Chapitre 3

PIPER

Les Portes se refermèrent avec un léger boum.Comme n'importe quelles autres portes. Piper devrait être contente; le Tartare était scellé, les monstres pourront enfin mourir comme du monde et rester enfermés quelques siècles avant de revenir embêter les sang-mêlés.

Sauf que pour cela, ils avaient tous dû faire un sacrifice. Et ce sacrifice, c'était Léo.

Elle éclata en sanglots et enfouit son visage dans l'épaule de Jason.

-Nous ne le reverrons plus jamais, sanglota-t-elle.

Jason l'enveloppa de ses bras et se mit à la bercer doucement. Piper sentit des larmes couler dans ses cheveux et remarqua, dans un petit coin de son cerveau, que son petit ami pleurait, lui aussi.

Ils restèrent un long moment comme ça. En temps normal, Piper aurait adoré ça, d'être si près de celui qu'elle aimait et de partager un doux moment avec lui. Mais elle n'était pas en temps normal.

Elle se mit à rêvasser. Tous les moments qu'elle et Léo avaient passés ensemble lui revinrent en mémoire: Quand ils s'étaient rencontrés à l'école du Monde Sauvage, quand Léo s'était fait jeter dans le Grand Canyon par un esprit des vents, quand il leur avait fièrement présenté Festus pour la première fois, quand il était venus les sauver, Jason et elle, des cyclopes, quand il leur avait dévoilé ses pouvoirs sur le feu, quand il...

Piper était bien partie pour un voyage dans ses souvenirs lorsque Jason la secoua doucement.

-Viens, lui murmura-t-il pour ne pas briser le silence des autres. On doit aller exaucer le der... heu, le voeu de Léo.

Il n'avait pas prononcé «dernier», mais Piper savait qu'il le pensait.

Elle ouvrit les yeux. Annabeth était perdue dans les bras de Percy et ils pleuraient silencieusement, comme elle-même et Jason il y a quelques instants. Percy chuchotait en boucle à l'oreille de la jeune fille «tout va bien aller», mais lui-même ne semblait pas convaincu. Frank et Hazel étaient écrasés pêle-mêle sur le sol et pleuraient à chaudes larmes. Voir le gros nounours sangloter fendit le coeur de Piper. Un peu plus loin, Nico, qui regardait un point que personne à part lui ne voyait, était silencieux et semblait être plongé dans ses pensées. Même Hedge était calme. Affalé par terre et les yeux embrouillés par les larmes, il marmonnait sans cesse:« J'aurais dû faire quelque chose. J'aurais dû casser d'autres monstres!»

Ça lui brisait le coeur de faire ça, mais Piper se força à briser le silence pour sortir ses amis de leur torpeur.

– Jason a raison, dit-elle. Venez. Il faut remonter à la surface et arrêter cette stupide guerre entre les Grecs et les Romains.

Elle mit un peu de son pouvoir d'enjôlement dans sa voix afin de mieux les réveiller, mais leurs seules réactions furent de lever la tête et de la regarder comme si elle était une revenante: bizarre et dérangeante.

– C'est vrai, insista-t-elle. C'est... C'est se que souhaite Léo.

Ces paroles semblèrent les réveiller. Tous se levèrent, un peu du style somnambule, mais c'était déjà un bon début.

-Piper a raison, dit alors Percy, la voix rauque. Il faut aller sauver le camp des sang-mêlés.

Et sur ces mots, ils se dirigèrent vers la sortie.

Lorsque le visage d'Annabeth émergea du conduit et qu'elle se retrouva soudainement nimbé de lumière, les larmes lui vinrent aux yeux.

-Le soleil, murmura-t-elle d'une voix tremblante d'émotion. Percy… Je vois le soleil.

Le jeune homme, pour toute réponse, lui attrapa la main et la serra fort, le regard tourné vers l'astre rouge qui montait lentement dans le ciel.

En chemin, tous regardaient la ville se réveiller lentement : déjà, des véhicules circulaient précipitamment sur les routes et des gens, pressés, se huaient d'une fenêtre à l'autre. «Comme c'est bizarre», pensa Piper. Après cette nuit mouvementée, regagner le monde moderne lui causait un choc. Dire que ces derniers jours s'ils n'avaient pas détruits les plans de Gaïa et de ses sbires, tout ce petit monde ne serait qu'un tas de cendres à l'heure qu'il est.

-Il doit être environ 6 heures du mat', fit pensivement remarquer Hazel, comme si elle avait lu dans les pensées de Piper.

-Ouais, tu as sûrement raison, grimaça Frank. Ça expliquerait pourquoi j'ai une faim de loup.

-d'ours, tu veux dire, fit malicieusement la jeune fille.

-Hein?

-Bah oui! Tu es mon gros nounours préféré...

La moue que fit Frank était tellement boudeuse que Piper éclata d'un rire franc. Et un peu hystérique certes, mais bon après les derniers événements, elle se le permettait.

-Allons, il vaut mieux se dépêcher si on veut arriver à temps pour arrêter Octave et empêcher la destruction de votre camp des sang-mêlés, dit alors Jason, un petit sourire flottant sur ses lèvres. Vous mangerez à bord.

-Oh, t'inquiète pas, lui répondit Percy, piqué sur le vif. Les Grecs savent se battre. Je suis même sûr qu'ils mettront la pâté aux romains!

-Ce n'est pas ce que je…

- Bien sûr que ce n'était pas ce que tu voulais dire, trancha Annabeth. Percy, calme tes ardeurs. Jason ne cherchais pas à t'offenser. Et il a raison : Forts ou pas forts, on doit arriver le plus vite possible pour empêcher Octave d'envahir le camp.

Percy haussa les sourcils, mais ne rajouta rien. Il semblait être habitué à se faire rabrouer par Annabeth. «Ouf!» Soupira silencieusement Piper. En plus de tous leurs problèmes, ils n'avaient pas besoin d'une bataille entre leaders.

Elle était si absorbée par la conversation qu'elle ne remarqua qu'ils étaient arrivés à l'Argo II que lorsqu'elle failli rentrer dedans. Revoir la trirème volante laissa un goût amer dans sa bouche : c'était Léo qui l'avait construit. Elle se rappela l'odeur d'essence qui flottait dans le bunker 9, le bruit des pistons bien huilés et celui des marteaux cognant sur le mét…

«Reprends-toi», se morigéna-t-elle. Ce n'était pas le temps de se laisser aller. Ils avaient encore beaucoup à faire.

Alors, pendant que la plupart des demi-dieux allaient au carré pour déjeuner, Annabeth s'empara des commandes et l'Argo II s'envola vers l'océan Atlantique dans un bruit de moteur…