Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui œuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.
Des mercis et des bisous de loin à feufollet, Nyanna, Tiph l'Andouille, FoxCha24, DomiB, tzvine, Sun Dae V, henrismh, lune patronus et Meliroxypour leur review. Avoir votre retour est toujours aussi précieux ! Keur:keur:keur sur vous !
RàR :
Nyanna :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que le dernier chapitre t'ait plu, en particulier le point de vue de Raphaël:) J'ai pris énormément de plaisir à l'écrire, dans tous les cas;)
Le don d'empathie n'est pas toujours simple à gérer. Je ne manquerais pas de réaborder la question, mais il peut facilement se faire absorber par les émotions de ceux qui les entoure, que ces dernières soient positives ou négatives.
Aaaaaah, je savais pas que tu étais médecin ! J'espère que je n'ai pas écrit trop de bêtises (je fais mes recherches en général mais je prends aussi des libertés pour accentuer le côté dramatique xD). Je reste convaincue que Raphaël n'a pas choisi le métier le plus facile avec son empathie (et je serais curieuse de savoir ce que tu penses là-dessus wink:wink).Bien pour les calculs ! C'est EXACTEMENT ça ! Stay tuned, c'est une partie de l'histoire que j'ai beaucoup aimé écrire (je crois que Regulus un peu moins XD).
Promis, je reviendrai sur la relation entre Sirius et Regulus.
Je crois que tu es un peu passée à côté de la sœur d'Alexis. J'ai parlé de Sophie (la demi-sœur d'Alexis) à plusieurs reprises déjà (cela dit, l'un empêche pas l'autre!)
Je te laisse avec la suite !
DomiB :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis ravie que le dernier chapitre t'ait plu, en particulier cette plongée dans le cerveau de Raphaël ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Bonjour à toutes et à tous !
Non, vous ne rêvez pas ! Me revoilà par ici après un petit hiatus bien indépendant de ma volonté ! Les lettres de réclamation sont à envoyer directement à Jean-Michel Blanquer (dépêchez-vous avant que je change de patron!).
Plus sérieusement, j'ai été un peu sous l'eau niveau travail depuis la dernière fois et l'écriture étant ma vraie priorité, trouver du temps pour mettre à jour (parce que oui, ça prend du temps) n'a pas pu se faire.
Depuis la dernière fois, j'ai quand même réussi à terminer l'écriture de Supernova, ce qui est une excellente chose ! (et qui me permet de cocher une de mes résolutions pour 2022). En vrai, il me reste quelques travaux sur un chapitre parce que Rowling et moi, on était pas raccord sur la chronologie mais PASSONS. Le premier chapitre de la nouvelle partie est en bon chemin et devrait faire partie des poids lourds de la saga !
Cela étant dit, je vous laisse avec la suite des aventures de mes deux idiots. On va faire quelques bons dans la timeline alors accrochez vos ceintures et bonne lecture !
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Spin-Off : Gravity
Chapitre 11
Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.
Year 1991
Il n'aurait jamais pensé que sa vie pourrait ressembler à cela.
Bercé comme il l'avait été par l'idéologie Sang-Pur et l'étiquette due à son rang, il avait très vite compris ce qui l'attendait après Poudlard. Il avait assisté à bon nombre de mariages, suivis par des Présentations plus nombreuses encore. Sa mère le lui avait dit : un jour, ce serait son tour. Elle lui trouverait une gentille fille des Vingt-Huit Consacrées et il ferait honneur à sa famille en transmettant son nom prestigieux à une nouvelle génération.
Sa vie aurait dû être une éternelle succession de bals et de soirées mondaines, qui l'aurait obligé à jouer un rôle si étouffant qu'il aurait fini par éteindre les quelques étincelles de vie qui luttaient péniblement au fond de son cœur.
Bien sûr, cela avait été avant la guerre – avant la Marque, avant la grotte, avant sa mort –.
A bien des égards, la vie qu'il avait choisi de mener à Paris après était monotone et médiocre. Elle se résumait à son travail, à ses livres et à de trop nombreuses tasses de thé. C'était toutefois ce qu'il avait choisi – ce qu'il méritait – et tant pis s'il avait parfois eu l'impression de vivre dans l'angle mort du reste du monde.
L'invisibilité était bienvenue.
Rassurante.
Et puis Raphaël Delacour l'avait vu, lui.
Il avait vu son corps brisé, son âme corrompue, son cœur déficient. Il avait refusé de rester à l'écart. Il avait décidé de lui donner une chance, de l'aimer.
Il lui avait donné une raison de vivre quand, pendant toutes ces années, il se contentait de survivre.
Presque trois ans plus tard, il avait parfois l'impression d'avoir basculé dans une réalité alternative ce jour de mars quand Eugène l'avait forcé à se rendre aux Urgences des Anges.
Beaucoup diraient sans doute qu'il se contentait de peu, mais ceux-là ignoraient à quel point il était rare de trouver un refuge après des années à subir les pires tempêtes. Ils ignoraient surtout à quel point Raphaël était tout ce qu'il avait toujours cherché, tout ce dont il avait besoin pour être heureux.
Parce qu'il était heureux.
Il porta sa tasse de thé à ses lèvres et se renfonça un peu plus contre le dossier, un livre sur l'histoire de l'alchimie dans son autre main. Raphaël était installé avec Alexis sur la table de la cuisine pour l'aider à travailler sa Métamorphose. La radio diffusait une station moldue et les derniers titres à la mode, le soleil était enfin revenu dans le ciel parisien après dix jours de pluie – et les Français osaient se moquer de Londres –, ce qui signifiait qu'il devait faire un froid polaire dehors.
Une raison de plus pour rester à l'intérieur.
C'était un dimanche après-midi extraordinaire.
- Ce n'est pas du tout ce que nous a expliqué Madame Leroy.
- Ils disent d'utiliser la formule. On est d'accord tous les deux que j'ai remplacé par ce qu'il fallait, non ?
Il y eut un bref silence.
- Alors pourquoi on ne trouve pas le bon résultat ?
- Tu as dû mal recopier quelque chose.
Il n'était pas empathe – Merlin en soit remercié – mais il connaissait suffisamment Raphaël et Alexis pour sentir la tension qui mijotait depuis l'autre bout de la pièce. La Métamorphose n'était pas la discipline que Raphaël maîtrisait le mieux, Alexis détestait l'exercice en règle générale. La dernière fois qu'une telle séance d'explication avait traîné en longueur, Alexis avait rejoint sa chambre en claquant la porte.
Le reste de la soirée avait été un peu moins agréable.
Il contemplait la possibilité de se racler la gorge pour attirer leur attention et, peut-être, offrir son aide, quand le bruit d'une chaise sur le parquet lui fit tourner la tête.
Alexis venait vers lui avec son livre de Métamorphose et son cahier – puisque les Français avaient abandonné les rouleaux de parchemins des années de cela – dans les mains.
- Dis-lui qu'il a tort.
Puisqu'il avait décidé de ne jamais prendre parti l'un contre l'autre – sauf quand il s'agissait de se moquer d'un des deux –, il se contenta de poser sa tasse de thé et son livre sur la table basse.
Alexis se laissa tomber à côté de lui, les bras croisés sur son torse, un air renfrogné sur le visage qui n'était pas sans rappeler Sophie, sa petite sœur de huit ans.
Ce n'était sans doute pas le moment de le lui faire remarquer.
Madame Leroy – le professeur de Métamorphose – avait commencé à leur parler des transformations de matière morte vers de la matière vivante. Il s'agissait de calculer le coefficient de viscosité puis de déterminer la puissance magique nécessaire pour parvenir à réaliser certaines transformations. Sa mémoire conjura dans son esprit la voix sèche du professeur McGonagall tandis qu'il relisait des détails théoriques qu'il n'avait plus croisé depuis longtemps.
Il ne pouvait que reconnaître qu'Alexis avait bien recopié la formule de Bernauer. Toutefois, ni lui, ni Raphaël n'avaient compris comment l'appliquer.
- Vous avez tous les deux tort, dit-il.
Cela tira un grognement à Raphaël depuis la cuisine et une œillade sombre à Alexis.
Il haussa un sourcil.
- Je peux t'expliquer pourquoi mais seulement si tu y mets de la bonne volonté.
Alexis soupira, de toute évidence agacé par la perspective de continuer à travailler. L'imminence de son évaluation sembla le convaincre de faire un effort.
- Très bien…
Il salua sa réponse d'un sourire encourageant, puis commença à reprendre avec lui ce qui était caché derrière ce type de Métamorphose et pourquoi il était essentiel de connaître le coefficient de viscosité. Animer de la matière morte était un exercice complexe : il fallait réveiller la matière morte en infusant de la magie pour donner l'illusion du vivant. Trop de puissance magique et la créature obtenue devenait difforme – hors de contrôle, parfois –. Pas assez de puissance magique et l'on obtenait une Métamorphose plus réaliste, certes, mais aussi animé qu'un caillou.
Focalisé sur l'adolescent à sa gauche, il perdit de vue ce que Raphaël pouvait bien faire. Il sursauta quand son petit-ami serra doucement son épaule pour attirer son attention. Il avait enfilé une tenue de sport, ce qui signifiait sans doute qu'il lui laissait la charge de mener cette séance de révision à bien.
Il hésita quand Raphaël lui tendit sa baguette magique.
- Madame Leroy ne manque jamais d'inclure une partie pratique dans ses évaluations.
Alexis gémit.
- Mes théières ressemblent à tout sauf à des tortues, grinça-t-il. Je vais avoir 0.
Sa magie se mit à fourmiller le long de sa peau au contact du bois de poirier. Ce n'était pas la sensation agréable à laquelle il avait été habitué quand il utilisait la sienne, des années de cela, mais il devait déjà s'estimer heureux que la baguette de Raphaël l'accepte.
Ce dernier lui sourit, puis se pencha pour l'embrasser rapidement, juste une brève pression de ses lèvres contre les siennes qui avait presque le goût de trop peu.
- Ma tête, leur rappela Alexis.
Raphaël ricana.
- Je vais courir, dit-il. Console seulement après tes devoirs et si tes affaires sont prêtes, entendu ?
Alexis leva les yeux au ciel.
- Oui, papa.
Le ton railleur n'empêcha pas Raphaël d'ébouriffer ses boucles légèrement cuivrées, puis d'embrasser le sommet de son crâne, ignorant ses protestations au passage.
- Travaille bien, gamin.
Après un dernier regard pour lui, Raphaël les laissa seuls.
Alexis salua le départ de son père par un nouveau soupir dramatique qui lui tira un sourire nostalgique. Les dix dernières années lui donnaient parfois l'impression que les drames de son adolescence étaient arrivés à quelqu'un d'autre. Au milieu des disputes entre son frère et ses parents, de la guerre et des attentes du monde Sang-Pur, la routine de Poudlard – les cours, les devoirs, ses entraînements de Quidditch – avait eu quelque chose de réconfortant. Il avait dû rechigner à travailler certaines disciplines – la botanique ou les potions – mais ça n'avait rien eu de la torture que cela semblait être pour Alexis.
- Allez, si tu es attentif, on peut avoir terminé dans moins d'une heure.
- Je déteste la Méta. Et je suis nul en plus.
Il secoua la tête.
- Il me semble avoir aperçu ton dernier bulletin il n'y a pas si longtemps et Madame Leroy n'a pas mentionné que tu sois nul.
- C'était avant qu'on commence les Animations.
Il lui fallut le cajoler pendant une dizaine de minutes avant qu'Alexis n'accepte de s'y remettre. Il comprit assez vite cette histoire de coefficient de viscosité mais faillit abandonner au bout de son troisième essai quand sa tortue resta au stade d'une théière avec des écailles.
- Ton geste n'est pas assez précis. Il te faut faire un cercle, pas une ellipse. L'accent tonique n'est pas sur la deuxième mais sur la première syllabe de la formule. Et, de toute évidence, tu ne mets pas assez de puissance magique.
Et juste pour marquer le coup, il agita la baguette de Raphaël. La théière devint une élégante petite tortue aux écailles d'un vert profond, qui semblait un peu surprise d'être là. Lorsque le professeur McGonagall leur avait appris cette transformation, il avait réussi à obtenir des espèces différentes de tortues, et même à créer des hybrides au bout de la deuxième séance.
A force de patience – et parce qu'Alexis écoutait ses conseils même s'il grognait –, l'adolescent finit par obtenir un résultat acceptable. Rien qui ne lui aurait permis de briguer un O avec Minerva McGonagall, mais sans doute de quoi satisfaire sa professeure à Beauxbâtons.
D'ici à ce que Raphaël revienne de son semi-marathon – dégoulinant de sueur mais apparemment ravi de sa sortie, ce qui continuait à le dépasser –, Alexis était en train de préparer son sac pour sa semaine à l'internat.
- Alors ? lui demanda-t-il
- L'honneur des Delacour devrait être sauf.
Raphaël lui sourit tendrement, de cette façon qui le faisait paraître presque dix ans plus jeune et qui donnait l'impression que ses yeux étaient éclairés par un soleil depuis le fond de son âme. Son cœur s'accéléra et si Raphaël n'avait pas désespérément besoin d'une douche, il aurait mis à profit l'absence d'Alexis pour l'embrasser.
Cela devait être écrit sur son visage – ou dans ses émotions – car le sourire de Raphaël devint dangereux.
Le Soigneur fit un pas vers lui.
Il n'eut aucun scrupule à pointer sa propre baguette sur lui.
- C'est marrant, je ne crois pas t'avoir entendu protester la nuit dernière.
Il leva les yeux au ciel – même si ses oreilles lui donnèrent l'impression de chauffer, juste un peu, au souvenir –.
- Différentes circonstances. Complètement.
Raphaël rit doucement en réponse à son ton sec. Il fit un pas de plus, la pointe de sa baguette se retrouva sur son cœur. Il attrapa sa main avec douceur.
- Même transpiration sur la même peau pourtant, souffla-t-il.
Malgré ses protestations, il ne recula pas quand Raphaël se pencha. Son petit-ami sourit contre ses lèvres, satisfait d'être parvenu à ses fins si facilement, sans doute.
Toutefois, il résista quand il essaya de le plaquer contre lui et ses vêtements trempés par la sueur, ce qui lui arracha un ricanement un peu stupide, juste avant qu'il ne l'embrasse vraiment.
Il ferma les yeux presque aussitôt. Son cœur se mit à battre un peu plus fort dans sa poitrine. Raphaël libéra sa main pour envelopper son visage et il attrapa ses poignets en réponse.
Il n'avait pas besoin de l'empathie de Raphaël pour sentir l'amour dans leur baiser. C'était tendre et doux. Une agréable chaleur était en train de se diffuser dans tout son corps, partant de sa poitrine. Le peu de tension dans ses épaules disparut, son cerveau devint incapable de produire une seule pensée cohérente et il regrettait seulement de ne pas pouvoir se lover contre Raphaël pour baigner dans son odeur.
Merlin, il aimait cet homme.
- Ma tête !
Le cri d'Alexis depuis sa chambre, bien qu'un peu étouffé, les fit sursauter.
- Adèle en soit témoin, ce gamin est une plus grande nuisance que sa mère, grogna Raphaël.
- Et pourtant, tu lui décrocherais les étoiles s'il te le demandait, se moqua-t-il.
Raphaël lui glissa un clin d'œil.
- J'ai décroché la seule étoile digne de ce nom il y a un moment de ça.
Il échoua à garder une expression impassible.
- Va te laver. Tu empestes.
Il avait voulu que son ton soit mordant, mais il sonna plus épris qu'autre chose à ses oreilles. Raphaël lui vola un dernier baiser avant de prendre la direction de la salle de bain. Il dut s'arrêter pour contempler les progrès de la valise d'Alexis car il entendit le son familier de leurs voix mêlées tandis qu'il étudiait le contenu de leur garde-manger.
Il allait devoir faire des courses en revenant de la librairie demain parce qu'en l'état, il ne restait guère de quoi le nourrir lui – ce qui n'était pas peu dire – et il ne parlait même pas d'un adolescent de treize ans en pleine croissance.
Il ouvrit le tiroir contenant les menus des différents restaurants où ils avaient l'habitude de commander.
Une paire d'heures plus tard, deux boîtes de pizza vides avaient envahi la table basse, Alexis avait rejoint Beauxbâtons par la cheminée de ses grands-parents et il avait repris le fil de sa lecture tandis que Raphaël regardait un film moldu à la télévision.
Il y avait beaucoup d'explosions, des personnages qui auraient sans doute tous eu leur place à Gryffondor et si peu de dialogue qu'il parvenait à suivre l'histoire alors qu'il n'écoutait que d'une oreille.
Il n'avait pas l'impression que Raphaël soit si attentif que cela non plus.
- Ça te manque, parfois ? demanda-t-il en resserrant ses bras autour de lui.
Il termina de lire son paragraphe.
- De ?
- Faire de la magie.
Il fronça les sourcils et tourna la tête vers Raphaël.
- Je fais de la magie tous les jours.
Dix années sans baguette avaient été plus que suffisantes pour lui apprendre à canaliser sa magie pour réaliser les petits sortilèges de la vie quotidienne.
Il se débrouillait.
Raphaël pencha la tête sur le côté, son regard brun tendre mais les coins de sa bouche tournés vers le bas, comme s'il était triste pour lui.
- Je ne parle pas de ça, Regulus. Tu aimes faire de la magie, je le sens à chaque fois que tu utilises ma baguette. Je suis même convaincu que tu es un sorcier brillant.
Il déglutit.
Sur son bras gauche, le fantôme de sa Marque se mit à le brûler.
Bien sûr qu'il aimait faire de la magie. Il avait dévoré des dizaines de livres de théorie magique avant même de posséder sa propre baguette– avant même qu'il ne reçoive sa lettre –. Il se souvenait encore de l'émerveillement qu'il avait ressenti quand sa baguette l'avait choisi, dans la petite boutique d'Ollivander – cyprès, cœur de dragon, vingt-sept centimètres –. Il n'avait cessé de progresser au fil de ses études.
Peut-être aurait-il essayé d'entrer au Département des Mystères si les choses avaient été différentes.
Au lieu de cela, Bellatrix avait décidé de l'initier à la Magie Noire et de lui apprendre les sortilèges Impardonnables. Sa baguette magique était devenue un outil de destruction, sa magie une malédiction qu'on lui demandait d'infliger à des personnes innocentes.
Raphaël embrassa sa joue. Les souvenirs se désagrégèrent dans son esprit et il revint dans le moment présent.
Il tremblait légèrement, comme si les regrets tapis au fond de lui étaient faits de glace.
- Tu n'es plus ce gamin de seize ans qui n'avait pas le choix, mon amour, souffla Raphaël. Tu t'es assez puni.
La main qu'il passa sur son front était moite. Il se redressa, s'arrachant à l'étreinte rassurante de Raphaël. Il ne saurait expliquer pourquoi, mais ses yeux étaient brûlants, ce qui lui n'était pas arrivé depuis un long moment.
Quand il déglutit, sa gorge était serrée. Presque douloureuse.
Il se souvenait encore de ce matin d'août où il s'était tenu devant la maison de son oncle Alphard – la maison de son frère –. Il s'était laissé cette chance, même s'il savait qu'il pouvait très bien être accueilli par un méchant crochet du droit. Il s'était dit que si Sirius acceptait de le regarder en face après tout ce qu'il avait fait – et après tout ce qu'il s'était passé entre eux – alors peut-être pourrait-il se racheter en rejoignant l'Ordre du Phénix. Il était bien placé pour savoir que les agents de Dumbledore ne vivaient pas très vieux, cela aurait été une autre façon de racheter ses crimes.
Cela aurait donné du sens au fait qu'il avait survécu.
Bien évidemment, Sirius avait été absent ce jour-là, alors il s'était promis de ne plus jamais toucher de baguette magique pour le reste de sa vie. Il s'y était très bien tenu jusqu'à ce que Raphaël ne fasse exploser ses résolutions avec son obstination surhumaine.
Raphaël finit par attraper son menton délicatement puis il l'embrassa avec cette même douceur qui continuait à lui donner l'impression que son cœur pourrait exploser dans sa poitrine.
Il rouvrit les yeux. Les paillettes d'or dans ceux de Raphaël devinrent comme hypnotiques.
- Je veux juste que tu sois heureux, Regulus.
Il eut un sourire, puis caressa sa joue du bout de ses doigts.
- Je le suis, souffla-t-il.
Raphaël s'abandonna contre sa main pendant de longues secondes, les yeux fermés. Il avait appris à associer le pli entre ses sourcils à son empathie. D'une façon ou d'une autre, il était submergé.
- La magie fait partie de toi, reprit-il quand il fut à nouveau en contrôle. Tu n'es pas entièrement toi-même quand tu t'en prives comme tu le fais. Tu… je…
- Je n'ai pas besoin d'une baguette magique pour être moi-même.
Raphaël le dévisagea longuement, sa tête penchée sur le côté, son empathie à l'affût.
- Peut-être… Juste, penses-y ? Pour moi ?
Son cœur fit une embardée comme à chaque fois – chaque fois – que Raphaël utilisait cette formule. Il sentit sa résolution d'alors vaciller.
Il n'y avait rien qu'il ne ferait pas pour Raphaël.
Il hocha la tête en silence.
Le sourire de Raphaël en valait déjà la peine. Il savait qu'il se garderait bien de s'imaginer des choses qui impliqueraient qu'il aille acheter une nouvelle baguette magique, mais si cela rendait Raphaël heureux, c'était tout ce qui comptait à ses yeux.
…
En vérité, il aurait dû se douter que rien ne serait aussi simple.
Il connaissait Raphaël. Il avait parfaitement conscience de l'influence qu'il pouvait avoir sur lui. Depuis qu'il était entré dans sa vie, cet homme impossible avait réussi à lui redonner le goût pour certaines choses après des années passées à se convaincre qu'il pouvait très bien vivre sans.
En arrivant à Paris, il était décidé à ne s'attacher à personne, parce que son passé allait bien finir par le rattraper – il ne pouvait pas fuir indéfiniment la sentence qu'il méritait après tout ce qu'il avait fait –. Il ne s'expliquait pas encore comment Raphaël était parvenu à devenir son ami en moins de quelques mois.
Quand il avait compris qu'il n'était attiré que par les hommes – quelque part entre sa troisième et sa quatrième année –, il s'était résigné à ne jamais connaître cet amour dont certains livres parlaient – celui pour lequel beaucoup avaient écrit des poèmes ou composé des opéras tragiques –. Le fiasco de la grotte et ses séquelles avaient été une parfaite excuse pour lui éviter d'être tenté ne serait-ce que par des étreintes clandestines dans les rues de Paris. En attendant, la certitude que presque deux années s'étaient écoulée depuis son premier rendez-vous avec Raphaël dans ce petit restaurant du Marais lui permettait de s'endormir avec un sourire aux lèvres tous les soirs.
Il se passait rarement une journée sans que l'un d'eux ne confie un « je t'aime » à l'autre, sans que cela ne le laisse plus paralysé de stupeur ou dévoré par l'anxiété.
Tout cela, c'était sans parler des petites choses qui s'étaient glissées dans son quotidien sans qu'il n'y prenne gare. Il mangeait désormais trois repas tous les jours sans que cela ne soit plus une torture. Dès que l'occasion se présentait, il profitait du piano dans la maison familiale des Delacour. Il ne s'interdisait plus de rejoindre d'autres grandes villes françaises si cela signifiait qu'il pourrait acquérir un livre rare.
Il ne haïssait plus sa prothèse.
Il ne détournait plus le regard quand ses yeux se posaient sur ses cicatrices.
Si ses remords étaient toujours là – et ses regrets aussi –, il arrivait à reconnaître que la guerre n'était pas arrivée qu'aux autres.
Que, peut-être, il était autant bourreau que victime.
Dans tous les cas, il tint la promesse qu'il avait faite à Raphaël ce banal dimanche-là.
Il contempla la possibilité que lui, Regulus Arcturus Black, puisse racheter une baguette magique.
Il essaya de se convaincre qu'il s'était assez puni, que sa magie n'était plus corrompue, qu'il pourrait enfin faire quelque chose de toutes ces heures passées à étudier des textes théoriques complexes.
Il y pensa surtout à chaque fois qu'il échouait à canaliser sa magie pour réaliser un sortilège simple sans baguette, ou quand Raphaël lui tendait la sienne comme il lui aurait passé un torchon ou déposé une cape sur ses épaules. La façon dont il le regardait dans ces moments-là lui donnait l'impression d'être exceptionnel.
Invincible.
Heureux.
Ce n'était qu'un morceau de bois. Il s'en passait depuis presque dix ans et il considérait encore que c'était le juste prix à payer pour ce qu'il avait fait.
Tu t'es assez puni.
Peut-être.
…
Il pleuvait.
Il pleuvait des cordes.
Il pleuvait des cordes et ses doigts glacés peinaient à manier la clé magique qui lui permettait d'ouvrir la librairie. Il ne put retenir un grognement soulagé quand il parvint enfin à se mettre à l'abri.
- Bloody hell, marmonna-t-il.
Il s'était fait surprendre par l'averse en quittant la station de métro. Parce qu'il était déjà en retard quand il était parti de chez lui, il n'avait pas pensé à prendre un parapluie alors qu'il savait que les giboulées de mars n'étaient jamais clémentes.
Il pouvait sentir l'eau de ses cheveux dégouliner dans sa nuque et son pantalon coller à la peau de ses jambes. Il lui fallut plusieurs essais pour réussir à sécher ses vêtements de façon convenable. Il dut se contenter de serviettes en papier pour ses cheveux – ce qui n'empêcherait pas ses boucles brunes de former un nid d'oiseau sur son crâne. Il allait ressembler à un cousin éloigné des Potter toute la journée.
D'ici à ce qu'Eugène arrive, il avait bu deux tasses de thé, ses vêtements étaient presque secs et, au rythme où allaient les choses, la Seine allait finir par déborder.
Cela n'annonçait rien de bon pour le commerce.
- Et bien, tu as l'air d'être d'une humeur charmante, ce matin, ironisa Eugène.
Il quitta le comptoir pour les rayons, sa tasse à la main, pour ne pas subir d'autres moqueries, non sans adresser un regard sombre à Eugène, quand bien même ce n'était pas de sa faute si sa journée n'avait pas pu commencer comme elle aurait dû.
Sa réflexion lui tira une grimace.
Merlin, Raphaël avait eu une mauvaise influence sur lui au fil des trois dernières années. Il allait finir par le rendre plus sentimental qu'un Poufsouffle.
Ce n'était qu'un anniversaire. Il avait détesté fêter le sien depuis ses sept ans – quand il avait compris que ses parents allaient exiger de lui qu'il les accompagne aux réceptions de la société Sang-Pur –. Celui de Raphaël donnait toujours lieu à une petite réunion de famille dont il se serait bien passé – les Delacour étaient tous charmants, mais cela faisait beaucoup trop de monde à son goût –.
Et peut-être que ses cauchemars étaient un peu plus oppressants quand revenait la date de son accident – de sa mort – ou l'anniversaire de Sirius – qui coïncidait avec celui de son arrestation – mais il n'y pouvait rien. Sa psyché faisait de son mieux pour digérer ce qui lui était arrivé. Il s'estimait même heureux que le pire des répercutions se cantonnait à une période bien précise. Il pouvait au moins s'y préparer.
Ses pas le menèrent devant une fenêtre qui lui permettait d'observer la rue commerçante. Le nom des devantures étaient rendues floues par le rideau de pluie. L'eau cascadait sur les pavés. Il était presque dix heures et, pourtant, il faisait aussi sombre qu'en fin de journée.
Si ses souvenirs étaient exacts, il pleuvait de la même façon le jour où Raphaël était passé déposer l'exemplaire de Beedle le Bard à la librairie.
Il secoua la tête.
Échoua à retenir le sourire sur ses lèvres.
De toute évidence, il se sentait particulièrement sentimental aujourd'hui.
Exactement comme un an plus tôt.
Ce qui était précisément la raison pour laquelle il aurait aimé être chez lui, avec Raphaël. Une météo pareille était une excellente raison pour ne même pas quitter leur lit.
Si l'épidémie de grippe avait un peu plus épargné les collègues de Raphaël, il n'aurait eu aucun scrupule à poser sa journée.
Raphaël était du matin aujourd'hui, ce qui signifiait qu'il avait pu être réveillé par des caresses et des baisers et des « joyeux anniversaire » qui avaient fini par les mettre en retard, tous les deux. Il n'y avait pas eu le temps pour plus, parce que si Raphaël pouvait transplaner directement aux Anges, ce n'était pas son cas.
Il but une gorgée de thé pour ravaler la frustration qui lui serrait le ventre.
La journée ne tarda pas à lui paraître sans fin. Seuls quelques étudiants bravèrent les conditions climatiques pour venir récupérer leur commande ou leur demander de réaliser des miracles en trouvant des exemplaires rares qui étaient soudainement indispensables pour leur mémoire.
- Je suis certain que ce livre n'existe pas, informa-t-il une jeune femme à lunettes.
- Il est pourtant cité dans non moins de trois autres livres par trois auteurs différents.
- On ne sait pas grand-chose de Musconi, mais le peu laisse à penser qu'il était une plaisanterie ambulante. Vos auteurs ont sans doute inclus cet ouvrage pour se moquer.
- Les trois auteurs en question n'étaient même pas contemporains !
L'étudiante qui lui faisait face avait croisé les bras sur sa poitrine et son regard était provoquant.
Il se pinça l'arête du nez pour garder son calme.
- Mon superviseur m'a dit que si quelqu'un était capable de trouver ce livre, ce serait vous, mais je peux me renseigner ailleurs si la tâche est trop complexe.
Il referma la bouche sèchement. Eugène eut une sorte de ricanement à sa droite.
- Je vais voir ce que je peux faire, mais si j'étais vous, je changerais de sujet d'étude, répondit-il sèchement.
Son sourire éclatant le laissa de marbre. De peur qu'on lui demande encore l'impossible, il rejoignit la réserve. Il avait des coups de fils à passer.
Il était au téléphone avec un contact italien – un sorcier âgé qui parlait avec un drôle d'accent et qui ne connaissait que quelques mots de français – quand Raphaël apparut après avoir frappé deux coups sur la porte.
- Io lo so. Et spopondi interrogaturam.
Faustus grogna. Il décida que cela voulait dire qu'il acceptait.
- Sara costoso.
- Va bene. Prego.
Un autre grognement, puis le bip caractéristique qui lui apprit que son interlocuteur venait de raccrocher. Raphaël contourna le bureau et l'enlaça par derrière, son menton sur son épaule.
- And a good day to you too, marmonna-t-il en reposant le combiné.
- Combien de langues parles-tu, exactement ? demanda Raphaël après avoir embrassé sa joue.
Il bascula un peu plus contre lui.
- Couramment ? Seulement deux. Personne ne parle plus le latin mais c'est ce que Faustus comprend le mieux, sûrement parce qu'il doit être assez vieux pour avoir connu les romains.
Raphaël rit doucement. Il sentit un sourire étirer ses propres lèvres. Ses mains se mirent à jouer le long des bras qui entourait son cou.
- En tant que Médicomage, je peux t'assurer que c'est peu probable.
- Il doit posséder une Pierre Philosophale ou boire du sang de Licorne tous les matins.
Il ferma les yeux pour profiter de la présence de Raphaël. Il ne tarderait pas à repartir parce que même si Eugène l'aimait bien, la librairie était son lieu de travail. Il y avait des limites qu'il ne souhaitait pas dépasser.
Finalement, Raphaël se redressa. Il eut un soupir déçu.
- Si tu n'as plus personne à appeler, on y va ?
Il bascula la tête en arrière pour croiser son regard.
- Je suis de fermeture, lui rappela-t-il.
Raphaël eut un sourire en coin.
- J'ai réussi à convaincre Eugène de se passer de toi pour le reste de la journée.
Il leva les yeux au ciel.
- Je crois que je peux officiellement dire qu'il te préfère.
- Ça, ou alors il a laissé entendre que ta mauvaise humeur faisait peur aux rares clients.
- Il peut parler.
Son patron avait passé non moins d'un quart d'heure à se plaindre des étudiants juste avant de partir manger. Il n'allait toutefois pas se risquer à le lui faire remarquer, parce qu'il serait bien capable de changer d'avis. A la place, il enfila sa cape – presque sèche – et laissa Raphaël le guider par la main à travers les rayonnages.
- Ne sois pas en retard demain, dit Eugène sans même relever les yeux de sa machine à calculer.
- Je ne suis jamais en retard.
Son patron lui fit signe de partir d'un geste vague en direction de la porte.
- Bonne fin d'après-midi, Eugène ! claironna Raphaël. Et merci !
Dès qu'ils furent dehors, Raphaël passa un bras autour de ses épaules et agita sa baguette. Sa peau le picota pendant quelques secondes, comme s'il venait de toucher des orties. La sensation disparut comme elle était venue. Il glissa son bras autour de la taille de Raphaël, conscient que l'illusion les empêcherait de se faire prendre à partie s'ils croisaient le chemin de quelqu'un de mal intentionné.
Ce n'était arrivé qu'une fois – l'été dernier – et dans le monde moldu mais, sans magie, les quatre hommes qui s'en étaient pris à eux les auraient sans doute passé à tabac.
Il n'aimait pas se cacher mais il n'aimait pas risquer sa vie à chaque fois qu'il embrassait Raphaël en public non plus.
C'était un compromis comme un autre.
- Tu as mangé ?
- Oui.
Il vit Raphaël hausser les sourcils du coin de l'œil.
- Vraiment mangé ?
- Oui. Quelqu'un m'a mis en retard ce matin et je n'ai pas pu prendre de petit-déjeuner.
Raphaël éclata de rire.
- On vous biberonne à la mauvaise foi dès le berceau dans le merveilleux monde Sang-Pur britannique ou c'est une tradition familiale ?
Un peu des deux à la fois, ce qu'il refusait de reconnaître à voix haute.
- Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler, éluda-t-il.
- Mais bien sûr. Je n'ai réussi qu'à grignoter depuis le début de mon service donc, si tu me le permets, on va passer par la boulangerie avant de transplaner.
Puisqu'il leur serait impossible de continuer ce qu'ils avaient si bien commencé le matin-même si Raphaël faisait un malaise, il ne put que lui emboîter le pas.
En trois ans, ils avaient fait le chemin jusqu'à leur boulangerie sorcière favorite des dizaines de fois – peut-être même plus – et il avait arpenté la rue dans le sens inverse tous les jours quand il vivait encore dans sa minable chambre de bonne. Il connaissait les devantures par cœur.
Merlin en soit témoin, il était même capable de dire quels étaient les pavés qui se déchaussaient.
Cette fois, il marqua un temps d'arrêt devant la boutique de baguettes.
La vitrine était des plus simples. Un bois sombre lustré qui n'était pas sans rappeler celle de la librairie. Aucune baguette n'était exposée mais, à la place, il y avait des petits écriteaux qui racontaient la création de l'établissement.
Les baguettes de Paris avait été créée l'année de la Révolution, même si la fabrication des baguettes remontaient à une époque où la capitale française s'appelait encore Lutèce s'il se fiait à la longue liste des créateurs qui avaient eu la lourde tâche d'équiper la France en baguettes magiques.
Depuis la rue, il pouvait apercevoir des pans de murs recouverts de centaines de boîtes rectangulaires soigneusement alignées.
Son cœur se mit à battre plus vite dans sa poitrine.
Sa magie se mit à le picoter le long de sa peau.
Raphaël resserra son bras autour de ses épaules et posa ses lèvres sur sa tempe.
L'expiration qui passa ses lèvres étaient tremblante malgré tout.
Il se libéra en douceur et fit un premier pas vers la porte. Sa prothèse lui donna l'impression d'être plus lourde que d'habitude. Sa jambe valide s'était transformée en plomb.
Il s'avéra que le premier pas fut le plus dur à faire.
Une délicate clochette retentit quand il poussa la porte en verre.
La petite boutique parisienne était bien différente de celle d'Ollivander. Elle dégageait pourtant la même odeur. Ce mélange de sève – qui prenait à la gorge –, de bois un peu échauffé et de cire. Il y avait en plus une note plus légère à cause du bouquet de fleurs fraîches sur le comptoir.
- J'arrive ! lança une voix claire et enthousiaste depuis l'arrière-boutique.
Il sentit la main de Raphaël entre ses deux omoplates, puis le grésillement familier qui lui apprit qu'il venait de lever son illusion.
Il n'eut pas le temps de regretter sa décision.
La femme à qui appartenait la voix portait une blouse noire un peu sévère par-dessus une robe d'un jaune lumineux. Ses longs cheveux roux étaient rassemblés dans un chignon approximatif. Elle avait de grands yeux bleus, un peu globuleux, et des centaines de tâches de rousseurs sur son visage.
Elle semblait plus jeune que lui.
- Bienvenus ! Je suis Anne Gilbert. Que puis-je faire pour vous ?
Quelque chose dans son regard lumineux et plein de vie, dans son sourire éclatant, dans son innocence, presque, le fit hésiter. Non pas qu'il craignait qu'elle ne soit pas à la hauteur de lui trouver une baguette magique, plutôt qu'il doutait à nouveau d'en être digne.
Anne Gilbert le dévisagea, puis pencha la tête sur le côté, ses délicats sourcils froncés.
Il se racla la gorge.
- Ce serait pour un achat, dit-il finalement.
Ses yeux s'arrondirent.
- Je vais chercher ma tante.
Elle tourna les talons. Son chignon voltigea, donnant presque l'impression que ses boucles rousses allaient s'échapper de leur prison pour cascader dans son dos.
Raphaël saisit l'occasion pour l'enlacer rapidement, puis plaça un rapide baiser à la base de son cou, avant qu'il ne s'installe sur le canapé en velours bleu près de la vitrine.
Anne revint avec une femme qui lui rappela davantage Minerva McGonagall que Geralt Ollivander, entre sa tenue tirée à quatre épingles et son chignon bas impeccable. Elle le détailla par-dessus ses petites lunettes rondes.
Elle lui fit signe de s'approcher.
- Qu'est-il arrivé à votre première baguette ? demanda-t-elle en attrapant sa main droite avec autorité.
- Je l'ai perdue lors d'un accident.
Les yeux bleu pâle – si pâles – de la femme fusèrent vers ses cicatrices, lui donnant l'impression qu'elles étaient soudainement devenues quatre lignes de feu sur son visage.
- Il y a longtemps ?
Il détourna les yeux.
- Trop longtemps, souffla-t-il.
Elle renifla sèchement.
- Équiper un sorcier adulte est beaucoup plus technique. Pourquoi ?
Ce fut à son tour de froncer les sourcils. Il comprit avec un temps de retard que la femme s'était adressée à sa nièce.
Cette dernière leva les yeux au ciel.
- Parce que sa magie est affirmée. Il ne s'agit pas de trouver un outil qui pourra révéler les potentiels d'une magie en fleur, mais plutôt de sublimer toutes les facettes d'un diamant déjà taillé.
Anne avait une diction soignée et, de toute évidence, un amour pour les mots.
- Exactement. Quelles étaient les caractéristiques de votre première baguette ?
- Cyprès, ventricule de dragon, vingt-sept centimètres.
- Ollivander ?
Il hocha la tête.
La femme caressa son menton du bout de ses doigts fins.
- Une association puissante. On dit que le bois de cyprès ne choisit que les braves. Une telle baguette requiert du tempérament.
Il était certain que Raphaël retenait un sourire amusé après une telle remarque.
Comme lorsqu'il avait eu onze ans, Anne se chargea de le mesurer avec soin, notant chaque résultat sur un morceau de parchemin. Sa tante continua son interrogatoire.
- Une discipline magique de prédilection ?
- La Métamorphose. J'étais un bon duelliste.
Il n'avait pas eu le choix. La pédagogie de Bellatrix se résumait à un apprentissage sur le tas, et par l'erreur.
Tant pis si cette erreur provoquait un vol plané et une rencontre douloureuse avec un mur de pierre plusieurs fois centenaires.
- C'est tout ?
- L'Arithmancie, l'Astronomie.
- Date de naissance ?
- 30 décembre 1961.
Anne ramassa son mètre. Sa tante détailla le parchemin, ses lèvres pincées.
- Hum. Oui, essayons cela.
Elle attrapa une première boîte.
- Bois d'Ebène, vingt-neuf centimètres, crin de licorne.
Walburga avait été déçue que sa baguette ne soit pas taillée dans ce bois aussi sombre que le nom ancestral, comme de nombreux Black avant lui. Plus jeune, il avait fait exploser un verre sur le comptoir d'Ollivander.
Dix-neuf ans plus tard, il ne put même pas refermer ses doigts autour du manche.
- Non. De toute évidence, non.
Elle contempla ses étagères pendant de longues minutes, promenant le bout de ses doigts sur les boîtes comme il le faisait avec les livres en fin de journée.
- Essayons celle-ci. Bois de Tremble, trente-deux centimètres, plume de Phénix.
Le bois de tremble était réputé parmi les duellistes. Il espérait que Bellatrix n'avait pas imprimé sa marque trop profondément dans sa magie. Lui aurait-elle tendu un vulgaire bout de bois qu'il n'aurait pas été en mesure de faire la différence.
Le regard de la femme se mit à briller.
- Je vois.
Elle lui fit essayer de l'épicéa, puis du cyprès – qui fut encore le moins mauvais choix de toutes –, sans qu'il ne ressente cette agréable chaleur qu'il n'avait jamais oublié.
- Anne, une suggestion ?
La jeune femme le détailla avec une intensité toute différente de celle de sa tante, mais pas moins déstabilisante.
- Du sapin, pour la Métamorphose.
- Et une plume de Phénix. J'en ai quelques-unes dans l'arrière-boutique. Anne ?
Les deux femmes disparurent.
Sa nervosité, elle, fit un retour en force. Sa gorge se serra et ses paumes devinrent humides. Peut-être était-ce un signe.
Peut-être n'était-il plus digne de posséder une nouvelle baguette ?
S'il souhaitait faire machine arrière, c'était maintenant ou jamais.
Raphaël se racla doucement la gorge, ce qui lui fit tourner la tête. Il haussa les sourcils, son sourire timide sur les lèvres. Il avait cette expression éprise qu'il lui donnait l'air juste un peu idiot.
Il se gardait bien de le lui faire remarquer, parce qu'il savait de source sûre – nommée Eugène – qu'il ne valait pas mieux.
Et dans tous les cas, il mentirait s'il ne reconnaissait pas que son cœur s'accélérait à chaque fois qu'il le surprenait à le regarder de cette façon.
Son envie de fuir disparut.
- Voilà !
La baguette qu'Anne lui tendait était simple, taillée dans un joli bois doré. La poignée était un peu carré, mais c'était bien la seule fioriture.
- Trente centimètres tout pile ! Légèrement flexible.
Dès que sa peau toucha le bois, il sut que c'était la bonne. Au lieu de le picoter, sa magie lui donna l'impression de glisser le long de son corps, un peu comme la pluie le matin-même, mais en plus chaud.
Le morceau de bois devint immédiatement une extension de son bras, peut-être même plus encore que celle qu'il avait perdu. Des étincelles multicolores s'échappèrent de la pointe quand il la secoua négligemment. Il conjura une dizaine de petits oiseaux dorés dans un bruit sourd qui n'était pas sans rappeler celui d'une arme à feu.
Anne et la fabricante de baguette sursautèrent.
Raphaël applaudit.
Juste un peu moqueur, peut-être.
- Je crois que celle-ci est décidée à repartir avec vous.
Il doutait de pouvoir la reposer dans sa boîte même s'il essayait. Il hocha la tête, régla la note et la glissa aussitôt dans la poche intérieure de sa cape, près de son cœur.
Enfin.
La cloche tinta pour saluer leur sortie. Raphaël emmêla ses doigts aux siens sans un mot, puis manqua de lui faire perdre l'équilibre quand il l'attira dans une petite rue sombre au bout de quelques pas.
C'était loin d'être la première fois, aussi ne fût-il pas vraiment surpris quand son dos heurta un mur. Il préféra s'agripper à sa nuque, un sourire presque douloureux tant il était large.
Heureux, peut-être.
Raphaël éclata de rire, son regard malicieux.
La vague brûlante qui le traversa quand leurs lèvres se trouvèrent le laissa un peu étourdi. C'était une bonne chose qu'il y ait le mur dans son dos et le bras de Raphaël autour de sa taille qui le maintenait plaqué contre lui.
Même si une petite voix dans sa tête lui rappela qu'ils étaient en public et que ce n'était peut-être pas malin en plein jour, il s'abandonna dans l'étreinte. Les yeux fermés, ses sens assaillis de toutes parts par une combinaison unique d'odeurs, de goûts, de textures, qu'il connaissait par cœur.
Quand leurs bassins pressèrent l'un contre l'autre, la décharge de plaisir qui remonta le long de sa colonne lui arracha un gémissement.
Raphaël haleta en réponse.
Ils se séparèrent à bout de souffle. Raphaël glissa ses lèvres humides jusqu'à son oreille.
- Avec quelle précision es-tu capable de transplaner ?
Sa voix était un peu plus grave que d'habitude, ce qui ne l'empêcha pas de reconnaître la pointe moqueuse dans ses mots.
Il lui fallut quelques secondes pour comprendre où il voulait en venir, son cerveau un peu trop embrumé par le plaisir.
- Au centimètre près.
Raphaël embrassa la peau fine juste à l'angle de sa mâchoire et le pressa un peu plus contre le mur.
- Je vais avoir besoin d'une démonstration pour te croire, mon amour.
Collés comme ils l'étaient l'un contre l'autre, il regretta un peu d'avoir rangé la – sa – baguette magique un peu plus tôt, surtout quand Raphaël prenait un malin plaisir à sucer une marque à la limite du col de sa chemise.
- Continue comme ça, et tout ce que je vais réussir à faire, c'est nous désartibuler, gémit-il.
Raphaël ricana contre sa peau.
Idiot.
Comme tous les élèves de Poudlard, il avait appris à transplaner pendant sa septième année. Le formateur avait gravé dans leur cerveau la seule chose qu'il avait besoin de savoir pour ramener Raphaël chez eux.
Destination, Détermination, Décision.
Sa magie sembla se mettre à vibrer dans chacun des muscles de son bras – du bout de ses doigts à son épaule –. Ils quittèrent le quartier sorcier dans un crac plus sec que dans ses souvenirs et réapparurent dans leur chambre à l'endroit exact qu'il avait visé.
Raphaël se redressa, un large sourire sur les lèvres, son regard brun si tendre qu'il sentit ses joues s'assombrirent.
- Pas mal après dix ans d'abstinence, se moqua-t-il.
Il leva les yeux au ciel et le poussa sur leur lit pour faire bonne mesure, ce qui le fit rire. Il le détailla de la tête au pied, puis agita ses sourcils, faussement séducteur.
- Dis-moi, Reggie, que peux-tu faire d'autre avec ta baguette ?
Et comme s'il avait craint d'avoir été trop subtile, il fixa son entrejambe avec intensité, se lécha les lèvres puis croisa à nouveau son regard.
Quand il se montrait aussi ridicule – charmant même s'il refusait de le reconnaître à voix haute – il ne manquait pas de lever les yeux au ciel, ce qui le faisait rire, puis ils finissaient toujours par s'embrasser pendant ce qui lui semblait être des heures.
Cette fois, il haussa un sourcil et agita sa baguette.
Raphaël se retrouva glorieusement nu.
Il rougit, ce qui ressemblait toujours à une victoire.
Il ne put retenir un sourire dangereux. Il mentirait s'il ne reconnaissait pas qu'il avait passé la journée à attendre ce moment depuis qu'il avait été obligé de partir travailler, chassé de leur appartement par la certitude qu'Eugène trouverait un moyen de le brûler vivant s'il n'ouvrait pas à l'heure.
Raphaël se redressa pour attraper sa main.
- D'accord, tu as gagné. Viens-là…
Il se laissa tomber dans ses bras avec un éclat de rire.
…
Les progrès de ce garçon sont quand même remarquables (c'est Raphaël qui va pouvoir demander la médaille du mérite!)
Behind the Scene :
Celleux qui savent ont peut-être reconnu la petite guest-star de ce chapitre – on change pas une équipe qui gagne –, j'ai nommé Anne Shirley de « Anne with an E », une série que je ne saurais que trop vous recommander, parce que cette petite est un vrai rayon de soleil !
Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
- Regulus, toujours aussi heureux et amoureux.
- Alexis, AKA l'ado dramatique que je trouve au moins aussi drôle que touchant (promis, je ne manquerais pas de développer sa relation avec Regulus).
- Raphaël, qui connaît Regulus par cœur et qui parvient à faire rentrer du bon sens dans le crâne épais de son chéri.
- Le retour officiel de Regulus dans le monde magique. Il était temps !
Je crois que j'ai presque rien oublié !
On arrive sur la fin de l'année au lycée. Je ne vais pas vous faire de promesses que je ne pourrais pas tenir, mais je devrais retrouver mon rythme de publication habituelle (c'est-à-dire toutes les trois semaines, en alternance avec Supernova).
Orlane.
On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !
Mis en ligne le 15/05/2022
