Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


Navrée pour le retard de publication. Hier j'étais à plat.


Acte 3 - Deuxième partie : Les fantômes du passé

Chapitre 7 : Les fantômes du passé

###

Le vent frais du matin me réveille bien avant que le soleil se lève. Le ciel s'éclaircit à peine. Gort est allongé à mes côtés et me dévore des yeux.

- "Tu n'avais pas touché de femme depuis… elle?" Je demande mi amusée mi affectée. "Tu ressembles à un loup affamé."
- "C'est à peu près ça." Me répond-il entre plaisanterie et amertume. "Je ne pensais surtout pas être capable de retomber amoureux de toi si facilement." Je lui caresse la joue doucement.
- "Garde-t'en." Il soupire.
- "Tu ne rends pas les choses faciles non plus."
- "C'est pour ça que je vais te laisser sur ta faim ce matin. Rhabille toi et garde tes idées lubriques pour plus tard. Nous aurons tout le temps de nous amuser." Il éclate d'un rire tonitruant avant de me regarder avec tendresse.
- "A vos ordres madame."

Je l'embrasse furtivement et me lève. Il me suit du regard sans rien dire pendant que je remets mon armure. Je lui tourne alors le dos. Il grogne, mécontent de ne pas pouvoir profiter pleinement du spectacle.

- "Tu es dure, tu le sais, ça ?" Proteste-t-il avant de s'habiller à son tour. Je glousse légèrement.
- "Nous avons mieux à faire ce matin. Comme inspecter la cathédrale."

Je l'entends s'approcher de moi. Il attrape la sangle de l'envie et la fixe d'un geste expert. Je souris. Il est frustré mais, comme toujours, il est une bonne nature. Alors, il tourne tout cela en jeu chargé d'ironie pour qui sait le voir. Il m'aide ainsi à remettre en place toutes les fixations et nous finissons deux fois plus vite.

Je me tourne vers lui alors que j'incruste l'Oeil Aveugle dans l'orifice prévu à cet effet sur ma poitrine.

- "Merci pour le coup de main. Les vêtements barbares sont nettement moins contraignants à porter." Dis-je avec un poil de malice.
- "Tu t'es faite forger une prison, pas une armure." Il a l'œil critique.
- "Il faut bien ça pour contenir le démon." Son regard est dur. Il n'apprécie pas l'ironie.
- "Ça ou c'est juste plus facile que de laisser les autres voir qui tu es." Il est soudainement beaucoup plus sérieux.
- "C'est mieux comme ça je te l'assure." D'un geste distrait je finis de fixer la pierre.
- "Qu'est-ce que c'est?" Demande-t-il en la désignant.
- "Une relique de ma sororité et sans doute la chose la plus rare existant à Sanctuaire." Je l'invite à la toucher. Il fronce les sourcils alors que ses doigts effleurent la surface lisse. "C'est un fragment de la Pierre Monde." Dis-je à voix basse. Il ouvre des yeux ronds.
- "Mais comment… qu'est-ce que…"

Je pose ma main sur ses lèvres pour le faire taire. J'hésite un moment à parler, mais Gort est sans doute une des très rares personnes en qui j'ai une confiance absolu. Qu'importe le nombre d'années qui se sont écoulées et les chemins que nous avons empruntés, il n'y a aucun secret que j'aurai peur de partager avec lui.

- "C'est une longue histoire, mais nous possédions cette relique depuis plus de quatre siècles. Avant cela, elle était en possession des Askaris. La pierre a été transformée magiquement et possède des propriétés tout à fait singulières, que je ne te révélerai pas ici. En tout cas, si l'éclat n'est pas pur, il n'a pas été souillé par la corruption de Baal. Avant que le feu ne tombe du ciel, il était resté inerte. Il s'est réveillé cette nuit-là et c'est pour cela que je suis là."

Gort pince les lèvres. Je sens qu'il veut me poser mille questions sur l'éclat mais il respecte ma parole et ne tente pas d'en savoir plus que je ne compte lui dire. Il me fait confiance.

- "N'y a-t-il pas d'autre endroit pour le conserver? C'est dangereux de le promener ainsi dans tout Sanctuaire."
- "Je t'assure qu'il est plus en sécurité avec moi qu'ailleurs." Je ramasse mon arc et le fixe dans mon dos puis je baisse les yeux. "Gort, je suis la dernière soeur en vie. Toutes les protections magiques du monastère sont tombées ou presque après la mort d'Akara." Il semble peiné de l'apprendre. Le nom de la Grande Prêtresse est encore aujourd'hui bien présent dans le cœur des barbares. "Il ne reste que les verrous arcaniques, les seuls que je sais reproduire. Les démons mineurs ne viendront pas. Mais les pilleurs, s'ils sont suffisamment malins et patients, ils trouveront comment entrer. Les verrous d'Akara ne sont pas inviolables, même s'ils sont complexes. Si je crains peu pour la bibliothèque, les voleurs se moquent de la connaissance, j'ai peur pour cette relique. Pour eux, ça ne serait qu'un bijou de valeur à revendre et qui sait dans quelles mains…" Le barbare m'attire à lui et me sert dans ses bras.
- "Excuse-moi Annor. Je ne savais pas." Je le repousse.
- "Allons retrouver Léah. Elle est plutôt ponctuelle. Nous avons encore beaucoup de choses à t'apprendre sur ce qui se passe ici."

Il me relâche en acquiesçant. Il jette une poignée de terre dans les cendres froides et empoigne sa hache massive. Puis nous prenons la direction de la Nouvelle Tristram. Je souris lorsque je vois la jeune fille faire le piquet à la porte, à côté du garde en poste.

- "Très ponctuelle." S'amuse Gort.

Mon apprentie nous rejoint avec un grand sourire et nous salue avec un peu trop d'entrain. Elle essaie de cacher sa nervosité.

- "Tout va bien se passer." Je lui assure. "Repose-toi sur nous. Ce que je te demande, une fois là bas, c'est d'être attentive aux détails, pas aux monstres, s'il y en a. Nous nous en chargerons." Elle hoche la tête vigoureusement.

Pendant le chemin, je lui parle d'entretien d'armement et glisse quelques anecdotes de mon passé de novice. Au bout de quelques minutes, la diversion semble opérer et Léah se détend un peu. Je vois du coin de l'œil Gort qui sourit. Je sens qu'il a envie de me charrier mais il se retient.

J'invite ensuite la jeune femme à parler de nos récentes découvertes et cela la tient concentrée le reste du voyage. Gort absorbe les informations avec un air concerné sur le visage mais il ne dit rien.

###

Nous atteignons finalement la cathédrale. Le soleil levant peine à dissiper la brume qui rampe au sol. Je renifle. Elle n'est pas naturelle. Elle est chargée de magie. Je déploie ma vision intérieure et observe les alentours. Il y a du mouvement au loin, mais rien de trop menaçant pour le moment. Ce ne sont que des goules. Quelque chose attire mon attention cependant. Les portes de la cathédrales sont fermées. Lors de mon premier passage, elles étaient ouvertes. Quelqu'un est passé entre temps ou est toujours là. Je fais part de mon inquiétude au groupe et leur enjoint d'être particulièrement prudents.

A mon signal, Gort pousse les larges portes qui nous barre le passage et nous entrons dans l'édifice en ruine. Tout semble identique à mon dernier passage. Le gouffre est toujours là et luit de cette lueur bleuté surnaturelle. Je m'approche et me penche sur le trou.

- "C'est de là que vient l'énergie primordiale. Je ne suis pas descendu très loin la première fois. Cain se trouvait quelques étages plus bas, dans les catacombes." Dis-je simplement, sans trop élever la voix.

Gort et Léah s'avancent et je leur montre le liquide visqueux qui coule le long des pierres jusqu'en bas. Le barbare est déjà en train de chercher la méthode la plus efficace pour atteindre le fond. Je peux presque voir les engrenages tourner dans son cerveau. Il observe attentivement la topographie. Le feu du ciel a traversé toutes les strates du labyrinthe et a sans doute atteint la prison horadrique, tout en bas. Soudainement, je sens quelque chose d'anormal émerger du trou. Si tant est que le phénomène dans son ensemble peut être qualifié de normal. Je fronce les sourcils. Quelque chose a changé. Je me concentre un peu plus et je finis par distinguer quelque chose en plus de l'énergie primordiale. Il y a une influence démoniaque certaine. Elle ne s'étend pas très loin, mais elle est plutôt forte. Rien à voir avec les démons classiques que nous affrontons dans la région.

- "Léah, je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée pour toi de descendre là-dedans." Dis-je inquiète. "Il y a un démon la dessous. Plus fort que ce que tu connais."
- "Comme le savez vous?"
- "Je sens sa présence." Je réponds vaguement. "Écoute, tu connais le chemin. Il n'y a rien sur la route qui ne te posera problème. Je sais que tu peux rentrer en sécurité, mais si tu viens avec nous, je ne sais pas." Elle hésite un moment, puis prend une grande inspiration.
- "Je souhaite vous suivre." Dit-elle avec conviction. "Vous avez besoin que je sois attentive aux détails. Vous vous occuperez des monstres, n'est pas?" Gort sourit.
- "Bravo Annor. Ton apprentie te ressemble." Léah rougit.
- "Ce n'est pas un compliment." Dis-je avec un petit sourire en coin. Elle fronce les sourcils. "Tu vas t'attirer des problèmes." Je souris franchement cette fois.
- "Et c'est papa Gort qui va te sauver la peau." Enchaîne le barbare avec une petite moue, en se désignant du pouce.

Léah nous regarde dubitative. Elle ne sait pas si elle doit rire ou s'enfuire sur le champ.

- "Je ne m'inquiète pas autant, Gort. Elle ne se mettra pas autant en danger que moi car elle a quelque chose que je n'avais pas à cette époque." Je dis en redevenant sérieuse.
- "Ah bon?" Léah est curieuse. Gort se calme aussitôt. Je me tourne vers elle et la regarde tristement.
- "Tu as envie de vivre." Je réponds. Elle déglutit nerveusement.
- "Et maintenant?" Demande-t-elle d'une voix peu assurée.
- "Maintenant? Je ne souhaite pas mourir." Elle me sourit avant de froncer les sourcils à nouveau en comprenant la subtilité. "Allez, descendons dans ce trou maudit et perçons le mystère de cette étrange météorite."

Gort est le premier à sauter dans le trou. Il atterrit sur un rebord solide en contrebas, que je reconnais être le sol du premier niveau du labyrinthe. Il rattrape Léah qui saute dans ses bras et je descends à la suite.

- "Nous n'allons pas pouvoir sauter d'étage en étage ainsi." Dis-je en montrant la structure affaiblie de l'étage suivant. "Il y avait un escalier au fond. Si le trou est net, le passage devrait toujours exister et être praticable."

Je les conduis à travers le réseau de portes et de grilles comme si c'était naturel. Je me souviens avec une clarté étonnante du chemin. Mes souvenirs sont si vivides.

Je suis la première à descendre et à tomber nez à nez avec un mort en robe jaune et noire. Il est épinglé au mur par de longs clous en acier. Je n'ai pas le temps de prévenir les autres. J'entends le cri étouffé de Léah dans mon dos. Je me retourne vers elle et lui prends la main.

- "Ça va aller?" Je lui demande. Elle regarde le corps par-dessus mon épaule et hoche la tête.
- "Je ne m'y attendais pas."
- "Moi non plus à vrai dire." Gort s'approche du corps. "On dirait un cultiste." Sans lâcher la main de Léah, je m'approche à mon tour.
- "Un cultiste?" Je demande.
- "La robe. Je l'ai déjà vu." Il grimace. "Ils sont de plus en plus nombreux dans le nord. Ils voyagent en général par groupe de cinq six. Ils débitent des choses incohérentes. On suspecte une secte, mais nous n'avons pas les moyens d'enquêter sur eux. Et à part leur verbiage insensé, ils ne causent de tort à personne."
- "Par contre, ils ont visiblement des ennemis." Dis-je en pointant les clous. "
- "C'est la première fois que j'entends parler d'eux." Dit Léah en secouant. "Il n'y a que des fermiers sur ces terres. Ce sont des gens simples et inquiets. La plupart sont croyants, même aujourd'hui alors que nous vivons de nouvelles heures sombres. Je doute qu'ils auraient laissé passer quelque chose comme cela sans avertir la milice."
- "Les sectes ne fonctionnent pas comme cela, jeune fille." Se permet Gort. "Je ne doute pas que vous aillez confiance dans le cœur des vôtres. Mais j'ai vu des hommes parmi les plus pieux devenir fous par désespoir. Nous n'avons pas tous la volonté de choisir l'intégrité, lorsqu'on nous propose une voie plus facile."

Je croise le regard du barbare. La flamme de l'amour est là, avec une admiration non feinte. Je lui souris et lui retourne son admiration. Nous sommes tous les deux des survivants de l'enfer. Nous avons choisi la droiture et l'austérité d'une vie difficile, à la folie pure et simple. Il y a eu une époque où nous aurions pu porter une robe comme celle de ce pauvre malheureux planté sur le mur et où nous aurions pu déblatérer des absurdités au nom d'une croyance biaisée pour convaincre d'autres esprits plus fragiles.

- "Je me souviens de prédicateurs en Ouestmarch." Je commence à expliquer pour Léah qui nous dévisage. "Il y a des jours où je croyais leurs paroles, parce que c'était plus facile que d'affronter la réalité. Des promesses de vie après la mort. Des promesses de retrouver ceux qu'on aime. Des promesses de miracles fabuleux. Il suffisait d'y croire. Mais j'ai vu les anges et les démons de mes propres yeux. J'ai vu l'ailleurs, hors de Sanctuaire. Je sais que ces gens qui hurlent leur vérité au visage des autres se mentent juste à eux-même. Ils espèrent. Ils ne savent pas. Parce qu'accepter que les anges ne sont pas nos sauveurs est bien plus difficile. Parce qu'imaginer que les démons puissent gagner est bien plus perturbant. C'est plus facile de croire en l'invisible et abandonner la lutte que de continuer à fouler ce sol et de résister à l'anéantissement en toute connaissance de cause." Je pointe le cadavre. "Sais-tu ce qui me fait peur lorsque je le vois?" Léah secoue la tête lentement. "Son ennemi." Elle déglutit. "Quel individu sain d'esprit accrocherait un homme à un mur de la sorte? Aussi fou que ce cultiste puisse être, il en faut un pire que lui pour faire cela à un autre être humain. Et j'en sais quelque chose parce que ne suis capable d'autant de cruauté si je me libère le démon en moi."
- "Ca suffit Annor, tu lui fais peur." M'interrompt le barbare.
- "Navrée." Dis-je simplement. 'Il fallait que ça sorte." Je m'éloigne du cadavre et montre du doigt le chemin à suivre. "Allons-y."

Le reste du trajet dans les niveaux inférieurs du labyrinthe se fait dans un silence pesant. Mon intervention a profondément troublé Léah et Gort n'ose pas me parler pour le moment. Nous atteignons le dernier étage avant la caverne, mais le passage dont je me souvenais est bloqué. Nous contournons l'obstacle par un mur effondré. Un bruit familier fait remonter en moi un souvenir terrifiant. Je demande à Léah de reculer juste à temps. Des décombres surgissent des formes humanoïdes faites de terre et de gravats. Elles sont lentes et pataudes comme à l'époque. La différence aujourd'hui, c'est que Gort et là que je connais la magie.

Le barbare s'élance dans le couloir et pourfend les golems de terre. Il faut plusieurs coups pour les immobiliser totalement car même coupés en deux ils continuent de vouloir nous atteindre. Pendant qu'il combat je commence à écrire dans le vide les symboles qui détruiront le sceau arcanique qui les anime. Je sens le chaos pénétrer en moi et la douce folie qui l'accompagne. Mon corps éthéré se tord et je laisse mon aura s'exprimer. Je la sens s'agiter autour de moi. Je relâche le sort comme une bulle d'énergie qui éclate autour de moi.

Les golems cessent de bouger pour de bon et la terre redevient poussière. Léah me dévisage.

- "Vos yeux…"
- "C'est l'empreinte du chaos. Cela se dissipera dans quelques minutes." Dis-je. Elle m'offre un sourire crispé. Gort nous rejoint.
- "Il y a un autre mur effondré un peu plus loin. J'ai vu de la lumière."

Lui ne réagit pas à l'apparence de mes yeux. Il m'a déjà vu dans des états bien pires. Il sait. Nous le suivons jusqu'au passage. Le trou est là, plus brillant que jamais. Nous approchons du but. Nous trouvons un escalier encore en état qui nous permet de descendre plus loin. Nous sommes dans la prison horadrique mais dans une autre aile que je n'avais jamais vue. La caverne a disparu, mais les murs portent les traces de déformations contre nature. Probablement que la bulle de réalité que Diablo avait créée s'est résorbée mais qu'elle a laissé des marques dans notre monde.

- "Je sens une présence maléfique mais elle est partie. C'est comme une empreinte fraîche." Dis-je. "Elle était là quand nous sommes entrés dans la cathédrale. Elle nous a fuit."
- "Vous pensez que c'est ce qui a tué le cultiste?" Demande Léah. Elle réfléchit vite et bien malgré la tension. Je la complimente mentalement.
- "C'est possible." Je réponds. "Mais quelque chose au fond de moi craint que ce soit plus que cela. Reste bien sur tes gardes. Il y a quelque chose là dessous qui ne tourne pas rond. Ça sent le piège."

Nous traversons une série de pièces vides qui nous éloignent du cratère avant de nous rapprocher à nouveau. Si je n'avais pas la vision intérieure, nous serions tombés dans le piège bêtement. Et je devine dans certains recoins de corridors qu'il semblait plus évident d'emprunter, des corps. Sans doute les premiers explorateurs qui se sont fait avoir et ont été tués par quelconque créature démoniaque vivant encore sous la cathédrale. Je suis soulagée que je sois la seule à pouvoir les voir. Même si Leah semble assez hermétique aux visions de morts, je n'ai pas envie de l'exposer outre mesure à ce genre de choses.

Finalement, je commence à distinguer un peu d'activité. J'alerte mes compagnons au moment où de faibles échos de voix me parviennent. Il y a des personnes qui chuchotent à au moins deux salles de nous. Je demande à Léah de rester le plus en arrière. Je crains l'utilisation de magie. Elle obéit sans discuter en serrant nerveusement son arc.

Je passe la première et ouvre les portes en silence. Gort me suit comme une ombre. Lorsque j'ouvre la dernière, la pièce est celle que nous cherchions. Elle donne sur le cratère béant d'où émane la lumière bleuté qui est maintenant éblouissante. L'énergie primordiale coule du plafond comme un magma bleu et visqueux. Sur les parois, des volutes arcaniques se forment au contact du liquide, comme une réaction contre nature. Dans la clarté, je devine les silhouettes de plusieurs individus qui s'entretiennent plus loin. Ils ne nous voient pas.

Gort et moi tentons de les contourner par la gauche en évitant le gouffre, mais un imprévu nous tombe dessus et sonne l'alerte. Des abords du puits de lumière, une forme émerge en hurlant. Il me faut une seconde comprendre de quoi il s'agit. Une forme éthérée en armure me bondit dessus l'arme au clair. Gort a un réflexe salvateur et intercepte l'épée avec sa hache avant qu'elle ne m'atteigne. Cette seconde de répit me suffit pour analyser la situation.

La chose qui vient de nous agresser est un maudit. Dans l'armure vide, le corps éthéré de celui qui l'habitait brille intensément, comme s'il s'était chargé de l'énergie qui provient du cratère. Les individus alertés par le cri courent maintenant dans notre direction. Je distingue des robes jaunes et noires. J'en compte cinq, comme l'avait dit Gort en nous parlant des cultistes. Je bande mon arc et tire mes cinq flèches de glace avant qu'ils aient pu faire le tour du cratère. Les quatre premières tuent sur le coup en leur traversant le crâne. La dernière arrache la jambe de celui que j'ai choisi de faire parler. Les cinq individus s'écroulent presque en même. Je me retourne pour aider Gort contre le fantôme. Je baisse mon arc et lance un sort de glace pure. Le corps éthéré se cristallise et se fige. A ma surprise, c'est Léah qui prononce les mots du bannissement.

Le hurlement du maudit est terrifiant tandis que son corps éthéré perd toute structure et s'évapore à travers la glace. Gort frappe la coquille vide du plat de sa hache et l'armure retombe au sol dans une myriade de cristaux. Mes yeux se posent dessus et mon sang ne fait qu'un tour. Je m'agenouille dans les débris et soulève le plastron. Je l'ai déjà vu auparavant.

- "Lachdanan..." Le nom meurt sur mes lèvres alors que je caresse du bout des doigts le cuir de l'armure du plus haut gradé de l'armée du roi Léoric.

Je l'avais oublié et je m'en veux. Une boule se forme dans ma gorge. Je repose l'armure puis ramasse l'épée et le fourreau de l'ancien capitaine. Je les donne à Léah.

- "Garde les précieusement. C'est très important."
- "Je connais le nom de Lachdanan." Me dit-elle troublée.
- "Alors ne fais pas comme moi. Ne l'oublie pas. Et sois fière. Tu viens d'apporter le repos à un homme qui le méritait depuis si longtemps." Elle acquiesce poliment en passant la ceinture à sa taille.

L'épée est un peu trop lourde pour elle et l'attache un peu trop lâche, pour rester bien fixée, mais elle la laisse ainsi pendre à son flanc.

- "Si tu connais des prières. Reste là et offre les lui. Ce que nous allons faire maintenant ne convient pas à un cœur pur comme le tient." Je continue.

Elle me regarde avec une grande détresse et une profonde compréhension. Elle me remercie silencieusement avant de s'agenouiller près des restes de Lachdanan. Elle joint les mains et ferme les yeux avant de se lancer dans une longue litanie.


Bon dans ce chapitre, je boucle quelques plots très anciens ^^

Note : J'espère que les propos d'Annor n'ont choqué personne ^^'. Que vous soyez croyant ou non, dans ma cosmogonie de Diablo, la résurrection existe que pour les aspects de la création : Archanges et Seigneurs Démons. Pour les humains et toute autre chose qui vit, le cycle est différent. Mais dans ce point de l'histoire, c'est un point de compréhension du monde qui échappe complètement à mes protagonistes. Annor ne parle que de son expérience, qui est déjà plus que ce que les humains normaux ont connu aussi. Elle se sent donc légitime dans ses propos.

Je sais pas si c'était vraiment nécessaire de préciser cela, mais je préfère être claire.

A bientôt!