Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Une personne du passé d'Annor apparaît de manière inattendu dans sa chasse aux monstres.
C'est un chapitre 18+ lol
Acte 3 - Deuxième partie : Les fantômes du passé
Chapitre 6 : Gort
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Le lendemain, nous appliquons ce que j'ai proposé à Léah sous les regards presque meurtriers de Laura. La protégée de Cain et moi discutons au bar, pendant que je mange le plat du jour qui est constitué d'un simple ragoût de lapin, assez pauvre. J'essaie de lui donner le plus d'indications que je peux pour qu'elle puisse se figurer comment faire. Heureusement, elle a un esprit entraîné à retenir beaucoup d'informations.
Cependant, mes explications sur la tenue de l'arc sont interrompues par le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvre. Je ne me retourne pas sur le coup, mais à voir l'expression de surprise sur le visage de la jeune femme, je décide de voir qui il s'agit.
Je comprends sa stupeur lorsque je vois la haute stature du nouvel arrivant et son allure peu conventionnelle. Sans doute n'a-t-elle jamais vu de barbare de sa vie. Celui-là est particulièrement grand. Son torse puissant n'est recouvert que d'une large ceinture plastron à tête de fauve qui le protège à hauteur du plexus. Ses jambes et ses poignets sont renforcés de pièces d'armure et de cuir, tandis qu'une double hache qui fait presque ma taille repose sur son épaule. Je n'ai besoin que d'une seconde pour reconnaître ce barbare-là. Gort. Je lui souris. Il s'avance au bar, pose son énorme hache contre le comptoir et commande une bière peu commune que Léah, impressionnée, s'empresse d'aller chercher en réserve. Il ne m'a pas encore reconnu et il me dévisage, curieux de comprendre pourquoi je lui souris ainsi.
J'en profite pour le détailler. Il a vieilli, mais il est comme le bon vin. Il s'est bonifié avec le temps. Il reste une force de la nature. Ses cheveux sont maintenant blancs comme neige et quelques rides de plus marquent son visage, lui donnant un air plus sage.
- "Je sais que les années ont passé, mais je ne pensais pas avoir vieilli autant." Dis-je amusée.
Le son de ma voix est comme un déclic. Son expression change du tout au tout. L'ombre de méfiance s'envole et une vague de nostalgie le frappe. Il me regarde vraiment cette fois-ci et à mesure que ses yeux se posent sur moi, je retrouve la lueur d'amour que je lui connaissais. Après toutes ces années, ses sentiments pour moi sont intacts. Comme j'aimerai savoir ce que cela fait.
Il prend place sur le haut tabouret, à côté de moi, bien que le siège soit sous dimensionné et me sourit tendrement. Il a l'air un peu gêné, mais définitivement heureux de me voir.
- "Tu as a beaucoup changé." Me dit-il de sa voix grave. "Pas en mal." Ajoute-t-il rapidement. "Tu es magnifique."
- "Tu ne dirais pas ça si tu me voyais vraiment." Je rétorque avec un brin de sarcasme, en faisant référence aux cicatrices multiples dissimulées par mon armure.
- "Je suis certain que si." Il détaille mon équipement. "Ça vient de l'Ouestmarche." Il essaie maladroitement de changer de sujet.
- "Tu as l'œil." Dis-je amusée.
- "Leurs artisans sont réputés. Je reconnais le cuir noir et l'acier trempé." Dit-il en attrapant une sangle.
Je lui lance une œillade évocatrice étant donné que machinalement il a pris l'une des attaches qui retient la partie haute de mon armure. Comprenant son geste, il la lâche aussitôt. Je ris.
- "Les habitudes ont la vie dure, même après tant d'années." Il sourit.
- "Il y a certains feux qui ne s'éteignent jamais complètement, il faut croire." Ajoute-t-il un brin rêveur.
Cela fait tellement longtemps que nous ne nous sommes pas vus et pourtant c'est comme si c'était hier. Gort, le géant, même parmi les siens, est toujours le même homme. Une force tranquille et sage. Un cœur doux dans une carapace titanesque. J'ai soudainement envie de retrouver nos jeux d'amour qui nous ont permis de survivre les premières années…
Léah met fin à notre petit jeu de séduction maladroit en apportant au barbare sa boisson sans un tonnelet qu'elle a du mal à porter. Pendant qu'elle installe de quoi lui verser un verre, j'en profite pour faire les présentations.
- "Léah, je te présente Gort. Lui et moi avons combattu pendant quelques années sur les flancs du gouffre Arréat." La jeune femme ouvre des yeux ronds, plein d'admiration.
- "Le jarl m'a envoyé enquêter sur le feu tombé du ciel. Notre oracle y voit un mauvais présage." Explique-t-il rapidement.
- "C'était visible d'aussi loin?" Je m'étonne. Il hoche la tête.
Léah lui fait un résumé rapide de la situation dans la région. Il écoute soucieux, tout en sirotant sa boisson. Laura nous observe tout en faisant la vaisselle. Elle regarde le barbare avec insistance. Nous ne cachons pas nos projets de visite de la cathédrale, car tout le monde le sait déjà, simplement nous omettons toutes les découvertes autour de la source d'énergie primordiale et les papillons de nuit. Je trouverai le temps de lui parler de tout ça à l'abri des regards et surtout des oreilles indiscrètes.
- "Je souhaiterai participer aux fouilles dans la cathédrale, si vous n'y voyez pas d'inconvénient." Nous dit le barbare.
Je souris. Je retrouve bien là le Gort d'autrefois. Il est toujours aussi prévenant. Léah nous invite à voir directement avec Cain, ce que nous faisons dès que le barbare a fini sa pinte et moi mon repas. Le vieil homme est ravi qu'une force de la nature comme Gort se joigne à nous. Il accepte sans réserve.
Nous quittons sa demeure en fin de soirée après de nombreuses discussions et je rejoins la taverne pour la nuit. Léah est profondément désolée de ne rien pouvoir proposer au barbare. Aucune chambre n'est équipée pour accueillir quelqu'un de son gabarit. Il ne s'en offusque pas et explique qu'il a de toute façon aménagé un petit campement sur une colline à quelques kilomètres. Je vois dans son regard l'invitation, mais je lui souhaite une bonne nuit avant de rejoindre ma chambre.
Mais les heures passent et je n'arrive pas à dormir. D'une part parce que l'arrivée de Gort a ravivé des souvenirs très douloureux mais aussi d'autres que je cherchais à jamais. Jamais je n'aurai survécu aussi longtemps sans lui. Ou alors j'aurai perdu la raison. Et le retrouver ainsi après tant d'années pour combattre le mal est un honneur. Je n'aurai pas rêvé meilleur frère d'arme.
La deuxième chose qui me tient éveillée, c'est Laura, ou plutôt ses ébats que j'ai du mal à qualifier d'amoureux. Elle est aux mains d'un homme efflanqué dans la chambre du fond et elle gémit outrageusement fort. Je sais qu'elle le fait exprès. Elle veut me voir quitter l'établissement au plus vite et depuis quelques jours, elle applique cette tactique stupide.
Je finis par lui donner raison. Je me lève et quitte la chambre. Dans la pénombre, je n'ai aucun mal à voir ce qui se passe dans la pièce. Je grimace. Même pour le sexe uniquement, ce n'est pas ça l'amour. Ils me dégoûtent tous les deux. Que l'acte soit consenti n'y change rien.
Je quitte l'auberge discrètement et me promène dans les ruelles désertes avant de retourner à mon point de départ. Mon regard s'attarde sur la colline qui surplombe la ville. J'y distingue un petit feu qui brille au loin. Dans mon dos, j'entends la porte de l'établissement qui s'ouvre. Je me retourne pour en voir émerger l'ivrogne efflanqué. Je croise son regard aviné et tombant. Il me fuit immédiatement en partant aussi vite que son équilibre incertain le lui permet, dans une ruelle composée de taudis. Je soupire.
Je décide un peu à contre cœur de rejoindre Gort sur la colline. Je me résigne à succomber bassement à l'appel de la chair, à mon tour. Mais j'ai besoin de retrouver une humanité ancienne et noble avec lui. De me souvenir comment les choses doivent être. Ce que le plaisir humain doit-être.
Je grimpe lentement la pente à la lumière de la lune. Le campement de Gort est rustique et cela me rappelle des souvenirs. Des souvenirs de guerre et de douleur, mais aussi de sa présence dans les pires moments, dans lesquels nous nous soutenions pour affronter l'impossible épreuve de la survie.
Je m'arrête au pied d'un arbre à quelques mètres du campement. Il est assis en tailleur près du feu.
- "Tu m'attendais?" Je demande sans trop élever la voix.
Lorsqu'il lève les yeux sur moi, il me sourit. Oui. Il m'attendait. Je secoue lentement la tête en souriant à mon tour. Si la vie n'était si cruelle, je pourrai croire que nous sommes faits l'un pour l'autre. Nous nous connaissons si bien. Je sais dors et déjà que cette nuit sera mémorable.
Je le laisse mariner un moment en restant au pied de mon arbre, puis décide de m'asseoir face à lui de l'autre côté du feu. Il sait déjà pourquoi je suis là, mais je ne veux pas être comme ces brutes qui consomment sans savourer l'instant.
J'engage alors la conversation sur sa vie après nous. La vie difficile dans les terres barbares dévastées et le chaos spirituel qui secoue son peuple. Il me décrit la reconstruction des grandes cités et comment ont émergé de nouveaux chefs. La politique m'intéresse peu, comme d'habitude, mais je le laisse me raconter les jeux de pouvoirs et ses favoris parmi les chefs de clans récemment nommés. Il me parle des jarls qui se sont succédés et de la difficulté de réunifier son peuple. Il évite soigneusement les souvenirs douloureux et je force la conversation de son côté pour éviter de devoir parler de ma propre descente aux enfers.
Pendant qu'il parle, je goûte le timbre chaleureux de sa voix. Je vois les rides se former au coin de sa bouche et de ses yeux quand il sourit. Quel âge a-t-il maintenant? Soixante, soixante-cinq ans? Pour un barbare, il ne fait que rentrer dans la deuxième moitié de sa vie. Mis à part ces quelques plis et ses longs cheveux blanc, son corps ne porte pas encore la marque de l'âge. Il faudra encore vingt ou trente ans pour que ce soit le cas. Les flammes marquent les angles de son visage et mettent en valeur la douceur de son regard. Elles épousent ses formes à la fois imposantes et rassurantes. Je le trouve beau. Comme avant.
La manière dont il m'observe à travers ce feu qui nous sépare ne laisse aucune place à l'incertitude. Il est juste élégant et patient. Je lui souris et, au bout d'un moment, je lui demande s'il veut que nous fassions l'amour. Il se met à rire à gorge déployée.
- "Tu n'as pas changé pour cela. Toujours aussi directe." S'amuse-t-il.
Je lui explique pourquoi je suis là et il devient plus sérieux.
- "Tu as raison, Annor. Beaucoup d'hommes et de femmes se livrent à cela par désespoir et simple besoin naturel. Mais n'est-ce pas un peu ce que tu fais?" Je grimace, il n'a pas tord. "Tu n'as pas guéri, à ce que je vois, n'est-ce pas? Toujours aucun sentiment pour moi."
- "Pour personne à vrai dire." Je lui réponds simplement. Il baisse la tête.
- "C'est si triste que tu ne puisses pas ressentir ce que je ressens pour toi en ce moment."
- "Ne t'occupe pas de cela. Je ne veux pas de ta pitié." Il secoue la tête doucement avant de me regarder à nouveau.
- "Je ne te ferai jamais un tel affront. Je suis seulement triste de ne pas pouvoir partager cela."
- "J'en suis navrée aussi, car en cela je ressemble à ces animaux humains que je critique. Mais si je n'ai pas le cœur, je suis sincère dans ma démarche et si tu me refuses, je le respecterai et retournai en ville."
Son regard glisse sur moi. Il n'a rien besoin de dire. Le désir qui brûle dans ses yeux suffit. Je souris et défais lentement mon armure, en commençant par la sangle qui lui faisait envie tantôt. L'Oeil Aveugle glisse entre mes seins alors qu'il est libéré de son écrin. Je dévoile au barbare mon corps abîmé, au travers des flammes du feu de camp.
- "Tu t'es donnée corps et âme dans la bataille." Me dit-il tristement, sans pour autant détourner le regard ni sembler moins excité à l'idée que nous nous unissions.
- "Je maîtrise maintenant mes accès de rage, mais il a fallu beaucoup de temps et de blessures pour cela... hélas."
- "Les cicatrices font partie de l'histoire pour les barbares, elles ne diminuent en rien la beauté d'un individu."
L'appel est sans équivoque. J'arrête de palabrer pour rien et me lève. C'est le moment de laisser tomber les barrières de la convention et les politesses. Je le rejoins lentement, lui laissant le temps d'anticiper son propre plaisir. Ses yeux ne me quittent pas, alors que j'approche. Je m'agenouille devant lui et lui laisse l'initiative. Il a une petite seconde d'hésitation et c'est une main tremblante qui vient lentement dessiner mes formes puis remonte jusqu'à mon cou et ma joue. Je ferme les yeux, alors qu'avec ce contact familier, je replonge dans une période de ma vie aussi chaotique qu'intense. Il m'invite à prendre possession de son corps. Il s'allonge sur le dos et retire sa ceinture. Je me mets à califourchon sur ses cuisses et m'occupe de le débarrasser du reste. Puis je me penche sur lui pour l'embrasser furtivement. La pierre écarlate se balance entre nos corps. Il la suit du regard un instant avant de reporter son attention sur l'essentiel. C'est lui qui initie le premier véritable baiser. Ses lèvres ont le même goût et la même passion qu'autrefois. Je souris alors que ses mains tremblent lorsqu'il les pose sur mes hanches. Il est submergé par l'émotion. Alors je le guide comme je me faisais guider autrefois. Il me laisse prendre le contrôle du temps et je l'amène avec moi dans des recoins insoupçonnés du plaisir.
Avec les années, j'ai pu expérimenter de nouvelles choses, notamment en Ouestmarche où les mœurs sont assez différentes. Je m'applique à lui faire découvrir leurs pratiques exotiques qu'il semble approuver très vite.
Alors que nos corps vivent à l'unisson, je me cambre et lève les yeux au ciel. Seule la lumière des astres sera témoin des souvenirs incroyables que nous nous fabriquons cette nuit. Je souris. Le moment est beau. Le moment est intense. Je m'accroche à cette seconde où l'abandon est total et où je me sens vivante, pour autre chose que la vengeance.
Le plaisir me tue et je me laisse retomber sur lui, comblée. Le contact de nos peaux humides me fait frissonner. Gort referme ses bras autour de moi et nous reprenons notre souffle ensemble pendant quelques longues secondes.
- "Tu es devenue une femme splendide." Me glisse-t-il à l'oreille pendant que sa main joue distraitement sur mes courbes. Sa voix m'enveloppe.
- "On me le dit souvent mais je ne le vois pas ainsi." Dis-je en souriant tout de même contre sa peau.
- "Souvent?" S'étonne-t-il. Tu as eu beaucoup d'autres aventures."
- "Bien sûr." Dis-je amusée. Je me redresse pour le regarder dans les yeux. "Entre deux massacres de démons, j'ai essayé de trouver ce qui me manque. Mais aucun amant ni amante n'a pu réveiller le sentiment d'amour en moi. Si cela peut te consoler, tu as été ma relation la plus durable et la plus sincère à ce jour, du moins après..."
Je n'ose dire à haute voix : la destruction de la Pierre Monde. Cela nous fait mal à tous les deux pour des raisons différentes. A ma grande surprise, il semble plus gêné qu'avant. Il détourne le regard pour contempler le ciel par-dessus mon épaule.
- "Ce n'est pas réciproque." Finit-il par dire. "Depuis, j'ai fondé une famille, Annor. Je suis père de deux enfants."
La révélation a l'effet d'une gifle. Je m'apprête à me lever.
- "Tu n'es pas en train de me dire que nous…" Il me retient.
- "Nous ne faisons rien de mal, Annor, je t'assure." La tristesse qui habite soudainement son regard me fait mal. "Ma femme est morte, il y a près de cinq ans."
- "Je… Je suis désolée… Que s'est-il passé ?" Je demande en me recouchant sur lui.
- "Une attaque de démons. Encore et toujours des démons." Il soupire en m'enlassant tendrement. "J'ai rejoint Arrogath et je suis entré au service du jarl en place. En échange, mes enfants bénéficient de la protection de la cité. Les savoir à l'abri est tout ce qui m'importe maintenant."
- "Ne crains-tu pas ce qui peut t'arriver sur le terrain. Tes enfants ont besoin de leur père, en vie."
- "Je ne compte pas mourir prochainement." Plaisante-t-il. "Mais dans l'éventualité où cela arriverait je préfère me battre pour faire de leur monde un endroit plus sûr que de rester sans rien faire. Ils le savent et le comprennent. Ils sont barbares après tout."
A mes yeux, Arrogath est loin d'être l'endroit le plus sûr, mais si Gort le pense alors c'est que le reste des terres barbares est devenu réellement invivable. Bien plus que ce qu'il m'a soufflé plus tôt.
Je souris tristement. Sanctuaire n'est qu'un nom aujourd'hui. Nous sommes livrés à nous même face aux enfers qui dégueulent des entrailles de la terre par toutes les anfractuosités.
Je ferme les yeux et me laisse bercer par les battements de son cœur et ses douces caresses.
Note et rappels (parce que j'en parle déjà dans les interludes) :
Gort n'est pas Illiam. Bien qu'on pourrait penser qu'il prend sa place à la volée. Illiam était le premier amour d'Annor. Celui avec qui elle a découvert les sentiments amoureux. Tout était neuf, intense, mais il a mis fin à ses jours, la croyant morte. Gort est le barbare qu'il l'a aidé à retrouver le "corps" de Rolf dans la montagne et le seul qui a su la comprendre et l'aider alors qu'elle vrillait complètement. Il porte aussi de profondes blessures et Annor et lui se comprennent. Ils sont devenus amants après être devenus frères et sœurs d'armes pendant environ 2 ans.
C'est Annor qui a mis fin à leur relation. Ils reprennent finalement là où ils s'étaient quittés mais avec une dynamique nouvelle, car un bon paquet d'années ont passé et surtout les voies qu'ils ont empruntées sont très différentes.
Gort est un personnage qui me tient à cœur, pour des raisons très différentes des autres personnages masculins que j'ai écrit. Même s'il va devenir important, il sera plus en retrait que les autres anciens membres de l'équipe d'Annor, mais j'espère qu'il vous plaira dans sa manière d'être.
A bientôt!
