, le retour de la dream team au complet lol.
Pour vous cela fait quelques chapitres, mais pour Annor ça fait des semaines/mois maintenant. Il s'en est passé des choses.
Et les sentiments lui font voir flou... La phrase la plus importante du chapitre pour le développement de notre cher Annor est celle-ci : " Je sais que cette décision de combattre est la bonne mais je le fais pour de très mauvaises raisons."
Advienne que pourra.
Pour Astrid/Cassia, c'est ma manière de raccrocher les wagons avec le lore original. En fait, Cassia est la première vraie matriarche des Askaris et l'histoire des Askaris diffère pas mal :P
J'ai un peu réécrit toute l'histoire pour coler à ma version d'Akara et de comment l'Oeil Aveugle est arrivé entre ses mains, et ainsi justifier tout le reste.
Ouais c'est une grosse adaptation :D.
