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Acte 3 - Deuxième partie : Les fantômes du passé
Chapitre 5 : Papillons de nuit
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Une semaine entière se passe de la sorte. Puis mes pas me mènent jusqu'à un corps de ferme isolé, dans la cour de laquelle s'est implanté quelque chose qui me rappelle de mauvais souvenirs. Alors que j'entre dans le domaine, je me sens épiée. C'est lorsque j'arrive proche de la maison que la chose se dévoile. L'arbre mort qui trône au milieu de la cour se met à bouger lentement. Dans ses branches, je devine rapidement des créatures volantes difformes. Elles semblent toutefois dans état léthargique étrange.
Un trait de glace quitte mon arc avant même que le danger se manifeste totalement. La puissance de mon tir éclate une partie du tronc juste à la frondaison des branches basses. Plusieurs d'entre elles craquent et tombent partiellement au sol.
L'arbre émet un son sinistre qui ressemble à un gémissement alors une sève blanche extrêmement liquide gicle dans toutes les directions, comme si j'avais éclaté un fruit trop mûr. L'arbre s'agite soudainement avec plus de vigueur. Il s'arrache progressivement du sol. Ses racines se brisent éparpillant autour plus de sève alors que le trou que j'ai créé en dégueule littéralement. Il avance vers moi maladroitement, les branches comme tendues dans ma direction. Je tire sans réfléchir. Trois pieux de glace suffisent à l'arrêter. L'écorce pourrie éclate littéralement et je brise l'arbre en deux dans un râle végétal bizarre et terriblement humain.
La sève remonte et coule à gros bouillon par toutes les parties brisées, pendant encore plusieurs minutes. Je m'approche finalement de la chose, quand je suis certaine qu'elle est bien morte. Je peux voir alors que les créatures que je distinguais dans les branches n'étaient pas matures. Elles grandissaient sur les branches comme des fruits. Les ailes semblent être parfaitement formées mais le corps est chétif. Sans doute, que lorsque le moment serait venu, elle se serait décrochée et aurait eu une vie propre. Pour l'instant, elle semble simplement grandir sur l'arbre, se nourrissant probablement de cette sève liquide. Pour confirmer ma théorie, j'en écrase une du pied. La sève blanche gicle et se met à couler ensuite comme partout ailleurs. Je grimace.
Je fouille un peu plus dans les branchages et finis pas trouver une créature presque formée. Il s'agit d'une sorte de très large papillon de nuit. Il fait au moins 6 pouces de long pour 20 pouces d'envergure. Ses ailes diaphanes sont engluées dans la sève. Je prends un morceau de bois pour le sortir du bourbier et alors que je replie l'une des paires d'ailes, je vois que son abdomen se termine par un dard court mais épais.
Je soulève le papillon du sol et l'examine de plus près. Je distingue une poudre fine sur les parties d'ailes qui ne sont pas salies par la sève. Ce qui est assez commun chez ces insectes, mais je me méfie. Les victimes qui se sont transformées spontanément en goules par la suite ne se rendent visiblement pas compte d'avoir été piquées et un insecte de cette taille ne passe pas inaperçu. J'imagine facilement que la poudre joue un rôle essentiel dans le processus de transformation. Je décide de prendre le spécimen avec moi pour que Cain et Léah puissent l'étudier, mais il me faut de quoi le transporter. Je jette un coup d'œil à la maison principale, je sais ce que je chercherai là pas. Je dois vérifier autre chose avant cela.
Je me relève et j'avance un peu pour voir d'où l'arbre s'est arraché du sol. Sans grande surprise, j'y trouve une veine d'énergie primordiale. Pourtant cette fois-ci, je détecte autre chose. Il y a une influence démoniaque qui suinte mélangée à elle. Elle est faible cependant. Je déploie ma vision intérieure pour trouver la source. Étonnamment, elle provient de la carcasse de l'arbre. Je plonge la main dans le tronc éventré et tâtonne légèrement dans la sève.
Je finis par trouver ce que mes yeux distinguent à peine. Cela résiste un peu, mais je réussi à en retirer quelque chose. J'extrais une sorte de papillon mutant, mais il est bien moins grand que ceux qui se trouvaient accrochés aux branches et il ne leur ressemble pas. Celui-ci est mort aussi, sans doute à cause de mes attaques. Ses ailes chatoyantes sont brisées mais j'estime que son envergure est un peu plus grande que ma main. Son corps est chitineux et presque cuirassé.
La source démoniaque vient bien de ce petit être incongru, mais c'est une empreinte qui m'est inconnue. On dirait que l'énergie démoniaque a été insufflée artificiellement dans l'insecte.
Maintenant que ma vision est éveillée, je sens une présence démoniaque similaire en provenance de la maison principale. Je me redresse et m'approche de la bâtisse à pas feutrés. Je distingue un frémissement léger. Je me tiens prête à tout. A travers un carreau brisé, je jette un œil à l'intérieur. Je repère rapidement deux goules. Elles semblent somnolentes. Mais c'est la créature accrochée à l'un d'entre eux qui attire mon attention. Un papillon similaire à celui que j'ai trouvé complètement formé sur la branche est posé à l'envers sur son épaule. Son dard est planté dans son cou, à l'endroit où nous avions trouvé les autres marques sur le corps des victimes.
Je fais le tour et entre dans la maison par la porte qui est déjà à moitié défoncée. Mon approche ne passe pas inaperçue et comme Griswold les deux goules s'animent lentement. Je bénis toutefois mes réflexes, sans lesquels j'aurai pu terminer comme ces malheureux.
Je bondis en arrière au moment où le papillon s'envole de son perchoir et fonce sur moi avec une vitesse qui me surprend pour ce genre d'animal. Dans mon esquive, je génère un pieu de glace que je lance contre lui. Le papillon est transpercé et retombe au sol où il s'agite de quelques soubresauts réflexes avant de s'immobiliser totalement.
Je grimace. Il s'agit du même que celui qui grandissait sur l'arbre. Je comprends qu'un cycle néfaste est à l'œuvre et qu'il va me falloir y mettre fin le plus vite possible. Sans même y réfléchir, je tue les deux goules qui se dirigent mollement dans ma direction.
Je fouille dans les maigres effets des victimes et vole un drap usé dont je découpe une portion. J'y place le papillon que j'ai tué dans la maison, puis je ressors pour prélever les deux spécimens qui ont attiré mon attention dans l'arbre, ainsi qu'un morceau d'écorce. Je place le tout dans ma besace, le plus délicatement que je le peux afin de ne rien abîmer.
Puis, je contemple la ferme dévastée. Je sens la brûlure de la haine agiter mon sang. Je serai toujours aussi révulsée par tout ce qui tend à aliéner l'humanité. S'il s'agit des agissements de l'ancienne mentor d'Adria, alors je pense que nous sommes condamnés. Je ne comprends pas comment des humains peuvent vouloir autant détruire leur propre espèce.
"Rolf, pourquoi nous sommes-nous battus? Pourquoi êtes-vous mort?" Je demande au vide qui m'entoure.
Je n'ai pas besoin qu'on me réponde, je connais déjà la réponse. Rien. Mon sang démoniaque se met à bouillir et je laisse le chaos m'envahir. Il ne faudra que quelques minutes pour réduire ces quelques hectares de terrain en cendre, avant que je puisse me calmer.
Je fais demi-tour et retourne à la Nouvelle Tristram par le chemin le plus long. Je n'ai pas envie de croiser qui que ce soit, même si je le dois.
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Le soir est en train de progressivement endormir la bourgade quand j'arrive. La taverne est animée Mais c'est bien la seule chose qui semble vivante ici-bas. Il y a de la lumière dans la maison de Cain, juste à côté. Je n'hésite pas et entre. Léah est en train de manger distraitement pendant qu'elle lit le journal de sa mère d'un air soucieux. Cain est de l'autre côté de la table, le nez plongé dans d'autres ouvrages, la même expression sur le visage. Les deux se retournent vers moi.
- "J'ai trouvé le chaînon manquant." Dis-je simplement. "Et ça ne va pas vous plaire du tout."
Je pose mon arc contre la table et j'ouvre ma besace pour en extraire mes trouvailles de la journée. Je vois le visage de Léah se décomposer lorsqu'elle découvre les papillons.
- "C'est ce que je craignais." Je soupire. "Cela correspond à ce que tu as lu dans le journal de ta mère, n'est ce pas?" Elle acquiesce.
- "Celui-ci est décrit en détail." Dit-elle en désignant le papillon cuirassé.
- "Quelqu'un a fait muter des papillons de nuit en leur insufflant une magie arcanique démoniaque." Je poursuis. "Je n'ai pu observer qu'un cas, mais le schéma est presque parfait. La papillon infeste un arbre proche d'une source d'énergie primordiale et transforme l'hôte en pouponnière pour créer ces atrocités capables de changer les humains en goules." Je pointe les papillons les plus grands. "Je ne comprends pas le but de la manœuvre si ce n'est servir de sombres desseins. Quoiqu'il en soit, l'énergie primordiale issue de la météorite n'est pas en cause, mais elle sert de source magique pour la métamorphose. Je pense que c'est une sorte de catalyseur et un carburant à la fois, une fois transformée par la végétation mutante."
- "C'est extrêmement précis." Déclare Cain. J'acquiesce.
- "C'est un stratagème vil et particulièrement bien huilé. J'ignore combien d'arbres ont été transformés de la sorte, mais je doute que les cas d'humains transformés diminuent avec le temps. Les rivières souterraines d'énergie primordiale s'étendent de plus en plus loin et nous ne pouvons pas quadriller l'intégralité de la zone concernée. De plus, les gens ne se rendent pas compte d'avoir été piqué. Je pense que cela arrive la nuit, mais malgré la piqûre qui doit être douloureuse, ils ne se réveillent pas. J'imagine que la poudre sur les ailes maintient la victime dans un sommeil profond, le temps que le papillon œuvre."
Léah se penche sur le papillon de nuit cuirassé.
- "Mon oncle, Annor dit que celui-là a été imprégnée de magie démoniaque. Pensez-vous pouvoir déterminer lequel?"
Le vieil homme acquiesce lentement, plus à la proposition en elle-même qu'à l'idée de découvrir de nouvelles horreurs. Il demande à la jeune femme de lui rapporter un ouvrage précis. Elle connaît la bibliothèque par cœur et trouve l'ouvrage immédiatement.
- "Le sort que je vais formuler est un sort que Tyraël lui-même a appris aux Horadrims, il y a plus de quatre siècles. Il permet de déceler l'empreinte des seigneurs démons." Dit Cain en ouvrant le livre que Léah a déposé devant lui. "Il ne s'applique qu'aux créatures métamorphosées, comme les goules, les khasdras ou les succubes pour les humains." Ajoute-t-il à mon intention.
Il me dit cela pour m'informer discrètement qu'il est incapable de faire de même pour déceler l'ascendance d'une personne comme le faisait Akara.
- "Mais cela fonctionne aussi pour les animaux et les créatures recomposées." Poursuit-il. "Pendant la première invasion, les Horadrims s'en sont servis pour pister les seigneurs démons. S'il s'agit d'un démon mineur, il se peut que je ne connaisse pas son empreinte ou qu'elle ne soit pas documentée par mes ancêtres."
Je souris légèrement. Cain ne changera jamais, il aime transmettre son savoir. Le vieil homme pose la main sur une double page chargée de caractères que je ne peux lire. Je reconnais tout de même qu'il s'agit d'une écriture Khéjistani. Il se met à psalmodier et certains mots sur la page se mettent à luire. Léah observe son oncle avec admiration. Les runes s'élèvent doucement dans les airs et flottent au-dessus de la table. Cain cesse alors de réciter et dessine dans le vide plusieurs symboles complexes. Je sens les contractions du chaos autour de nous. C'est un sort étrangement délicat. Les runes se mettent à danser et forment une fine chaîne qui semblent être attirée par le papillon de nuit cuirassé. Elle s'infiltre dans son corps lentement jusqu'à disparaître.
Nous restons tous les trois les yeux vissés sur la créature dans l'attente d'une réaction. Elle se produit quelques secondes plus tard. Sur l'abdomen sombre se dévoile bientôt une lettre que je devine démoniaque. Je relève les yeux vers Cain, en même temps que Léah. Le vieil homme est livide. Sa main était posée sur le coin du livre prêt à chercher la signification du symbole, mais il n'en a pas eu besoin.
- "Il s'agit de Bélial, le seigneur du mensonge." Dit-il d'une voix peu assurée.
Je me recale sur mon siège. Bélial… Ainsi, maintenant que les trois frères ne sont plus, ce sont les démons primordiaux de rang inférieur qui commencent à vouloir infiltrer Sanctuaire. Mais que nous veulent-ils? La Pierre Monde n'est plus. Qu'est-ce que notre monde a encore à leur offrir. Je lève discrètement les yeux vers le bâton de Rolf qui se trouve toujours dans la bibliothèque derrière Cain.
Vous saviez? Qu'est-ce que la Pierre Monde vous a montré ou dit? Est-ce pour ça que je suis en vie? Je porte machinalement la main à l'Oeil Aveugle, alors qu'une idée folle me traverse l'esprit. Non, ce n'est pas possible de voir ce qui existe après la mort… A moins que ce fragment suffise… Le futur possible, je le porte avec moi… Vous avez vu et vous avez créé ce futur en me gardant en vie… Suis-je condamnée à être la gardienne de Sanctuaire?… Je suis parcourue d'un frisson de malaise. La morsure de l'absence du druide me mord cruellement le cœur et il me faut toute ma concentration pour ne pas montrer mes émotions et retourner à l'instant présent.
- "Vous pensez que ma mère a compris que peut-être sa mentor s'était alliée à Bélial et que c'est pour ça qu'elle a fui?" Demande Léah.
- "C'est possible…" Je souffle.
Je vois bien que la jeune femme a besoin de voir dans sa mère biologique du bon. Et de toute façon, c'est probable que ce soit la vérité. Adria n'a pas fini de livrer ses secrets.
- "Vous allez devoir éplucher ce livre plus vite…" J'ajoute. "Demain, pas d'entraînement, juste de la théorie. Il faut optimiser le temps que nous avons devant nous. Tout est lié d'une façon ou d'une autre et plus vite nous aurons des informations, mieux ce sera."
- "Je dois travailler à la taverne demain matin." Répond la jeune femme gênée.
- "Et bien je serai une client avec laquelle tu discuteras." Je souris. "Cela ne plaira pas à Laura, mais je m'en moque." Je me lève et prends mon arc. "Débarrassez-vous de ces horreurs avec le plus grand soin." Dis-je à l'intention de Cain. "Ne laissez pas de preuve que les villageois pourraient utiliser contre nous. Je vais devenir très problématiques dans les jours qui viennent et je ne suis pas certaines que ma contribution à pacifier la région suffise longtemps à retenir les esprits effarouchés."
Le vieil homme hoche la tête et me sourit. Je suis heureuse de connaître un homme tel que lui, capable de voir le bien dans le mal. Je quitte la maisonnette avec a l'esprit de nombreuses choses à accomplir. La chasseuse de démon s'apprête à retourner à la chasse bientôt et elle sera sanglante.
