Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui œuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.
Des mercis et des bisous à Sundaysets, annelisemalleron, LaraBlack, Tiph l'Andouille, tzvine, FoxCha24, NyannaCh, feufollet, mh, DomiB, tzvine,Sun Dae V et Luluberlue972 (x beaucoup),pour leur review. Avoir votre retour est toujours aussi précieux ! Keur:keur:keur sur vous !
RàR :
Lara Black : Salut ! Merci beaucoup pour ta review si enthousiaste ! Ça me fait vraiment plaisir que mon histoire te plaise ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
mh : Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! L'achat de la baguette est une de mes scènes préférées aussi, ravie qu'elle t'ait plu ! Alexis est de retour dans ce chapitre ! Bonne lecture !
Bonjour à toutes et à tous !
Hellooooo ! Comment allez-vous ?!
De mon côté, c'est pas oufissime, mais c'est surtout parce que l'actualité est merdique ! La féministe que je suis est en colère non stop, je crois qu'il va falloir qu'on s'organise et qu'on brûle tout un tas de personnes sur un immense bûché parce que le message a pas l'air de passer !
A part ça, je suis officiellement en vacances (AMEN!), même si je vais encore avoir besoin de quelques jours avant de terminer ma très longue to do-list.
Bref.
Sinon, niveau écriture, je suis comme qui dirait en phase de ménage de printemps avant l'été. Supernova avait besoin de petites (et de grosses) corrections. Il fallait aussi que je termine quelques scènes sur Gravity… J'ai bon espoir de boucler tout ça avant les vacances et de pouvoir retrouver mon ado terrible pour l'été (souhaitez-moi bonne chance).
Enfin, nouveau chapitre par ici ! Je l'aime beaucoup, principalement parce qu'il pose les fondations pour cette deuxième partie de l'histoire. Je suis assez certaine qu'il va vous plaire ! Bonne lecture !
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Spin-Off : Gravity
Chapitre 12
Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.
Spring 1992
Finalement, il s'avéra que Raphaël avait raison.
Toutes ces années pendant lesquelles il s'était interdit de posséder une baguette magique pour se punir, il s'était aussi interdit d'être pleinement lui-même.
Parce que lui, Regulus Acturus Black, était un sorcier.
Il se nourrissait de théorie magique depuis qu'il était en âge de lire. Il aimait repousser sa maîtrise de la pratique : créer la vie à partir du néant, changer la perception de la réalité, maîtriser l'espace, voir même le temps… Il y avait quelque chose de grisant dans le pouvoir qu'il pouvait exercer autour de lui.
Pourtant, il résista, au début.
Pendant quelques semaines, sa baguette magique passa plus de temps dans le tiroir de sa table de chevet que dans la poche prévue à cet effet dans ses vêtements. C'était un peu stupide, mais il ne cessait de comparer cette nouvelle baguette à celle qu'il avait perdu. Il n'éprouvait pas les mêmes sensations qu'avant. Il était parfois incapable de produire les détails qu'il voulait lors de ses Métamorphoses ou il obtenait des résultats étranges quand il s'essayait à certains sortilèges. Il ne doutait pas que Madame Gilbert – puisqu'il s'agissait de son nom – lui ait vendu une baguette qui lui convenait parfaitement, mais c'était juste différent.
A la fois familier et étranger.
Et puis il y eut les deux semaines qu'il passa avec Raphaël et Alexis en Norvège, dans une partie du pays uniquement habitée par des sorciers, où aucune technologie moldue n'avait réussi à s'infiltrer dans le quotidien, non loin de l'endroit où se trouvait Durmstrang. Sans baguette magique, il était impossible de réaliser la moindre tâche quotidienne. Au fil du séjour, il avait fini par adopter complètement sa nouvelle baguette – et pour tout ce qu'il en savait, c'était assez courant pour un adulte d'avoir besoin de plusieurs mois pour cela –.
A son retour, il n'était plus question de s'en passer. Cela ne signifiait pas qu'il la sortait à tout bout de champ ou qu'il transplanait à chaque fois qu'il devait marcher plus de cinquante mètres, mais il l'avait toujours sur lui. Peu à peu, il retrouvait le réflexe de penser à la magie quand un problème survenait – à la librairie ou ailleurs –.
Cela aurait pu s'arrêter là, ce qui était déjà plus que ce qu'il pensait mériter.
En septembre, le mari de Lucie, Charlie, commença à enseigner la philosophie à l'Institut Universitaire Magique de Paris. Au détour d'une conversation lors d'un déjeuner dominical – auxquels George refusait de renoncer –, il lui apprit l'existence des conférences magiques. Chaque mois, un des professeurs de l'Institut faisait un exposé ouvert à tous. Il aurait pu ignorer l'opportunité si la première conférence ne portait pas sur l'Astronomie.
Les deux heures qu'il passa dans l'amphithéâtre – presque complet – lui avaient rappelé pourquoi il avait tant aimé Poudlard – au-delà du fait qu'il pouvait échapper à la pression étouffante de Walburga et même si ses camarades étaient juste tolérables –. Il aimait apprendre. Il aimait découvrir de nouvelles choses.
Le Choixpeau n'avait pas eu tout à fait tort quand il lui avait dit qu'il aurait été plus à sa place à Serdaigle.
Il s'avéra que l'Institut proposait aussi des cours du soir sur tout un tas de disciplines. Il se laissa tenter par ceux sur la Métamorphose. Deux fois par semaine, il passait un peu plus d'une heure à approfondir bons nombres de notions qu'il avait découvert dans les livres qu'il avait lu depuis son arrivée à Paris.
Au final, ce n'était pas très surprenant qu'un an après avoir acheté sa deuxième baguette magique, il envisageait de plus en plus sérieusement de devenir Animagus.
Il se souvenait encore de ce cours de troisième année quand le professeur McGonagall – après avoir retrouvé sa forme humaine – leur avait expliqué le long – et dangereux – processus. Il avait été fasciné par les possibilités que cela pourrait lui offrir. Avec un peu de chance, sa forme Animagus serait quelque chose qui lui permettrait de se soustraire au regard de la société Sang-Pur qui pesait sur lui. Cela serait une échappatoire bienvenue.
Pendant sa cinquième année, les Animagi avaient pris une toute autre importance.
Il n'avait pas prémédité la découverte qu'il avait faite. Ou, du reste, pas complètement. Seulement, la discrétion n'était pas la plus grande qualité de Sirius – et il ne parlait même pas de James Potter ou de Peter Pettigrow –. Il avait beau avoir l'impression qu'un gouffre sans fin le séparait de son frère depuis sa répartition à Gryffondor – et que les bords de ce gouffre ne cessaient de s'éloigner, chaque jour un peu plus –, à la fin de la journée, Sirius était son frère. Il le connaissait depuis qu'il était né. Il avait passé des heures à l'observer. Il avait été obligé d'apprendre à lire les signes qui annonçaient une énième folie qui ferait sortir Walburga de ses gonds, afin d'être caché dans un recoin du manoir quand la tempête éclaterait.
Il était incapable de mettre des mots sur les détails qui trahissaient Sirius à chaque fois mais il ne lui fallait que quelques minutes pour savoir.
Il lui avait fallu un peu plus de temps pour comprendre que son frère mijotait quelque chose de bien plus ambitieux qu'une blague ridicule qui ferait perdre des points à Gryffondors et l'enverrait en retenue pour plusieurs semaines. Au cours de sa deuxième et de sa troisième année, il l'avait vu – lui et ses amis, mais jamais Lupin – traîner un peu trop souvent à la bibliothèque – ce qui n'était pas son habitat naturel –. L'été de sa troisième année, il n'avait pu que remarquer que l'haleine de son frère avait une odeur étrange – même si Sirius n'avait pas passé plus de deux semaines au manoir Black. Juste assez longtemps pour ruiner la fête donnée pour son Âge de Raison. Quand l'animosité – la haine – entre les Maraudeurs et Severus Rogue avait atteint des sommets, son camarade de Serpentard avait essayé de le convaincre de l'aider à découvrir ce qu'ils manigançaient, tous les quatre, pendant les pleines lunes. Il avait refusé, se cachant derrière le fait que Sirius avait été renié et qu'il n'était plus son frère, mais il avait toujours pris soin de laisser traîner une oreille quand Rogue exposait ses théories. Il n'avait pas manqué d'entendre parler de l'incident, à la fin de la cinquième année de son frère, mais les détails étaient restés flous. Il se souvenait qu'il avait pris un plaisir certain à voir Potter tourner le dos à Sirius, juste parce qu'une part de lui en voulait terriblement à son grand frère de l'avoir abandonné aux griffes du monde Sang-Pur sans un regard en arrière.
D'une certaine façon, il avait essayé de savoir.
D'une autre, la pièce maîtresse du puzzle lui avait été offerte sans qu'il ne la cherche vraiment.
La société anglaise étant ce qu'elle était, il n'était pas si simple d'aborder un garçon pour le convaincre de se retrouver dans un endroit sombre où personne ne viendrait les déranger. Il y avait un système. Un livre dissimulé dans la bibliothèque où laisser un lieu et une date.
Venait qui voulait.
Advenait ce qu'il advenait.
Un jour, Remus Lupin était advenu.
Il avait vu sa morsure. Il avait compris.
Après tout, il était intelligent.
Découvrir en quoi Sirius se transformait n'avait nécessité qu'un peu d'espionnage et de Légilimancie.
Il ignorait quand son frère – et ses amis – étaient devenus Animagi, mais il avait été impressionné qu'ils y soient parvenus seuls, sous le nez de Minerva McGonagall, et sans doute pour passer les pleines lunes avec Remus Lupin.
Il blâmait le dixième anniversaire de l'arrestation de Sirius, mais l'idée était en passe de devenir une obsession. Il savait déjà qu'il finirait par y céder.
Bientôt.
…
D'une certaine façon, le reflet dans le miroir lui donna l'impression d'avoir remonté le temps. S'il excluait les quelques fois où il décidait d'enfiler le smoking qu'il avait acheté, trois ans plus tôt – et qui commençait à être trop étroit –, il n'avait guère l'occasion de faire preuve d'autant d'élégance.
Il ajusta une dernière fois ses boucles noires sur le sommet de son crâne pour qu'elles retombent sur son front comme il le souhaitait, puis redressa son nœud papillon, tout en essayant d'ignorer ceux qui avaient élus résidence au fond de ses entrailles.
Il détestait les réceptions mondaines.
Il y aurait trop de monde, trop de bruits et il devrait maintenir la façade du fils de bonne famille qu'il n'était plus.
Seulement, il s'agissait d'une réception en l'honneur de Simone. La mère de Raphaël avait connu quelques problèmes de santé ces deux dernières années, aussi avait-elle enfin accepté de prendre sa retraite comme Juge Suprême à la Grande Cour Pénale Sorcière, même si elle refusait catégoriquement de laisser sa place dereprésentante de la France à la Confédération Internationale des Mages et des Sorciers.
Tout le clan Delacour et Bonaccord serait présent, ainsi que beaucoup de personnalités politiques. Raphaël, dont l'empathie pouvait facilement s'emballer quand la foule était trop dense, ne pouvait pas y couper.
Il regrettait un peu d'avoir accepté.
Enfin satisfait de son apparence, il quitta la salle de bain pour la chambre.
Raphaël était devant le miroir à pied près de leur lit et semblait se battre avec son nœud de cravate. Il l'observa depuis le pas de la porte, un sourire amusé aux lèvres.
C'étaient ce genre de détails qui lui rappelaient que Raphaël et lui avaient eu des enfances à des années-lumière l'une de l'autre.
- Ce n'est pas drôle, grogna-t-il.
Son sourire s'élargit.
- Besoin d'aide, darling ?
Raphaël fit un dernier essai – qui se solda par un nœud de travers – puis se tourna vers lui avec un soupir résigné.
S'il s'était décidé pour une robe de sorcier noire, aussi classique que toutes celles qu'il avait vu en grandissant, celle de Raphaël était d'un joli bleu nuit qui flattait son teint doré. La coupe mettait en valeur ses épaules larges et laissait entrevoir le pantalon à pince juste un peu plus foncé.
Avec ses cheveux châtains plaqués en arrière, exactement comme le soir de leur premier rendez-vous, il était magnifique.
Il ajusta les pans de la cravate autour de son cou.
- Tu sais qu'il existe un sortilège ?
Raphaël haussa un sourcil.
- Dit-il, alors qu'il refusait de faire de la magie il n'y a pas un an.
Il secoua la tête – même si les coins de sa bouche frémirent – puis commença à faire les boucles nécessaires au nœud qu'il avait en tête.
- Et puis, tu fais ça si bien.
Le nœud eldredge, qu'il réussit du premier coup et très rapidement, sembla lui donner raison, mais il s'en fichait. A la place, il caressa sa joue du bout de son pouce, son regard braqué dans le sien, à deux doigts de se faire happer par la profondeur de ses iris.
- Tu es magnifique, souffla-t-il finalement.
Raphaël lui sourit, ce qui le sublima encore plus, puis se pencha. Il ferma les yeux quand leurs lèvres se trouvèrent. Une douce chaleur se diffusa dans tout son corps, sans qu'il ne sache dire s'il s'agissait de l'effet que les baisers de Raphaël continuaient à avoir sur lui ou s'il y avait une touche supplémentaire de son empathie.
Dans tous les cas, il sentit ses muscles se détendre et une partie de son inquiétude se dissiper. Raphaël enfouit ensuite son visage dans son cou, ce qui lui donna une parfaite occasion de s'enivrer de son odeur.
Il portait le parfum qu'il lui avait offert trois semaines plus tôt.
- Nerveux ? demanda-t-il.
Raphaël se tendit, aussi embrassa-t-il sa joue doucement.
- Je n'ai pas été entouré d'autant de personnes depuis Beauxbâtons.
Ils ne parlaient pas souvent des mois qui avaient précédé la naissance d'Alexis – tout comme ils n'évoquaient pas les mois qui avaient précédé son départ du Royaume-Uni –, mais il n'avait pas besoin que Raphaël en dise plus pour comprendre l'allusion. La seule raison pour laquelle il s'était réfugié dans la drogue dès ses treize ans était le mince espoir d'engourdir son empathie et de rendre les journées à Beauxbâtons plus tolérables.
La fête en l'honneur de sa mère risquait de raviver ses anciens démons.
- Tu n'as qu'un mot à dire et je nous fais transplaner, lui assura-t-il.
Raphaël s'affaissa un peu plus contre lui.
Cette fois, la sensation qui le traversa était froide, humide presque – de l'inquiétude, mêlée de peur –. En réponse, il remonta sa deuxième main le long de son dos jusqu'à sa nuque, puis caressa la peau fine entre son col et les premières mèches de cheveux.
Raphaël finit par se détendre.
- Je t'aime, souffla-t-il, avant de se redresser.
Ce fut à son tour de sourire largement.
- Moi aussi.
- Et tu es sublime.
Raphaël retraça du bout des doigts les cicatrices qu'il n'avait même pas envisagé de dissimuler, quand bien même rien n'aurait été plus simple maintenant qu'il avait une baguette magique.
Il inclina la tête pour l'embrasser mais ils furent interrompus par deux coups secs sur la porte de leur chambre.
- Regulus ? J'ai besoin d'aide avec mon nœud papillon.
Il se dégagea de l'étreinte de Raphaël, un sourire moqueur aux lèvres.
- Tel père, tel fils.
Il retrouva Alexis dans sa chambre, les yeux rivés au sol pour éviter les différents obstacles – chaussures, vêtements, livres –, sans vraiment comprendre comment il avait pu créer un tel chaos en moins de vingt-quatre heures.
- Ne t'avais-je pas déjà appris à nouer un nœud papillon ?
Alexis se décolla difficilement de son lit quand il lui fit signe de se relever. Avec ses quatorze ans passés, il ne lui rendait plus que quinze petits centimètres, ce qui signifiait sans doute que l'adolescent le dépasserait dès sa prochaine poussée de croissance.
Parfois, il repensait au petit garçon qu'il avait rencontré, trois ans plus tôt, et il se souvenait qu'Alexis lui arrivait alors à la taille. Tous ces centimètres étaient la mesure du temps qu'il avait passé avec Raphaël et lui. Il en chérissait chaque millimètre.
- Si, mais nous, on a pas d'uniforme à Beauxbâtons, alors j'ai oublié. (1)
Il le détailla tandis que ses mains travaillaient toutes seules, le geste trop familier pour qu'il ait besoin de regarder ce qu'il faisait.
Alexis avait opté pour une robe bleu cobalt qui ne manquerait pas d'attirer l'attention. Il aurait pu avoir fière allure s'il avait pris la peine d'aller chez le coiffeur et de se tenir droit.
- Tu n'as pas l'air très enthousiaste.
- Je n'aime pas plus ce genre de soirée que papa, grinça-t-il. Trop de monde. Heureusement que Fleur m'a promis de rester avec moi.
Fleur n'avait que six mois de moins que son cousin. Leur relation était à mi-chemin entre celui de deux meilleurs amis et entre un frère et une sœur. Puisqu'ils avaient grandi ensemble, Fleur tolérait mieux que la moyenne les projections involontaires d'Alexis, son sang-froid permettait aussi à Alexis de concentrer son empathie sur une seule personne et, en cas de problème, elle utilisait les dons en hypnoses qu'elle avait hérité de sa grand-mère maternelle. Sans sa cousine, Alexis n'aurait sans doute pas pu suivre ses études à Beauxbâtons comme tous les autres.
Ce soir, elle jouerait le même rôle pour Alexis que ce qu'il faisait, lui, pour Raphaël.
- Je suis sûr que ça ira. Dans le pire des cas, je sais par expérience qu'il n'est pas si difficile de s'échapper de ce genre de soirée. Les adultes ont tendance à être occupés ailleurs.
Alexis plissa le nez, un tic qu'il avait hérité de Lucie, sa mère.
- On sera au Ministère. Je doute que je puisse vagabonder comme je veux là-bas.
Il eut un sourire en coin.
- A toi d'être assez malin pour ne pas te faire prendre.
Cette fois, Alexis fronça les sourcils, puis son regard vert se mit à briller d'une manière très familière.
- C'est ce que tu faisais ?
La question le prit par surprise. Peu de temps après qu'il ait emménagé ici, Raphaël avait eu une discussion avec son fils le concernant. Il n'était pas entré dans tous les détails, mais il avait évoqué la société Sang-Pur, la guerre, sa Marque et sa fuite. Il avait senti le regard inquisiteur d'Alexis pendant plusieurs semaines son empathie aussi, puis il avait fini par digérer les révélations à son sujet.
Il n'avait évoqué le sujet qu'une poignée de fois depuis.
- En règle générale, je trouvais refuge dans les bibliothèques des grands manoirs et je passais la soirée à lire. Rien de très excitant.
Alexis pencha la tête sur le côté, son expression plus douce, qui rappelait le petit garçon sur les photos dans le couloir. Il ressemblait davantage à Raphaël ainsi.
- Et ton frère ?
Raphaël lui avait confié qu'il savait à chaque fois quand il pensait à Sirius, parce que ses émotions se troublaient d'une façon particulière. Il ne doutait pas qu'Alexis ait remarqué la même chose.
Il ajusta le nœud papillon et le col de l'adolescent, juste pour prendre le temps de formuler sa réponse.
Sirius avait multiplié les frasques et les scandales durant les fêtes Sang-Purs, si bien qu'il avait fini par ne plus les accompagner. Il ne voulait pas qu'Alexis s'inspire un peu trop, parce qu'entre son enthousiasme débordant et l'intelligence redoutable de Fleur, ils pourraient bien rendre la soirée mémorable pour les mauvaises raisons.
- Mon frère avait le don de toujours trouver un moyen de s'attirer des ennuis, précisément parce qu'il n'était pas assez malin pour ne pas se faire prendre. Termine de te préparer, on ne va pas tarder.
Ils quittèrent l'appartement moins de dix minutes plus tard, tous les trois sur leur trente-et-un.
Il s'avéra que le Ministère français n'avait pas fait dans la demi-mesure. Tout un dôme avait été réagencé pour l'occasion, ce qui n'était pas plus mal compte tenu de la foule.
Alexis et Raphaël marquèrent le même temps d'arrêt sur le seuil de la pièce.
Il emmêla ses doigts avec ceux de Raphaël et posa une main rassurante sur l'épaule d'Alexis, puis les guida en direction d'un escalier qui leur permettrait d'atteindre la coursive à mi-hauteur de l'impressionnant plafond de verre, décoré de constellations.
Simone, George, Louis et tous les autres Delacour les attendaient aux côtés de quelques employés du Ministère. Simone était très élégante dans une robe noire brodée de pierres scintillantes. George semblait plus inquiet que sa femme, quand bien même ce ne serait pas à lui de faire un discours dans moins d'une heure et devant un public aussi nombreux.
Tout se passa comme prévu : le président français fit un discours, louant le travail exceptionnel de Simone au cours de sa carrière au département de la Justice. Simone remercia toutes les personnes avec lesquelles elle avait travaillé. George eut le droit à une éloge qui le laissa les yeux brillants.
Tous les invités applaudirent chaleureusement, puis un petit orchestre commença à jouer des airs classiques tandis que des plateaux se mettaient à circuler parmi les invités.
De son côté, il resta aux côtés de Raphaël. Il se montra poli quand on s'adressait à lui, sans pouvoir s'empêcher de rester sur sa réserve, une oreille toujours tournée vers les autres conversations autour d'eux, sur la défensive malgré lui.
Le monde n'était pas une explication suffisante.
- Draco, stop acting like a child ! Or you will be punished like one when we will get home !
Peut-être fut-ce la diction aristocratique si familière, ou peut-être reconnut-il la voix – d'une façon ou d'une autre – ou, plus simplement, peut-être que le prénom du garçon était trop singulier pour être une coïncidence, mais il se sentit vaciller quand les quelques mots lui parvinrent.
Une part de lui l'incita à fuir.
Sur le champ.
Il tourna discrètement la tête pour vérifier qu'il n'avait pas rêvé.
Le sang quitta son visage. Son cœur se décrocha de sa poitrine et tomba – tomba, tomba – dans ses entrailles glacées.
Le couple se tenait à moins de deux mètres de lui, leur silhouette semblable aux souvenirs qu'il en gardait. Lui : grand, hautain, ses cheveux blonds rassemblés à la base de sa nuque. Elle : élancée, coiffée à la perfection, sa silhouette mise en valeur par une robe élégante, juchée sur des talons ridicules. Le garçon avait des cheveux presque blancs tant il était blond et avait croisé les bras sur sa poitrine, boudeur. Une petite fille, dont les boucles brunes cascadaient jusqu'au milieu de son dos, tenait la main de Narcissa et donnait l'impression d'être une poupée de porcelaine que l'on aurait enchantée.
Son cerveau ne fut plus en mesure de formuler la moindre pensée cohérente. Il tourna les talons, slaloma entre les invités pendant une éternité, se retenant à grand peine de sortir sa baguette pour se frayer un chemin – ce qui ne manquerait pas d'attirer l'attention et c'était la dernière chose qu'il souhaitait –.
Il devait partir.
Il n'aurait jamais dû venir pour commencer !
Comment avait-il pu être aussi stupide ?! Il y avait une raison pour laquelle il avait pris soin de rester à l'écart de la société sorcière française : le risque de croiser un compatriote britannique était trop grand. Là-bas, ils connaissaient tous les visages de Bellatrix Lestrange et de Sirius Black. On ne manquerait pas de le reconnaître.
Il serait arrêté.
Il rejoindrait son frère et sa cousine à Azkaban.
La porte principale était en vue quand une main se referma sur son poignet.
- Nigel, attends !
Il tenta de se dégager, le cœur battant à mille à l'heure dans sa poitrine.
Échoua.
I have to go.
I need to go.
Quand il fit volte-face, ce fut sa baguette à la main, prêt à jeter un maléfice si on ne lui laissait pas le choix.
Raphaël écarquilla les yeux quand il se retrouva avec la pointe de sa baguette pointée sur son visage.
Le pire fut qu'il ne réalisa qu'au bout de quelques secondes qu'il s'agissait de Raphaël et qu'il venait de pointer sa baguette magique sur un autre être humain pour la première fois depuis dix ans.
Le monde se mit à tourbillonner autour de lui.
Entre ça et les battements affolés de son cœur, il crut qu'il allait vomir.
Il lâcha sa baguette pour enfouir son visage dans sa main tremblante. Sa paume était moite. De la sueur perlait au sommet de son front. Sa jambe vacillait sous son poids.
Il eut vaguement conscience de sentir une main sur son épaule. Raphaël le guida sur quelques pas, puis posa sa main sur sa poitrine, juste au-dessus de son cœur.
- Est-ce que tu veux que je t'aide ?
Même s'il ne voyait pas comment, il hocha la tête.
Il sentit l'empathie de Raphaël se diffuser dans son cœur. Il se raccrocha à l'émotion comme à une bouée de sauvetage, reconnaissant cet amour qu'il n'expliquait toujours pas et qui ne cessait de le sauver, encore et encore.
Peu à peu, il reprit le contrôle. La fumée qui engourdissait son cerveau se dissipa. Les battements de son cœur s'apaisèrent.
Il fut plus reconnaissant que jamais envers Raphaël quand il l'attira dans ses bras, lui laissant l'opportunité d'enfouir son visage dans son cou pour cacher la honte qui lui brûlait les joues.
- I'm sorry.
Les bras qui l'entouraient – et qui lui donnaient l'impression de le protéger du reste du monde – se resserrèrent autour de sa taille.
Raphaël lui laissa le temps de reprendre le dessus sur ses émotions, une main glissant lentement sur son dos et des mots rassurants soufflés à son oreille. Sa respiration s'apaisa, le goût métallique dans sa bouche s'atténua et il desserra sa prise sur les vêtements de Raphaël.
- Qui as-tu vu ?
Il déglutit, envisagea la possibilité de se redresser, mais le cou de Raphaël masquait complètement son visage, ce qui empêcherait sans doute quiconque de le reconnaître. Ça, et c'était plus facile d'affronter les démons de son passé entouré par l'odeur de l'homme qu'il aimait.
- Qui te dit que j'ai vu quelqu'un ?
- Tu ne paniques de cette façon uniquement quand la guerre contre Voldemort est mentionnée. Tu étais avec moi toute la soirée et je suis certain que personne n'a évoqué le sujet. Et dans tous les cas, tu n'as jamais fui de la sorte. Je te connais, mon amour.
Il faillit s'agacer du fait qu'il le connaisse aussi bien – entre ça et son empathie, il était de plus en plus difficile de lui cacher quoique ce soit – mais Raphaël était la première personne qui était inconditionnellement de son côté, quoiqu'il arrive.
Ça rendait beaucoup de choses moins effrayantes.
Il n'hésita qu'une poignée de seconde de plus.
- Ma cousine.
- Ton ex-fiancée, tu veux dire ?
Sa voix était sérieuse, sa curiosité semblait sincère à ses oreilles, mais il le connaissait aussi très bien. Il n'eut qu'à relever la tête pour découvrir ce satané sourire en coin qu'il lui avait volé et qui ne manquait jamais de lui donner un air espiègle.
- Non, la fille cadette du frère de ma mère, grinça-t-il.
Raphaël fit la moue.
- J'ai ouïe dire que ça n'arrêtait personne dans le merveilleux monde de la société Sang-Pur britannique.
Puisque ses propres parents avaient été cousins au second degré avant de devenir mari et femme, il ne pouvait pas lui contester ce point. Il neigerait en Enfer avant qu'il ne lui avoue un tel détail.
Il se contenta donc d'un regard accusateur qui fit sourire Raphaël largement, comme s'il venait de gagner quelque chose à son insu.
- Cette cousine a un nom ?
- Narcissa Malefoy.
Raphaël fronça brièvement les sourcils, puis son expression devint un peu plus sérieuse.
- Elle t'a vu ?
Il secoua la tête. Il était certain que Narcissa n'avait rien remarqué, occupée comme elle l'était à réprimander son fils. Cela n'empêcha pas la peur de revenir glacer ses entrailles à la seule possibilité.
- Elle ne peut pas me voir, Raphaël. C'est sans doute plus sage que je rentre.
Comme s'il craignait qu'il transplane sur le champ – alors que sa baguette était au sol – Raphaël raffermit ses mains sur sa taille.
- Elle pense que tu es mort, mon amour.
- Narcissa est ma cousine. On a grandi ensemble et elle sait que le cercueil était vide. Crois-moi, elle aura une autre hypothèse à te proposer.
A la façon dont Raphaël fronça les sourcils, il sut que son explication ne l'avait pas convaincu.
- Ta famille est connue pour revenir d'entre les morts ?
- Non, mais on ne rate jamais une occasion de faire preuve de dramatisme.
Raphaël rit doucement.
- Crois-le ou pas, mais j'étais parvenu à cette conclusion tout seul.
Une personne passa non loin d'eux. Il se tendit par réflexe.
Il avait beau savoir que Narcissa était toujours dans le dôme où avait lieu la réception, c'était la première fois en plus d'une décennie qu'il se retrouvait à quelques mètres d'un membre de sa famille.
Il n'aimait pas ça.
- Ce serait si grave si elle te voyait ? murmura Raphaël, le tirant de ses pensées avec son implacable douceur.
Il passa ses mains sur son visage, ce qui ne l'aida pas vraiment à rassembler ses idées.
- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit-il. Narcissa aime dire qu'elle est avant tout loyale à sa famille, mais j'ai souvent eu l'impression qu'elle était surtout loyale à elle-même. Elle pourrait très bien me dénoncer aux Aurors comme feindre de ne pas me reconnaître. Dans tous les cas, je préférerais m'abstenir.
Il eut la mauvaise idée de fermer les yeux pendant quelques secondes et ses pensées s'emballèrent. Sous couvert de neutralité – à laquelle il n'avait jamais cru - Narcissa avait été la plus versatile des sœurs Black et elle était sans doute celle qu'il connaissait le moins bien. A sa place, Bellatrix l'aurait tué – sans la moindre hésitation -, Androméda l'aurait peut-être pris dans ses bras, mais Narcissa ?
Et c'était sans parler de Lucius. Même si Voldemort était tombé et si Lucius avait menti aux Aurors, il avait déserté. Lord Malefoy pourrait très bien réenfiler son masque de Mangemort pour l'occasion et le lui faire payer.
La peur revint, le glaçant jusqu'à l'âme. Il se mit à trembler et peut-être qu'il étouffa un gémissement terrifié contre l'épaule de Raphaël quand son petit-ami l'attira à nouveau contre lui. Une touche d'empathie, pareille à un lever de soleil dans son cœur, repoussa ses démons dans les abysses où il les avait bannis.
Raphaël embrassa sa joue.
- On va rentrer, chuchota-t-il.
Il soupira de soulagement. Il allait retrouver leur appartement et se débarrasser de ce costume d'aristocrate inconfortable. Après un thé et une bonne nuit de sommeil, il pourrait prétendre que rien de tout cela n'était arrivé.
Le poids sur sa poitrine s'allégea, avant de redevenir écrasant quand il se rappela la raison pour laquelle ils étaient ici. Raphaël était le fils de Simone Bonaccord. Il ne connaissait pas l'étiquette en rigueur en France, mais cela aurait été très mal vu qu'il quitte la fête en l'honneur de sa mère aussi tôt de l'autre côté de la Manche.
Il se redressa. Plusieurs plis inquiets barraient le front de Raphaël. Il les retraça du bout des doigts, juste pour les estomper un peu. Raphaël sourit, puis embrassa sa paume pour faire bonne mesure.
- Et tes parents ?
Raphaël haussa les épaules.
- Ma mère comprendra et puis, ce n'est pas comme si j'avais promis d'être le dernier à partir. Peut-être même que ta cousine me rend service ?
Raphaël ne lui avait pas donné l'impression de trop souffrir de son empathie depuis le début de la fête – il était devenu très fort pour repérer les signes qui le trahissaient – aussi sa réponse ressemblait-elle beaucoup à une fausse excuse.
- Tu peux rester, dit-il. Je…
Il ne put terminer sa phrase parce que Raphaël leva les yeux au ciel, juste avant de l'embrasser, juste une pleine pression de ses lèvres contre les siennes, mais qui réussit à détendre ses muscles verrouillés par la peur.
- Comme si je pourrais tenir plus de cinq minutes sans toi avec tout ce monde. Il faut juste que je les prévienne, d'accord ?
C'était sans doute préférable, au risque de voir Simone lancer tout le service de sécurité à leur recherche. Il jeta un regard prudent en direction du couloir : il pouvait y retourner, juste cinq minutes, juste le temps de faire ses au revoir. C'était la moindre des choses.
Son regard accrocha sa baguette, toujours au sol. Il eut l'impression de pouvoir respirer un peu plus librement.
- Je dois d'abord passer aux toilettes.
Raphaël l'embrassa à nouveau avant de reculer d'un pas.
- Ne touche pas à tes yeux, glissa-t-il avec un clin d'œil.
Il ramassa sa baguette pour lui.
- Je t'attends ici, mon amour.
Il trouva facilement les toilettes puisqu'une dizaine de femmes perchées sur des talons formaient une file d'attente un peu avant la sortie. Il contempla la possibilité de disparaître – il était presque sûr que Raphaël ne lui en voudrait pas vraiment – mais il poussa la porte des toilettes pour hommes tout pareil.
Il fut surpris de la facilité avec laquelle il grima ses traits pour faire apparaître ceux de Nigel Sky. Il n'avait pas eu d'autre choix que de se déguiser quand il se rendait à l'un de ses rendez-vous clandestins avec d'autres garçons de Poudlard. Il avait pris soin de toujours adopter la même apparence et de se montrer en plein jour pour brouiller les pistes. Il était fort probable que ses condisciples n'aient pas été dupes longtemps, mais cela le rassurait.
C'était l'une des rares choses qu'il se sentait en mesure de contrôler.
Il avait donc fait simple : arrondir son nez, rendre ses lèvres plus fines, son menton plus carré, ses yeux plus bleus et éclaircir ses cheveux. Si quelqu'un s'était vraiment donné la peine d'apprendre à le connaître à l'époque, ce déguisement n'aurait pas résisté à une étude approfondie, mais c'était au moins un avantage de sa solitude.
Le reflet dans le miroir lui tira un sourire nostalgique. Quinze ans plus tôt, il utilisait ce visage pour voler quelques heures de liberté avant que son mariage ne termine de l'enfermer dans un rôle dont il ne voulait pas. Si quelqu'un lui avait dit qu'un jour, il aurait une personne comme Raphaël dans sa vie, il ne l'aurait jamais cru.
Et pourtant…
Raphaël avait profité de son absence pour fumer au moins une cigarette, signe que son empathie lui pesait peut-être, finalement – et que c'était de sa faute -. Il tourna aussitôt la tête vers lui et le dévisagea intensément.
- Nigel Sky, je présume ?
- Tu sais que tu es agaçant à toujours tout deviner ?
Raphaël ricana, puis passa un bras autour de ses épaules pour faire bonne mesure.
- Ce n'est pas de ma faute si tu manques parfois de subtilité, mon amour.
La fête battait son plein, indifférente au fait qu'ils se soient éclipsés pendant une longue demi-heure. Il repéra sans mal Simone et George, encore occupés à faire le tour des convives aux côtés du Président à l'autre bout de la salle.
Lucius et Narcissa s'étaient comme dissouts dans la foule.
Ils n'avaient pas fait dix pas qu'Alexis surgissait devant eux, échevelé et le souffle court.
- Papa ! Je te cherchais, tu…
L'adolescent le dévisagea, les sourcils froncés, avant de secouer la tête et de reprendre :
- Une fille est tombée ! Sa tête a fait un drôle de bruit quand elle a percuté le sol et elle saigne !
Raphaël n'eut pas besoin de plus pour s'élancer à la suite de son fils. Alexis se chargea d'ouvrir le chemin à travers les invités, n'hésitant pas à bousculer ceux qui ne se poussaient pas assez vite, les laissant, Raphaël et lui, marmonner des « pardon, c'est une urgence » qui leur valurent des regards sombres tout pareil.
Alexis s'arrêta quelques mètres avant le buffet.
Un peu à l'écart, Fleur était accroupie à côté d'une fillette brune et maintenait sur son front ce qui ressemblait beaucoup au nœud papillon d'Alexis.
Il sentit son sang quitter son visage quand il la reconnut.
Ses anglaises étaient un peu ébouriffées, et sa robe était tâchée de sang, mais il était certain qu'il s'agissait de la petite sœur de Draco.
La fille cadette de Narcissa.
Par Adèle, quelle entité avait-il vexée pour que le sort s'acharne sur lui ce soir ? Etait-ce vraiment ainsi qu'il allait payer pour tous ses crimes ?
Une arrestation publique, devant l'homme qu'il aimait et toute la famille de ce dernier ?
Une main serra la sienne, presque timidement, mais juste assez fort pour qu'il reprenne pied avec la réalité. Il trouva le regard vert d'Alexis, empli d'une inquiétude familière. Il voulut le rassurer d'un sourire – il était l'adulte, c'était son rôle – mais la grimace qui étira ses lèvres ne devaient pas être très convaincante, car le gamin plissa les yeux.
Juste avant qu'une délicate chaleur ne remonte son bras gauche, jusqu'à son cœur, desserrant l'étau de la panique sur sa poitrine.
Il déglutit, sa pomme d'Adam trop large pour sa gorge. Quelque chose dans l'expression d'Alexis semblait le mettre au défi de dire quoique ce soit, puis l'adolescent tourna la tête vers l'opération de premier secours.
Agenouillé au sol, Raphaël avait enlevé la compresse de fortune, révélant une belle bosse violacée, ainsi qu'une coupure au niveau de l'arcade sourcilière de sa petite cousine. La fillette fixait Raphaël avec méfiance, ses lèvres serrées et le menton relevé, ce qui rendait son expression presque familière.
- You can cry if it urts, you know ? dit Raphaël avec douceur, son accent anglais aussi atroce que d'habitude. No shame in it.
Cela lui valut un regard assassin qui ne manqua pas de le faire rire.
Il leva les yeux au ciel.
Raphaël lui fit un clin d'œil par-dessus son épaule, comme s'il avait senti son agacement malgré la distance, les émotions de sa petite patiente et le reste de la foule.
Après ça, son petit-ami se glissa dans le rôle de Médicomage qui lui allait si bien. Un seul coup de baguette magique fit arrêter le saignement et rendit l'aspect de la coupure plus propre. Il palpa son front avec douceur, son expression rassurante, puis fit apparaître des nuages de couleurs au-dessus d'elle.
- It's just a nasty bump, Alya. You are going to be fine.
Son cœur rata un battement.
Alya.
Sa petite cousine s'appelait Alya.
Il était trop versé en astronomie pour ne pas savoir qu'il s'agissait d'une étoile de la constellation du Serpent. Un tel choix ne l'étonnait pas vraiment de la part de Lucius.
Des bruits de pas précipités le firent tourner la tête et, une fois de plus, il se sentit vaciller. Sans la main d'Alexis dans la sienne – et la certitude qu'elle ne pouvait pas le reconnaître – il se serait enfui à nouveau.
Narcissa, son fils Draco sur les talons, fendit les quelques mètres qui la séparaient encore de sa fille. Elle s'agenouilla à son tour et attira la fillette contre elle. Si Alya avait retenu ses larmes depuis le début, démontrant qu'elle avait hérité de l'obstination familiale, elle éclata en sanglots dans les bras de sa mère. Narcissa l'attira un peu plus contre elle, embrassa ses cheveux sombres, puis commença à la bercer doucement. Draco hésita, mais finit par s'approcher à son tour. Il devait être proche de sa petite sœur car il attrapa sa main. Son expression inquiète semblait sincère.
- Ce n'est pas aussi grave que cela en a l'air, dit Raphaël, attirant l'attention de Narcissa. Un peu de glace, de l'essence de Dictame et une bonne nuit de sommeil, et il n'y paraitra plus.
Narcissa dévisagea Raphaël pendant encore quelques secondes. Son regard croisa le sien, sembla s'arrêter sur Alexis, puis Fleur, avant qu'elle ne resserre ses bras autour d'Alya, un rictus aux lèvres.
- Je suis Médicomage au service des Urgences des Anges, l'hôpital français.
Cela échoua à adoucir Narcissa. Sa cousine se drapa dans sa fierté de Sang-Pur, forçant un sourire si faux que son expression en devint condescendante. A la façon dont Raphaël se tendit à son tour, il eut la soudaine envie de sortir sa baguette pour lui jeter un maléfice.
- Merci de vous être occupé de ma nièce, monsieur. Ce n'est toutefois pas sa première cascade, aussi devrais-je être capable de m'en sortir.
Quelque chose lui échappait – il était certain que sa cousine méritait au moins de se faire remettre à sa place, au pire de recevoir un maléfice – mais Alya était la nièce de Narcissa et son cerveau avait la plus grande des difficultés à trouver ce qu'il était censé faire d'une telle information.
Parce que cela signifiait que la fillette – ses yeux trop sombres pour être gris, ses cheveux noirs -, qui lui rendait son regard depuis le refuge qu'étaient les bras de Narcissa, était la fille de Bellatrix.
Alya Lestrange.
Adèle en soit témoin, il allait être malade.
Ce ne fut donc pas plus mal que Raphaël le rejoigne et passe un bras autour de ses épaules pour le guider loin de Narcissa, Draco et Alya. Une sueur glacée tapissait sa nuque et son front, son corps tremblait et seule sa prothèse le maintenait debout. Il ferma les yeux, se raccrocha à l'odeur de Raphaël, à la chaleur de son corps contre le sien – et peut-être aussi à la main qu'Alexis refusait de lâcher -.
Raphaël le fit s'asseoir quelques minutes plus tard, puis embrassa sa joue avec tendresse.
- Ca va aller, mon amour ? demanda-t-il.
Il accepta enfin de rouvrir les yeux. Ils étaient installés sur les fauteuils rouges alignés près de la piste de danse. Alexis et Fleur avaient disparu et plus aucun membre de la famille Black n'était en vue.
Il soupira de soulagement. Les battements de son cœur se calmèrent. Respirer devint un peu moins difficile.
Il put enfin hocher la tête.
La dernière heure était une anomalie. Il ne comptait pas remettre les pieds à une seule fête organisée par le gouvernement français. Lucius, Narcissa, Draco et Alya allaient retourner au Royaume-Uni. Qu'importe que Bellatrix ait réussi à avoir une fille avant son arrestation : il ne la reverrait jamais.
Tout cela ne le concernait plus, depuis longtemps.
- Il a fallu qu'elle se blesse et qu'Alexis vienne te chercher, n'est-ce pas ?
Raphaël eut un bref éclat de rire.
- Et bien, c'est toi qui as dit que ta famille ne manquait jamais une occasion de faire preuve de dramatisme, alors…
Raphaël lui fit un clin d'œil, ce qui le fit sourire. Il l'aurait bien embrassé là, tout de suite, mais Alexis revint, un verre d'eau à la main et une sélection de canapés sucrés emballés dans une serviette en papier.
L'expression décidée – presque dangereuse, et qui accentuait sa ressemblance avec Lucie – de l'adolescent lui apprit qu'il n'avait pas trop le choix, aussi but-il quelques gorgées avant de croquer dans un macaron, ses mains encore tremblantes.
- On les a vus partir, leur annonça Fleur, les bras croisés sur sa poitrine. L'homme avec eux n'était pas très content.
Il termina son macaron en silence, se raccrochant à l'information la plus importante – ils étaient partis – parce qu'il se fichait bien de savoir que Lucius n'avait pas apprécié ce départ précipité.
Il pouvait sentir les regards inquisiteurs de Fleur et Alexis sur lui, et celui plus inquiet de Raphaël. Il échoua, encore et encore, à trouver assez de courage au fond de lui pour relever la tête et répondre aux questions qu'on ne manquerait pas de lui poser.
A commencer par pourquoi il avait changé d'apparence en plein milieu de la soirée et pourquoi il était aussi pâle qu'un fantôme.
Sans vraie surprise, Raphaël lui épargna tout ça, parce qu'il lui prit son verre des mains, puis le hissa sur ses jambes, daignant à peine saluer son regard sombre par un sourire amusé. Il cessa de protester en silence quand son petit-ami l'enveloppa de ses bras, lui offrant la possibilité de se blottir contre lui et de cacher son visage dans la courbe de son cou.
Ils oscillaient à contre-temps de la musique, à l'écart des autres couples, un peu comme cette première fois, dans le bar gay où Raphaël l'avait emmené après le fiasco de l'opéra. Bien sûr, la foule et la musique n'auraient pas pu être plus différents, mais c'était ce soir-là qu'il avait appris qu'un refuge pouvait aussi être une personne.
Raphaël resserra ses bras autour de lui.
- A quoi penses-tu ? souffla-t-il à son oreille.
Il sourit. Ses émotions avaient dû le trahir.
- A notre première danse.
Raphaël embrassa sa joue avec une douceur qui lui donna l'impression que son cœur devenait trop large pour sa poitrine.
- Moi aussi, j'aime danser avec toi, Regulus.
Oh, il avait remarqué. Il se passait rarement une semaine sans que cela ne se produise, que ce soit au milieu de leur cuisine, d'une rue déserte de Paris ou même une fois dans la librairie. Contrairement à ce qu'il aurait dû connaître s'il était resté dans le monde Sang-Pur, ce n'était jamais des valses ou d'autres pas compliqués et, plus important encore, il ne lui revenait guère de mener.
C'était parfait, vraiment.
Peu à peu, le bonheur, qui rougeoyait en permanence dans son cœur, se diffusa dans le reste de son corps, saturant toutes les cellules qui le composaient, réécrivant jusqu'à son ADN. La peur d'un peu plus tôt ne fut plus qu'un vague souvenir.
Narcissa était partie. Plus personne ne pouvait plus le démasquer. Il était en sécurité.
- Alors, à quel point ma famille t'a-t-elle donné mal à la tête ?
Il n'était pas naïf. Raphaël n'était pas aussi détendu que d'habitude. Le pli entre ses sourcils était un signe qui ne trompait pas.
La brève grimace qui étira ses lèvres non plus.
- Ce n'est pas si pire, dit-il. Ta cousine ressent beaucoup de choses, mais elle est très douée pour ne rien laisser paraître.
Narcissa était la seule des trois sœurs Black à avoir parfaitement intégré les codes du monde Sang-Pur, de sa maîtrise de l'étiquette aux injonctions qui régissaient les rôles de chacun, au point qu'elle était capable de promettre mille tourments à quelqu'un sans élever la voix et sans cesser de sourire candidement. Pour tout ce qu'il en savait, elle n'avait jamais été punie ou même disputée, enfant.
- Je n'ai jamais réussi à savoir ce qu'elle pensait vraiment. C'est une excellente Occlumens.
- J'ai remarqué.
Raphaël resta pensif quelques secondes.
- Le garçon est déjà très doué pour ignorer ses émotions…
Il eut un sourire triste.
- C'est l'héritier Malfoy. Il n'a pas vraiment le choix.
Il était très bien placé pour le savoir.
Raphaël le dévisagea longuement, son regard trop brillant. Une vague d'émotions confuses le fit vaciller. Trois ans de cet étrange manège lui permirent toutefois de rester lucide. Il serra sa nuque avec douceur, puis embrassa sa joue humide quand la tête de Raphaël bascula sur son épaule.
Il lui fallut deux morceaux en entier pour retrouver son calme, ce qu'il passa à dessiner des arabesques sur son cuir chevelu.
Raphaël se redressa, puis se racla la gorge.
- La fille est sans doute la plus intéressante. Elle me fait penser à toi.
Il déglutit difficilement. Il n'aimait pas l'idée d'avoir un quelconque lien avec la fille de Bellatrix.
- Vraiment ?
- Ses émotions sont intenses pour une enfant de son âge. Je ne serais pas surpris qu'elles deviennent aussi entêtantes que les tiennes quand elle sera adulte.
- Oui, si le monde Sang-Pur lui en laisse la possibilité.
Les filles étaient encore plus bridées que les garçons par l'étiquette. Si Alya tenait à rentrer dans le moule, elle allait devoir mettre de côté ses émotions, d'autant plus si elle voulait redonner ses lettres de noblesse au nom Lestrange après ce que ses parents avaient fait.
- Peut-être s'échappera-t-elle à son tour ?
Il se surprit à le souhaiter : la vie était bien plus belle loin du monde Sang-Pur.
Dans tous les cas, Raphaël n'évoqua pas plus longtemps Narcissa Malfoy et le reste de sa famille. Ils dansèrent encore un peu, profitèrent du bar et des canapés, puis Alexis sonna le départ quand il vint se plaindre d'un mal de tête carabiné auprès de son père. Ce n'était sans doute pas plus mal parce que Raphaël commençait à donner des signes de fatigue de son côté – il ne cessait de se masser les tempes, il grinçait des dents, il était incapable de le lâcher – sauf qu'il était juste un peu trop fier pour accepter ses limites.
Il laissa Raphaël s'occuper de son fils – Alexis était bon pour une potion et une grasse matinée le lendemain – pendant qu'il se préparait pour aller se coucher, soulagé de retrouver ses traits et d'enlever sa tenue de soirée.
Quand, enfin, il put ôter sa prothèse, les muscles de son moignon se détendirent aussitôt. Il bascula contre les oreillers puis ferma les yeux, savourant le silence de l'appartement après le brouhaha de la soirée.
Essayant d'oublier sa rencontre inopinée avec son passé.
La porte de la chambre s'ouvrit puis se referma. Le matelas s'affaissa à sa droite.
Raphaël se racla la gorge, un peu nerveusement, ce qui le convainquit de rouvrir les yeux.
- Donc Bellatrix Lestrange est ta cousine ?
La question lui donna l'impression que ses entrailles prenaient vie. Si Raphaël soutint son regard, il cachait assez mal sa propre nervosité.
Toutefois, il ne semblait pas surpris.
- On sait tous les deux que tu as deviné mon vrai nom de famille il y a des mois, Raphaël, si ce n'est pas des années.
Raphaël soutient son regard une brève seconde de plus, puis se détourna. Il bascula sur le matelas à son tour et passa une main sur son visage, puis dans ses cheveux, les ébouriffant un peu plus.
- Black.
Il eut une grimace. Cela faisait très longtemps que personne ne s'était plus adressé à lui avec ce nom. Il ne pouvait pas dire que cela lui avait manqué.
- Dix points pour Hufflepuff, ironisa-t-il quand même.
Sa réplique eut au moins le mérite de tirer un sourire à Raphaël, avant qu'il ne prenne sa main.
- Une question ?
Raphaël n'avait utilisé cette tournure qu'une poignée de fois et uniquement pour l'interroger sur son passé. S'il avait préféré qu'il s'abstienne, il savait aussi que cela était inévitable.
Il hocha la tête, emmêla ses doigts avec les siens – peut-être un peu plus pour lui que pour Raphaël –.
- Comment peux-tu être sûr que ton frère n'a jamais pris la Marque ?
Son frère.
Sirius Black.
Raphaël était loin d'être stupide. Il avait dû faire le lien il y avait bien longtemps.
Pour lui, Sirius Black était l'un des Mangemorts les plus fanatiques du Seigneur des Ténèbres. Il avait causé la mort des Potter, annihilé Pettigrow et assassiné douze moldus dans une rue de Londres. Cela ne collait certainement pas avec la façon dont il parlait de lui.
Il lui fallut quelques secondes pour trouver les mots – ou peut-être pour ne pas se faire avaler par ses souvenirs –.
- Parce que j'étais là le jour où il a refusé de la prendre, Raphaël. Nos parents savaient qu'il refuserait, ma cousine aussi. Et elle l'a torturé quand il lui a tenu tête. J'ai cru pendant plusieurs jours qu'elle l'avait tué quand il s'est enfui. La seule raison pour laquelle ils m'ont fait assister à ça était pour s'assurer que je ne refuserai pas à mon tour. Il n'a jamais pris la Marque.
Raphaël pâlit un peu. Il raffermit sa prise sur sa main.
- Je déteste ta famille, Reggie.
Il approuva d'un signe de tête parce que, vraiment, que pouvait-il dire de plus ? Il les détestait aussi, pour la plupart. Et de toute façon, cela n'avait plus la moindre importance. Raphaël était la seule famille dont il avait besoin – celle qu'il s'était choisie –.
Merlin, Viviane, Morgane et Circé en soient témoins, une part de lui espérait qu'un jour, il pourrait laisser le nom ancestral derrière lui et se faire appeler Regulus Delacour, d'une façon ou d'une autre.
Le regard de Raphaël devint étrange, son sourire tendre.
- Je t'aime aussi, souffla-t-il.
Il haussa un sourcil.
- Je n'ai rien dit.
Raphaël rit doucement.
- Tu n'as pas besoin. Tu as cette tête quand tu penses à combien tu m'aimes.
Il se renfrogna un peu, par principe.
- Je ne fais pas de tête.
Raphaël lâcha sa main et s'assit à califourchon sur ses cuisses, un bras de part et d'autre de son visage.
- Ton regard devient lointain, le gris de tes yeux plus chaleureux et tu as un léger sourire. Cette tête te va très bien.
Il ouvrit la bouche pour protester sans rien trouver. A la place, il sentit ses joues devenir brûlantes. Le sourire de Raphaël devint plus large, son regard brillant. Il se pencha encore, son visage proche du sien, ses lèvres à sa portée.
- Celle-ci aussi, chuchota-t-il.
Son souffle, parfumé de menthe, caressait son visage. Il posa sa main sur sa joue et l'attira vers ses lèvres.
- La ferme, souffla-t-il avant de l'embrasser.
Raphaël rit doucement contre ses lèvres ce qui, de la part de n'importe qui d'autre, l'aurait probablement vexé. Raphaël caressa sa joue juste avant d'approfondir leur baiser. Il ferma les yeux.
S'abandonna.
Tout d'un coup, le fait que Raphaël connaisse son nom complet ou qu'il ait rencontré une partie de sa famille devint insignifiant.
Raphaël finit par s'allonger contre lui, sa tête sur son épaule, ses lèvres juste un peu gonflées, son regard tendre.
Il n'avait pas besoin de miroir pour savoir qu'il devait avoir à peu près la même expression éprise.
Ils se dévisagèrent pendant de longues minutes puis, peu à peu, Raphaël retrouva son sérieux.
- Une autre question ?
Il hocha la tête.
- S'il n'a pas pris la Marque, pourquoi il a fait ce qu'il a fait, selon toi ?
Il passa une main sur son visage. Chaque année, quand revenait l'anniversaire de Sirius - et celui de son arrestation -, il ne pouvait s'empêcher de se poser la même question. Après plus de dix ans à retourner les possibilités dans tous les sens, il n'y avait plus qu'une explication qui faisait sens.
Jusqu'à aujourd'hui, il n'avait jamais eu le courage de la prononcer à voix haute.
Il bascula sur le côté pour lui faire face.
- Tu veux vraiment savoir ce que je pense ? souffla-t-il.
Le nez de Raphaël toucha le bout du sien quand il acquiesça.
- Bellatrix était le bras droit de Voldemort et Sirius aurait préféré mourir plutôt que trahir les Potter. D'un autre côté, j'ai toujours trouvé que Pettigrew était un lâche fini… La seule chose à laquelle je peux penser, c'est que, d'une façon ou d'une autre, Pettigrew était responsable de la mort des Potter… James et lui étaient plus que des frères alors, évidemment que Sirius l'a détruit en cherchant à le venger. Ces pauvres moldus se sont trouvés au mauvais endroit, au mauvais moment…
Raphaël resta silencieux un long moment.
- D'après ma mère, Voldemort était un très grand manipulateur. Tu ne crois pas qu'il aurait pu convaincre ton frère de trahir ?
- Le crâne de mon frère est sans doute plus épais que le tien. Personne n'a jamais réussi à lui faire faire quelque chose dont il n'avait pas envie. Et, crois-moi, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Au fond, ça ne change pas grand-chose, pas vrai ? Que j'ai raison ou pas, il reste un meurtrier.
Et, au fond, il ne valait pas mieux que lui. Il n'excluait pas d'être celui qui avait le plus de sang sur les mains.
Raphaël posa sa main juste au-dessus de son cœur.
- Ça faisait longtemps…
Il grimaça : s'il était complètement honnête avec lui-même, il ne pensait plus assez souvent à ce qu'il avait fait pendant la guerre. Le nom et les visages de ses victimes étaient de plus en plus flous dans ses souvenirs. Ce n'était pas quelque chose dont il était très fier.
- Je me suis toujours demandé qui était Arcturus ?
Le changement de conversation lui fit froncer les sourcils.
- Comment ça ?
- Lors de notre deuxième rendez-vous, la première étoile que tu m'as montré, c'était celle-là. J'ai bien senti qu'elle n'était pas anodine, mais tu ne m'en as jamais reparlé.
Au souvenir, il eut un nouveau sourire. De toutes les étoiles cette nuit-là, il n'avait pas pu résister.
- C'est mon deuxième prénom.
Raphaël se redressa à nouveau, ses sourcils haussés, un sourire amusé aux lèvres.
- Regulus Arcturus Black ? Vraiment ?
Il repensa brièvement à la dernière fois qu'il avait utilisé ses initiales, juste avant de se rendre dans cette maudite grotte.
- Mon deuxième prénom commence aussi par un A.
Cela ressemblait bien à Raphaël de lui avouer quelque chose en échange de ses confidences, comme pour lui montrer qu'il comprenait à quel point ce n'était pas facile pour lui.
Parce que ça ne l'était pas…
- Qui est ?
- Raphaël Alexis Delacour.
Il éclata de rire : il savait très bien que l'adolescent dans la pièce voisine s'appelait Alexis Raphaël Delacour.
- Je suis très surpris que Lucie ait accepté que tu prénommes son fils entièrement après toi.
- On avait passé un accord. Elle décidait du prénom si c'était une fille et je choisissais si c'était un garçon… ce gamin aurait pu bien plus mal tomber !
- Ça, c'est toi qui le dis !
II n'eut que le temps de le voir plisser les yeux avant qu'il ne commence à le chatouiller en représailles avec une expertise diabolique.
Il se retrouva coincé entre le matelas et le corps de Raphaël, ses poignets emprisonnés par sa main droite, le ventre et les joues douloureux à force de rire. Puis Raphaël l'embrassa, sa main libre quitta la naissance de ses côtes pour se glisser sous son t-shirt, il emmêla ses doigts avec les siens, le laissant libre de lui rendre ses caresses.
Bien vite, ce ne fut plus leur rire qui troublèrent le silence mais leurs gémissements et leurs soupirs tandis qu'ils ondulaient l'un contre l'autre.
Les derniers vêtements qu'ils portaient trouvèrent leur chemin sur le sol ou se perdirent entre les draps. Raphaël murmurait des promesses et des prières contre sa peau, ce qui ne l'empêcha pas de revisiter les endroits où il était chatouilleux avec ses lèvres, lui tirant un bref éclat de rire qui lui faisait perdre le peu de souffle qui lui restait.
Il sut que Raphaël ne jouait plus quand il suça doucement la peau sensible à l'intérieur de sa cuisse droite, laissant au moins une marque violette derrière lui.
Il se mit à trembler, ce que Raphaël salua d'un sourire appréciateur, avant de croiser son regard à nouveau.
La lumière était encore allumée au-dessus d'eux. Le visage de Raphaël était écarlate, ses yeux engloutis par ses pupilles.
- Stop teasing, gémit-il, sans réussir à être aussi menaçant qu'il aurait voulu.
Le sourire de Raphaël s'élargit, sa bouche si proche de son érection que la seule vue le rendait incohérent.
- Tu parlerais encore français si ce n'était que de la provocation.
Il aurait aimé avoir quelque chose de mordant à répliquer, mais les mots se transformèrent en gémissement quand une délicieuse chaleur enveloppa son pénis.
La notion de langage devint hors de portée. Raphaël le connaissait désormais par cœur. Il savait comment lui arracher un orgasme en moins d'une minute de cette façon et, si le plaisir qui embrumait de plus en plus son cerveau était un indicateur – sans parler de la pellicule de sueur sur son corps, du tremblement des muscles de ses cuisses et des spasmes de son abdomen –, il semblait décidé à établir un nouveau record.
Ce fut cette pensée qui l'aida à retrouver un peu de lucidité.
D'un geste approximatif, il repoussa un peu Raphaël, qui le libéra dans un pop humide qui faillit bien lui refaire perdre le fil.
- I want you – ah – inside me.
La vague de désir – brûlante – qui le traversa précéda les lèvres de Raphaël sur les siennes.
C'était dans ces moments-là qu'ils étaient tous les deux contents de pouvoir utiliser la magie, parce qu'à ce rythme, la seule chose que Raphaël allait avoir le temps de mettre à l'intérieur de lui était ses doigts et ce n'était pas ce qu'il voulait.
Et s'il aimait – le mot était faible mais il n'avait pas mieux – toutes les sensations qui lui donnaient l'impression que son sang se mettait à bouillir le long de ses veines, que sa tête devait légère – si légère – et que sa poitrine devenait trop étroite pour contenir son coeur, à chaque fois – chaque putain de fois – que Raphaël le pénétrait, il aimait encore plus la façon dont Raphaël semblait avoir toutes les peines du monde à rester lucide. Son regard devenait vitreux, sa mâchoire se verrouillait et son empathie s'affolait.
Et peut-être que, parfois, sa capacité à sentir chacun de ses états d'âme était agaçante, dans ces moments-là, où leurs corps étaient liés si parfaitement, sentir les émotions de Raphaël se mêler aux siennes, le laissait émerveillé.
Et sans doute encore plus amoureux.
- Regulus, gémit Raphaël, avant d'enfouir son visage dans la courbe de son cou.
Il s'agrippa à sa nuque, embrassa les mèches humides de ses cheveux, puis l'encouragea à bouger. Il ferma les yeux, submergé par les sensations dans son corps, la peau de Raphaël contre la sienne, leurs gémissements, les vagues d'émotions – plaisir, désir, tendresse, amour –, le léger couinement du lit…
Raphaël ne tarda pas à l'emmener voir les étoiles.
Un peu plus tard, après qu'ils se soient embrassés encore un peu – le temps que Raphaël reprenne le dessus sur son empathie, que leur respiration s'apaise – et qu'ils aient utilisé la magie pour se rafraîchir, Raphaël retraça du bout des doigts les cicatrices dans son dos.
Dans la rue, une moto passa en pétaradant.
Le cerveau embrumé par le sommeil, il cligna lentement des paupières.
- Tu ne m'as jamais dit, pourquoi Nigel Sky ?
Quinze ans plus tôt, il aurait pu choisir n'importe quel nom. S'il avait vraiment voulu être malin, il aurait dû choisir une identité et une apparence différente à chaque fois. A la place, il s'était inventé un alter-ego qui lui permettait d'être juste un peu libre – même si ce n'était qu'un mensonge – . Son costume lui permettait de se mêler aux Serdaigles sans qu'on ne lui pose trop de questions et de devenir invisible aux yeux des Serpentards. Si quelqu'un s'en était donné la peine, il n'aurait pas été difficile de découvrir la supercherie.
Une part de lui aurait aimé que les choses se terminent ainsi.
Dans tous les cas, il n'avait pas eu besoin de réfléchir longtemps quand il avait fallu donner un nom au gouvernement français à son arrivée à Paris.
- Ça veut dire « ciel noir », répondit-il. C'est tout ce qu'il reste quand les étoiles meurent.
Les doigts de Raphaël quittèrent sa peau pour ses boucles. Il était certain qu'il souriait.
- C'est au moins aussi dramatique que poétique. Je suppose que ça te correspond parfaitement.
Il ne sut quoi faire de ça. Il cessa de résister au sommeil.
- Je préfère Regulus Arcturus Black.
Ce fut la dernière chose qu'il entendit avant de s'endormir.
…
Je sais que certain·es attendaient que ces deux idiots abordent ensemble le sujet du « mystérieux grand frère » de Reggie. J'espère que je me suis montrée à la hauteur !
(1) Je reviendrai dessus au moment où la timeline rejoindra celle du tome 4, et je suis peut-être un peu biaisée sur la question, mais j'ai beaucoup de mal à imaginer qu'il y a un uniforme à Beauxbâtons… Ça colle juste pas avec le système scolaire français (à mon sens).
Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
-Regulus, de nouveau vraiment sorcier, qui ne peut pas s'empêcher de copier son grand frère xD.
- Regulus et Raphaël, qui ne manquent jamais de défendre l'autre de ses démons.
- Regulus et Alexis, un duo que j'aime vraiment, vraiment beaucoup.
- Les Malefoy, AKA, les invités surprises dont Reggie se serait bien passé (allez, j'ai pas pu m'en empêcher).
- Regulus qui rencontre (sans le savoir) sa nièce (quand je vous dis que j'ai pas pu résister).
- La théorie de Regulus sur Sirius (personne ne me fera croire que Reggie a pu penser trente secondes que Sirius avait pu prendre la Marque).
- Raphaël, qui n'est pas vraiment impressionné par l'arbre généalogique de son chéri.
Je crois que j'ai presque rien oublié !
Je ne vais toujours pas faire de promesses que je ne vais peut-être pas pouvoir tenir, mais je vais essayer de poster fin juillet, et ça sera encore par ici.
A ce sujet, le nouveau chapitre de Supernova est en ligne si jamais vous avez loupé l'info.
D'ici là, profitez bien du soleil et de cette pause estivale !
Orlane.
On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !
Mis en ligne le 09/07/2022
