Petit mot de l'auteure : euh... c'est drama ?
Jour 5 : Vacances
Contexte : UA modern
La plage de Port-Lannis n'avait pas changé depuis leurs quinze ans.
Les mêmes vagues saphir, les mêmes coquillages éparpillés, les mêmes falaises abruptes... Jaime aurait pu croire que le temps s'était figé tant le décor semblait identique.
Malheureusement, les acteurs, eux, avaient bien changé.
Lui-même ne faisait pas exception. La dernière fois qu'il s'était tenu là avec Cersei, il venait d'apprendre qu'il allait intégrer la Garde Blanche, l'école qui formait les futurs gardes royaux. À l'époque, il avait été un adolescent heureux et fier. Aujourd'hui, trente ans après les faits, il était un homme brisé qui avait vu ses rêves de grandeur brûler dans l'incendie que son propre roi avait déclenché.
Pourtant, même avec des fantômes que les années n'avaient pu chasser, Jaime était toujours en meilleure forme que Cersei.
Quand elle s'était tenue là le jour de leurs quinze ans, elle l'avait supplié de rester avec elle. Quand il lui avait dit qu'il ne pouvait pas, elle lui avait hurlé combien elle le haïssait. Jaime avait alors senti son cœur se briser.
Aujourd'hui, il aurait tout donné pour l'entendre crier à nouveau.
Ou pour l'entendre tout court.
Malheureusement, il pressentait que son vœu ne s'exhausserait pas de sitôt.
Robert s'était assuré qu'elle ne puisse pas le faire.
Depuis leur mariage, Robert avait prit le contrôle de Cersei. Joffrey d'abord, Myrcella ensuite, Tommen enfin, tant de bons moyens de pression qui avaient conduit Cersei à ne jamais oser tenir tête à son époux. Mais quand elle avait été réveillée par un coup de fil à 3 heures du matin de l'hôpital qui lui apprenait que son frère jumeau était entre la vie et la mort, elle n'avait pas hésité à faire sa valise.
« Ils disent qu'ils ont dû amputer Jaime » avait-elle expliqué à Robert tout en rangeant ses affaires. « Il a besoin de mon aide. J'ai des congés à prendre, toi aussi. Profitons-en pour nous rendre dans l'Ouest. Cela ferait des vacances au soleil pour les enfants et moi, je serai près de Jaime. »
Robert avait bien évidemment protesté. Pour la première fois de sa vie, Cersei lui avait tenu tête.
Tant et si bien qu'il avait fini par la prendre par le bras.
« Pourquoi attendre demain ? Si tu tiens tellement à rejoindre ton frère, tu n'as qu'à le faire maintenant ! »
Puis, d'un mouvement brusque, il l'avait jetée dans les escaliers.
C'était un Joffrey traumatisé d'avoir assisté à la scène qui l'avait raconté aux policiers. Jaime l'avait appris à son tour en se réveillant, quand les services de protection de l'enfance lui avaient demandé s'il acceptait de prendre soin des enfants.
« Monsieur Baratheon a été placé en détention » avaient-ils expliqués.
« Mais... ma sœur... elle ne peut pas s'en occuper ? »
Un échange de regard gêné lui avait permit de comprendre.
Cersei ne pourrait plus jamais s'occuper de ses enfants.
Alors il avait hoché la tête ; qu'importe qu'il se retrouve désormais manchot, qu'importe il ait dû mal à s'occuper de lui-même. Il devait bien à Cersei de veiller sur ses enfants, quand bien même il n'était pas sûr d'arriver à rendre leur vie un tant soi peu agréable.
Mais quand il entendit Myrcella et Tommen rire devant l'indignation d'un Joffrey trempé par leurs bons soins, Jaime se dit qu'il était en bonne voie pour y parvenir.
Il esquissa donc un petit sourire vers Cersei.
« Ils ont l'air de bien s'amuser » dit-il en pointant les trois enfants qui se ruaient vers l'eau.
Comme toujours, Cersei ne répondit pas. Son regard était si hagard que, pour la centième fois depuis qu'il avait reçu sa tutelle, il se demanda si elle avait la moindre conscience de ce qui se passait autour d'elle. Et pour la centième fois, il sentit le découragement l'envahir.
Néanmoins, il se reprit rapidement.
Il redressa Cersei dans son fauteuil, remplaça sa serviette rendue humide par les jeux des enfants, lui caressa doucement la joue.
Pour toujours et à jamais, s'étaient-ils jurés trente ans plus tôt sur cette même plage.
Tant qu'il vivrait, Jaime comptait bien honorer cette promesse.
