Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Bon bah vu que les statistiques montrent que j'ai perdu tout le monde sur ce dernier acte, je vais faire profil bas.
Ca ne sert à rien que je me dépêche d'écrire si personne ne lit.
Autant prendre mon temps et faire les choses bien.
Peut-être que je continuerai à publier. Peut-être pas. On verra.
En attendant. Gros chapitre. Ou le passé s'invite dans le présent.
Acte 3 - Deuxième partie : Les fantômes du passé
Chapitre 3 : Renouer avec le passé
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Au petit matin, je sors de l'auberge. Je trouve Léah assise sur une caisse défoncée de l'autre côté de la place. Le bruit de la porte qui grince la fait lever les yeux d'un petit livre. Elle se lève d'un bloc mais ne bouge pas. Je note qu'elle tient son arc correctement. Elle semble gênée. Lorsque je m'approche, elle baisse les yeux.
- "Je suis navrée pour ce qui s'est produit hier soir." marmonne-t-elle. "Je comprendrais que vous ne vouliez plus m'enseigner." Je ris.
- "Ce n'est pas ce genre de choses qui m'empêcheront de te garder comme apprentie, si je puis te donner ce titre." Elle relève la tête, le regard brillant. "Cain t'a-t-il parlé?"
- "Oui, enfin un peu. Il était très tard. Il m'a promis plus ce soir. Il ne sait pas encore que je suis sortie, car il dort encore. Mais j'ai laissé une note sur la table, dans le cas où vous voudriez bien que je vous accompagne." Je souris. Elle est légèrement rebelle, mais elle reste emplie de bienveillance.
- "Qu'est-ce que Cain t'as dit?" Elle baisse la voix.
- "Il m'a expliqué ce que vous aviez usé de votre part démoniaque pour contenir ma crise et m'a dit qu'il serait bon que j'en apprenne plus sur mes parents biologiques. Mon père était un homme important, apparemment. Il m'a donné un lieu dit à visiter." Elle sort un petit papier du livre qu'elle tient. "Il s'agirait de la hutte où vivait ma mère avant de quitter Tristram."
Mes yeux se posent sur le morceau de parchemin. Je lis presque sans le vouloir le nom du lieu-dit. Il s'agit en vérité plus d'une description, je vois ce que Cain voulait désigner. Je sais où cela se trouve.
- "Que sais-tu d'Adria?" Je demande en croisant les bras sous ma poitrine, sans prendre le papier qu'elle me tend.
- "Elle s'est installée comme potionniste à Tristram. Elle était une sorcière puissante mais elle ne le montrait pas." Je hoche la tête et l'invite à me suivre.
- "Parle-moi des auras et des Néphalems, veux-tu?"
Ma question semble n'avoir ni queue ni tête, mais je sais ce que je veux obtenir d'elle. Sans réfléchir, elle me suit et commence à raconter tout ce qu'elle sait. Cain lui l'a bien formée et elle lui ressemble un peu. Elle entre dans des détails avec emphase lorsqu'elle parle de sujets qui la passionnent. Elle ne remarque même pas la distance que nous parcourons. Je l'emmène ainsi jusqu'à la frontière sud de l'ancienne Tristram.
Il ne reste plus rien des maigres fortifications qui protégeaient l'entrée. Nous arrivons dans une sorte de prairie sauvage au milieu de laquelle se dressent quelques ruines. Au loin, dépassant des arbres, on voit se dresser la cathédrale. Je dirige la jeune femme vers un endroit qui semble être aussi banal qu'un autre, mais je sens la terre exhaler d'une puissance arcanique passée. Je souris discrètement. Je me souviens du rituel de magie noire d'Adria. Lorsque j'en avais été témoin, je n'avais pas encore été touchée par les mots qui ont transformé ma vision intérieure. Aujourd'hui, même après tant d'années, je peux sentir la marque maléfique de l'enchantement. C'est là que je dois faire ma démonstration. Léah doit comprendre ce qui dort potentiellement en elle. Je verrai bien si elle a les épaules pour supporter le reste.
C'est au moment où je m'arrête pour de bon, qu'elle prend conscience du chemin parcouru et de l'endroit où nous sommes.
- "Tristram?" Dit-elle étonnée.
- "Oui." Je désigne le sol. "Et c'est là que j'ai vu ta mère pour la première fois. Et c'est aussi là qu'elle a marqué ma mémoire à tout jamais." Elle ouvre la bouche comme pour s'exclamer mais ne dit rien. Elle attend que je lui en dise plus. "Je vais te montrer pourquoi, je me souviens de l'emplacement exact où j'ai rencontré cette sorcière."
Je me laisse envahir par la haine et déploie mon aura sauvage, laissant mes ailes d'ombres se gorger du chaos. Je sais qu'elle les voit progressivement apparaître et emplir tout l'espace autour de nous. Je vois la terreur dans son regard alors que je lui dévoile ma part démoniaque et qu'elle commence à sentir l'écrasante puissance que je dégage. Elle porte sa main à sa gorge comme si l'air avait du mal à entrer dans ses poumons. En quelques respirations, je me libère de l'emprise de la haine et recrache le chaos comme un poison. La jeune femme se met à trembler.
- "Ta mère avait une aura aussi puissante qu'une graine de Néphalem éclose et elle maîtrisait les arts sombres. Je l'ai vu ici même accomplir un rituel impie et sa puissance m'a écrasée, comme je viens de t'en faire la démonstration. Je n'avais jamais encore vu d'aura aussi forte de ma vie. Elle abhorrait les Vizjereis et elle convoitait des sangs purs."
- "Vous dites que ma mère était une sorcière noire?" Léah semble très déçue par mes révélations.
- "Je ne pense pas. Je n'en sais rien..." Dis-je le plus honnêtement possible. "C'était une femme ambigüe. Dis-toi que je ne l'ai côtoyé que quelques jours."
- "C'est déjà plus que moi..." glisse-t-elle. Je l'ignore.
- "Elle m'a fait une forte impression, dans le bon sens comme dans le mauvais. Sans ses potions et ses soins, beaucoup de personnes seraient mortes. Elle mettait du cœur à sauver toutes les personnes qui avaient été blessées par les horreurs qui dormaient sous la cathédrale. Mais sa vision du monde liée à la pureté du sang me répugnait. Je ne fais que te donner mon point de vue. Je ne détiens pas la vérité. Par contre, d'un point de vue purement héréditaire, si tu as hérité même d'une fraction de la force de ta mère..."
Je laisse ma phrase en suspens, mais je vois le regard de la jeune femme s'illuminer. Elle vient de comprendre la corrélation que j'induis.
- "Cela pourrait expliquer mes crises." Souffle-t-elle. Je hoche la tête puis croise les bras.
- "Sais-tu ce qu'est la Vision Intérieure?"
- "Le don des Sœurs?"
- "C'est un art développé par notre Grande Prêtresse, Akara. Il étend les sens. La Vision Intérieure est unique pour chaque sœur qui la développait. La mienne est particulière, car elle me permet de voir les influences angéliques et démoniaques cachées. Je peux distinguer certaines choses invisibles même aux yeux des sœurs les plus aguerries. Et lors de ta crise hier, j'ai vu quelque chose dans ton corps éthéré qui m'a alertée. J'ai pris la liberté de reformer certains sceaux arcaniques qui emprisonnent ton aura..." Léah pâlit sensiblement. "Quelqu'un craignait le pouvoir qui dort en toi et a tenté de le cadenasser, mais aujourd'hui ces verrous sont partiellement détruits. Je pense que tes crises ont une origine émotionnelle mais ce ne sont des crises que parce que ton aura est comprimée en permanence et que les sceaux ne peuvent aujourd'hui plus la contenir. Tu n'as jamais eu le contrôle dessus c'est pourquoi elle explose dès qu'elle peut s'échapper. Si nous en apprenons plus sur ta nature et ce qui a été fait dans ton corps éthéré, nous aurons un moyen de contrôler cette puissance sauvage qui t'habite."
- "Vous pensez que c'est ma mère…" sa voix chevrote. "... qui m'a scellée."
- "Je n'ai aucune preuve, mais c'est ma théorie."
D'une main tremblante, Léah extrait du petit livre qu'elle tient la note sur laquelle est inscrit le lieu dit que Cain a désigné comme la hutte d'Adria.
- "Nous ne sommes pas loin. Si tu te sens prête à affronter des réalités probablement douloureuses, je peux t'y conduire."
Je patiente pendant que la jeune femme semble livrer une bataille intérieure. Je dois avouer qu'elle m'impressionne. Cain l'a trop protégée mais elle a une force de caractère impressionnante. Beaucoup aurait paniqué à mes révélations. Elle est en train d'assimiler et de se projeter, mais je vois déjà les engrenages tourner dans son esprit qui tendent vers une réponse positive. Elle veut savoir. Elle veut comprendre. Mais plus que tout, je sens qu'elle veut redevenir maîtresse de sa destinée.
Elle finit par ranger le petit morceau de parchemin et elle acquiesce lentement.
- "Je ne peux pas rester dans l'ignorance plus longtemps." Dit-elle. "Si je veux être une Horadrim digne, je dois apprendre à creuser dans le passé, même le mien…"
- Je m'incline légèrement pour saluer sa décision.
- "En apprendre plus sur ton passé est aussi important pour moi. Je vais pouvoir compléter un pan assez flou de ma propre histoire."
J'invite Léah à me suivre. Je la sens nerveuse mais déterminée. Je nous conduis au centre ville par le chemin principal qui a aujourd'hui disparu. Ma mémoire de la chute de Tristram se confronte à la nouvelle réalité. On dirait que deux siècles ont passé tant les ruines sont endommagées.
L'ancienne fontaine qui trônait au milieu de la place est presque détruite. Il ne reste plus qu'un mur de l'auberge d'Odgen et la forge de Griswold est n'a résisté que parce le foyer en pierre avait des fondations solides. Mes yeux se posent sur l'enseigne qui est désormais à moitié enfouie dans le sol. C'est alors que j'entends un râle guttural qui vient de l'atelier. Je regarde, avec un détachement inhumain, la forme que je n'avais pas remarquée parce que j'étais plongée dans mes souvenirs. Lentement, elle se détache des décombres. Ses chairs sont dans un état de putréfaction avancé que la transformation en goule a figé dans le temps. Je souris tristement lorsque les yeux vitreux du forgeron se posent sur moi et qu'il lève lentement les bras dans ma direction.
- "Retourne-toi…" dis-je à Léah qui semble effrayée.
Elle me dévisage une seconde puis obtempère. D'un geste fluide, je prends la dague cachée dans ma botte et mes doigts jouent sur le manche alors que je l'enchante. Le métal se met à luire. Je laisse Griswold s'approcher de quelques pas titubants, puis je pivote et lui plante d'un geste sûr ma dague dans la tempe. Il s'immobilise immédiatement, tandis que ses yeux sans vie roulent dans ses orbites. D'un coup d'épaule, je le repousse, libérant ma dague de son crâne. Le forgeron bascule en arrière d'un bloc en écrasant ce qu'il reste d'un râtelier renversé. Le bruit fait sursauter Léah qui retient un petit cri, dans mon dos.
Le corps de la goule commence presque aussitôt à se décomposer. Tout comme son sang noir s'évapore sur ma lame. Je remets ma dague dans ma botte lorsqu'il ne reste plus rien de l'immonde substance. Dans ma vision périphérique je devine la détérioration s'attaquer maintenant aux os qui s'effritent dans des craquements sinistres. Je ne regarde même pas la disparition de Griswold. Je me retourne vers Léah qui sursaute à nouveau lorsque je pose ma main sur son épaule. Elle regarde par-dessus mon épaule avant de croiser mon regard. Elle fronce les sourcils.
- "Vous allez bien?" Me demande-t-elle.
- "Oui, pourquoi?"
- "Vous pleurez…"
Je porte une main à mon visage et essuie une larme que je n'avais même pas senti couler. Je sais pourquoi mon corps ressent de la peine mais pas moi… Je soupire.
- "Griswold était un homme bon." Dis-je. "C'est la Annor du passé qui pleure. Il y a vingt ans, je n'ai pas pu me résoudre à le tuer." Elle pince les lèvres. "Je sais que tu aurais pu. Tu as bien tué ta nourrice. Mais c'était une autre époque, d'autres circonstances… La Annor qui n'a pas pu libérer Griswold d'une existence d'errance venait de vivre un enfer."
- "Je ne voulais pas…"
- "Je sais." Je la coupe sèchement. "Mais nous sommes différentes Léah. Peut-être me regardes-tu avec admiration parce que Cain a transformé nos aventures en légende, mais je suis juste une femme que la vie a ammené à emprunter des chemins bien ténébreux et spectaculaires. Considère-moi comme tu considérerais n'importe qui. Mes pouvoirs ne font pas entièrement ce que je suis. Et aussi difficile ce sera pour toi, essaie de faire de même pour ta mère. Rien n'est tout blanc ou tout noir. Tu découvriras sans doute des choses qui te feront admirer cette personne et d'autres qui te donneront honte d'être de son sang." Elle baisse la tête.
- "C'est pour ça que vous m'avez raconté votre expérience de l'avoir rencontrée..."
- "En effet. Je veux que tu ouvres ton esprit à accueillir une réalité beaucoup moins manichéenne que celle dans laquelle Cain t'a élevée. Et pourtant beaucoup plus sombre. Et quel que soit ton héritage essaie de le comprendre avant de le juger."
Son expression est subtile mais je vois de l'incompréhension dans son regard.
- "Mon héritage est celui de Méphisto et aujourd'hui il ne me reste plus que la haine comme arme. Lorsque je libère mon pouvoir je n'ai rien à envier aux démons, pourtant je suis toujours les préceptes d'Akara et tente de garder mes pieds sur le chemin de la lumière. Quelque soit ton héritage, c'est à toi de choisir ta voie."
Je m'apprête à reprendre la route, mais elle m'interrompt.
- "Pourquoi est-ce la Annor du passé qui pleure et pas vous?" Me demande-t-elle d'une voix timide. Je soupire.
- "Je souhaite que jamais tu ne connaisses cela. Je ne ressens plus qu'une seule douleur, c'est le vide que Rolf m'a laissé. Mon corps est le vaisseau de mon existence, mais je ne vis plus dedans." La jeune femme déglutit. "Parfois, certains souvenirs douloureux réveillent la Annor que j'étais avant… Je pleure mais la douleur est noyée dans le reste. Je ne la sens plus. Depuis le temps, je ne fais même plus attention aux douleurs de l'âme. Ces larmes-là ne sont plus les miennes."
Je ne lui laisse plus l'occasion de poursuivre cette conversation. Je n'ai pas envie de m'engager sur ce terrain là. Je n'ai jamais envie… Elle me suit sans mot dire. Je l'emmène jusqu'au quartier nord et traverse les vestiges du quartier moribond qui jouxtait le domaine royal. Le paysage a bien changé mais je retrouve certains repères. La note de Cain parlait de longer la barrière rocheuse jusqu'à un bosquet.
J'observe alors les environs avec attention, puis je trouve ce que je cherche. Loin à l'est, la barrière rocheuse s'affaisse et les arbres ont poussé au milieu des anfractuosités de la roche, jusqu'à former un écrin de forêt, en mangeant sur la plaine en contrebas. Je montre à Léah une forme légèrement rectiligne émerger d'un amas un peu plus dense. Je l'invite à me suivre avec prudence. Je doute que l'endroit soit dépourvu de morts vivants.
Dès que nous nous approchons, il ne fait plus aucun doute qu'il s'agit bien d'une habitation. La petite maison est parfaitement intégrée à la végétation. En revanche, nous découvrons quelque chose d'assez sinistre. Plusieurs corps de gardes de la milice royale se trouvent à proximité de l'endroit. Les armures sont abîmées et vides, sans doute les corps ont été dévorés, il y a bien longtemps. La seule pensée rassurante dans tout cela, c'est que ces morts là ne se relèveront pas.
Après avoir déblayé le passage de quelques ronces, j'ouvre lentement la porte d'entrée dont le bois vermoulue craque bruyamment. Seule la lumière du jour éclaire l'endroit, par l'entrée mais aussi par les interstices entre les planches mal ajustées qui forment les murs.
C'est assez petit, mais j'y retrouve ce que je connaissais d'Adria. Des dizaines de flacons sont posés sur des étagères de fortune. Il y a un plan de travail sommaire sur lequel sont restés des ustensiles et des notes. Il y a également une couche au sol, enfin avait... Elle est maintenant recouverte de champignons et de mousses.
Une petite porte a été aménagée dans un coin, comme une issue de secours. Elle est légèrement entrouverte et des branchages passent au travers. Je casse les planches d'un coup sec et me faufile à l'extérieur au travers du trou. D'autres corps de gardes… La disposition ne laisse aucun doute pour ceux-là. Ils ont été tués par une sorte d'explosion qui les a propulsés en arrière. Les arbres autour portent aussi les stigmates malgré les années. Je trouve le centre de la déflagration assez facilement. Je me poste à l'endroit et relève la tête. La cathédrale est parfaitement visible de là. Un sentier mal défini y mène, mais de là où je suis, j'aperçois aussi dans le lointain le manoir de la famille royale. Le domaine s'étend à perte de vue, maintenant que la nature a repris ses droits, mais les hautes grilles en fer sont encore visibles et la structure de la bâtisse se dévoile largement de ce côté. Sans doute était-ce par là qu'Adria et Aidan se retrouvaient sans être vu de la population.
- "Votre mère s'est défendue." J'explique à Léah qui me rejoint, peu assurée. Je lui montre la disposition des corps. "Une magie puissante et contrôlée. L'explosion arcanique n'a pas soufflé la maison mais les plantes ont gardé l'empreinte." Je lui montre les déformations dans les troncs de certains arbres proches.
- "Elle était en danger?"
- "Peut-être est-ce pour cela qu'elle a fui Tristram."
Nous retournons à l'intérieur. Je trouve quelques notes déchirées sans importance sur des recettes de potions. Léah les prend. Je pense qu'elle y attache une valeur sentimentale. Ce sont les premiers écrits de sa mère qu'elle trouve.
Je commence à fouiller plus dans le détail. Connaissant la sorcière, il doit y avoir des choses cachées. Je trouve assez rapidement ce que je cherche. Une humidité inhabituelle émane d'un recoin. Je pose la main sur le bois qui a moisi. Les planches bougent. Je les fais sauter en quelques gestes et découvre un passage un peu étroit qui est protégé par de larges racines bombées. On peut s'y tenir à un, si l'on reste accroupi. Au fond, il y a un large trou dans le sol. Je m'enfonce dans le passage la première et regarde au font. Ma vision intérieure me permet de voir les détails. Il y a une échelle rustique qui descend. Je tâte le terrain. C'est ancien mais encore solide. Cela supportera notre poids, j'en suis certaine.
Je descends la première. C'est profond et il fait froid. C'est une véritable grotte taillée en biais dans la paroi rocheuse contre laquelle est adossée la cabane. Je distingue des mécanismes anciens dans le noir. Ce sont des torches arcaniques. Je dessine les mots appropriés dans le vide et les torches s'embrassent aussitôt comme si le temps n'avait pas eu d'emprise. La lumière ocre qu'elles diffusent est agréable.
La découverte est incroyable. Adria vivait belle et bien dans cette grotte. La maisonnette au-dessus n'était qu'un leurre. Il y a un chaudron, des ingrédients étranges dans des bocaux, logés dans de larges alcôves creusées dans la pierre. Il y a un établi avec des instruments dont j'ignore l'utilité et de nombreuses amulettes. J'y trouve également plusieurs livres et parchemins.
Je me saisis d'une amulette. Le métal me semble ordinaire, mais elle est imprégnée d'une magie puissante scellée. En temps normal, j'aurais dû sentir son pouvoir magique à distance mais comme l'aura de Léah, elle est supprimée. Cependant maintenant que je l'ai en main, je sens la magie réprimée pulser en dessous. Je repose le bijou en grimaçant puis éparpille les quelques feuillets qu'il y a sur la table. La première note lisible me glace le sang.
Aidan est venu me voir la nuit dernière. Je commence à deviner ce qui rampe dans son cœur troublé. Je l'ai consolé du mieux que j'ai pu. Mais qu'importe ce qu'il projette de faire, l'enfer le poursuivra. Les ombres se referment à nouveau sur Tristram, mais je serai partie bien avant qu'elles ne tombent.
J'ouvre rapidement les livres ensuite et les feuillette. Potions, potions et zncore des potions. Un seul est ce qui nous intéresse. Son journal. L'ouvrage est épais. Je l'ouvre. Il semble qu'il couvre de nombreuses années. Je le feuillette rapidement pour atteindre la fin. Evidemment, il s'arrête à plus de vingt ans. Mes yeux se posent plusieurs fois sur le nom de Aidan. Je grimace. Léah ne pourra échapper à la vérité.
Je prends le livre et glisse la note trouvée en premier lieu dedans. J'appelle ensuite Léah qui descend à son tour. Elle découvre l'endroit avec émerveillement. Elle observe chaque chose avec attention comme si elle essayait de s'imprégner du lieu.
Elle se tourne vers moi les larmes aux yeux et me saute soudain au cou. Je suis surprise par son geste, mais je l'accueille tout de même. A peine, je referme mes bras autour d'elle que je sens une magie sombre gronder dans son corps frêle. Comme l'amulette…
- "Merci merci!" Me dit-elle en se séparant de moi. "Je suis désolée mais je suis si heureuse." Elle essuie ses larmes rapidement. "Comprenez que cet endroit a toujours été hors de ma portée. Si proche et si loin… Mon oncle gardait le secret et le chemin qui y mène était si dangereux de toute façon que je n'aurais jamais pu approcher à moins de deux kilomètres… Vous n'êtes là que depuis un jour et vous m'avez déjà tant offert. Vous avez sauvé mon oncle et maintenant vous me permettez de découvrir cela… Je ne sais pas comment vous remercier." Je souris.
- "Premièrement dis moi où est ton arc." Dis-je faussement contrariée. Elle fait la moue.
- "Je l'ai laissé dans la cabane."
- "Voilà une erreur grossière." Elle sourit. Elle comprend que je ne la gronde pas vraiment, mais plutôt que je dédramatise le moment. "Remonte tout de suite."
Elle jette un coup d'œil au livre que je tiens mais ne dit rien. Elle s'exécute. Je la suis. Nous trouvons le chemin de la sortie assez vite.
- "Quand tu seras prête, tu pourras revenir ici seule. Pour l'instant, rentrons. J'ai trouvé sans aucun doute quelque chose qui répondra à de nombreuses questions."
Nous faisons le chemin du retour relativement silencieusement. Léah est songeuse mais son regard pétille. De mon côté, je suis nerveuse. Le livre que je tiens pourrait changer sa vie.
Il nous faut plus de deux heures pour atteindre les limites de la ville. Le soleil est haut dans le ciel et projette une lumière chaleureuse. Si la nouvelle Tristram n'était pas un taudis, ce spectacle aurait presque du charme. Nous nous arrêtons dès lors que les barricades de la nouvelle Tristram sont en vue. Léah me regarde étonnée.
- "Avant que nous rentrions, je dois te demander quelque chose." Je lui dis d'un air grave. "Le livre que je tiens t'appartient. Je vais te le donner. Mais avant, je souhaite que tu demandes à Cain de te révéler qui est ton père." Elle cligne des yeux, surprise. "J'ai parcouru rapidement des yeux le journal de ta mère et il y est mentionné à plusieurs reprises."
- "Il est si spécial?" Je hoche la tête. Elle grimace.
- "Je ne te connais pas assez, mais ce que tu m'as montré de toi aujourd'hui me suffit pour voir que tu es une femme raisonnable. Je respecte sincèrement le choix de Cain de t'avoir protéger de certaines choses. J'espère que tu feras de même."
Je lui tends le livre. Elle l'attrape mais je ne le lâche pas.
- "Promets moi que tu ne l'ouvriras pas avant d'avoir parlé à ton oncle."
Elle regarde un instant l'ouvrage, puis elle lève les yeux vers moi.
- "Je parlerai à Cain. Je ne lirai pas ce livre avant. Je le promets."
Elle est sincère mais je vois qu'elle est blessée aussi. Je lâche le livre et elle le prend fébrilement. Elle le sert contre elle et nous reprenons notre chemin vers la Nouvelle Tristram. Nous passons les barricades et les portes de la ville et nous dirigeons vers nos logements respectifs.
- "Je serai à la taverne le reste de la journée si tu me cherches." Je lui dis sur le pas de la porte. "Pas la peine de te lever aux aurores, demain."
Elle hoche la tête avant de me saluer. J'entre dans la taverne. La pièce a été complètement nettoyée. Il y a deux clients passablement avinés assis à une table dans un coin. Laura s'occupe d'un autre gars accoudé à son comptoir. Elle me décoche un regard en coin, mais je l'ignore et me dirige vers ma chambre.
