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Acte 3 - Troisième partie : Mirages
Chapitre 3 : Ami ou ennemi
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Nous parcourons les kilomètres qui nous séparent de la nouvelle Tristram à vive allure. Nous déboulons dans l'auberge, sous le regard furieux de Laura, qui n'ose cependant pas prononcer la moindre objection. Nous trouvons Cain et l'étranger en pleine conversation, dans la chambre de ce dernier, sous le regard protecteur de Gort adossé au mur du fond.
- "Bien… Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Vous êtes recherché par une sorcière très puissante. Et votre épée aussi. Est-ce que le mot Irebleu, vous parle?"
L'étranger secoue la tête mais je vois dans le regard de Cain que lui sait ce que sait. Il n'ose juste pas parler. Je suis intriguée, mais nous devons avancer plus vite. Je fais signe à Leah de montrer le morceau d'épée. Elle le déballe sur le lit juste à côté de l'étranger.
La lame brisée est d'un acier clair aux reflets bleutés. Elle dégouline toujours d'un peu d'énergie primordiale qui la fait luire légèrement. L'étranger l'observe un moment avant de tendre une main tremblante. Au moment où sa main gantelée touche le métal, je vois une aura se dessiner tout autour de lui. Je crois que je suis là seule à le remarquer. Les autres l'observent sans rien dire, attendant une réaction. Moi, je vois de pâles tentacules de lumière dans son dos retenues par un voile diaphane qui forment comme des ailes. Je ressens une profonde aversion pour l'aura qui se dévoile devant moi. C'est celle caractéristique d'un ange. En est-il un? Sous une forme humaine ? Les démons sont capables de ressembler aux hommes, pourquoi pas les anges aussi. Quoiqu'il en soit, s'il en est un, il n'a pas plus sa place en Sanctuaire que les démons. Je pince les lèvres, frustrée, car je ne peux rien dire pour le moment cependant.
- "C'est bien mon épée." Dit finalement l'étranger en retirant sa main. L'aura s'évanouit.
- "Des choses vous reviennent?" Je demande la mâchoire serrée.
- "Des bribes seulement." Dit-il en fermant les yeux. "Je combattais quelqu'un avant de tomber. Il y avait des éclats de voix. Un désaccord. Je le ressens profondément mais j'ignore le sujet."
- "Ça ne nous avance pas vraiment." Je lâche sur un ton chargé d'une colère rentrée.
Je n'arrive pas à savoir si cet homme joue la comédie ou non. Une chose est certaine, il n'est pas ce qui semble être.
- "J'ai besoin de converser avec mes camarades. Vous comprendrez que la méfiance est de mise. Vous ne voyez donc aucun inconvénient à ce qu'on vous laisse en compagnie de Gort?" L'étranger semble surpris mais accepte. "Et nous reprenons ça." J'ajoute en remballant la lame dans le tissu.
A cette proposition, il fait la grimace, mais il n'objecte pas non plus. Je demande à Cain et Léah de m'accompagner à l'extérieur. Le vieil homme préfère la discrétion de sa demeure. Nous le suivons sous les regards en biais des rares personnes dehors à ce moment là. Rien de ce qui se passe n'arrange notre statut grandissant de personnes suspectes.
A peine la porte de la demeure de Cain se referme sur nous, j'attaque direct.
- "Cain, qu'est-ce que l'Irebleu?" Je demande en jetant la lame sur la table.
- "L'épée de l'archange Tyraël." Répond-il calmement en regardant le morceau d'acier aux reflets bleus qui dépasse de l'étoffe. Je sers les poings.
- "C'est ce que je craignais. Le nom m'était vaguement familier. Je crois que je ne l'ai entendu qu'une seule fois mais cette fois restera marquée à tout jamais dans ma mémoire. Et cela semble correspondre à ma vision." J'enchaine rapidement. "Quand je l'ai touché, j'ai revécu la destruction de la Pierre Monde comme si j'y étais. Je n'ai aucun doute que c'est son épée maintenant. J'imagine que les armes angéliques sont extrêmement puissante, notamment celle de Tyraël. Il n'aurait pas pu détruire la Pierre Monde sans cela."
- "Tout à fait. Mais nous ignorons beaucoup de choses à leur sujet. Très rares sont les vestiges angéliques en Sanctuaire. Ce que Tyraël a appris à mes ancêtres c'est que leurs armes sont des extensions de leur corps. Ils partagent la même force et leur puissance dépend de l'énergie qu'ils y influent." Je plisse les yeux.
- "Les armures aussi?" Je demande, me rappelant l'armure angélique d'Astrid qui réagissait à sa magie de foudre et son aura d'or.
- "Je ne sais pas. Mais j'imagine que c'est la même chose."
- "L'étranger est un ange." Je déclare sans réserve. Cain et Léah me regardent stupéfait. "Je sais que ça parait fou, mais lorsqu'il a touché la lame, j'ai vu son aura et d'autres indices penchent vers cette conclusion. Ses gantelets sont fusionnés à son corps sans aucune magie par exemple…"
- "Vous pensez qu'il s'agit de Tyraël ?" Me demande le vieil homme, les yeux ronds.
- "Je ne sais pas. Je ne peux l'affirmer. Je n'ai pas reconnu son aura, même lorsque je l'ai brièvement vue. Et j'aimerai penser qu'il a été détruit avec la Pierre Monde. Je sais qu'il est immortel et que si nous sommes là, alors il trouvera un moyen de revenir, mais c'est un processus long. Un siècle nous avait-il dit. Mais si ce n'est pas lui. Qui est l'étranger? Un ange mineur? Un allié ou un ennemi? Nous avons rencontré des anges corrompus dont l'énergie ressemblait à celle du cratère et celle proche de ce morceau d'épée. Une énergie ni angélique ni démoniaque…"
- "Je vois ce que vous voulez dire. L'étranger est peut être très dangereux."
- "Sans doute. Et s'il ne l'est pas, il pourrait le devenir. La sorcière papillon le veut pour servir je ne sais quels desseins et ses cultistes étaient en train de tenter de corrompre la lame lorsque nous sommes arrivés. Un ange corrompu en Sanctuaire pourrait être extrêmement nuisible."
- "Vous suggérez qu'on le tue pendant qu'il est homme?" Demande Léah avec une lueur bizarre dans le regard.
- "Je suggère qu'on prenne toutes les précautions nécessaires. Je suggère qu'il soit considéré comme une menace tant que l'inverse n'a pas été prouvé. Je suggère également que l'on parte vite à Wortham chercher le deuxième fragment d'épée, séant."
- "La barge n'arrivera que ce soir." Déclare Cain d'un air navré.
- "On ne peut y aller que par voie fluviale?" Il acquiesce.
- "La bourgade se trouve dans une sorte de mangrove. Y aller à pied demande de faire un détour conséquent. Et se téléporter dans cet imbroglio de végétation est dangereux. Il n'existe pas de route lisible."
Je grimace. Rien de tout ceci ne me plait. Tout est à la fois trop lent et trop rapide.
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Je me résous à attendre, mais en l'état la patience n'est pas mon fort. Gort et moi restons dans la chambre de l'étranger pour le surveiller. Le barbare tente de me rendre le moment plus supportable, mais j'ai un mauvais pressentiment. Je suis nerveuse et je ne l'écoute qu'à moitié.
L'étranger sent sur lui mon regard et même s'il essaie de s'intégrer, il n'est clairement pas à l'aise. Au bout d'un moment Gort me touche le bras pour me sortir d'une longue absence.
- "Annor, vas prendre l'air." M'ordonne-t-il gentiment.
Pour qu'il en vienne à me donner un ordre, c'est que je dois être particulièrement désagréable. Je rouspète légèrement, ce qui le fait sourire, mais je lui donne raison. Je jette un dernier coup d'oeil à l'étranger avant de sortir de la chambre. Je traverse l'auberge à grandes enjambées, quitte l'établissement et le village tout aussi vite.
J'emprunte le chemin qui m'amène au campement de fortune de Gort. Pendant que je gravis la colline, mon esprit tourne en boucle sur les derniers événements. Je sens le danger. Je sens la catastrophe arriver. Je m'arrête devant du petit l'arbre qui marque le campement et près duquel j'avais joué un peu avec Gort. Je touche son écorce.
- "Rolf…" Je murmure. "J'ai besoin de vivre…"
Ces mots n'ont de sens que pour moi et je suis heureuse que personne ne les entende, car on me prendrait pour une folle. Pourtant, c'est si simple. Je veux tenir sa main et voir le monde par ses yeux. Je veux ressentir la fusion mentale qui faisait de nous qu'un seul être. Je veux ne plus ressentir se vide dévorant qui m'aveugle. Je ne veux pas de cette angoisse grandissante qui recommence à me ronger. Il aurait su quoi dire. Il aurait été là et même le pire aurait été supportable.
Je sers les mâchoires à m'en faire grincer les dents. Mon instinct me hurle de partir ou d'agir et je ne peux me résoudre à faire ni l'un ni l'autre pour le moment. Je finis par décider de m'asseoir près du foyer froid et de m'adonner à un peu de méditation. Peut-être que cela m'aidera à me calmer.
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Ce n'est pas le froid de la nuit qui est tombée depuis longtemps qui m'arrache de ma méditation, mais une perturbation si forte dans l'énergie chaotique ambiante qu'elle me retourne l'estomac. Je me lève le cœur battant et tourne mon regard dans la direction approximative de cette vague magique.
Je n'ai pas besoin de ma vision intérieure pour voir la fumée qui s'élève loin au Nord. En quelques prises et appuis, je grimpe à l'arbre du campement. Je distingue un peu mieux le relief. Je devine le lit d'une large rivière qui sépare la forêt en deux. L'incendie est à au moins dix kilomètres au delà.
Je ne me fais aucune illusion. Wortham est en flammes. Ce que je craignais est arrivé. Nous avons été pris de court.
Je saute de l'arbre et cours en direction de la Nouvelle Tristram. Je m'en veux, j'aurai dû forcer le destin. Il ne me faut que peu de temps pour arriver en ville. Personne ne garde les portes, mais lorsque j'arrive sur la place principale, je comprends pourquoi. La foule est rassemblée autour un homme ensanglanté et brûlé. Je me fraye un chemin jusqu'à lui. Le guérisseur s'affaire pour retenir le peu de vie qu'il reste au malheureux. Gort est accroupi à ses côtés. Je comprends qu'il a crié pour partager sa vitalité pour donner le temps à l'homme de transmettre son message. Ses blessures sont clairement mortelles. Il n'en a plus pour bien longtemps. Léah, Cain et l'étranger sont debout non loin, affichant une même expression de peine et de peur. Ils ont compris que ce que je craignais s'est réalisé.
Avec ses dernières forces, l'homme baragouine des informations que je connais déjà, mais qui terrifie la foule. Wortham a été attaquée par des cultistes - de par sa description. Ils sont en train de mettre à sac le village. A peine son message délivré, le malheureux meurt dans les bras du guérisseur et la foule jusque là silencieuse s'anime soudainement. La peur délie les langues.
- "Silence!" Je crie. Ce qui a pour effet de calmer tout le monde. Je repère dans le tas, un homme d'âge mûr dont les vêtements sont ensanglantés. "C'est vous qui permettez le passage jusqu'à Wortham ?" Je demande.
- "Oui, mais comment…" Il bafouille.
- "Vous portez son sang, c'est vous qui l'avez ramené… Je dois aller là-bas."
- "Vous êtes folle, chasseuse de démons !" S'exclame le chef de la milice.
- "Des gens sont en train de mourir pendant que nous parlons. Je peux aider. Je dois me rendre sur place." J'argumente. Je m'avance vers l'homme à la barge. "Je me doute que vous ne voulez pas retourner là-bas, mais vous seul connaissez le chemin et avez le moyen de me conduire là-bas. Amenez-moi à porté de vue de la berge, c'est tout ce que je demande."
Je vois de la méfiance dans ses yeux, comme dans ceux des autres. Les on-dits ont pourri l'esprit des gens, mais au fond ils savent de quoi je suis capable et que je suis la seule apte a sauver ce qui peut l'être. L'homme finit par accepter.
Je le suis au pas de course jusque au Nord du village.
Nous arrivons à un ponton miteux, au bord duquel est accosté une large barge plus que rustique. Elle est certainement plus résistante qu'elle n'en a l'air quand je vois les cargaisons en attente sur le quai de fortune. L'homme détache les amarres dans l'urgence et je saute sur l'embarcation alors qu'elle commence à s'éloigner sans être dirigée proprement. Le pilote reprend le contrôle rapidement et nous commençons à prendre la direction du nord.
Nous allons bientôt atteindre les premiers arbres immergés, quand je sens une concentration arcanique se former à mes côtés. Dans un seul réflexe, je sors la dague de ma botte et pivote dans un mouvement ample. Heureusement, j'arrête mon geste au dernier moment. Ma lame s'arrête à un pouce de la gorge de Léah qui me regarde effrayée, mais se reprend rapidement.
- "Je devais venir." Me dit-elle comme simple justification.
Je souris légèrement en rangeant mon poignard car je devine qu'elle a désobéi à Cain, et probablement qu'elle ignoré les conseils de Gort également. Son audace m'amuse, mais je n'ai pas envie d'elle à mes côtés. J'ignore ce que je vais trouver au bout de cette mangrove. Et ceci n'a rien d'un entrainement... Elle se met bêtement en danger. Cependant, nous sommes en route et je ne peux pas l'empêcher de rester. Je soupire et lui tourne le dos, scrutant l'horizon encombré d'arbres tortueux. Notre embarcation s'enfonce en silence dans la forêt immergée, aux racines serpentines.
