Chapitre 8
JASON
Lorsque l'Argo II se posa, Percy sauta par terre avant même que la passerelle ne soit complètement descendue. Il se rua aussitôt vers la forêt -mais Annabeth le retint par le bras.
-Arrête, cervelles d'algues, lui ordonna-t-elle. Ce n'est pas en se précipitant tête baissée dans le combat que tu vas régler quelque chose!
Jason et les autres descendirent aussi.
-Mais, Annabeth, plaida Percy en secouant frénétiquement le bras pour essayer de faire lâcher la jeune fille (ce qui ne servait strictement à rien). Le camp est...
-Je sais, soupira-t-elle d'un ton las. Je sais que c'est difficile pour toi. Mais il faut élaborer un plan si on veut arrêter la guerre.
Percy grimaca. Jason le comprenait: s'il n'avait pas vu son camp bien-aimé depuis une année entière et que quand il revenait enfin, il était mis à feu et à sang, il aurait réagi pareil. Enfin, il avait réagi pareil, lorsque Léo avait bombardé le camp romain et ainsi déclenché la guerre. Jason n'en voulait pas à son ami. Enfin, si, il lui en voulait un peu, mais il savait que ce n'était pas lui à ce moment-là. En fait, c'était l'eidolon qui l'avait possédé. Donc, ce n'était pas Léo qui avait attaqué le premier mais Léo possédé par l'eidolon, à moins que ce ne soit l'eidolon ayant pris le corps de Léo et chassé son esprit (l'esprit de Léo, on s'entend bien), donc l'esprit qui a chassé l'esprit, mais pas l'esprit bon qui a chassé l'esprit méchant, plutôt le contraire, mais il a attaqué les romains par la suite, ou plutôt Léo pour «il», mais ce n'est pas l'esprit méchant de tantôt, c'est le bon esprit même s'il a attaqué le camp romain, en fait non ça c'était l'esprit méchant, mais...
Jason se frotta la tête. Allons bon, maintenant il s'auto-mêlait maintenant. Ça allait de mieux en mieux.
-Qu'en penses-tu?
Le jeune homme remarqua alors que c'était à lui qu'Annabeth parlait. Et comme il n'avait pas suivi la conversation, trop plongé dans ses pensées, il dût improviser. Alors il déclara la chose la plus forte, la plus frappante, la plus solennelle qui lui passa par la tête:
-Hein?
Piper, à côté de lui, lui enfonça le coude dans les côtes.
-Je te demandais, reprit Annabeth d'un ton patient (mais Jason remarqua les éclairs d'agacements passer dans ses yeux et se dit que ce n'était pas bon signe pour lui), est-ce que le plan te convient? On va faire un tour au camp pour voir s'il n'y a pas des gens qui auraient besoin de notre aide, puis on s'enfonce dans la forêt pour stopper cette foutue guerre. Et à partir de là, on improvise.
Jason hocha la tête. Oui, ce plan lui convenait.
-Simple et efficace, dit-il. Bien sûr que je suis d'accord. Allons-y.
Les demis-dieux dévalèrent en un éclair la colline basse d'où était stationné l'Argo II et déboulèrent dans la vallée qui abritait le camp. Du coin de l'oeil, Jason vit Hazel et Frank ouvrir grand les yeux et ouvrir leur bouche dans une exclamation muette, et il se rappella que c'était la première fois que ses deux compagnons voyaient le camp des sang-mêlés.
-Ne vous inquiétez pas, leur dit-il. C'est un endroit vraiment sympa. Enfin, du moins quand il y a quelqu'un.
-Allons vérifier si Chiron est là, déclara Annabeth sans arrêter de courir.
Ils se dirigèrent donc tous vers la Grande Maison. Mais lorsque Percy poussa la porte d'un geste brusque, l'envoyant cogner dans le mur dans un fracas retentissant, personne n'y était. Les lumières étaient fermées et la seule chose qui leur permettait de bien distinguer la salle était la lumière du soleil qui traversaient les fenêtres fermées. Jason remarqua d'ailleurs que l'astre rouge basculait lentement et avait déjà à moitié disparu derrière la ligne d'horizon.
Percy et Annabeth montèrent inspecter les étages, mais revinrent bredouilles.
-Personne, annonça Percy.
-Allons voir les bungalows, fit Piper en pointant du doigt les bâtiments un peu plus loin. Peut-être qu'il reste des gens là-bas.
Ils se séparèrent donc afin de maximiser les recherches. Jason se mit avec Piper et ils se virent attribuer les bungalows des Déméters, des Hécates, des Apollons, des Aphrodites, des Zeus (bien que Jason se douta qu'il y ait qui que ce soit) et des Héphaïstos.
Lorsqu'ils ouvrirent la porte de ce dernier, Jason fut ébloui par combien la salle était bordélique. Les lits étaient tous défaits. De petites machines dont il préférait ne pas savoir l'utilité prenaient la poussière sur les dizaines d'étagères accrochées aux murs ou voletaient encore dans les airs, comme perdues, et se cognaient partout. Le sol était recouvert de feuilles brouillons et de modèles, tant et si bien qu'il ne pouvait quasiment pas voir le plancher en dessous. Des moteurs étaient accrochés au plafond au moyen de cordes et de poulies (Jason raisonna que c'était parce qu'il n'y avait plus assez de place sur le sol). Il vit même une sorte d'ascenseur, coincé entre une table croulant sous les plans et papiers et un énorme tableau rempli de boutons, de manivelles, de leviers et d'il ne savait quoi qui semblait aussi compliqué que le tableau de bord de Léo, sur l'Argo II, sinon plus. Une odeur d'essence flottait dans l'air et le grondement de moteur des petites machines formaient une bande sonore basse qui emplissait toute la pièce.
Pourtant, malgré le bordel extrême, Jason y trouva une sorte de réconfort, un sentiment de chez-soi. Cet endroit était accueillant et chaleureux, peut-être exactement à cause du fouilli total. Tout le contraire du bungalow de Zeus, qui était si strict et froid que Jason avait l'impression de se geler les orteils à chaque fois qu'il y entrait.
Tout en inspectant le lieu, les deux jeunes demi-dieux s'avancèrent en se frayant un chemin parmi les papiers. Piper s'arrêta lorsqu'ils arrivèrent au milieu de la salle. Elle caressa du bout des doigts les draps du lit de Léo qui, comme tout chef de bungalow d'Héphaïstos qui se respecte, était solennellement jonché de feuilles brouillons, de plans et de petites machines. Il était complètement défait, encore plus que les autres lits (ce qui relevait de l'impossible), comme si Léo n'avait jamais eu le temps de le faire comme du monde -ce qui était sûrement le cas. Cependant, Jason crut voir un écran de télé 40 pouces, une chaîne stéréo avec casque à écouteurs ultraperfectionné et prise à iPod et un mini-réfrigérateur -tout ça intégré dans le pied du lit.
-la classe, marmonna-t-il.
Lui aussi aurait aimé pouvoir se servir de la pizza sans avoir à se lever du lit.
Piper, qui ne s'était pas retournée et fixait encore le lit, lui demanda d'une voix étranglée:
-Jason, est-ce que... est-ce qu'il va revenir?
Jason eut un coup au coeur, comme si quelqu'un s'était amusé à lui lancer un boule de bowling dans l'estomac au moment même. Que pouvait-il lui répondre?
Comme si elle avait lu dans ses pensées, Piper rajouta:
-Dis-le-moi. (la jeune fille se retourna, les yeux embués de larmes, et fixa Jason droit dans les yeux.) Mens-moi s'il le faut, mais dit-le. J'ai besoin d'y croire. J'ai besoin de savoir que, dans toute cette histoire, il y a encore une flamme d'espoir pour lui. Alors dis-le-moi.
Jason s'approcha et l'enlaça.
-Bien sûr qu'il va revenir. Ce n'est pas son genre de baisser les bras. Et je n'ai pas besoin de te mentir pour te dire ça. Parce que moi aussi j'y crois.
Piper leva la tête et lui sourit. D'un sourire si magnifique, telle une étoile dans la tempête, que Jason en fut tout bouleversé. Et lorsqu'elle l'embrassa, il eut l'impression que ses os se transformait en gélatine et que son cerveau coulait dans tout son corps.
Ouais, il aimait vraiment cette fille. Puisse qu'ils n'aient jamais à se séparer, d'une quelconque façon qu'elle soit. Il ne supporterait pas.
-Merci, murmura-t-elle.
Sa voix avait reprit de l'assurance. Elle l'embrassa une deuxième fois, puis s'écarta, le sourire aux lèvres, et déclara:
-Allez viens, superman. Il n'y a personne ici. Les autres doivent nous attendre.
Puis elle lui attrapa la main et l'entraîna vers la sortie.
Le couple rejoignit les autres qui, comme l'avait prédit Piper, les attendaient pour rassembler leurs résultats de recherche. Pourtant, malgré leurs efforts et la vingtaine de bungalows, ils n'avaient trouvé personne. D'après Percy et Annabeth, même le bungalow d'Hypnos était vide, ce qui confirmait que la guerre était vraiment très importante.
-Ils sont tous partis affronter les romains, déclara Percy d'un ton malheureux. La colonie est déserte.
-Bon, nous avons inspecté votre camp, fit Frank. (Le jeune romain avait l'air inquiet et mal à l'aise, comme s'il ne se sentait pas à sa place et qu'il ne devrait pas être là. Jason le comprenait; c'était exactement ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait atterri dans ce camp pour la première fois.) Et il n'y a personne. Alors qu'est-ce qu'on fait?
Ce fut Hazel qui répondit.
-On suit le plan. Où est cette forêt? Il faut arrêter cette stupide guerre.
-Par là. ( Percy pointa derrière la jeune fille.) C'est de là que provenaient les cris. Sur la colline des sang-mêlés.
Avec la lumière qui déclinait, les arbres qui se dressaient devenaient de plus en plus sombres et menaçants. Leurs ombres s'étiraient à l'infini, si bien que les jeunes demi-dieux ne savaient plus si elles étaient de simples ombres ou de vrais arbres. Ce qui faisait que ce n'était pas rare que l'un d'eux fonce dans un tronc quelconque avec un bruit mat.
Le silence s'installa, seulement entrecoupé de craquements des branches et des fougères sous leurs pas. Jason haletait; plus il s'approchait du lieu de combat, plus il avait l'impression de manquer d'air. Il se demanda bien pourquoi, c'était la première fois que ça lui arrivait.
Après cinq minutes de marche, Annabeth s'arrêta brutalement. Frank, surpris, faillit lui rentrer dedans.
-Arrêtez-vous, ordonna-t-elle en faisant un geste de bras pour appuyer ses propos.
Ils s'arrêtèrent. Cette fois-ci, le silence était complet.
-Vous entendez? murmura la jeune fille après un bref instant.
Non, Jason n'entendait rien. Il se força tout de même à tendre l'oreille et à se concentrer. Il ne décela que les bruissements de feuilles, le vent qui secouait les branches des arbres, le vacarme lointain du combat et un crissement de corde d'arc que l'on tend.
Attends. Quoi?
Yooooooo!
j'espère que vous avez aimé ^^ bon je n'ai manifestement rien de plus à ajouter alors bonne lecture!
