Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


Voici l'un des chapitres que j'ai préféré écrire de cet arc.
Découvrez la force véritable de Gort :).


Acte 3 - Troisième partie : Mirages

Chapitre 6 : Poursuite

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Je suis partagée entre rester pour Léah et partir tout de suite. Ce n'est pas tant le fait de la voir succomber à un chagrin que je connais trop bien, que la crainte qu'elle fasse une crise qui me retient. Je ne peux pas laisser Gort non plus. Il est le seul qui peut m'aider dans la chasse. J'observe le barbare qui arrache sa hache du cadre de la porte. Lorsqu'il accroche mon regard, il comprend mon dilemme. Il acquiesce silencieusement avant de quitter la maison. Je fronce les sourcils, mais je lui fais confiance. Il a sans doute une solution qui m'échappe.

Je me rapproche de Léah.

- "Je le vengerai." Dis-je doucement.

Elle lève un regard rougi vers moi. J'y vois de la reconnaissance. Mais la peine est la plus forte et elle s'effondre dans mes bras.

- "Il était mal seule famille. Ça n'est pas possible." Sanglote-t-elle.

Le trou dans mon cœur semble se creuser davantage. J'aimerais être d'un meilleur soutien, mais j'en suis incapable. Je me contente alors d'être présente. Bientôt, je vois revenir Gort suivit de Laura, dont l'expression se décompose lorsqu'elle découvre la scène. Elle se précipite spontanément vers Léah.

Je la laisse prendre le relai. Contrairement à moi, elle trouve tout de suite les mots pour réconforter la jeune femme. Je me désolidarise gentiment de l'étreinte et me redresse. Gort me rejoint, son énorme hache en travers des épaules. Sans quitter Léah du regard, dès que je sens la main du barbare se poser sur mon épaule, je me téléporte aussi loin que mon esprit me le permet, emmenant avec moi mon compagnon d'armes.

Sans réfléchir, je laisse les fluctuations dans l'énergie chaotique me guider. A la vérité je suis particulièrement peu prudente de me téléporter ainsi sans regarder où je vais. Je pourrai très bien nous matérialiser dans un mur ou un arbre par mégarde. Je ne sais pas par quel miracle j'évite tous les obstacles. Lorsque je sens que je ne suis plus très loin du but, je reprends conscience, nous sommes dans les profondeurs de la cathédrale de Tristram, dans un endroit des catacombes que je ne connais pas mais qui ressemble à n'importe lequel de ces culs de sac dont elles regorgent.

- "Pourquoi est-elle retournée là?" Me demande Gort de sa voix grave et posée.
- "Je n'en sais rien, mais elle n'est plus très loin. Je sens une concentration arcanique forte sous nos pieds."

Gort acquiesce et ferme les yeux. Je m'éloigne car je sais ce qui va suivre. Je me tiens prête. Le barbare pousse un cri puissant qui m'emplit de force mais je sais que c'est pour augmenter la sienne. Chez beaucoup d'humains, depuis la destruction de la Pierre Monde, les caractéristiques Néphalems sont décuplées ou s'éveillent de manière chaotique. Chez les barbares, leur force extraordinaire qui faisait déjà leur réputation a drastiquement augmenté chez certains individus. C'est le cas pour Gort. Lorsque je combattais à ses côtés, j'ai vu cette puissance surnaturelle se développer. Beaucoup de barbares ont succombé à ce pouvoir, se croyant subitement invincibles. Gort était plus âgé, plus sage et il a pris sur lui d'apprendre en même temps qu'il changeait. Je sais quel effort mental colossal il faut pour accepter de prendre du recul lorsque l'on vit dans un monde qui sans cesse vous pique les flancs pour que vous craquiez. Sa détermination et sa discipline m'ont aidé à façonner les miennes.

Gort est un homme doux et calme, mais je sais la brute qui sommeille en lui et il est en train de la réveiller. Son aura de barbare lisse et disciplinée se met à rayonner alors qu'il accède à cette part de lui-même qu'il sait taire. Lorsqu'il ouvre les yeux, ils sont entièrement blanc, irradiants d'énergie primordiale. Un rictus presque animal se dessine sur son visage.

Il frappe plusieurs fois du pied sur le sol à une vitesse qui défie ce que le corps humain est capable de faire. Je vois les pierres se désolidariser progressivement puis au dernier coup, l'intégralité du sol s'effondre sous lui. Gort chute de manière contrôlée à travers le trou béant qu'il vient de créer. Je le suis l'instant suivant. Juste le temps pour moi d'analyser la scène. Je vois le barbare fondre avec une vélocité surhumaine sur un groupe de cultistes rassemblés en cercle autour de l'étranger, qui est maintenu en l'air par un sort arcanique que je ne comprends pas. Il semble souffrir mais de sa bouche grande ouverte ne provient aucun son. Autour d'eux, éparpillés comme des feuilles mortes soufflées par une bourrasque, se trouve une grande quantité de parchemins, sur lesquels je devine des écritures.

Voletant un peu plus loin, Maghda n'a pas le temps d'être surprise. Gort fauche trois cultistes d'un seul coup de hache avant de bondir dans sa direction. Je sais que je n'aurai pas l'ouverture suffisante pour qu'une de mes flèches l'atteigne alors je me contente de tuer les cultistes restants. Je garde tout de même un œil sur le combat à l'arrière, pour être certaine que Gort dans sa rage ne tombe pas dans un piège grossier ou pour saisir toute opportunité de tuer la sorcière moi-même.

Le dernier cultiste mort, le sort qui maintenait l'étranger dans les airs s'interrompt et il tombe au sol comme une marionnette à qui on aurait coupé les ficelles. Il n'est plus en danger, du moins pour le moment. Je bande mon arc et vise la sorcière qui se voit obligée d'user de toutes les astuces possibles et inimaginables pour esquiver les attaques de Gort. Il est impensable de voir cette énorme hache maniée de la sorte. Mais il donne l'impression qu'elle ne pèse guère plus qu'un fleuret.

Je n'ai toujours aucun angle de visée. Même en déviant légèrement ma flèche, tout se passe trop vite pour que je sois certaine de ne pas blesser Gort. Je maîtrise la télékinésie mais je ne serai probablement jamais aussi efficace que Moiraine dans le domaine.

Bientôt, je commence à voir un rictus se former sur le visage de Maghda. La vélocité surnaturelle du barbare est en train de lui donner un avantage certain. Elle est obligée de se téléporter pour éviter le coup suivant. Elle réapparaît la seconde suivante, accrochée à la voûte de la pièce, comme une araignée sur un mur.

- "Impossible. Vous n'aviez pas le temps…" Siffle-t-elle essoufflée. Je fronce les sourcils.

Elle ouvre soudainement la bouche en grand, puis dans un craquement sinistre sa mâchoire inférieure se divise en deux, comme les mandibules d'une mante religieuse. Une longue langue bifide jaillit de orifice ainsi qu'une multitude de petits insectes volants. La nuée forme rapidement un nuage. Je commence à former les mots de pouvoir pour l'embraser avant qu'il atteigne Gort, mais ce dernier me surprend par la rapidité et surtout la nature de sa contre attaque. Il pousse un cri très court mais puissant et l'instant suivant frappe le sol avec sa hache. Dans un bang sonore, le pavé est pulvérisé sous le choc et une onde de choc se forme devant lui, pulvérisant la nuée d'insectes et fissurant le pilier sur lequel se tient la sorcière. Laissant son arme plantée dans la pierre, puis avec seulement deux pas d'élan, il se propulse en avant et effectue un bond qui défie les lois de la physique. Il attrape au vol Maghda qui, déséquilibrée par l'attaque précédente, tente de trouver un nouvel appui. Il atterrit plusieurs mètres plus loin avec sa prise qu'il écrase au sol sous son propre poids. C'est presque avec satisfaction que j'entends quelque chose craquer et un gémissement de douleur étouffé.

L'angle est mauvais pour moi mais je reste alerte. La sorcière s'est montrée fourbe jusque là. Même si Gort semble avoir gagné le combat, je n'ai pas confiance.

L'arme toujours au poing, je m'approche rapidement d'eux, enjambant les cadavres des cultistes et l'étranger qui gît au milieu d'eux inanimé.

Magdha se débat dans l'étreinte du barbare qui l'étrangle d'une main et la maintient au sol par la taille de l'autre. Les papillons qui lui permettent normalement de voler sont écrasés sous elle.

Même si je sais qu'il est parfaitement maître de lui-même, même dans cet état, Gort a l'air d'une bête. Sa respiration est un râle grondant et il bave comme un chien enragé. Le rictus de colère qu'il affiche n'est pas là pour adoucir le tableau.

- "Vous n'auriez pas dû être si forts, si vite." Croasse la sorcière en agrippant à deux mains l'avant bras du barbare, comme si elle avait la force de le faire bouger d'un pouce. Ses griffes laissent des sillons ensanglantés sur ses bras, mais il ne cille pas.
- "Pourquoi ?" Je demande, visant tout de même son visage.
- "La libération de l'humanité aurait dû prendre plusieurs générations."

Je commence à comprendre qu'elle parle des caractéristiques Néphalems qui apparaissent spontanément dans la population. Gort et moi faisons partie des personnes qui ont vu leur pouvoir grandir significativement après la destruction de la Pierre Monde. Même si je doute qu'il y ait de vrais Néphalems vivant à ce jour, nous et tous les autres qui développons des pouvoirs sont ce qui se rapproche le plus de ce qu'ils devaient être. Sans doute pensait-elle combattre des humains plus faibles. Peut-être que la destruction de la Pierre Monde conduira Sanctuaire à redevenir une pouponnière de Néphalems un jour. Si c'est le cas, l'humanité a peut-être une chance, mais... cela n'explique pas les agissements de la sorcière.

- "Que voulez-vous de l'étranger ? Pourquoi transformez-vous la population ?" Je demande précipitamment. Même si j'ai très envie de la tuer sur le champ. Il y a quelque chose qui m'échappe et je n'aime pas ça.
- "Vous ne méritez pas la force de vos ancêtres…" Elle déglutit.

Elle ne me répond pas. Elle essaie clairement de gagner du temps. Je fronce les sourcils. Heureusement, mon instinct parle avant ma raison. Je comprends le piège une seconde avant qu'elle n'attaque. Mon trait de glace quitte mon arc au moment où je vois le mot de pouvoir du feu s'inscrire au milieu des griffures sur les bras de Gort. Elle n'a pas le temps de le finir. Hélas, elle se montre encore une fois plus vive que le serpent. Je sens le chaos fluctuer autour de nous, alors qu'elle disparaît au moment où mon trait de glace allait atteindre son visage. Mais je sais où elle va réapparaître. D'un mouvement fluide, j'attrape le couteau dans ma botte et le lance à l'endroit où je sais qu'elle se tiendra. Elle me surprend à nouveau en effectuant au dernier moment un pas de côté, sans pourtant me faire face. Ma lame traverse la pièce taillant sa robe sur une large portion au niveau du flanc. Ça n'est pas passé loin. Mais je ne m'avoue pas vaincue. Avant que mon couteau atteigne l'autre côté, par la force de ma pensée, je le force à revenir dans l'autre sens avec la même vélocité. L'effort que cela me demande est terrible.

Il ne faut qu'une seconde, peut-être deux pour que mon arme fonce en sifflant vers le cœur de la sorcière. Je sais qu'elle va esquiver, alors je génère en même un nouveau trait de glace. Je dois absolument la tuer.

Comme je l'avais deviné, elle anticipe la trajectoire de mon couteau et y échappe à nouveau de justesse. Alors qu'elle se baisse pour attraper l'étranger, je vois par l'entaille dans sa robe que son torse est recouvert d'une cuirasse chitineuse sombre, de même nature que ses avant bras. Je devine une fracture à la surface des plaques que je discerne. Sans doute le craquement entendu plus tôt était dû à cela. Ma flèche de glace quitte mon arc mais Maghda disparaît définitivement au moment où ses doigts allaient atteindre la tunique de l'étranger.

Hélas, les mouvements dans le chaos sont indéchiffrables. Elle est partie. Loin. Très loin. Et je ne peux pas la tracer. J'entends le bruit métallique de mon couteau qui tombe au sol dans mon dos et je sens une grande fatigue s'abattre sur moi soudainement. J'ai usé de bien trop de magie en peu de temps. Mon corps éthéré me fait mal. Je pose un genou à terre. J'ai la tête qui tourne et mes mains tremblent. Ma limite de tolérance n'est pas loin. Je sais que je ne peux pas me le permettre mais je vais avoir besoin de repos.

Je sens une main se poser sur mon épaule.

- "Ça va aller ?" Me demande Gort.

Sa voix est étrange. Je me tourne vers lui. Il n'est pas encore revenu à lui complètement. Son aura a retrouvé son aspect habituel et ses yeux leur douceur, mais il n'est clairement pas apaisé. Il n'a pas pris la peine d'essuyer la bave qu'il a aux lèvres et je peux presque entendre son cœur tambouriner violemment dans sa poitrine. L'exploit physique qu'il vient d'accomplir est formidable, mais seul un corps barbare peut endurer cela sans rompre. Et encore, je ne suis pas certaine…

- "Je vais bien." Je le rassure. "Je crains qu'il nous faille rentrer à pied par contre." Je n'ai pas besoin de plus d'explications que cela. Il a un petit rictus contrarié.
- "L'étranger ? Maghda ?"
- "Juste inconscient. Et elle, partie loin d'ici. Je pense que nous l'avons repoussée pour de bon, mais ce n'est pas pour me plaire. Sa dernière téléportation suggère qu'elle est partie très loin. J'imagine qu'elle connaît les portails Horadrims. Elle sait utiliser la magie avec des signes cachés. Elle est très difficile à lire." Je pointe l'avant-bras du barbare. "Il ne s'est fallu de pas grand-chose pour qu'elle te mette le feu."

Il grimace. Dans le même temps, il semble prendre enfin conscience de son état. Il s'essuie la bouche du plat de la main et regarde écœuré les résidus qui s'y accrochent. Il soupire.

- "Je connais peu d'adversaires mages capables de nous résister tous les deux comme ça. Cette femme est très dangereuse. Et ne pas savoir ce qu'elle a derrière la tête me rend nerveux. Je l'ai blessée, j'en suis certain. Elle n'aurait pas dû pouvoir se mouvoir comme elle l'a fait." Dit-il.
- "Elle n'est pas humaine. Ce que tu as brisé n'était qu'une sorte de cuirasse d'insectes. J'ignore ce qu'elle a fait d'elle-même mais s'il faut la combattre à nouveau, il faudra être extrêmement vigilant."

Il acquiesce, avant de reporter son attention au sol. Je suis son regard. Les parchemins… Je saisis le premier qui se trouve à ma portée.

C'est un dialecte Khéjistani qu'il m'est impossible de lire, comme d'habitude. Sans doute s'agit-il du sortilège utilisé sur l'étranger. Cependant quelque chose m'interpelle. Une marque dans le coin haut gauche. Je regarde autour de moi. Je trouve plusieurs autres parchemins décorés du même symbole.

- "Gort, ramasse le plus de parchemins lisibles. Lorsque nous le pourrons, je demanderai à Léah…" Ça me contrarie énormément de devoir demander ce genre de choses à la jeune femme alors que je la sais effondrée.

Je balaie mes pensées d'un mouvement de tête, puis je me penche sur l'étranger qui semble revenir doucement à lui. Sa peau sombre luit légèrement à cause de la sueur. J'ouvre son col pour lui permettre de respirer plus facilement et je l'aide à se mettre sur le dos. Il lui faut une longue minute pour réussir à ouvrir les yeux. Et plusieurs autres pour recoller les morceaux.

- "Je suis en vie?" Croasse-t-il en me reconnaissant finalement.
- "Visiblement." Dis-je. "Êtes-vous blessé?" Je demande.
- "Je ne crois pas. C'était douloureux, mais je crois que c'était magique. Je… Je ne connaissais pas ça… Je ne comprends pas…"
- Je fronce les sourcils. Cet homme tient des propos incohérents.
- "Vous pensez pouvoir marcher? La Nouvelle Tristram se trouve à plusieurs kilomètres et je n'ai plus la force de nous téléporter."

Il acquiesce lentement. Il semble avoir du mal à refaire le lien avec le réel. Je l'aide à se remettre debout. Il ne semble pas vraiment mal mais il se tient le dos voûté et je distingue un léger tremblement qui l'agite sous son épais vêtement. Il présente tous les signes d'un mage ayant atteint sa limite. Le sort s'attaquait-il à son corps éthéré ?

Je suis coupée dans ma réflexion par Gort qui revient vers moi avec une poignée de parchemin que je m'empresse d'enfourner dans ma besace, pendant qu'il retourne chercher son énorme hache toujours plantée dans le sol.

Je lève la tête et contemple le trou par lequel nous allons devoir grimper pour retourner auprès de Léah. Je soupire, redoutant dors et déjà la première étape de notre voyage de retour.