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Bon, je suis clouée au lit donc, la mise en page sera faite pour tard quand je me connecterai à mon ordi.


Acte 3 - Troisième partie : Mirages

Chapitre 7 : L'éternel conflit

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Le retour est une plaie en soi. Outre la fatigue magique qui commence à se faire sentir de plus en plus et le pas traînant de l'étranger qui nous ralentit davantage, mon esprit tourne en boucle sur le combat que nous venons de livrer. Cette Maghda et ses sombres projets occupent mes pensées.

Nous arrivons aux portes de la Nouvelle Tristram au milieu de la nuit. De nouveaux charniers se trouvent près des portes. Toutes les victimes de l'attaque des cultistes y sont entassés avec leur bourreaux, sans aucune considération. Cette vision me révolte. Ce village est pourri en son cœur. Cain savait que c'était une arche vouée à sombrer.

Je ne peux m'empêcher de fouiller du regard si par hasard le vieil Horadrim ne fait pas partie du tas. Heureusement, je ne trouve personne qui lui ressemble. Si cela avait été le cas je pense que je n'aurais pu maîtriser ma rage.

Nous retournons dans la maison du défunt et c'est presque avec soulagement que nous trouvons Léah assise dans la chambre du vieil homme, où il est couché dans un linceul de fortune. Laura est à ses côtés et lui murmure des paroles réconfortantes.

La jeune femme lève un regard rougi vers nous lorsque nous entrons. Elle attend une réponse.

- "Magdha s'est échappée." J'annonce tristement. Je vois de la colère dans son regard. "J'ai rarement eu à faire à des adversaires de sa trempe." J'ajoute comme une justification. "Elle est très intelligente et vive."
- "Et maintenant ?" Demande-t-elle après un long silence empli de gêne.
- "L'étranger est avec nous et nous avons l'épée, même si elle est brisée. Et nous avons trouvé des parchemins. Nous ne pouvons les lire… Nous avons pensé que peut-être tu pourrais…"
-"Je les traduirai si je le peux." Dit-elle sèchement. "Voyons cette épée d'abord."

Elle se lève et nous l'accompagnons dans la pièce principale qui porte hélas les tristes marques de la tragédie. Laura nous suit presque machinalement mais elle observe ce que nous faisons avec une inquiétude palpable. L'étranger s'est assis sur une chaise près de l'âtre. Il a le regard perdu dans les braises du feu mourant. Léah ouvre un tiroir et y extrait les deux morceaux de l'épée qu'elle y avait entreposée. Avec un air détaché presque anormal, elle les présente à l'étranger qui reporte enfin son attention sur nous.

- "Est-ce bien votre épée ?" Demande-t-elle.

Ses mains gantelées tremblent lorsqu'il tend les bras pour toucher les reliques. A l'instant même où le métal rencontre le métal, une déflagration d'énergie nous met tous à terre et une lumière intense inonde la pièce. Je me sens écrasée par une présence surnaturelle et je sais de qui il s'agit sans le voir. Son nom meurt sur mes lèvres avant que la lumière ne se dissipe.

- "Tyraël…"

L'étranger se tient debout devant nous, entouré d'un halo presque flamboyant et des ailes de lumière diffuses s'agitent lentement au gré des mouvements du chaos. Sa stature n'est plus celle de l'individu effarouché que nous avons secouru. Il a le maintien imposant de l'archange qu'il est et pourtant il reste un homme. La colère de Léah semble s'être évaporée devant le phénomène. Je comprends qu'elle soit impressionnée, mais de mon côté, trop de souvenirs sont en train de remonter et ce n'est que pour elle que je contiens tout ce qui menace de me dominer.

- "Merci. Je suis entier." Dit-il d'une voix forte où je reconnais les inflexions particulières de Tyraël. "Je suis navré pour tous les problèmes que j'ai causés. Je n'avais pas d'autres moyens de revenir vers vous." Je fronce les sourcils.
- "Pourquoi êtes-vous revenus tout court?" Je crache, avec une colère non dissimulée.

Tyraël me lance une œillade sincèrement désolée, ce qui me remplit de sentiments contradictoires. L'apparence angélique était quelque chose qui me mettait mal à l'aise, mais maintenant que je peux voir une expression humaine sur son visage, je ne suis pas certaine de trouver cela plus naturel. Mais plus que tout, je n'ai aucune envie d'avoir quelconque empathie envers lui. Mes souffrances trouvent leurs racines dans notre passé commun. Je sais ma responsabilité dans les événements mais aussi loin que remonte ma connaissance nous en sommes là où nous sommes par les choix que cette créature a fait pour l'humanité toute entière. Et je souffre tant de vivre que les raccourcis sont bien plus simples à faire quand il s'agit de retourner ma douleur vers autre chose que moi-même. Je ne pardonnerai jamais Tyraël pour mon existence misérable.

- "Bien que les trois frères soient hors de capacité de vous nuire, nous savons que les enfers tentent de vous déborder de nouveau. Je…" répond finalement l'archange.
- "Rien de neuf en somme." Dis-je d'un ton ironique. Il se renfrogne.
- "L'humanité a changé. Votre héritage n'est plus bridé. Vous êtes une ressource inestimable pour eux et l'attaque qu'ils s'apprêtent à lancer contre les cieux…"
- "Je me moque des cieux !" Je crie cette fois, laissant ma colère éclater, à la surprise de tout le monde. "Que les enfers aillent..."

C'est Gort qui me retient. De manière aussi inattendue que mon intervention, il me prend dans ses bras, et son réconfort soudain éteint presque le feu qui menace de me consumer. J'étouffe un sanglot dans son étreinte. Je ferme les yeux. Personne n'ose parler. Il me faut quelques très longues secondes pour trouver la force de formuler mes pensées de manière cohérente.

- "Que ce soient les enfers ou les cieux, nous sommes que de la chair à canon pour eux. Je n'en peux plus..." Je laisse échapper.
- "Je sais… Je ne veux pas me battre pour eux non plus…" Me dit Gort, presque à sa voix basse.

Qu'un barbare dise cela en dit long sur combien leur peuple a souffert depuis l'après Pierre Monde. Un sacrifice humain incommensurable et une foi brisée. Ce qui ne pouvait être détruit l'a été.

Je sens que tout le monde nous observe. Je tourne légèrement la tête et je croise le regard de Léah. Visiblement, elle ne comprend pas la raison de ma colère ni de ma peine, mais elle comprend mon émotion et semble la partager. La voir bouleversée ainsi me force à me reprendre.

- "Vous, créature immortelle, vous n'avez aucune notion de ce qu'est le sacrifice. L'humanité a déjà trop souffert. Pourquoi nous avez-vous créés ? Pourquoi personne ne nous laisse vivre ?" Je demande plus calmement. "Nous avons à peine le temps de panser nos blessures… et pas le temps de faire le deuil des êtres qui nous sont chers...Vous ne pouvez pas comprendre cela n'est-ce pas?"

Ma dernière question est autant pour moi que pour Léah qui doit peut-être vivre cela pour la première fois de sa vie. Tyraël sourit presque tristement.

- "Je comprends votre rancœur, mais je ne peux pas vous laisser dire que j'ignore ce qu'est le sens du sacrifice."

Ses ailes diaphanes se renferment sur nous et nous partageons soudainement ses souvenirs.

Nous nous retrouvons dans un endroit spectaculaire que j'avais déjà vu lors d'une des visions que Mephisto avait forcé dans mon esprit, il y a si longtemps. C'est la plus haute tour du royaume angélique. La demeure du plus puissant des archanges. Imperius apparaît dans une armure d'or. Il domine en taille Tyraël et ne se dégage de lui que violence et colère. Pourtant nous ne voyons pas son visage. Son être exulte d'une énergie négative.

J'ignore si c'est dû à la perception que Tyraël a de lui ou si je ressens réellement ça.

- "Tu es allé trop loin !" s'exclame Imperius. J'ai l'impression que mes os s'entrechoquent.
- "Les enfers menaçaient Sanctuaire tout en entier. La Pierre Monde était corrompue. Je n'ai pas eu le choix."
- "Nous aurions pu tenter de régénérer le coeur d'Anu et reprendre le contrôle de la guerre."
- "Tu te voiles la face, Imperius. Anges comme Démons ont eu la Pierre Monde dans leur camp et jamais il n'y a eu de victoire nette. Nous nous battons depuis la nuit des temps, rien ne change, rien n'évolue. Sauf l'humanité. Ils sont nôtre meilleure option pour qu'un futur différent naisse."
- "Aucun futur où une once d'essence démoniaque n'existe ne sera possible temps que je serai là, tu m'entends !" Rugit l'archange suprême. Je tremble malgré moi. "L'humanité doit périr, comme leurs géniteurs démons…"

Une lance d'or se matérialise dans la main d'Imperius. L'instant suivant les deux archanges s'élancent l'un contre l'autre. Le combat est difficile à suivre. Ils alternent entre formes d'énergie et incarnation en armure. Chaque choc des armes est comme un coup de tonnerre. Chaque collision a autant de puissance qu'une avalanche. Imperius semble dominer mais alors qu'il s'apprête à pourfendre Tyraël de sa lance, ce dernier bloque l'attaque grâce à son épée. L'Irebleu semble flamboyer littéralement.

- "Tu es plus faible que moi, comment arrives-tu à me résister?" Crache Imperius.
- "Je suis la Justice elle-même." Gronde ce Tyraël. "Tant que tu ne te soumettras pas à cela tu ne vaincras pas. Et tant que tu menaceras l'humanité, tu me trouveras sur ton chemin."
- "Ils nous détruiront !" Rugit l'archange de la Valeur.
- "Au lieu de les considérer comme une menace, nous pouvons nous allier à eux."
- "Ils ne sont pas purs. Ce sont des démons en dormance. Nous ne pouvons pas leur faire confiance."
- "Ils sont autant angélique que…"
- "Ce n'est pas assez. Ce n'est pas suffisant."
- "Nous avons voté, Imperius. Tu dois te soumettre à la majorité."
- "Tu plaisantes, j'espère ! Deux voix contre une. Les autres se sont abstenus. Je ne sais pas comment tu as convaincu Auriel de te suivre dans ta folie. Je n'ai pas à vous écouter. J'agirai toujours en faveur des cieux et je combattrai tout ce qui nous menace." Imperius pointe sa lance en direction de Tyraël. "Tu as déjà enfreint les règles bien trop de fois. Je peux te déchoir et d'emprisonner. Nous ne devions pas interférer. Et tu t'es invité en Sanctuaire en jouant les prophètes et en créant une armée. Par ce simple fait, tu n'as aucun droit de m'arrêter."
- "Ce sont les démons qui ont rompu l'accord en premier. Je n'ai fait que rééquilibrer la balance."
- "Je t'interdis d'intervenir au nom des cieux. Si les anges doivent se rendre en Sanctuaire, ça sera pour éradiquer l'humanité. Tu m'entends!" Rugit-il. "Toi qui dis être la Justice, comment comptes-tu justifier tes actions maintenant ? Comment comptes-tu…"
- "Très bien, alors j'irai en tant que l'un d'entre eux. Rien ne m'empêchera de rétablir la balance des forces dans ce conflit. L'humanité a le droit de choisir son destin."

Avant qu'Imperius n'ait le temps de répliquer. Tyraël agrippe ses épaulettes et les arrache péniblement de son armure en hurlant de douleur. Ses ailes tombent au sol en même temps que les pièces d'armures et tout aussitôt elles semblent se fondre dans le sol. Dans le même temps, les ténèbres immatérielles qui définissent les corps angéliques disparaissent comme rongées par un feu magique étrange et à travers ce phénomène inexplicable à mes yeux se dévoile le visage de l'étranger. Son armure entière perd alors son intégrité et s'évapore presque entièrement alors qu'il traverse à son tour le sol. Il ne lui reste plus que ses gantelets.

Dans un tourbillon de lumière et d'énergie, je vois Tyraël chuter dans le vide jusqu'à traverser le voile de la réalité qui sépare nos mondes. C'est dans ce nexus qu'il traverse le ciel. Dans sa chute, il attrape son épée qui se met à luire puissamment mais pour une raison que je ne comprends pas elle se brise dans sa main dans une explosion d'énergie fulgurante.

Tyraël rompt le contact et nous retrouvons notre réalité.

- "Peut-être avez vous une meilleure idée maintenant de ce que j'ai sacrifié pour vous et de quels sont les enjeux."

Je déglutis, mais je refuse de plier. Oui, je comprends mais il m'est impossible de pardonner. Je quitte simplement la pièce, puis ce village moribond qui panse lentement ses blessures. Fierté déplacée diront certains. Je m'en moque. J'ai mal d'une manière qu'aucune des personnes présentes dans la demeure de Cain ne peuvent comprendre. Je ne veux pas que quelqu'un voit les larmes qui menacent de couler, ni n'entende mes cris lorsque je ne pourrais plus les retenir.

Je fuis machinalement vers l'Est. Mes pas cherchent à retrouver le chemin de la seule maison que j'accepte. Je me vois bien continuer à hanter les murs du Monastère jusqu'à ce que la fin de tout s'abatte sur nous. Mais je finis par m'arrêter. Je trouve une vieille souche pour me reposer et laisse éclater ma peine. Les cris restent bloqués dans ma gorge mais les larmes viennent et je les laisse couler en abondance.