Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui œuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.


Des mercis et des bisous à feufollet, Mme DeLux, LaraBlack, Sun Dae V, Jyel (x5) et Elsie.S (x12) pour leur review. Vos mots ne manquent jamais de me remotiver ! Keur:keur:keur sur vous !


RàR :

Lara Black:
Hey hey hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Ravie que le mariage t'ait plu ! (j'ai beaucoup aimé l'écrire, en tout cas). On se rapproche de plus en plus de la fusion des timelines, patience ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Bonjour à toutes et à tous !

Comment va la vie de votre existence en cette nouvelle année ? (Le temps file à toute vitesse, ça me fait personnellement un peu flipper !)

Je vous souhaite une année 2024 plus douce que 2023 et je vais pas trop allonger la liste des vœux, parce que rien que ça, ça serait déjà très bien (et que c'est déjà mal barré).

Que dire de plus ? Depuis la dernière fois, il y a eu une mise à jour du côté de Supernova, le Grand Méchant Nano (40k pour cette année, le travail ne m'a pas permis de faire plus) et une actualité pas très réjouissante.

J'ai également posté deux petits projets (enfin « petits », c'est exagéré) en exclusivité sur AO3 (où vous me trouverez sous le même pseudo). Pour changer, ça parle des Black, parce qu'on ne change pas une équipe qui perd !

Et du côté de la suite de Supernova, je suis sur la fin de l'année 1996. J'ai pris comme bonne résolution de faire le ménage sur tous mes chapitres en travaux et de terminer la timeline du tome 6 pour cette année !

Trêve de bavardages, je vous laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Spin-Off : Gravity

Chapitre 18

Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.


Summer 1993

Au large de la civilisation, loin de la technologie moldue et un peu à l'écart de la ville sorcière cachée sur l'île Mal di Ventre, la nuit semblait plus sombre, les étoiles plus brillantes. Il aurait pu se perdre dans l'immensité qui le surplombait, suivre des yeux les constellations à la recherche de noms familiers, peut-être même contempler la possibilité que sa réalité n'était qu'une version parmi des milliers d'autres.

Il préféra se contenter de la beauté déployée par la nature. La façon dont la bande de sable devenait plus étroite à mesure que l'eau avançait, l'horizon sans limite, l'immensité de la mer calme qui reflétait la Voie Lactée. Le bruit des vagues se rapprochait, noyant un peu plus celui des insectes cachés dans la végétation, du vent qui faisait grincer les branches des arbres, des pieds nus de Raphaël sur la pierre nacrée de la terrasse, des battements de son cœur serein dans sa poitrine.

- Champagne ?

Il lâcha la plage du regard sans le moindre regret pour une vision encore plus fascinante.

La terrasse était uniquement illuminée par la clarté argentée de la lune au-dessus d'eux, ce qui n'était pas l'éclairage qui mettait le plus son mari – Merlin – en valeur. Il le préférait baigné par le soleil, ce qui s'accordait bien mieux à son teint doré, faisait ressortir les mèches blondes dans ses cheveux et démultipliait les taches de rousseur sur son visage, mais il le détailla quand même, s'arrêtant sur la barbe qu'il ne rasait jamais quand il était en congé, sur les quelques marques qu'il avait laissé sur sa peau et sur la façon dont son fin maillot de corps accentuait sa silhouette athlétique.

Un sourire amusé joua sur les lèvres de son mari – Viviane – puis il haussa un sourcil, terminant de le sortir de ses rêveries.

Il ne remarqua qu'après le verre de champagne qu'il lui tendait.

Une autre fois, ses oreilles n'auraient pas manqué de lui donner l'impression de prendre feu, mais ce soir, il s'en fichait royalement. Le sourire qui étira ses lèvres ne dût qu'accentuer l'expression éprise qui ne quittait que très brièvement ses traits depuis deux semaines, puis il attrapa la coupe.

- Tu es parfait, souffla-t-il.

Raphaël secoua la tête puis le rejoignit sur l'espèce de bain de soleil démesuré – un lit, vraiment – qui surplombait la piscine, et où ils avaient passé une grande partie de leur temps pendant leur séjour. Raphaël entoura ses épaules de son bras gauche, l'attirant contre lui. Après quelques ajustements, il soupira de contentement, puis but une gorgée d'alcool.

On faisait difficilement mieux.

Leur dernière journée en Sardaigne était, à elle seule, un bon résumé de leur voyage de noces. Il avait été réveillé par le bruit des vagues et des oiseaux. Il avait consacré presque une heure à surveiller le sommeil paisible de Raphaël, s'évertuant à passer en revue les souvenirs des derniers jours afin de les graver dans sa mémoire, utilisant toutes les techniques à sa disposition pour les préserver dans une petite vitrine dorée, à la manière d'une collection plus précieuse que tous les joyaux amassés par la famille Black au fil des générations.

Éventuellement, il avait fini par le réveiller, usant de caresses, de baisers et de mots tendres pour l'arracher avec douceur aux bras de Morphée. Cela faisait longtemps maintenant qu'il s'était donné pour mission de faire en sorte que Raphaël Delacour s'éveille avec un sourire aux lèvres tous les jours.

Il avait largement atteint son objectif au cours de leur Lune de Miel.

Ils avaient fait l'amour lentement, leurs corps encore alangui par le repos, leurs baisers parfois interrompus par des éclats de rire. Leurs cœurs, reliés par l'empathie de Raphaël, avaient saturé ses cellules de bonheur et d'amour.

Il y avait pire façon de commencer la journée.

Ensuite, Raphaël était parti courir pour distancer un peu plus ses démons. A son retour, il l'avait observé faire son yoga depuis l'intérieur de la maison, faignant d'être absorbé par son livre, soucieux de ne pas – trop – le déconcentrer.

La petite ville sorcière cachée sur l'île Mal di Ventre n'offrait guère de distraction. Il y avait quelques boutiques, le glacier de son enfance, trois restaurants et autant d'hôtels. D'une certaine façon, la nature offrait un spectacle plus fascinant que n'importe quelle pièce de théâtre et même le tableau réalisé par le plus talentueux des peintres ne valait pas la réalité. Ils passaient donc leur après-midi sur la plage. Quand il ne s'essayait pas au surf – un étrange sport moldu qui consistait à tenir en équilibre sur une planche de bois lancée à l'assaut des vagues – Raphaël finissait toujours par lui arracher son livre des mains pour l'obliger à aller se baigner, et il protestait à chaque fois que son mari – Morgane – le soulevait du sol pour lui épargner de rejoindre l'eau en sautillant sur une seule jambe.

Ce soir, ils avaient été au restaurant – la cuisine était simple, les produits frais et savoureux – puis ils avaient acheté une dernière glace qu'ils avaient mangé sur le chemin menant à la petite maison qu'ils avaient loué.

Il n'avait pas très envie de partir dans quelques heures.

S'il était tout à fait honnête, la perspective lui nouait le ventre. Ils s'étaient soigneusement tenus loin des nouvelles du monde – ce qui était facile sur une île où ces dernières étaient en italien – cependant, il doutait que le monde se soit figé en attendant leur retour. Demain, il allait non seulement retrouver la chaleur étouffante parisienne mais aussi les conséquences de l'évasion de son frère.

La nouvelle de son arrestation aurait très certainement fait la une et se serait retrouvée sur toutes les lèvres, ce qui n'avait pas été le cas. Deux possibilités, donc : Sirius s'était noyé dans la Mer du Nord ou il tenait les Aurors en échec.

Les lèvres de Raphaël embrassèrent délicatement le côté de son front, le ramenant dans le moment présent.

- Tu as réfléchi à ce que tu allais dire à ma mère ? demanda-t-il.

Il ne s'étonna même pas de sa question. C'était loin d'être la première fois que Raphaël devinait où ses pensées vagabondaient.

- La vérité, répondit-il.

Contrairement à leur résolution le jour de leur mariage, ils n'avaient pas reparlé de leur dispute concernant ce qu'il devait faire – ou non – des quelques informations qu'il possédait sur son frère et qui pourraient, ou non, permettre sa capture. Cela ne signifiait pas qu'il avait réussi à ne pas y penser du tout. Il avait analysé tout ce qu'il savait sur Sirius pour y inclure les nouvelles informations que Simone lui avait données – la mort de cette américaine, la disparition du nourrisson – dans l'espoir de reconstituer une chronologie qui aurait du sens.

Ses efforts n'avaient pas été couronnés de succès. S'il ignorait beaucoup de choses sur son frère – les rouages de son esprit lui étaient restés inaccessibles toutes ces années –, et s'il imaginait volontiers que la guerre avait pu le changer, il ne parvenait pas à concevoir – ou il ne le voulait pas – que Sirius ait pu assassiner sa petite-amie de sang-froid.

Préférer porter des coups mortels lors des batailles, tirer sur les Mangemorts qui croisaient sa route, annihiler Peter Pettigrow pour lui faire payer sa trahison et tuer douze moldus au passage, certainement. Après tout, Sirius n'était pas connu pour sa demi-mesure. Son éducation Sang-Pur avait forgé en lui la certitude que le camp d'en face ne lui ferait pas de cadeaux.

Alors, à moins que cette Judith Adler eût été une Mangemort et qu'elle eût essayé de le tuer – un privilège que Bellatrix n'aurait accordé à personne – il ne comprenait pas. Il avait donc décidé d'attendre ce que Simone allait lui dire de plus sur la question, espérant un peu que l'enquête aurait avancé pendant son absence. Il y verrait plus clair une fois qu'il saurait pourquoi Sirius s'était échappé et comment il s'y était pris.

En attendant, il ne pouvait pas prendre le risque qu'il tue encore des personnes innocentes au nom d'une autre vendetta personnelle. Si son silence faisait à nouveau couler du sang, il ne se le pardonnerait pas.

Plus jamais.

- J'ai vraiment du mal à croire que ton frère soit un Animagus non déclaré, mon amour.

Il avait eu besoin de voir Patmol pour s'en convaincre tout à fait, aussi ne pouvait-il pas lui en tenir rigueur.

- C'est pourtant le cas, dit-il en relevant la tête vers lui, juste à temps pour surprendre une moue sceptique.

Raphaël resta silencieux quelques secondes.

- Tu sais s'il avait une raison en particulier ou c'était juste pour prouver qu'il en était capable ?

A la façon dont le coin de ses lèvres frémit, il comprit que son mari – Circé – se moquait un peu de son projet de devenir Animagus à son tour.

Il décida de ne pas relever, parce que cela ne servirait qu'à l'encourager.

- Pour être tout à fait honnête, Sirius aurait pu décider de devenir Animagus suite à un défi de ses amis, mais puisque James Potter et Peter Pettigrew ont eux aussi pris part à l'aventure, je suppose qu'ils ont fait ça pour tenir compagnie à Remus Lupin lors des pleines lunes.

Ce n'était qu'une hypothèse, mais elle avait au moins le mérite d'expliquer ce que trafiquaient les Maraudeurs à chaque pleine lune – un mystère qui avait failli coûter la vie à Severus Rogue, à l'époque –.

- James Potter et Peter Pettigrew étaient eux aussi des Animagi non déclarés ?

- Oui.

Raphaël plissa les yeux, son empathie une délicate pression à l'avant de son crâne.

- Tu en es sûr ?

Il maudit son frère en silence.

- Absolument, grogna-t-il.

Raphaël sembla vouloir le contredire, mais son don dut le convaincre qu'il n'y parviendrait pas, car il se ravisa.

- En quoi se transformaient-ils ?

- En cerf pour James Potter. Je n'ai jamais su pour Pettigrew. Une petite bestiole, sans doute.

Raphaël le dévisagea, son empathie de nouveau à l'affût. L'expression de son mari – Adèle – devint un peu plus perplexe.

Il réussit à ne pas – trop – se vexer.

- Je ne mens pas, grinça-t-il.

Raphaël eut un bref éclat de rire.

- Non. Et il n'y a pas non plus la moindre trace de doute dans ton cœur. Ma mère ne va pas être déçue du voyage demain !

Il avait bien compris que Simone Bonaccord ne l'avait pas cru, deux semaines plus tôt, quand il lui avait annoncé que Sirius Black n'avait jamais pris la Marque des Ténèbres.

Puisqu'il n'avait pas plus de preuves à lui fournir pour la convaincre que son frère pouvait se transformer en un gros chien noir, il y avait peu de chance que ses prochaines confidences nuisent à Sirius.

Toutefois, il aurait sa conscience pour lui.

- Me crois-tu, toi ?

Raphaël retrouva son sérieux, puis libéra ses épaules pour pouvoir envelopper sa joue gauche, sa paume chaude contre ses cicatrices.

Il se perdit un peu dans son regard perçant.

- Je te crois quand tu dis qu'il n'a pas pris la Marque, souffla-t-il. Et je te crois quand tu me dis qu'il a tué Pettigrew pour venger les Potter. Ce n'est pas la version officielle, mais ça se tient. J'ai un peu plus de mal à concevoir qu'il soit devenu un Animagus avant ses vingt ans. Et je t'avoue que je ne sais pas trop quoi penser de l'histoire du meurtre de sa petite-amie et de la disparition de ta nièce.

Il serra les paupières, ce que Raphaël salua d'un nouvel éclat de rire.

Quand bien même Maellyn Black – ou Adler, pour tout ce qu'il en savait – était certainement morte depuis des années, la nouvelle branche de son arbre généalogique le laissait perplexe. Il ne parvenait pas plus à concevoir que Sirius soit devenu père qu'à se convaincre qu'il avait eu – avait peut-être toujours – une nièce.

La main de Raphaël libéra sa joue pour attraper son menton avec douceur. Il lui trouva une expression plus sérieuse.

Incertaine, presque.

- Je ne t'ai jamais demandé, parce que je suis assez certain de connaître la réponse, mais est-ce que tu voudras qu'on ait des enfants, un jour ?

Un étrange grésillement envahit ses oreilles pendant de longues secondes tandis que son cerveau échouait, encore et encore, à interpréter de la bonne façon la question de Raphaël.

- We are two men, dit-il finalement. We cannot.

Raphaël eut ce sourire un peu timide – celui qu'il considérait comme le sien puis caressa son visage du bout des doigts.

- Pour tout ce que j'en sais, on ne serait pas les premiers à trouver un moyen de contourner ce détail. Alors ?

Il secoua la tête sans avoir besoin d'y réfléchir. Il avait longtemps cru que la paternité serait un passage obligé de son existence. En tant qu'héritier d'une grande famille Sang-Pur, son premier devoir était d'engendrer un fils pour assurer la continuité de sa prestigieuse lignée. S'il avait épousé Emily Rosier, il aurait fait de son mieux pour être un meilleur père qu'Orion Black, mais il doutait qu'il aurait réussi à construire une relation digne de celle qu'il avait pu observer entre Alexis et Raphaël ou entre Louis et ses deux filles. Les bébés le mettaient mal à l'aise – et s'il se fiait au peu de contacts qu'il avait eu avec Clélia, la fille cadette de Charlie et Lucie, le sentiment était tout à fait réciproque –. Cela ne signifiait pas qu'il détestait les enfants, ou qu'il était incapable d'interagir avec eux sans les faire pleurer – à partir du moment où ils savaient parler et faire preuve d'un peu de raison, du reste –, juste qu'il laissait cela à ceux qui avaient vraiment envie de se dévouer corps et âme à l'éducation des adultes de demain.

Qui plus est, et malgré l'avis de Raphaël sur la question, il avait encore du mal à se convaincre que les crimes qu'il avait commis pendant la guerre ne corromprait pas l'innocence d'un enfant.

Raphaël approuva sa réponse d'un simple hochement de tête. Son sourire demeura doux, son regard tendre. Il n'y avait pas l'ombre d'une déception ou d'un regret, ce qui ne l'empêcha pas de demander en retour, juste pour être sûr.

- Et toi ?

- J'ai Alexis, alors c'est différent, dit-il. Si ça avait été important pour toi, je me serais fait à l'idée de me replonger dans les couches et j'aurais supporté avec philosophie la pression sur mon empathie, surtout que je suis convaincu que tu aurais été un très bon père, mais je suis aussi très heureux de pouvoir me consacrer seulement à nous.

Et comme pour le lui prouver, il l'embrassa délicatement. Sa main gauche glissa de son menton à sa poitrine. Il fut traversé par une sensation brûlante qui lui donna l'impression que son pauvre cœur allait se consumer à la façon d'une supernova. L'amour de Raphaël manqua de justesse de provoquer des larmes et lui donna l'impression d'illuminer jusqu'aux recoins les plus sombres de son âme.

Il haleta contre ses lèvres à la recherche d'un peu d'air, sa main agrippée à sa nuque pour se raccrocher à quelque chose. Raphaël mit fin au baiser, embrassa sa joue, souffla un « je t'aime » à son oreille, puis enfouit son visage dans la courbe de son cou.

Sa barbe râpait sa peau à chacune de leur inspiration mais il refuserait de bouger pour tout l'or du monde. Il préféra fermer les yeux, s'enivrer de l'odeur de l'homme de sa vie, mêlée à celle des pins et à l'air marin, ses doigts traçant des cercles sur son cuir chevelu, souriant un peu plus largement à mesure que Raphaël se détendait contre lui.

Il crut qu'ils allaient s'endormir, tous les deux – ce qui ne serait sans doute pas une très bonne idée les nuits étaient fraîches – mais les aboiements agressifs d'un chien, suivi par les cris indignés d'une nuée de mouettes, les sortirent de leur étrange torpeur.

En toute honnêteté, il n'aurait pas été surpris que l'animal ait des faux airs de Sinistros. Raphaël dut sentir qu'il pensait à son frère, car il rit doucement avant de se redresser.

Il leur servit à nouveau du champagne, puis fit tinter leur verre délicatement dans le calme retrouvé.

- Disons qu'il se soit juste échappé parce qu'il en a eu l'opportunité, tu vas essayer de reprendre contact avec lui ?

Par moment, il réalisait encore difficilement que Sirius avait réussi à s'échapper d'une forteresse imprenable, gardée par des créatures aussi malfaisantes que Voldemort et tous ses sbires réunis.

Si personne avant lui n'avait réussi cet exploit, ce n'était pas seulement parce que les Détraqueurs étaient des gardiens zélés. Leur pouvoir était plus efficace que des barreaux. Rendus fous de désespoir, les prisonniers étaient d'abord enfermés dans leur propre tête, privés de leur capacité à faire de la magie, réduis à l'impuissance.

Si Sirius avait organisé sa propre évasion de l'intérieur, sans magie, sans moyen et sans complice, délibérément, ça le laissait avec l'espoir que son frère ne soit pas qu'une coquille vide que malgré douze années en Enfer, il soit encore un peu lui-même.

C'était dangereux.

Alors la possibilité de reprendre contact avec lui après tout ce qu'il y avait eu entre eux ?

- Ca le terrifiait.

- Tout le Royaume-Uni est à ses trousses. S'il reçoit une lettre de son petit frère, qu'il pense mort depuis près de quinze ans, tu crois vraiment qu'il va y voir autre chose qu'un piège ?

Et même s'il le croyait, il était tout à fait possible que Sirius refuse purement et simplement de le revoir. Une part de lui préférait l'incertitude.

- C'est toi qui soutiens qu'il est stupide et téméraire.

- Tu ferais moins le malin si on se retrouvait avec un fugitif sur le pas de notre porte.

- C'est ton frère aîné. Il doit avoir tout un tas d'histoires à ton sujet. Je suis certain que ça ne serait pas si pire.

Même si une telle chose ne se produirait jamais – Sirius allait se faire rattraper ou se faire tuer sans qu'ils ne se revoient, il en mettrait sa baguette à brûler –, il salua quand même la tirade moqueuse de Raphaël d'un regard particulièrement assassin.

Son mari éclata de rire, un peu à la façon d'un gamin fier de sa bêtise.

Il résista quand Raphaël essaya de le distraire en l'embrassant à nouveau – il refusait que cette diversion fonctionne à chaque fois –, ce qu'il ne tarda pas à regretter quand l'idiot avec lequel il allait passer le reste de sa vie entreprit de le chatouiller, le faisant rire jusqu'aux larmes.

- Je te déteste, grogna-t-il, peinant à retrouver son souffle.

Raphaël haussa un sourcil puis se pencha vers lui.

- Menteur, souffla-t-il juste avant de l'embrasser.

Contrairement aux inquiétudes de Raphaël, leur maison était encore debout.

Seules les guirlandes enchantées emmêlées dans les arbres témoignaient qu'une fête avait eu lieu dans le jardin deux semaines plus tôt. La porte fenêtre qui donnait sur leur chambre était ouverte, les voilages ondulaient, portés par un léger vent venu du large.

Alexis, vêtu d'un simple short et d'un t-shirt, les attendaient comme convenu sur la terrasse. Il avait dû faire beau sur l'ouest de la France car son teint était plus hâlé que dans ses souvenirs. Ce n'était sans doute pas plus mal, parce que si grandir avec Sirius Black lui avait bien appris quelque chose, c'était qu'une bande d'adolescents pouvaient en venir à des mesures radicales pour tromper l'ennui.

- Bonne nouvelle, aucun mort n'est à déplorer ! s'écria l'adolescent quand ils furent à portée de voix.

- Est-ce une façon de m'annoncer avec tact qu'il y a eu des blessés ? répondit Raphaël.

Alexis leva les yeux au ciel, dans une imitation assez convaincante de Lucie, sa mère. Le sourire malicieux de l'adolescent se transforma en grimace douloureuse. Il tendit un bras dans leur direction.

- Ma tête ! Par Adèle, ne m'approchez pas plus !

Il se stoppa tandis que Raphaël étouffait difficilement une imprécation.

- Tu exagères ! Ce n'est pas si pire !

Il eut du mal à retenir un éclat de rire face à l'expression outrée d'Alexis.

- Qu'est-ce que tu en sais ?! Tu n'en sens que la moitié ! Mon cerveau me donne déjà l'impression d'être en train de frire dans ma boîte crânienne !

Raphaël ouvrit la bouche pour répliquer mais aucun son ne sortit de sa bouche. A la façon dont il le détailla du coin de l'œil, les plis plus marqués que d'habitude entre ses deux sourcils, il y avait même de bonnes chances pour que les protestations d'Alexis soient fondées.

Le fils de Raphaël avait hérité de son empathie. A la différence qu'il était un meilleur projecteur, son don était aussi puissant que celui de son père. Il avait très tôt fait savoir à Raphaël que les sentiments qu'il nourrissait à son égard, au tout début, lui donnaient mal à la tête.

S'il n'allait pas se plaindre que ces derniers n'avaient pas perdu en intensité au fil des années, Alexis avait un tout autre point de vue sur la question.

Il prit une profonde inspiration pour essayer d'apaiser ses émotions au maximum – quatre ans n'avaient pas été de trop pour développer une ou deux astuces –, même s'il était assez convaincu qu'il lui faudrait encore quelques semaines pour que la bulle de bonheur dans sa poitrine ne lui donne plus l'impression d'être capable de voler.

- Je vais monter nos affaires, souffla-t-il plutôt, avant d'embrasser Raphaël sur la joue. Je vous rejoins plus tard.

Alexis garda ses distances avec lui, une grimace mi-douloureuse, mi-contrite sur les lèvres.

- Ça ne se voit pas, mais je suis quand même content de te voir !

- Moi aussi, Alexis.

Il aimait beaucoup le fils de Raphaël. Il était plein de vie, intelligent et il avait le cœur au bon endroit. Leur relation était basée sur une confiance mutuelle et sur de nombreuses heures de tutorats glanées les dimanches après-midi, quand Alexis était coincé sur ses devoirs – une corvée à laquelle il ne s'attelait que très tard –. Parfois, il ne savait pas trop quoi faire de son étiquette de « beau-père », parce qu'il s'agissait d'un rôle qui n'existait – presque – pas dans le monde Sang-Pur pour commencer, et parce qu'il ne se sentait pas légitime à marcher sur les plates-bandes de Lucie et Raphaël. Après tout, l'éducation qu'il avait reçu plus jeune n'était pas ce que l'on faisait de mieux, il ignorait tout du fonctionnement d'un enfant – ou d'un adolescent –, et il restait un ancien Mangemort, qui avait tué et torturé.

Il estimait qu'il avait eu de la chance qu'Alexis ait déjà fait sa rentrée à Beauxbâtons quand il avait rencontré Raphaël. Ils avaient pu s'apprivoiser un weekend à la fois, à un âge où Alexis n'était pas encore tout à fait un adolescent et plus trop un petit garçon. Son empathie avait aidé aussi, sans doute.

Quatre ans plus tard, le gamin s'était fendu d'un « enfin ! » quand il lui avait confié qu'il comptait demander Raphaël en mariage. Il l'avait même aidé à mettre au point un moyen de brouiller l'empathie de son père afin qu'il ne se trahisse pas à l'hôpital des Anges.

Sans vraie surprise, la maison était parfaitement rangée – trop bien rangée, même – parce qu'Alexis était suffisamment malin pour savoir qu'il ne pourrait pas réinviter ses copains ici, loin de toute ingérence de la part des adultes, s'il ne respectait pas les quelques règles que Raphaël avait fixé avant leur départ.

Il déposa les deux sacs sur le lit, puis fit un détour par le balcon. La vue était bien différente de celle qui les avait accompagnés pendant deux semaines, mais ce n'était pas mal non plus. C'était, en tout cas, moins brutal qu'un retour direct à Paris.

La petite collection de cristaux qu'il avait laissé sous la fenêtre de la salle de bain n'avait pas bougé. Il les replaça un à un dans la pochette en soie, puis passa le long cordon qui la refermait autour de son cou. Les pierres trouvèrent leur place devant son cœur, ce qui devrait être suffisant pour lui permettre d'être dans la même pièce qu'Alexis.

Le père et le fils étaient installés dans le salon, une bièraubeurre à la main, les similitudes dans leur profil et leur façon de se tenir clamaient bien que le même sang coulait dans leur veine. Il n'écouta que d'une oreille le récit d'Alexis – quelque chose à propos d'une grotte à quelques kilomètres de là qui était censée être hantée par les esprits de marins malchanceux –.

Est-ce que tu voudras qu'on ait des enfants, un jour ?

Raphaël l'avait un peu pris au dépourvu, la veille.

Je suis convaincu que tu aurais été un très bon père.

Son mari avait parfois du mal à rester objectif le concernant. La seule chose qu'Orion lui avait appris, c'était à penser la paternité comme un devoir : le seul moyen à sa disposition pour transmettre son nom prestigieux. Au regard de ce qu'avait produit la dernière génération des Black – trois meurtriers, une rebelle et une complice de la folie de Voldemort –, il considérait qu'il était plus sage que la lignée en question s'arrête là.

Il était même soulagé d'avoir échangé le nom de Black avec celui de Delacour.

Son désintérêt complet pour la question n'empêchait pas qu'il aimait voir Raphaël avec Alexis et qu'il aimait encore plus la certitude qu'une partie de cet homme impossible continuerait à exister bien après que son règne se soit achevé.

Le monde ne s'en porterait que bien mieux.

Il les observa en silence pendant encore de longues minutes, puis il rejoignit Raphaël sur le canapé, attrapant la troisième bouteille sur la table basse.

- Vous êtes restés sur l'île ou vous avez visité un peu l'Italie ?

Il se tourna vers Raphaël, un sourcil levé. L'expression de son mari devint un peu trop dégagée, ce qui valut à Alexis de lever les yeux au ciel.

Il lui avait proposé plusieurs fois de profiter de la situation géographique de l'île pour aller voir Rome ou Florence (et peut-être même saisir l'occasion de rencontrer Faustus en chair et en os), mais Raphaël avait toujours répondu qu'ils auraient d'autres occasions de jouer les touristes quand il s'agissait de leur unique Lune de Miel.

Il devait avouer que ses autres arguments avaient été convaincants, aussi n'avait-il pas trop insisté.

- Regulus en aurait profité pour prospecter au nom d'Eugène.

- Dit-il, alors qu'il n'a pas pu s'empêcher d'aider une touriste allemande à accoucher.

- Ce n'est quand même pas de ma faute s'il n'y avait aucun Médicomage sur cette île ! Et puis, on a pas idée de prendre un Portoloin quand on en est à son troisième trimestre.

Alexis éclata de rire.

- C'était une fille ou un garçon ?

- Un garçon. Je crois que les parents ont bien failli le nommer Raphaël.

- Ça, ça aurait été une mauvaise idée.

Raphaël attrapa le coussin le plus proche et le lança au visage de son fils, qui manqua de justesse de lâcher sa bièraubeurre pour se protéger.

- Fils indigne !

Comme souvent, il arbitra la chamaillerie qui suivit avec philosophie, se gardant bien de prendre parti.

- Je vais y aller. J'ai promis à maman de surveiller Sophie et Clélia ce soir. Grand-mère m'a demandé de vous rappeler qu'elle sera là à dix-huit heures.

Il eut un sourire un peu crispé tandis que le regard de l'adolescent s'attardait plus longtemps que nécessaire sur lui. Il savait qu'Alexis n'avait pas manqué de demander à Raphaël si Sirius Black était bien son frère, le jour de leur mariage. Raphaël s'était apparemment contenté d'une explication succincte, sur laquelle Alexis ne manquerait pas de revenir dès que l'occasion se présenterait.

Le départ de l'adolescent laissa place à un silence pesant. Il s'affaissa un peu contre le dossier, puis passa deux mains lasses sur son visage. Une part de lui avait hâte que Simone lui donne des nouvelles de son frère – s'il avait été vu ou si on avait repêché son corps si les Aurors avaient découvert pourquoi il s'était échappé, et comment –. L'autre était terrifiée à l'idée d'en apprendre trop. L'annonce de son évasion lui avait bien prouvé qu'il n'était pas encore prêt à affronter une réalité dans laquelle Sirius Black était mort.

Qu'importe qu'il n'ait pas l'intention de le revoir – ou même de lui envoyer une lettre – pour essayer d'arranger les choses entre eux. Sirius était le dernier lien qui lui restait avec le Royaume-Uni – avec son enfance, avec celui qu'il avait été, avec la guerre. La perspective de le couper le terrifiait.

Raphaël repoussa ses mains avec douceur, puis entreprit de le débarrasser du cordon autour de son cou. Il se laissa faire, peut-être un peu attendri par son expression contrariée. Il put deviner la seconde à laquelle il put enfin sentir ses émotions à nouveau à la façon dont ses épaules se détendirent.

- Je déteste quand tu portes ce truc, grommela Raphaël.

Il haussa un sourcil.

- Je crois qu'Alexis déteste avoir une migraine, surtout quand il doit s'occuper de ses deux petites sœurs. Il s'est bien amusé ?

Raphaël hocha la tête.

- Je suis presque sûr qu'il a fait plus d'une fête et qu'il n'y avait pas que les cinq garçons dont il m'avait donné le nom.

- Presque sûr ?

Raphaël fit un geste vague de la main.

- Il sait mieux que quiconque comment manipuler mon empathie et je lui ai promis de ne pas fouiller son cœur pour ne pas violer son intimité… Ça ne m'empêche pas de ne pas être dupe et il arrive qu'il se vende tout seul, parfois.

Ce n'était pas la première fois que Raphaël évoquait les règles qui régissait le délicat équilibre entre son empathie et celle d'Alexis. Walburga, elle, n'avait jamais manqué une occasion de profiter des leçons d'Occlumancie pour apprendre des choses qu'elle n'aurait pas dû. C'était une chance qu'il ait atteint le niveau qu'elle souhaitait avant qu'il ne commence à réaliser qu'il avait une inclinaison certaine pour les hommes.

Sa confusion à l'époque n'aurait pas manqué de lui mettre la puce à l'oreille.

- Dans tous les cas, il a été assez malin pour ne pas se faire prendre alors…

- La règle de Lucie prévaut ?

- Exactement. Pas trop inquiet pour tout à l'heure ?

Il était inutile qu'il essaye de lui mentir. Pas maintenant que les cristaux ne servaient plus d'écran à son empathie.

- Un peu. Qui sait ce qu'elle va m'annoncer, cette fois.

Raphaël eut un petit sourire en coin, juste un peu moqueur.

- Si ça se trouve, ta nièce est vivante et c'est toi qui en as la garde.

Il se raccrocha à sa bièraubeurre. L'alcool échoua à desserrer ses entrailles, mais dilua un peu le goût amer dans sa bouche. Pour tout ce qu'il en savait, il était le plus proche parent de Sirius Black. S'il se retrouvait à devoir terminer l'éducation d'une adolescente de douze ans qui avait le potentiel d'être aussi stupide et téméraire que son père, cela serait une véritable catastrophe.

Raphaël se rapprocha un peu plus de lui, puis attrapa sa main gauche avec douceur, ses doigts caressant ses phalanges comme des centaines d'autre fois, à la différence qu'ils accrochaient la bague dorée à son annulaire à chaque passage.

- Qu'importe ce que ma mère aura à te dire ou ce que ton frère aura inventé, je serai là.

I promise to be by your side, always, and to protect you against whatever may come.

Il fut presque sûr de sentir sa magie vibrer dans ses veines au souvenir.

- Je sais.

Raphaël lui sourit. Ils ne dirent rien pendant de longues minutes, trop occupés à se dévisager pour parler, sereins malgré le silence un peu étrange. Il se demanda brièvement si sa propre expression lui donnait aussi des airs d'idiot transi mais puisque la réponse était sans doute oui, il préféra savourer ce moment un peu suspendu, conscient que leur discussion avec Simone marquerait le début du retour à la réalité et la fin officielle de leur Lune de Miel. Il ne voulait pas que la petite bulle dans laquelle ils vivaient depuis deux semaines éclate.

Parce qu'il n'avait jamais été aussi heureux.

De nouvelles lumières semblèrent apparaître dans les yeux bruns de Raphaël, puis son sourire s'élargit davantage. Son mari se pencha pour embrasser le côté de son cou, sa barbe piquante, puis il le fit basculer sur le canapé.

Avant qu'il n'ait eu le temps de protester, il se retrouva piégé par le poids mort de Raphaël sur lui, l'avant-bras de ce dernier en guise d'oreiller. A son soupir appréciateur, il comprit que son mari ne comptait pas bouger de sitôt.

- Tu es lourd, ronchonna-t-il, juste pour le principe.

Raphaël ferma les yeux, son sourire encore plus large.

- Hmm, et tu adores ça au moins autant que les marques que te laissent ma barbe, alors ne fait pas ton rabat-joie.

Son visage était juste au-dessus de son cœur. Il était inutile qu'il essaye de réfuter cette observation. Il extirpa difficilement ses bras pour entourer ses épaules et caresser lentement son dos.

Si cela était encore possible, Raphaël se détendit encore plus.

Ce fut à son tour de sourire quand, moins d'un quart d'heure plus tard, Raphaël se mit à ronfler doucement.

Bercé par sa respiration régulière, la chaleur de son corps, son odeur entêtante et les battements de cœur qu'il pouvait sentir sous sa paume, il ne tarda pas à l'imiter.

Plus tard, ce fut le lointain bruit des portes de placards de la cuisine qui le réveilla.

Beaucoup plus tard s'il en croyait la pénombre qui commençait à envahir la pièce.

La personne dans la cuisine se mit à chantonner doucement, la voix familière, ce qui lui tira une grimace. Simone était connue pour sa ponctualité d'astronome.

Il remonta sa main sur la nuque de Raphaël, serra doucement.

Le grognement qu'il lui arracha vibra jusque dans ses os.

- Ta mère est arrivée, darling, chuchota-t-il. Réveille-toi.

Raphaël plissa le nez, s'agrippa un peu plus à lui pendant quelques secondes, puis battit des paupières, l'air perdu.

Il lui rappela Alexis.

Un bruit métallique résonna dans la cuisine, comme une dernière mise en garde. Raphaël consentit enfin à se redresser, non sans marmonner une malédiction à l'intention de sa mère.

- Moi aussi, je suis très contente de te voir, Raphaël, répondit-elle. Bien dormi ?

- Pas assez, répliqua-t-il, accusateur.

Simone rit doucement, puis déposa deux tasses de café et une de thé sur la table basse, avant de s'installer en face d'eux.

- Bonjour, Regulus.

Il releva le visage vers sa belle-mère. Fidèle à son habitude, elle était vêtue d'un tailleur vert foncé impeccable et ses cheveux gris étaient rassemblés en un chignon sévère.

- Bonjour, Simone. Comment allez-vous ?

- Tu fais officiellement partie de la famille, Regulus. Quand vas-tu te décider à me tutoyer ?

Il n'avait pas de réponse à cette question – s'il était tout à fait honnête, Simone l'impressionnait un peu trop pour qu'il adopte cette habitude familière –, aussi se contenta-t-il d'un sourire contrit.

- Pour répondre à ta question, je vais très bien, même si le cas de ton frère m'occupe beaucoup. Je suis toutefois contente de voir que vous avez tous les deux très bonne mine. J'en déduis que votre séjour s'est bien passé ?

- On aurait pas pu rêver mieux. Il n'y a absolument rien à faire là-bas, je suis certain que tu aurais détesté.

Simone secoua la tête. A sa façon de regarder son fils cadet, elle semblait lasse de ses moqueries, mais la tasse de café qu'elle porta à ses lèvres ne suffit pas à cacher le sourire qui lui échappa.

Il n'écouta que d'une oreille les banalités qu'échangèrent la mère et le fils, son regard sans cesse attiré par le dossier posé sur la table basse. Ce dernier semblait avoir doublé d'épaisseur en deux semaines. Il ne savait pas s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise chose.

Dans tous les cas, la présence de Simone signifiait que Sirius était encore en cavale et qu'il avait survécu à sa traversée de la Mer du Nord.

Raphaël serra brièvement sa cuisse pour le sortir de ses pensées. Simone se racla la gorge doucement.

- Sirius Black n'a toujours pas été aperçu depuis son évasion, mais puisque son corps n'a pas non plus été retrouvé, les autorités britanniques préfèrent s'en tenir au pire scénario, à savoir qu'il a réussi à rejoindre les côtes anglaises.

Chacune des deux hypothèses lui donnait le vertige, et il se raccrocha à la main de Raphaël pour s'empêcher de basculer dans un fond sans fin de suppositions.

- Pas celles françaises, alors ?

Ca ne lui avait pas paru très probable, surtout qu'Azkaban était bien trop au nord, mais on parlait de son frère. Il avait toujours été incontrôlable, il avait eu un don pour faire de ses problèmes celui de tout le monde. Il ne serait pas vraiment surpris si sa bonne étoile le poussait tout droit sur la plage la plus proche.

La façon dont Simone sembla hésiter avant de continuer lui fit froncer les sourcils.

- D'après ce que les Aurors ont pu découvrir à Azkaban, Sirius Black se serait échappé pour tuer Harry Potter.

En douze ans, il avait entendu son lot d'histoires absurdes concernant la guerre contre Voldemort, et sur Sirius Black en particulier. Les français étaient assez doués pour donner des leçons de morales, oubliant au passage que leur propre gouvernement avait échoué à attraper Gellert Grindewald dans les années 20 ou qu'ils avaient eu de la chance que leur pays soit séparé de la Grande-Bretagne par les eaux.

Ils avaient tous et toutes suivi la guerre depuis la sécurité de leur foyer. Ils s'étaient inventés des histoires à partir de récits déjà incomplets. Ils pensaient savoir quand ils ne savaient rien du tout et ils se pensaient tous qualifiés pour donner leur avis à tort ou à travers. Puisqu'il avait fait ce qu'il avait fait pendant la guerre, il se gardait bien de les corriger.

A voix haute, du reste.

Peut-être se berçait-il – encore une fois – d'illusions concernant son frère, mais c'était la théorie la plus stupide qu'il lui avait été donné d'entendre depuis son arrivée à Paris. James et Sirius avaient plus été frères que Sirius et lui. La possibilité qu'il ait pu vendre les Potter à Voldemort frôlait le délire, mais qu'il cherche à tuer son propre filleul de treize ans ?

Simone ne sembla pas apprécier sa franchise.

- J'ai réexaminé toutes les preuves à ma disposition. J'ai même demandé à deux brillantes collaboratrices de partir de ton hypothèse. Rien ne m'a permis de corroborer ta version des faits.

Les preuves à sa disposition devaient être sacrément incomplètes, parce que Sirius ne s'était jamais caché de faire partie de l'Ordre du Phénix. Non pas que cela excluait la possibilité qu'il ait pu être un espion – si on oubliait que Sirius était aussi subtil qu'une brique –.

- Et avez-vous réussi à prouver qu'il avait été un Mangemort pendant la guerre ?

Simone serra les lèvres, de nouveaux plis sur son front. Elle posa sa main sur l'épais dossier entre eux.

- Tout laisse à penser qu'il a assassiné treize personnes grâce à un sortilège de magie noire. Je regrette qu'il n'y ait pas eu de procès pour comprendre ses motivations, mais je n'arrive pas à me convaincre qu'il soit innocent pour autant.

Il aurait aimé avoir des arguments rationnels à lui opposer seulement, tout ce à quoi il était capable de penser, c'était que lui aussi, avait du sang sur les mains.

Il détourna les yeux, sa culpabilité une énorme boule dans sa gorge qui menaçait de l'étouffer. Le pouce de Raphaël commença à dessiner des arabesques sur le dos de sa main, ce qui l'aida plus ou moins à ne pas sombrer.

- Convaincus comme vous êtes, aucun de vous deux ne va changer d'avis sur sa théorie, alors inutile d'insister, intervint Raphaël avec douceur. Les Aurors ont-ils trouvé comment il a réussi à s'échapper ?

Simone soupira, lasse.

- Non. Cela demeure un mystère. Il semblerait que Narcissa Malefoy ait acheté au prix fort des conditions de détention plus tolérables à sa sœur et à son cousin, mais il s'agit d'une pratique courante. Rien n'a permis d'établir qu'il avait obtenu une aide extérieure. L'hypothèse retenue est qu'il aurait profité du moment de la distribution des repas pour se glisser hors de sa cellule, malgré les deux Détraqueurs postés devant sa porte.

Il surprit du coin de l'œil le regard interrogateur que Raphaël lui lança. Même si la perspective de trahir son frère lui donnait vaguement la nausée, il ne pouvait pas garder son secret plus longtemps. S'il se trompait sur toute la ligne et que Sirius avait bel et bien l'intention d'assassiner Harry Potter, il ne se le pardonnerait pas.

Ce pauvre gamin était innocent.

Plus jamais.

Simone pencha la tête sur le côté, son regard si perçant qu'il eut presque l'impression qu'elle était empathe, elle aussi.

Ce fut à son tour de se racler la gorge.

- Sirius Black est un Animagus non déclaré.

Simone eut un léger mouvement de recul, puis cligna des yeux lentement. Elle tourna la tête vers Raphaël qui leva sa main libre devant lui. Son mari semblait retenir difficilement un éclat de rire, ce qui lui donna envie de l'assommer.

Simone se pinça brièvement l'arête du nez.

Hésita.

- Et en quoi se transforme-t-il ?

Son ton – ses sourcils haussés, son regard dépité – lui apprit qu'elle ne le croyait pas plus que son fils.

- En un gros chien noir.

Et, vraiment, Sirius ne l'aidait pas du tout à être crédible. De toutes les formes animales possibles, il avait fallu qu'il tombe sur celle-ci !

- C'est la vérité, plaida-t-il.

Simone croisa ses mains sur ses genoux. Elle lui donna l'impression de choisir ses mots avec soin avant de reprendre.

- Je ne doute pas que tu penses sincèrement ce que tu viens de me dire, mais tu me soutiens aussi qu'il n'a jamais pris la Marque quand toutes les informations que je possède pointent dans la direction contraire…

- Ce n'est pas vraiment l'impression que cela me donne, grinça-t-il.

L'expression de Simone se mit à dégouliner de compassion, presque de pitié, et il serra les dents. S'il faisait un pas de côté, il savait à quoi il ressemblait, là, tout de suite.

Un petit garçon qui idolâtrait son grand-frère, et qui ne parvenait pas à regarder la vérité en face : Sirius Black avait été un Mangemort.

Malgré sa révolte, ses déclarations, son coup de poing, son « on a toujours le choix, Regulus ! » et l'indifférence qui avait suivie, Sirius Black avait été rattrapé par la noirceur de son nom.

Si lui n'avait pas réussi à échapper à son destin de fils héritier de la très noble famille Black, combien de temps lui restait-il avant que son propre passé ne vienne dévaster la vie qu'il s'était construite en France ?

La peur verrouilla ses entrailles, empoisonna l'air dans ses poumons, enfonça des doigts glacés dans son cœur et serra.

Seule sa fierté le sauva des larmes, quoique puisse penser Raphaël à ce sujet.

- La situation est délicate, Regulus. Les britanniques font tout ce qu'ils peuvent pour étouffer l'affaire. J'ai besoin de preuves sur ce que tu avances.

Il avait eu de nombreuses occasions de passer ses souvenirs en revue pendant les deux dernières semaines.

- Son haleine a empesté la Mandragore l'été de de ses treize ans, répondit-il, sa voix conjurant le souvenir d'Orion. Ses amis l'appelaient Patmol et ils n'arrêtaient pas de faire des jeux de mots douteux sur son affinité avec les chiens. Et je l'ai vu transformé, une fois.

Simone cessa de secouer la tête.

- Tu l'as vu se transformer, tu veux dire ?

Si seulement…

Les Maraudeurs – puisque c'était ainsi que tout le monde surnommait le petit gang formé par James Potter, Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow – n'étaient pas si facile que cela à espionner. Severus Rogue s'était cassé les dents un nombre incalculable de fois et il n'avait guère eu plus de chance, les rares occasions où il s'était laissé tenter par la curiosité. Non contents de connaître le château mieux que Rusard, ils étaient aussi capables de disparaître subitement ou de deviner qu'ils étaient suivis. Vraiment, si son entraînement de Quidditch ne s'était pas éternisé, il n'aurait sans doute jamais découvert en quoi se transformait son frère.

- Pas exactement, non. Mais j'ai surpris Remus Lupin avec un cerf et un gros chien noir, une fois. Je suis certain qu'il s'agissait de mon frère et de James Potter.

- Parce que James Potter est aussi un Animagus non déclaré ?

Simone était bien étrangement renseignée parce que n'importe quel élève de la génération des Maraudeurs aurait affirmé que James Potter et Sirius Black ne faisaient jamais rien sans l'autre.

- Bien sûr.

Il garda pour lui ses soupçons concernant Pettigrow. Il avait la fine intuition que ça ne plaiderait pas en sa faveur.

En face de lui, Simone se tourna à nouveau vers Raphaël, l'air un peu désemparé, ce qui était une véritable nouveauté.

Son mari eut une grimace d'excuse.

- Je peux t'assurer qu'il ne ment pas.

- Évidemment que je ne mens pas ! J'ai promis de dire tout ce que je savais !

Une part de lui – celle rationnelle, qu'il ne cessait de développer depuis qu'il était en âge de lire – comprenait Simone et Raphaël. Au-delà du fait que son histoire était improbable, il n'avait aucun moyen de prouver ce qu'il avançait.

Seulement, ses confidences lui coûtaient. Il s'agissait de son frère, le seul membre de sa famille pour lequel il ressentait autre chose que de l'indifférence teinté de reproches. Deux semaines n'avaient pas été de trop pour se convaincre qu'il prenait la bonne décision, que d'un point de vue moral, il ne pouvait pas prendre le risque que Sirius tue à nouveau – quand bien même, à la différence de lui, il avait sans doute eu une bonne raison de le faire pour commencer.

Raphaël passa son bras sur le dossier du canapé, derrière lui, puis se pencha brièvement pour l'embrasser sur la joue.

Il fit claquer sa langue contre son palais en réponse.

- Je ne doute pas de ta sincérité, Regulus. Tu peux toutefois entendre que rien de tout cela n'est très crédible...

Il ne pouvait pas contester, alors il se contenta de maudire son frère et ses idées impossibles.

- Je ne parviens pas à imaginer qu'un adolescent, même brillant en Métamorphoses, ait entrepris de devenir Animagus et y soit parvenu sans aucune aide, encore moins quand tes seules preuves sont au mieux circonstancielles...

Simone Bonaccord ignorait sans doute que les Black se distinguaient des autres famille Sang-Pur par leur capacité à n'en faire qu'à leur tête. Bellatrix avait non seulement été la seule femme Mangemort, mais elle s'était en plus arrangée pour être le bras droit de Voldemort. Andy avait choisi de se marier par amour. Il ignorait encore comment, mais il avait survécu aux Inféris.

Bien sûr que Sirius était devenu Animagus pendant ses années à Poudlard pour passer les pleines lunes avec Remus Lupin.

That's what we do.

- On est vraiment très forts en Métamorphoses dans la famille, répliqua-t-il sèchement.

- Et je n'en doute pas, mais je peux difficilement annoncer une telle découverte au Royaume-Uni sans avoir la moindre preuve et sans que mon seul témoin n'ait même pas un souvenir à me montrer pour m'en convaincre, si ?

Même s'il avait vu Sirius se transformer de ses propres yeux, il doutait que la Confédération Internationale des Mages et des Sorcières aurait accepté de la croire compte tenu de son identité et du fait qu'il était censé être mort, Simone Bonaccord ou pas.

- Que personne ne vienne me reprocher quoi que ce soit quand on découvrira que le petit Potter a été dévoré par une sorte d'animal sauvage.

Simone eut une grimace un peu crispée, comme si elle doutait sincèrement que ce cas de figure se présenterait dans les mois à venir.

- Je suppose qu'il n'y a rien d'autre qui te soit venu à l'esprit ?

Elle repassa en revue les différents endroits où il pourrait se cacher – il espérait que son frère utiliserait son cerveau pour changer et quitterait le Royaume-Uni, sans trop y croire –, les noms de ceux et celles qui pourraient l'aider – les mêmes que la dernière fois, ce qui semblait toujours aussi stupide – ou encore la façon dont il pourrait s'en prendre à Harry Potter – si cela était avéré, quelque chose avec une mise en scène dramatique, juste parce qu'il le pourrait –.

- Et concernant sa fille ?

Raphaël semblait vraiment fasciné par cette histoire.

- Je n'ai rien appris de plus. Les Aurors ont l'air de penser que cette enfant est sans doute décédée, alors ils concentrent leurs efforts ailleurs. Je ne manquerai pas de vous prévenir si j'en apprenais plus à son sujet.

Il en doutait beaucoup. Il ne voulait pas croire que Sirius soit coupable d'un tel acte – pas plus qu'il ne parvenait à imaginer qu'il puisse chercher à tuer Harry Potter – mais Bellatrix n'aurait même pas frémi. Père renié ou pas, l'existence d'une Illégitime dans la famille Black lui aurait été simplement intolérable.

La conversation dévia sur les nouvelles dans la famille Delacour, aussi en profita-t-il pour s'excuser et sortir prendre l'air.

Contrairement à la dernière fois, il ne se sentait pas en colère contre Simone, seulement un abattu par cette histoire. Malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à réconcilier ce qu'il savait de Sirius avec tout ce qu'on lui reprochait. Il ne savait pas non plus s'il se berçait d'illusions ou s'il était le seul à détenir une part de la vérité.

Il n'avait pas l'intention d'écrire à son frère mais, vraiment, la possibilité restait tentante, juste pour lui demander des explications et exiger des réponses à ses questions.

Il resta à contempler les vagues s'échouer sur la plage, les unes après les autres, jusqu'à ce que Raphaël le rejoigne et l'enlace tendrement.

- Tout va bien, mon amour ?

Il hocha la tête, puis pivota pour enfouir son visage dans l'épaule de Raphaël. Il avait pensé que son mari essaierait de lui arracher des confidences supplémentaires, mais il resta parfaitement silencieux, ce pour quoi il lui était reconnaissant.

Quand il se redressa – bien plus tard – il se sentait juste un peu plus apaisé.

Un peu moins perdu, aussi.

Raphaël lui sourit, puis sorti deux rectangles de papier de la poche arrière de son pantalon.

- J'avais demandé à ma mère de les apporter. J'ai pensé que tu apprécierais de les avoir.

Il s'agissait de deux photographies. Sur la première, son frère avait une vingtaine d'année et souriait largement. Avec ses cheveux longs et sa veste en cuir, il ressemblait plus à un moldu qu'à l'héritier Sang-Pur qu'il aurait pu être ou au Mangemort que l'histoire avait retenu.

La deuxième était la photo du nourrisson.

- D'une certaine façon, son frère et sa nièce étaient tous les deux morts depuis des années – lui parce qu'Azkaban avait dû le détruire, elle parce que Bellatrix ne faisait pas de prisonniers –. S'il était incapable de décider quoi penser de toutes ces révélations contradictoires, il pouvait au moins s'autoriser à honorer leur mémoire en ne les effaçant pas de la sienne.

- Merci, souffla-t-il.

Raphaël lui sourit – ce sourire timide, qu'il ne réservait qu'à lui – puis le guida jusqu'à leur maison en silence.

I promise to be by your side, always


De toute évidence, Sirius a un don pour foutre la pagaille partout. Son prénom est comme une invocation au chaos. Je crains que ça ne soit que le début pour Regulus.


Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :

- Regulus, tellement heureux et amoureux sous le soleil italien (je lui devais au moins bien ça).

- Raphaël, qui ne se cache pas d'être sceptique concernant les talents cachés de son beau-frère (l'ironie de la vie étant, une fois de plus, bien ironique).

- Regulus qui se confronte à la question de la paternité (stay tuned, la question reviendra – jdçjdr).

- Alexis, que j'aime toujours autant.

- Simone, qui n'a finalement pas beaucoup de scoops (mais qui en apprend plus que prévu, je pense).

Je ne fais pas tout à fait le tour, je crois, alors n'hésitez pas à me faire part de ce qui vous a le plus plu ! (ou le plus révolté, aussi).

La prochaine MàJ sera encore par ici et passera en revue tout le tome 3 (On fait des petits bonds dans la timeline ! winkwinkwink)

Avis à celleux qui ont un compte, il faut désormais cocher un truc pour recevoir les alerts et le reste… Pensez bien à le faire si vous ne voulez pas passer à côté du prochain chapitre (ici ou chez les collègues).

Autre info, si jamais ce site venait à disparaître subitement (les rumeurs allaient bon train il n'y a encore pas si longtemps), sachez que vous me trouverez sous le même pseudo du côté d'AO3 ! (et pour info, aussi, vous retrouverez deux textes inédits là-bas, c'est le moment de vous créer un compte sur ce merveilleux site !).

A bientôt !

Orlane.

On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !

Mis en ligne le 04/02/2024