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Acte 3 - Première partie : Le monde d'après

Chapitre 2 : Le feu du ciel

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Je suis réveillée en plein milieu de la nuit par une étrange clarté qui pénètre dans ma chambre. Je me tourne vers la fenêtre pour observer ce que je pense être tout d'abord un gros orage, mais c'est bien trop lumineux et surtout constant en intensité. Je me frotte les yeux et me redresse sur ma couche. Je remarque que l'Oeil Aveugle luit faiblement. Plus de vingt ans après la destruction de la Pierre Monde, ce petit fragment semble se réveiller des limbes

J'attrape la pierre froide, le cœur battant. Je sens une sorte d'énergie pulser entre mes doigts. Je comprends rapidement que les deux phénomènes sont liés lorsque je remarque que l'intensité de la pulsation correspond à celle de la clarté à l'extérieur qui augmente également.

Je ne prends pas le temps de m'habiller. J'attrape juste un châle dans ma malle. Je ne sais pas combien de temps le phénomène va durer. Si la pierre réagit, c'est que ce qui se passe a un lien avec la Pierre Monde. Quoi que ce puisse être...

Quelque part au fond de mon esprit se dessine un espoir ridicule, fabriqué par des raccourcis émotionnels gravés au fer rouge dans mon coeur. Rolf était lié à la Pierre Monde. S'il y a une chance que ce qu'elle était a survécu, peut-être que lui aussi, sous une forme ou une autre. Je me gifle mentalement d'oser avoir ce raisonnement simpliste et de me laisser à un espoir vain qui me sera juste pénible à vivre lorsque l'illusion sera brisée. Cependant, il est important que je détermine ce qui se passe. Je suis une Soeur de l'Oeil Aveugle. Tout ce qui touche à la pierre est un sujet que je dois prendre au sérieux.

Drapée dans le fin tissu, je grimpe sur la tour sud aussi vite que je le peux. Le vent frais qui vient du nord, malgré la châleur écrasante de l'été, me fait frissonner et la fine pluie qui se met à tomber finit de me réveiller totalement. Je scrute le ciel.

La lumière qui émane des nuages est de plus en plus vive et je sens l'énergie de la pierre que je porte augmenter d'autant. Je profite de la clarté ambiante pour regarder ce qui se passe à l'orée de la forêt. Je vois des goules hagardes qui furètent dans les hautes herbes. Elles me fixent de leurs yeux blancs, ou peut-être qu'elles regardent le ciel, elles aussi. Je grimace et je jure de leur régler leur compte aussitôt que j'aurai mon arc en main. Je ne laisserai pas ces perversions souiller les terres du Monastère.

Je lève la tête à nouveau pour contempler ce ciel qui commence à prendre une teinte rouge sang. Je m'approche du parapet. Il me semble voir quelque chose émerger de la couche épaisse de nuages. Non, c'est plutôt un trou qui se forme et qui grandit. Bientôt, la lueur sanglante semble se mettre à ramper jusqu'à un nexus qui est en train de se former dans l'orifice. Elle laisse dans son sillage des éclairs silencieux qui veinent rageusement les nuages menaçants, qui projettent à nouveau leur ombre inquiétante sur la région. Je sens l'air se rafraîchir soudainement et mes poils se hérisser sur ma peau. Je me plaque contre le parapet, en réalisant que la foudre peut tomber à tout moment. Mon choix d'observatoire est discutable. Je me suis mise bêtement en danger en me postant ici.

Bientôt l'averse éclate franchement mais l'orage reste contenu. Le châle ne me protège rapidement plus du tout. La pluie ruisselle sur mon corps et la pierre grise sous moi. L'eau qui coule sur mon visage brouille ma vision, mais je devine ce qui se passe. Je distingue comme une langue de feu émerger des nuages et fondre vers la terre à grande vitesse. Enfin tout est relatif. Dans mon champ visuel, elle m'apparaît comme descendre très lentement du ciel, mais j'ai parfaitement conscience des distances et des échelles. Est-ce une météorite qui viendrait s'écraser? J'ai lu quelques descriptions dans des livres anciens d'Akara qui parlent d'un tel phénomène. Ces événements étaient annonciateurs de malheurs à venir.

Je me moque de la superstition mais les météorites naturelles ont toujours été expliquées par des pénétrations d'autres plans dans notre royaume. Des fragments de roches projetés à travers les plans de réalités jusqu'à nous. Elles sont le fruit de conflits entre les anges et les démons si puissants que les conséquences de leur batailles nous parviennent. Ou parfois de sortilèges interdits comme celui qu'Akara avait utilisé pour mettre fin à la première invasion démoniaque... Je sais qu'aujourd'hui que le Sanctuaire n'est plus efficacement protégé, mais si une telle chose se produit, c'est sans doute que quelque part, une bataille fait rage.

Alors que j'observe attentivement l'étrange phénomène, une douleur fulgurante me traverse la poitrine. Je me cambre par réflexe mais ne crie pas. L'air reste bloqué dans mes poumons. Au même moment, je me vois en armure. Quelque chose sort de mon torse à l'endroit où se trouve mon cœur. Je suis tétanisée, les yeux et la bouche grands ouverts. La vision s'efface par intermittence comme si la pierre n'arrivait pas à la stabiliser et je vois réapparaître par moment l'Oeil Aveugle qui brille entre mes seins aussi fort que ce feu qui tombe du ciel au loin. Je commence à avoir le tournis, alors je me couche sur le sol pour prévenir toute chute. L'eau glacée qui forme de,larges flaques maintenant me ramène quelques secondes à la raison.

Je suis heureuse d'avoir eu le réflexe de m'allonger, car je perds brutalement tous mes repères alors que ma vision change du tout au tout. Je suis dans le ciel. Je tourbillonne dans ma chute vertigineuse. Il y a du feu tout autour de moi et je vois entre les flammes la terre qui approche bien trop vite. J'ai chaud. Ca me brûle de plus en plus.

Je lutte contre mes sensations décousues et roule sur le côté. La pierre froide et détrempée me fait du bien et m'aide à conserver le fil de mes pensées. Dans mon mouvement, l'Oeil Aveugle glisse de ma peau et la vision chaotique s'arrête. J'attrape la chaîne d'une main tremblante pour l'écarter de moi pendant que je reprends mon souffle. Je me redresse et m'adosse au parapet pour contempler le ciel qui a craché son feu maudit. La langue de flammes disparaît à l'horizon sud-ouest. Je vois un éclat lumineux dans le lointain et puis plus rien.

Haletante, je fixe maintenant du regard l'Oeil Aveugle qui vibre au bout de sa chaîne. J'ai l'intuition que ce n'est pas fini. Je me lève péniblement en prenant appui sur ma main libre. Je me dresse sur la pointe des pieds pour gagner quelques centimètres de vision, sans me soucier de l'orage silencieux qui fait toujours rage au-dessus de moi. Je me penche du côté où le feu du ciel est tombé et essaye de déterminer exactement où il a touché le sol. Mais à part, les goules qui s'agitent en contrebas, je ne vois rien.

Pourtant la vibration ne fait qu'augmenter au bout de la chaîne. Il doit y avoir quelque chose. Je scrute l'horizon autant que ma vision troublée par la pluie me le permet. Il me faut quelques secondes pour le distinguer, mais il y a du mouvement dans les arbres et ça se rapproche à grande vitesse. C'est hélas au moment où elle me frappe que je comprends qu'il s'agit d'une vague d'énergie primordiale. Je suis balayée par le choc et manque de peu de passer par-dessus bord, de l'autre côté de la plateforme. Je lâche l'Oeil Aveugle pour saisir le parapet à deux mains au dernier moment.

La pierre entre à nouveau en contact avec ma peau et je suis piégée dans ma première vision. Je tombe lourdement sur le dos. Mes yeux sont rivés sur ma poitrine, d'où dépasse cette chose dont je n'arrive pas à déterminer la nature, mais qui est sans aucun doute en train de me tuer, dans un futur plus ou moins lointain.

La vision s'affaiblit lentement, en même temps que la vague d'énergie se tarit. Je vois mon vrai corps réapparaître par intermittence, mais la douleur est plus forte que moi et je perds connaissance avant qu'elle ne cesse totalement.

Je me réveille sans doute plusieurs minutes après. Je suis gelée. Il pleut toujours mais bien plus fort et l'orage ne s'est pas calmé. L'Oeil Aveugle est inerte sur ma peau froide, mais la marque de la brûlure que j'avais ressentie auparavant est bien là. Me prouvant que tout était réel.

Je me remets sur pieds et sers mes bras autour de ma taille. J'entre dans la tour et descend l'escalier sombre en tremblant. Je retourne dans ma chambre et ravive magiquement le feu dans la cheminée. Je m'agenouille devant en claquant des dents, tandis que l'eau ruisselle et forme une flaque sous moi. Je jette le châle détrempé au loin.

Je contemple pensive les hautes flammes qui réchauffent mon corps transit. Que vient-il de se passer, exactement ?

Je baisse la tête pour regarder l'Oeil Aveugle qui luit d'un éclat sanguin à la lumière du feu de cheminée. La vision était chaotique mais c'était clairement une mise en garde. Je n'imaginais pas, que privée du cœur d'Anu, la pierre puisse encore prédire l'avenir, mais les faits sont là et je ne dois pas les ignorer. En dehors de ce qui semble être ma propre mort, la pierre a semblé vouloir me montrer ce qui tombait du ciel. Je ferme les yeux en tentant de me rappeler les détails. Je vois des plaines et des bois éparses. Cela me rappelle d'anciens souvenirs. De mauvais souvenirs. Je grimace. Le feu du ciel est tombé dans la région de Tristram.

- "Évidemment." Je siffle.

Je pose distraitement la main à l'endroit de la brûlure, ce qui correspond étrangement à l'endroit où dépassait cette chose qui perçait mon cœur. La marque n'est pas trop profonde. Certainement qu'elle aura disparu d'ici quelques jours. Je me rappelle alors vaguement d'un rêve que j'avais fait il y a bien longtemps, dans une forteresse barbare. Le nom d'Illiam ressurgit dans ma mémoire mais je me souviens à peine de son visage.

C'est triste que le monstre que je suis devenu ait effacé une partie de mon passé. Non... je me mens à moi-même. Je sais très bien pourquoi je ne veux pas me souvenir d'Illiam. Il me rappelle que je savais aimer à une époque et qu'un autre futur moins douloureux était possible. Un futur où vivre n'est pas une telle lutte contre moi-même.

Le rêve que j'avais fait alors est aussi vague que le souvenir de mon premier amour. Je grimace. C'est pathétique.

Je reporte mon attention sur la pierre et à la marque de brûlure. Je soupire. Je sais que je vais y aller. Je dois savoir de quoi il retourne. Je me couche sur le sol humide face au feu et me laisse envelopper par sa douce chaleur.

- "Vous me diriez d'y aller, n'est-ce pas?" Je demande aux flammes qui dansent. "C'est ce que font les soeurs." Je reste silencieuse un moment avant d'ajouter. "Je cours à ma mort, n'est-ce pas?... Répondez-moi... Akara!" Je crie presque en me recroquevillant sur moi-même.

Je suis heureuse que personne ne me voit ainsi. Je parle aux morts et cherche refuge dans leur demeure. Je dois être à moitié cinglée. Je me souris à moi-même. Non, c'est une certitude. Je le suis. Je ferme les yeux et m'endors à même le sol.

Mes rêves m'emmènent sur les pas de mon passé trouble. Je me revois quitter le monastère avec Moiraine et marcher jusqu'à Tristram. Je contemple la cathédrale un long moment. Elle est toujours aussi sinistre. Après tout, ce sont mes souvenirs. Cela dit, je n'ai pas peur. Je sens alors comme une force qui me pousse en avant. Je pose ma main sur la porte et la suite de mon songe est aspirée dans le néant.

Je me réveille au petit matin, engourdie mais résolue. Mon rêve était très clair. Mon inconscient marche déjà vers cette région maudite où tout a commencé. Et elle n'a pas cessé de me livrer ses secrets. Je dois être là pour voir et écouter. Je suis et resterai une sœur de l'Oeil Aveugle jusqu'à mon dernier souffle. C'est peut-être la dernière identité que j'accepte et dont je reste fière.

Je me lève en frissonnant. Je suis sèche et l'eau s'est évaporée au cours de la nuit, mais la pièce est fraîche. Le feu dans la cheminée s'est éteint, il y a longtemps.

Même si je suis déterminée, je prends mon temps et me prépare tranquillement. Je fixe l'Oeil Aveugle dans son écrin sur mon armure et renforce les enchantements des liens qui l'y attachent, puis je me dirige vers le boudoir d'Akara. Sur son bureau se trouve son journal toujours ouvert à la dernière page. Cela fait plus de six mois que je n'ai rien écrit.

J'attrape l'encrier et une plume, puis prends place dans le grand fauteuil. Mes yeux glissent un instant vers un masque en or que j'ai posé sur un autre ouvrage qui m'est cher. Le journal de Jarzeth. Je soupire. Un autre mort qui me tient compagnie depuis longtemps.

Je prends le temps d'écrire ma vision dans le journal et explique le but que je me suis fixé. Je range précieusement le matériel avant de quitter le boudoir. Je replace tous les verrous magiques et quitte le monastère dans les brumes du matin.

Sur le chemin, je prends le temps de chasser un peu. Une dizaine de goules tombent sous mes flèches de glace pour mon plus grand plaisir. Je laisse les délices de la vengeance froide emplir mon coeur et je sens la haine bouillir dans mes veines. Je me sens si vivante.

Je suis prête à affronter le destin.


Petit note technique:

Dans mon histoire j'ai fait de "météore" un sort interdit. Dans le jeu il est très commun. C'est juste que je voulais que dans mon lore les morceaux de roches soient des morceaux roches en fusion provenant d'autres plans et qu'il soit bien plus violent que ce que c'est dans le jeu.

Voilà voilà.

A bientôt