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Navrée pour le retard de publication. Hier j'étais à plat.


Acte 3 - Deuxième partie : Les fantômes du passé

Chapitre 8 : L'étranger

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Je fais signe à Gort de me suivre. Nous laissons Léah à sa prière. Nous retrouvons sans peine le dernier cultiste en vie, en suivant les traces de sang. A mon grand soulagement, il s'est éloigné et à cette distance Leah ne verra pas ce que nous allons faire. L'homme en robe jaune et noire gémit et continue de ramper pour nous échapper. Il a déjà perdu énormément de sang. Il ne vivra plus très longtemps.

Le barbare le soulève d'une main et le retourne sur le dos pour qu'il nous fasse face. La terreur se lit dans son regard.

- "Que fais-tu là?" Je demande simplement.
- "Je sers ma maîtresse. Elle veut que nous lui ramenions ce qu'il y a en bas. Mais nous avions peur du fantôme." Je soupire. Lachdanan n'avait pas totalement succombé. J'aurai dû m'en douter. "Ma maîtresse va être en colère." L'homme se met à pleurer.
- "Qui est ta maîtresse?" Gronde Gort.
- "Dois pas dire… dois pas dire… dois pas dire…" répète le blessé comme un mantra. Je soupire à nouveau et sors mon poignard de ma botte.
- "Tu vois cette lame?" Je le force à la regarder. Il tremble de peur. "Cette lame te protégera de ta maîtresse et tu le sais." Gort grimace. Il sait ce que je vais faire. "Je te protégerai d'elle si tu me dis ce que je veux savoir."

Le regard de l'homme change. Il regarde maintenant mon poignard comme si c'était la chose la plus belle qui soit. Il me dégoûte. Son conditionnement est si prévisible et basique. Ces cultistes ont abandonné toute volonté par peur de mourir. Qu'est-ce que leur maîtresse leur a promis? Une place au ciel. Ou à ses côtés, comme beaucoup de prêcheuses.

- "Ta maîtresse est belle, n'est-ce pas?" Je demande.
- "Oh oui, elle est belle." Son regard se voile légèrement. "Elle est fine et délicate comme de la porcelaine."

Je fronce les sourcils. Je fais glisser un doigt dans la trace de sang que le malheureux a laissé derrière lui et le porte à mes lèvres. Le goût métallique masque légèrement une autre saveur plus discrète. Celle très reconnaissable des goules. A ce stade, il n'est plus tout à fait humain. Quoique cette femme a fait, ses cultistes sont plus dangereux qu'on ne le pense. Gort comprend mon regard et répète sa question initiale.

- "Qui est ta maîtresse?"
- "Elle s'appelle Maghda."

L'homme regarde ma lame avec envie. Il est très pâle et sa respiration s'accélère. Il est en train d'entrer en état de choc. Je n'ai peut-être qu'une ou deux questions avant qu'il perde connaissance. J'aimerais en savoir plus sur cette Maghda mais il y a quelque chose d'autre qui m'intéresse tout autant.

- "Qui vous chasse?" Je demande finalement. L'homme fronce les sourcils. "Votre camarade là-haut. Qui lui a fait ça? Vous l'avez vu n'est-ce pas?" Son visage s'éclaire.
- "Nous." Dit-il en gloussant avant de grimacer de douleur.
- "Pourquoi?"
- "C'est sa chrysalide. Il était près à changer." Je tique à l'emploi de ce mot en particulier. Un papillon? "Nous avons pratiqué le rituel. J'aurai pu être aussi magnifique que lui." Il se met à pleurer doucement.

Mon sang ne fait qu'un tour au moment où je perçois un raclement dans la direction de Léah. Je suis la seule à le percevoir grâce à ma vision intérieure. Je me lève d'un bond et cours dans sa direction bien avant qu'il entre dans le champ de vision de quiconque. Je laisse tomber mon poignard en route alors que je saisis mon arc et génère une flèche de glace.

C'est alors que je le vois. Le cultiste que nous croyions mort quelques étages plus haut avance lentement dans le dos de la jeune fille qui n'a pas conscience du danger. Les clous sont toujours plantés en lui mais il n'est plus humain. Son corps est déformé et son visage monstrueux. Je tire en rafale. Il doit tomber à tout prix. Quatre flèches de glace dans son torse ne suffisent pas à l'arrêter. Elles sont pourtant bien plantées et il n'a pas de cuirasse particulière. Je n'ai pas le choix. Je dois le détruire complètement. Je laisse la haine couler dans mes veines. Juste un peu.

- "Ne bouge pas !" J'hurle à Léah qui vient de voir ce qui se passe.

Je la vois trembler en observant ce monstre qui déambule vers elle, mais elle obéit. Je bénis son obéissance. Je charge magiquement mon prochain trait. Le chaos s'infiltre à nouveau en moi mais je le retiens. Je dois rester maître de moi-même. Ma flèche de glace se nimbe de feu noir. Je tire à la dernière seconde. Le cultiste est projeté en arrière et s'embrase au moment où il s'écrase contre le mur. Il s'agite frénétiquement quelques instants avant de s'immobiliser. Je me rapproche de Léah et l'aide à se relever. Elle enfouit son visage dans mon épaule et je la sers dans mes bras, tout en reculant de quelques pas. Elle a eu peur de mourir plus que la créature en elle-même, c'est une certitude.

Pendant que je la rassure, je ne quitte pas des yeux le monstre qui me sourit pendant que les flammes le dévorent. Plus humain du tout. Mais c'est différent de toutes les formes de métamorphoses démoniaques que j'ai découvertes jusque là. Alors que ses chairs se consument, je distingue entre ses côtes une forme bouger frénétiquement. Ma vision intérieure me permet de voir ses contours avant qu'elle ne disparaisse dans les flammes. Un papillon de nuit cuirassé était logé dans sa cage thoracique. Je grimace.

Sans prononcer un mot, je dessine discrètement le mot de pouvoir d'amplification. Le feu noir devient brasier l'espace de quelques secondes et s'évanouit en consumant d'un seul coup le corps du monstre. Il ne reste bientôt de son existence qu'un tas de cendres au sol et une trace noire sur le mur. Je souris bestialement. S'ils veulent jouer à qui est le plus mauvais, ils n'ont pas fini. Sans bouger, je donne le signal à Gort de libérer de sa vie notre informateur de fortune. J'entends un raclement et un couinement plaintif. Léah se tend entre mes bras mais ne dit rien. Elle est courageuse.

Le barbare nous rejoint rapidement. Il me tend mon poignard que j'avais laissé tomber. Il est propre. Je lève les yeux vers sa hache ensanglantée et secoue la tête.

- "Peux-tu vérifier quelque chose pour moi?" Je demande au barbare sans reprendre mon arme. Il fronce les sourcils. "Entre le foie et le cœur." Je donne pour simple indication.

Gort retourne près du misérable cultiste qu'il vient de tuer. Je me retourne mais empêche toujours Léah de voir quoi que se soit. Le barbare utilise ma lame pour explorer la piste que je viens de lui donner. Son corps me cache son répugnant ouvrage, mais lorsqu'il se tourne vers moi l'air grave, je sais ce qu'il vient de trouver.

Cette Maghda est sans doute le lien qui nous manquait : la sorcière aux papillons et probablement l'ancienne mentor d'Adria qu'elle a fui…

Je fais signe à Gort de tuer l'insecte, ce qu'il fait sans hésiter. Il se relève, essuie rapidement le sang de ma lame sur la robe du cultiste avant de me le rendre. Je la glisse dans ma botte puis reporte mon attention sur la jeune femme dans mes bras.

- "Nous allons avancer. Reste bien dans cette position et garde les yeux fermés." Je dis à Léah. "Tout va bien se passer."

Gort nous conduit jusque de l'autre côté du cratère où il a vu un passage dans les décombres. Nous passons à côté du cultiste et découvre à quel point le barbare a été violent. J'ai presque envie de rire. Même moi n'aurait pas été si brutale envers un humain ou un presque humain. Je croise le regard froid du barbare. Visiblement le peu que nous avons appris l'a mis très en colère. Je pense que nous aurons des choses à nous dire après tout ceci.

Je libère Léah de mon étreinte quand je suis certaine qu'elle ne verra rien de fâcheux. Je suis la première à descendre dans le cratère. La concentration magique est très importante. Pendant ma descente, je commence à distinguer une forme au cœur du nexus. Je prends garde de rester à bonne distance. Je sais que la brume arcanique me rendra malade si je rentre en contact avec elle. Gort aide Léah à descendre à sa suite.

- "Je crois que c'est un homme." Dis-je après avoir détaillé la forme au cœur de la lumière. Le barbare pose sa hache contre le mur à côté de moi puis s'avance vers le nexus. "Soit prudent, s'il te plait."

Il hoche la tête et s'enfonce dans la source. Léah se tient à mes côtés nerveuse. Je pose ma main sur son épaule et lui glisse quelques paroles rassurantes. Gort réapparaît bientôt avec un homme inconscient dans les bras.

Je lui donne une cinquantaine d'années, probablement. Même dans les bras du barbare, je devine qu'il est plus grand que la moyenne. Il a la peau sombre des Vizjereis mais le visage anguleux des hommes de l'Ouestmarch. Son crâne est rasé et il porte des vêtements usé et une cape déchirée. Étrangement, ses bras sont gantés d'acier. Une armure lourde qui semble avoir beaucoup vécu. Mis à part ce détail, il me fait penser à des fugitifs que j'ai croisé dans les Terres de l'Effroi, il y a quelques années. Ils étaient particulièrement forts et les Vizjereis les chassaient pour leurs expériences.

- "Ce n'est pas possible qu'un homme soit tombé du ciel." Dit Léah me coupant dans ma réflexion.
- "Il était peut-être là au mauvais endroit, au mauvais moment et sera tombé dans le trou." Propose Gort, en regardant l'individu dans ses bras.
- "Une chute dans le cratère tuerait n'importe qui." Dis-je suspicieuse. "Je doute qu'il soit humain. Son aura est... bizarre. Et cette forme d'énergie m'est familière. Ni angélique ni démoniaque. La première fois que j'en ai vu, c'était à Pandémonium, c'était le sang d'un ange déchu."
- "Et la dernière ?" Demande le barbare.
- "Dans le sud des Terres de l'Effroi. Celles qu'on peut traverser sans être un druide. J'y ai croisé des Khéjistanis isolés qui avaient fui leur continent." Je déclare finalement. "Ils saignaient de la même manière, en bien moins grande quantité évidemment."
- "Tu les as tué?"
- "Je me suis défendue." Je corrige immédiatement. "Ils m'ont prise pour leur ennemie. Je ne les blâme pas. Celui-là leur ressemble un peu." Je marque une courte pause. Je ne suis pas sûre de vouloir révéler certaines choses que j'ai vues pendant mes innombrables chasses mais le regard de Gort me fait changer d'avis. "Notre monde change. Les gens changent. Je ne pense pas que ces individus au sang différent soient des cas très isolés. Les Vizjereis commencent déjà à s'y intéresser avec les méthodes qu'on leur connaît."
- "Tu penses qu'ils sont notre futur?" Je hausse les épaules.
- "Leur métamorphose me semble naturelle."
- "Il n'est pas démoniaque, alors." Demande Léah toujours inquiète. Je souris.
- "Non, de ça je suis certaine. Pour cet homme là en tout cas. Son aura est différente, mais pas démoniaque. Ramenons le en ville. Peut-être pourra-t-il nous en dire plus quand il aura repris connaissance."

Gort jette un œil à la sortie et grimace. Je le comprends. Aussi fort soit-il, remonter la pente puis tout le labyrinthe ne va pas être une mince affaire avec ce poids mort dans les bras. Lorsqu'il se retourne vers moi, ses yeux glissent vers ma poitrine.

- "Annor, la pierre brille légèrement."

Je baisse la tête, il a raison. Ce n'est pas un jeu de lumière, elle luit vraiment. Je pose la main dessus. Aussitôt, je suis plongée dans une vision chaotique. Je nous vois, nous, à l'endroit où nous sommes actuellement mais tout est confus et flou. Les images défilent par à-coups. Je vois un mur partiellement effondré et dans le trou sombre, un dessin lumineux qui m'est familier. Celui des dalles de portails Horadrims. La vision cesse aussitôt.

Interdite, je regarde autour de moi et trouve le passage que l'Oeil Aveugle m'a montré. Je jette un coup d'œil à Gort qui partage mon inquiétude et, même s'il ne sait pas ce que j'ai vu, comprend ma réaction. Je me dirige vers le mur délabré et passe ma tête dans l'ouverture. La dalle est là, plongée dans l'ombre. Inerte. Je passe par-dessus les débris et m'approche pour mieux voir.

La dalle est plus récente que le reste. La pierre est posée à même le sol et n'est clairement pas du même matériau. Je pose à nouveau la main sur mon pendentif qui luit toujours faiblement. Une nouvelle vision parcellaire m'agresse.

J'ai du mal à déterminer l'époque avec précision, mais je vois trois hommes en bure amener la dalle ici. Un détail m'est montré. Ces individus ont un blason sur leur vêtement. Il me semble reconnaître le symbole des Horadrims mais il y a un détail qui cloche. Chacun porte une petite différence discrète. Il me semble voir, une feuille pour l'un, une tête de bélier stylisée pour un autre, et pour le dernier, un cercle rouge sang entoure le blason entier. Après avoir posé la pierre au sol, ils rebouchent patiemment le mur derrière eux, dissimulant cette petite pièce aux yeux de tous. Je les vois ensuite remonter à la surface en traversant le labyrinthe. La vision s'arrête brutalement, me laissant avec un léger tournis.

- "Léah, connais-tu les mots pour activer les portails Horadriques." Je demande d'une voix forte sans quitter des yeux notre potentielle porte de sortie et nouvelle source d'inquiétude.
- "Oui, je les connais pourquoi?"
- "Nous allons pouvoir sortir par là." Je réponds distraitement.

La jeune fille me rejoint et entre dans le passage.

- "C'est un miracle qu'il y ait une pierre ici." S'exclame-t-elle.
- "Il n'y a aucun miracle là-dedans. J'ai bien peur que son usage était prévu pour d'autres circonstances. Cependant, nous avons certainement eu de la chance que l'impact détruise ce mur particulier." Je touche mon pendentif qui a maintenant cessé de luire. "Il n'y a pas de hasard non plus. Nous avons été menés ici. Nous devons parler d'urgence à Cain. J'ai des choses à vous révéler et je suis certaine qu'il en aura des milliers d'autres à nous expliquer."

Je ressors du trou et invite Gort à y pénétrer. Je me saisis de son énorme hache, qu'il me faut porter à bras le corps et les rejoints.

- "Il y a un portail à quelques kilomètres de la Nouvelle Tristram. " Nous dit Léah.
- "Ça fera l'affaire." Dis-je.

Elle ferme les yeux et pose une main sur mon épaule et une autre sur l'avant bras de Gort. Elle prononce des mots étranges et les symboles sur la pierre s'activent. Je m'étonne de sa manière, si différente de celle de Jarzeth, mais cela fonctionne tout aussi bien. L'instant suivant nous sommes dans une forêt sombre. Les rayons du soleil peinent à traverser l'épaisse canopée.

Une fois arrivée, j'effectue un petit transfert de matériel. Je ne peux pas porter la hache de Gort ainsi sur tout le chemin. Je donne donc mon arc à Léah qui se trouve maintenant très encombrée et je place l'arme du barbare en travers de mes épaules. La jeune fille prend la tête de notre groupe et nous parcourons ainsi les derniers kilomètres jusqu'au village.

Notre arrivée est remarquée. Nous investissons l'auberge et je demande à Gort d'allonger l'étranger évanoui dans la chambre face à la mienne, tandis que Léah fait un détour par la maison d'à côté pour aller chercher son oncle. Laura proteste véhémentement tout le long du processus, jusqu'à ce que je fasse cliqueter sur le comptoir deux pièces d'or.

- "Si avec ça je peux avoir le loisir également de ne pas subir votre débauche personnelle, ça serait un plus." Dis-je cassante.

Je la vois passer par tous les états silencieusement, puis elle acquiesce lentement.

- "Merci. Maintenant, allez me chercher des linges et une bassine. Nous avons un homme inconscient dont il faut prendre soin."

Elle hoche la tête et enfourne mes pièces dans son corsage avant de déguerpir dans l'arrière boutique. Je rejoins Gort qui veille sur notre mystérieux inconnu. Ce dernier prend tout le lit. Il mesure probablement une tête et demi de moins que Gort mais il atteint sans peine les deux mètres.

Je m'adosse au mur du fond.

- "Dis-moi. Pourquoi as-tu massacré le cultiste?" Je lui demande à voix basse, profitant d'un instant où nous sommes seuls.
- "Il le méritait." Je plisse les yeux.
- "Certes mais…"
- "Je me suis vengé sur lui. C'est ça que tu veux entendre?" Il s'énerve légèrement. "Je l'avoue. C'est vrai. Mais des cultistes, j'en ai croisé des dizaines comme lui et j'en ai aidé parfois… j'avais pitié d'eux… et tu sais très bien pourquoi. Tu l'as très bien expliqué à Léah. Ce sont des personnes qui ont perdu leurs repères et qui sont en détresse. Je me sens trahi par ma propre empathie. Ce sont des monstres. Tu as vu le…"
- "Oui, je comprends. Ne dis rien. Je comprends…"

Je baisse la tête et soupire. Si le retour de Léah n'était pas imminent, j'aurai pris ma place aux côtés du barbare et j'aurai passé mes bras autour de son cou. Peu de gens peuvent comprendre ce que nous vivons.


Fin de l'arc.
Hélas, je suis toujours en train de me rattraper. Je n'ai pas terminé l'arc suivant. On va voir si ça tient ou si je me voix obligée de ralentir encore le rythme de parution.

Dans tous les cas, à bientôt!