Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


Navrée pour le délai. Le covid m'a mise à plat. Et j'ai passé les 10 dernier jours en pls.
Veuillez noter aussi que je me suis rattrapée aussi au niveau des arcs. Je suis au milieu du suivant et il commencera pour vous la fois prochaine. Donc il y a parier que je prenne du temps entre chaque chapitre désormais.

Le titre est orthographié comme ça volontairement. On va dire que c'est un effet de style lol.

Ce chapitre est important mais un peu compliqué, on en reparle en note de bas de page ^^. Bonne lecture.


Acte 3 - Troisième partie : Mirages

Chapitre 8 : Pour quoi

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Combien de temps suis-je restée prostrée là. Une heure, sans doute deux. J'ai l'impression de ne plus pouvoir produire de larmes. Je soupire. Je sais déjà que j'ai perdu la bataille. Je le sais. Mon conditionnement de sœur est plus fort que ma peine ou peut-être est-ce ancré au fond de moi. Tout ce que j'ai vécu jusque-là n'a aucun sens. Chaque pas que je fais m'enfonce toujours plus loin dans les ténèbres alors que je cherche la lumière. Chaque victoire de l'humanité est récompensée par un péril plus grand. Qu'avons-nous fait pour mériter cela, à part exister?

Ma main vient chercher machinalement le cristal fiché dans mon armure. Mais à peine mes doigts effleurent sa surface froide que je suis emportée par une vision. Cette fois-ci, il ne s'agit ni d'un futur flou et cryptique ni d'une vision du passé incompréhensible. Pourtant ce n'est pas plus clair que le reste.

C'est un de mes souvenirs mais vécu par un autre que moi. Je suis le Cœur d'Anu et Rolf et moi me faisons face. Rien que de revoir le druide m'emplit de joie et me brise simultanément. Je sais déjà que c'est temporaire et que dès que la vision cessera, je sera aussi vide que toujours. Comme lorsque mes souvenirs viennent me hanter et que je m'éveille le cœur douloureux de cette absence que je ne supporte pas. J'essaie de me fermer à la joie et à l'espoir et de me concentre sur ce que je vois. Si l'Oeil Aveugle essaie de me dire quelque chose, je dois essayer de comprendre.

Bien que rien qu'être autre que soi et se voir de l'extérieur est plus que perturbant, ce qui me trouble le plus est ce qui se passe entre Rolf et la Pierre Monde. Je suis en train de communiquer avec lui d'une manière qui échappe complètement à ma compréhension. Je me souviens parfaitement de ce moment. Rolf s'était coupé de moi et ne partageais plus ses émotions ni ses sensations à travers le lien. Je comprends maintenant qu'il ne faisait presque qu'un avec cette chose que je suis actuellement et qui lui transmet des choses que je ne comprends pas.

J'essaie de m'accrocher à chaque sensation. Je me concentre si fort que j'en ai presque mal à la tête. Il faut que je comprenne.

- "Qu'est-ce que tu lui as dit?" Je gémis les dents serrées. "Qu'est-ce que tu lui as montré?"

Je lutte, je bataille contre mon propre esprit pour le tordre et essayer de parler la même langue que cette chose que je suis. Puis je me rappelle du lien. Ce lien qui est brisé et qui est une plaie qui suppure au fond de mon être. Tremblante de toute mon âme, mon esprit glisse vers l'objet de ma plus grande souffrance et je cherche Rolf au bout de ce membre métaphorique amputé.

Ce qui se passe ensuite va bien au-delà de ce j'imaginais. Il est là au bout du lien. Réel. Je suis entière. Je vis. Je respire enfin. Je renais.

- "Rolf…" Je murmure, incapable de formuler autre chose.

Il tourne ses yeux verts vers moi. Il me voit, moi, la vraie Annor, au travers de la Pierre Monde que j'incarne. Et soudainement, je comprends. Ce jour-là, il m'a vue. Il a vécu cette vision que je suis en train d'avoir. Je suis comme une image créée par le cœur d'Anu. Un fantôme irréel. Et pourtant, je suis à ses côtés, là-bas et maintenant.

Je ne comprends toujours pas ce que je suis en train de faire à Rolf, mais je le sens lui et il n'y a rien de plus clair au monde. Il a mal. Il pleure pour moi. Pour le mal qu'il va me faire. Il sait qu'il va mourir pour moi… pour que cette image de moi existe dans cette vision que je vis. Pour que j'existe dans un futur où il ne sera plus là.

- "Ne me faites pas ça." Je souffle, la gorge serrée.

Peut être que s'il change d'avis maintenant, je mourrais là bas et je serai délivrée. Rolf me sourit. Et il s'ouvre à moi. En quelques secondes, je vois des centaines de versions de moi à différentes époques et différents moments. Passés et futurs potentiels. Puis tout se fige sur une version de moi un peu plus vieille. Plus usée. Plus triste. Plus désabusée. Mais apaisée. Il y a quelqu'un à mes côtés que je sens mais ne vois pas et je l'aime. Réellement. Je suis guérie. Sanctuaire est sauf. Et je suis avec cette personne et je suis heureuse.

- "Vous m'avez sauvée pour ça?" J'éclate d'un rire démens. "Parce qu'Anu vous a fait croire que je vivrai heureuse après… après l'enfer?" A ma surprise, il me répond. Entendre sa voix m'apaise presque instantanément.
- "Pas seulement… mais je n'y crois pas Annor. Je le sais. Je suis en train de vivre simultanément tous les avenirs possibles et vous êtes assez forte pour me survivre. Je le sais. Assez forte pour guérir. Je vous ai vu. J'étais là. Je serai là, toujours. En quelque sorte... Être mort n'est qu'un état différent pour moi. Je suis Sanctuaire, quand je suis en vie. Je suis Sanctuaire, quand je ne suis plus.
- "C'est réel pour vous?"
- "C'était."
- "Mais ce…"

La vision commence à vaciller. Rolf sourit tristement. Et le dernier mot qu'il est capable de me transmettre avant que je sois à nouveau perdu dans un océan de sensations incompréhensibles est "Jarzeth…"

Puis je le vois se retourner vers la moi plus jeune qui se tient à côté de lui et me lancer ce regard énigmatique dont je me souviens. La vision cesse aussitôt, me laissant vibrante de la douleur de me sentir amputée de lui à nouveau. Je touche le cristal plusieurs fois dans l'espoir de repartir dans cette réalité que je ne comprends pas, juste pour me sentir vivre à nouveau, mais la pierre reste inerte et je reste là haletante.

Il me faut un long moment pour reprendre suffisamment mes esprits pour simplement bouger. Une part de moi essaie de se raccrocher au fait que l'Oeil Aveugle m'a menti. Que la vision n'était qu'une illusion. Mais l'expérience me dit le contraire. Toutes les visions, aussi cryptiques fussent-elles, se sont toujours avérées réelles. Mais ce que cela implique me dépasse complètement. Il y a plus de vingt ans, Rolf, devant la Pierre Monde, me parlait aujourd'hui. J'ignore ce qu'il a vu ou vécu d'autre. Mais il savait que je devais lui survivre. Pour quoi ?

Un bonheur futur ? Non, il a dit que ce n'était pas la seule raison.

Je songe alors à Cain. Le vieil homme avait deviné que la perception de Rolf dépassait l'entendement sans expérimenter ce que moi-même vivait à ses côtés. Mais même lorsque j'ai pu partager sa vision du monde, je n'avais qu'une partie infime de ce qu'il était réellement capable de ressentir. J'imagine que le fait d'être devant la Pierre Monde a dû décupler ses dons au-delà de ce qu'il connaissait lui-même. Ce n'était que quelques secondes et pourtant son esprit a été capable d'assimiler et d'utiliser ce qu'on lui donnait pour faire ça. Alors que moi je suis encore à moitié en état de choc plusieurs minutes après.

Cain… je sens une boule se former dans mon estomac. J'ai laissé tout le monde en plan pour me réfugier dans ma solitude, mais je réalise seulement à l'instant quelle image terrible j'ai dû laisser à Léah en fuyant ainsi. Je me lève péniblement. Puis un pas après l'autre, je reprends la direction de la nouvelle Tristram. Je dois parler à Gort et Tyraël. Je dois essayer de comprendre si ce que je viens de vivre était réel ou non.

Alors que j'approche de la bourgade dans un état second, je distingue comme un feu en provenance de la colline sur laquelle Gort a fait son campement. Je devine bien avant d'arriver sur les lieux qu'il s'agit d'un bûcher. Sans doute que le barbare a offert une cérémonie tribale à Cain. Je me mords l'intérieur des joues lorsque j'arrive sur place et que je vois Léah pleurer à chaudes larmes, blottie contre le barbare. Tyraël est un peu en retrait. Les deux hommes remarquent mon arrivée mais ne disent rien.

Je n'ose pas approcher. Je reste donc près de l'arbre mort. J'ai honte de moi. Cain était mon compagnon et j'ai abandonné tout le monde parce que j'étais blessée. Heureusement que Gort a plus de cœur que moi et qu'il a pris les choses en mains. Je me sens horrible, car si je suis là ce n'est que pour moi, encore une fois. Pas même pour honorer la mémoire d'un vieil ami, ni même pour la fille de ce dernier, dont il m'a demandé de prendre soin.

Je regarde, presque anesthésiée par l'expérience surnaturelle que j'ai vécue précédemment et l'absurdité de mon existence, le corps de Cain être avalé par les flammes. Léah finit par perdre la bataille contre la peine. Et elle s'effondre d'épuisement dans les bras de Gort. Ce dernier l'allonge un peu plus loin et la recouvre de la peau de bête qui lui sert habituellement à se protéger du froid pendant qu'il voyage. Puis il s'approche de moi et d'un geste à la fois autoritaire et doux, il me force à relever la tête et à le regarder dans les yeux. Nos regards se croisent longuement. Puis il m'amène contre lui.

- "Quel nouvel enfer as-tu vécu ?" Me demande-t-il en me serrant tendrement.
- "Je suis en enfer, Gort, mais j'ai vu une lumière dans les ténèbres." Je murmure d'une voix tremblante.

Au moment où je prononce ces mots, le nom de Jarzeth s'imprime dans mon esprit. Je suis parcourue d'un frisson intense qui me fait presque claquer des dents et les larmes se remettent à couler à mes yeux, alors que je ne pensais plus pouvoir en produire. Je tourne la tête vers l'endroit le plus sombre du ciel nocturne et, malgré l'intense lumière du bûcher, je la devine : la lueur vacillante de l'étoile la plus faible qui refuse de mourir.

Rolf savait. A travers l'espace et le temps, il veut toujours maintenir la flamme de la vie en moi. Pour un bonheur futur ? Pour Sanctuaire ? Pour quoi ? Je vais devoir continuer de vaciller dans les ténèbres pour le découvrir. Je baisse les yeux et croise le regard de Tyraël.

- "Je vais me battre." Dis-je simplement. Il acquiesce doucement en silence.

Je ne le fais pas pour lui. Je le fais ni pour les cieux ni contre les enfers. Je le fais juste pour Rolf. Parce que je veux comprendre. Je veux vivre sa vision jusqu'au bout. Il a eu raison jusque là. Pourquoi pas maintenant ? Même si cela apparaît comme la plus étrange des manières. Je sais que j'alimente certainement un espoir vain et malsain, mais quelque part, si je marche dans ses pas, je suis un peu plus proche de lui. Et s'il disait la vérité, si il est Sanctuaire dans la vie comme dans la mort, alors peut-être qu'il reste une chance que je guérisse effectivement. Je m'accroche un peu plus à Gort alors que je sens mon cœur se tordre douloureusement dans ma poitrine.

Le barbare me glisse quelques paroles réconfortantes que je ne comprends pas car mon état ne me le permet pas. Mais le timbre chaud et grave de sa voix suffit à m'apaiser un peu. Je laisse glisser mon regard brouillé de larmes sur le bûcher qui dévore toujours les restes mortels de mon dernier compagnon de voyage d'avant… d'avant toute cette folie.

Dans ses cendres naissent un nouveau chemin vers de nouvelles ténèbres et peut-être de nouvelles lueurs d'espoir pour l'humanité. Peut-être…


Bien j'espère que je ne vous ai pas perdu. haha.
Je me suis essayée au bootstrap paradoxe (ou boucle de causalité en français). C'est à dire que les conséquences d'une action future sont la cause d'un évènement passé qui conduit à ce futur. Et on finit par ne jamais savoir ce qui est la cause initiale. Je l'avais setup il y a longtemps mais l'écrire pour de bon fut compliqué haha.

Dans ce chapitre, le choix de Rolf était basé sur sa vision du futur et de l'expérience qu'Annor vient de vivre. Le futur qu'il a choisi était déjà établi à cause de l'expérience qu'ils viennent de vivre. L'un dans le passé, l'autre dans le présent. C'est un peu chelou comme principe je sais mais je trouve ce paradoxe assez cool. J'espère que la complexité des effets de causalité ne vous a pas posé de problème à la lecture en tout cas.

Pour compléter les choses, cette boucle de causalité n'est pas totalement terminée. Ce chapitre est là pour donner une partie de la justification du choix de Rolf de sauver Annor. Vous ne savez pas encore le fin mot de l'histoire :).

J'ai envie de donner quelques pistes de réflexion mais je ne veux pas trop divulguer le secret, donc je vais m'arrêter là. En tout cas, même mort, comprenez que Rolf a toujours un rôle à jouer ;)

A bientôt!