Bonjour à toutes !
Voici le chapitre suivant, normalement il n'en restera qu'un ou deux après celui-ci, je ne sais pas encore si je regroupe les deux derniers ou non ;)
Bonne lecture !
Rar :
Sarah Maes : Oui malheureusement, Severus est rarement à court de mots quand il faut s'emporter ! Merci pour ton commentaire =)
Guest : J'adore voir ramer Severus je t'avouerais, donc il va en effet sortir les rames ;) Bonne lecture pour la suite !
CHAP 7 : Corbeille de Fruits
Sept jours étaient passés sans que Severus ne retire un seul point à Gryffondor. Après la tempête que ces derniers avaient traversée durant ses cours, les rares qui avaient encore eu l'audace de se faire remarquer avaient écopé de retenues, mais plus un seul rubis n'avait été perdu de son fait. Tant et si bien que cela n'avait manqué interpeller Minerva, qui s'était enquise de ce soudain changement d'attitude à l'égard des lions lors d'un déjeuner à la Grande Salle.
« Ils ont compris la leçon », avait simplement répondu Severus, laconique.
Il n'avait même pas pris la peine de regarder son interlocutrice pour lui répondre, cherchant plutôt à capter l'attention d'une autre Gryffondor assise à quelques pas de là, et dont il était certain qu'elle avait entendu la question, et la réponse qui avait suivi. Pourtant, elle n'avait pas fait mine de réagir, et aucun regard chocolat ne s'était tourné vers lui.
Severus n'en pouvait plus.
Depuis une semaine qu'elle était venue le trouver dans sa salle de classe et qu'il lui avait hurlé dessus sans retenue aucune, la jeune femme avait fait comme s'il n'existait plus. Purement et simplement. Si encore elle l'avait fusillé du regard à chaque occasion ou l'avait confronté avec plus de véhémence encore que précédemment, il aurait pu s'en contenter. Il l'aurait même bien cherché, après tout. Mais non. Avec presque sept mois de décalage, il avait compris à quel point l'indifférence dont il avait fait preuve à son égard lors de son premier trimestre de prise de fonction avait dû lui sembler difficile à vivre.
En tout cas, à présent qu'il en faisait lui-même les frais, la situation lui paraissait insoutenable.
Pour tout dire, et après une nouvelle semaine sans un mot ni un regard, il en était même venu à regretter les répliques narquoises et les regards espiègles qui avaient ponctué leurs échanges des derniers mois, et aurait été prêt à tout pour un peu de son attention. Le poids qui lui vrillait le cœur depuis la dispute de cette soirée n'avait cessé de s'alourdir jour après jour, et après presque trois semaines d'indifférence, Severus avait dû se faire à l'idée qu'il s'agissait là de culpabilité.
Au fond, ne l'avait-il pas su dès le début ? Dès que les derniers mots avaient franchi ses lèvres, des jours plus tôt, et que son regard s'était posé sur le visage défait de la Gryffondor, s'était confronté à la lueur blessée au fond des yeux noisette. Cette culpabilité qu'il ne connaissait que trop, et qu'il l'avait poursuivi presque toute sa vie. Bien-sûr qu'il le savait. Le poids n'en était que trop coutumier, le goût amer trop familier.
Les conséquences bien trop évidentes.
Soit il se préparait à présenter des excuses en bonne et due forme, cette fois. Soit il perdait définitivement Granger.
Durant les trois dernières semaines il avait été persuadé que la première idée était la plus intolérable des deux. Sept jours de plus, qui avaient amené à un mois la période d'indifférence de la jeune femme à son encontre, l'avaient finalement convaincu du contraire.
Severus Rogue avait beau avoir commis beaucoup d'erreur au cours de sa vie, il avait pourtant bien peu d'expérience en matière d'excuses. Il n'en avait, pour ainsi dire, jamais vraiment présentées.
Bien des années plus tôt, après avoir commis la plus monumentale d'entre elles, et alors qu'il avait passé des heures et des jours à réfléchir à un moyen de réparer ses tords, l'occasion était passée, et lorsqu'enfin il avait réalisé que cela ne l'aurait pas tué de s'excuser sincèrement, il avait été trop tard.
Il l'avait regretté tout le restant de sa vie.
Cette fois bien sûr, la situation était toute autre, et la gravité et les conséquences bien moindres que cette année-là. Mais à l'époque non plus il n'avait pas songé que cela pourrait prendre une telle ampleur. Sur le moment, cela n'avait été qu'une querelle de plus, une dispute plus importante que les autres, qui n'avait été que le point d'orgue d'une longue série de prises de tête et de désaccords.
Et pourtant !
L'importance de s'excuser avait depuis fait son chemin dans sa tête, et si le Serpentard s'était fait à l'idée qu'il n'y couperait pas, cette fois, cela ne lui avait guère apporter la solution miracle. Si le cynisme et les sarcasmes restaient des talents innés, il en était clairement autrement en ce qui concernait les excuses.
Et il allait l'apprendre à ses dépends.
Une semaine.
Sept jours très exactement.
Ce qui portait à cinq semaines, cinq longues semaines, cette période interminable où elle ne lui avait adressé ni un mot, ni un sourire, ni même un regard.
Alors que son côté, il semblait à présent incapable de rester seulement quelques heures sans porter son regard sur elle. Sans l'observer discuter et rire avec Lupin ou Septima, alors qu'elle s'évertuait à l'ignorer. Sans repenser à cette réunion où elle lui avait tenu tête avec fougue, à la proximité de son corps dans l'ombre de cette arche où il l'avait attirée, au parfum entêtant de ses cheveux dont il avait depuis perdu la subtilité, et ne gardait plus que le souvenir de l'avoir apprécié.
Après des mois passés à souhaiter qu'elle lui fiche la paix, Severus ne supportait plus de vivre sans Hermione Granger.
Et pourtant, cela faisait exactement sept jours.
Cent soixante-huit heures qu'elle se bornait à l'ignorer alors qu'il s'était excusé.
Il n'en pouvait plus. Avait épuisé le peu de patience qu'il lui restait encore, avec rongé son frein jusqu'au bout. Si elle ne le regardait pas, il allait finir par exploser.
Et c'est exactement ce qu'il avait fait quand, après un conseil de classe particulièrement long et ennuyeux, la demoiselle était passée devant lui sans même prendre la peine de lever les yeux vers lui.
Cela avait été plus fort que lui.
Si bien qu'ils étaient à présent de nouveau dans ce fichu recoin près de l'arche en bois. A la différence près que cette fois, la jeune femme avait protesté, et que Severus avait été obligé de poser une main sur sa bouche pour la faire taire le temps que les pas de Minerva, qui regagnait ses quartiers, ne s'atténuent tout à fait, lui assurant qu'ils étaient seuls, désormais.
- Mais vous êtes complètement dingue ma parole ! S'était vivement exclamée la demoiselle quand il lui avait rendu l'usage de la parole en ôtant sa main.
Severus n'avait même pas répondu. Même pas entendu, à la vérité. Lorsqu'il avait reporté son attention sur la jeune femme face à lui après avoir jeté un dernier coup d'œil dans le couloir désert, son esprit avait encore fait des siennes, et échappé au contrôle quasi totalitaire qu'il s'en imposait en permanence.
Elle était là. Juste devant lui. Ce qui était somme toute assez logique puisque c'était lui qui l'avait attirée là. Le résultat était le même, néanmoins. Elle était là. Et pour la première fois depuis cinq longues semaines, son regard était planté dans le sien.
Certes, il était outré, furieux même. Et un brin désarçonné, aussi. Mais elle le regardait.
Severus aurait pu rester des heures perdu dans ces yeux-là.
- Vous m'ignorez toujours, avait-il dit avec un reproche évident.
La Gryffondor avait écarquillé les yeux, ne s'attendant visiblement pas à cette réponse. Puis la surprise s'était dissipée et elle avait retrouvé cette expression mordante qu'elle avait souvent eue quand il l'avait poussée à bout, du temps de sa scolarité.
- Oui, c'est le genre de comportement que l'on attend de quelqu'un à qui l'on a fait comprendre que la seule présence vous est intolérable, avait-elle répondu, cassante. Cela n'est-il pas suffisant pour vous ? J'aimerais faire mieux, vraiment, mais je crains de ne pas survivre longtemps si je m'efforce de ne pas respirer, et même si je compatis à la souffrance que ma présence ne manque pas de vous causer, je tiens un peu la vie, aussi stupéfiant cela puisse t-il vous paraître.
Abasourdi par cette tirade plus caustique que jamais, Severus l'avait considérée avec effarement un instant, silencieux. De toute évidence, elle n'avait rien perdu de sa répartie habituelle, en avait-il conclu avec un plaisir d'autant plus invraisemblable qu'il lui avait longtemps reproché sa langue trop bien pendue. La sensation grisante qui avait accompagné chacune de leur joute verbale ces derniers mois s'était de nouveau faite ressentir quelque part du côté de son cœur, et il l'avait accueillie avec un presque-soulagement qui l'avait étonné tout autant.
Lui avait-elle manqué à ce point ?
Bon sang, oui, et bien plus que cela même !
Face à lui, la Gryffondor n'avait pas tardé à s'agacer de son mutisme persistant, et de ce regard sombre qui la sondait depuis de trop longues secondes. Elle avait relevé le menton avec fierté, le regard étincelant de cette lueur farouche qu'il s'était désespéré de ne plus revoir.
- Comptez-vous me laisser partir ou dois-je dores et déjà envisager une métamorphose en une créature plus supportable que la vue de la petite arriviste manipulatrice que je suis ? Avait-elle repris avec un cynisme sans précédent.
Par Merlin, quelle langue acérée elle avait !
- Vous êtes vraiment insupportable, ma parole, avait-il murmuré, presque surpris de redécouvrir cette acidité qu'il ne lui avait que rarement entendue.
Elle s'était figée une seconde, et avait vivement relevé son regard vers lui, rien qu'une seconde, avant de baisser la tête sans réussir à masquer l'amertume sur son visage.
- Je sais, vous l'avez déjà dit, avait-elle répondu sans le regarder.
Severus avait senti son cœur se serrer soudain et son expression s'était adoucie sans même qu'il s'en rende compte, comme si enfin il réalisait qu'il avait en face de lui un être doué de sensibilité, et non une personne née dans le seul but de lui pourrir la vie.
- Granger…
- Qu'est-ce que vous voulez ? Avait-elle demandé d'une voix basse, dénuée de tout sarcasme cette fois, qui lui avait laissé entrevoir un instant l'étendu des dégâts des mots qu'il avait prononcés, des semaines plus tôt.
- Pourquoi est-ce que vous persistez à m'ignorer ? Avait-il demandé en s'efforçant de ne pas prendre un ton trop âpre. Je me suis excusé, vous pourriez…
A ces mots, la Gryffondor avait vivement relevé la tête, pour le dévisager avec surprise de nouveau.
- Vous vous êtes quoi ? Avait-elle vivement demandé, soufflée.
Severus avait froncé les sourcils et s'était renfrogné quelque peu, pas certain d'apprécier son expression abasourdie.
- Vous ne l'avez pas reçue ? Je l'ai faite déposer dans votre bureau la semaine dernière.
- Reçu quoi ? Avait-elle encore demandé, perplexe. Attendez… vous parlez de ça ? De la corbeille de fruits que j'ai trouvé sur…. C'est ça vos excuses ?!
Elle avait l'air tellement stupéfait, à mi chemin entre la consternation et l'amusement, que Severus s'était rembruni tout à fait cette fois, vexé de sa réaction.
Comme il l'avait craint, un éclat de rire abasourdi avait échappé à la jeune femme, qu'elle avait interrompu aussi sec en avisant son expression assombrie.
- Vous n'êtes pas sérieux là, si ? Une corbeille de fruits ? Bon sang mais qui diable s'excuse en envoyant des fruits ? Des fleurs, pourquoi pas, même si je dois dire que je n'ai jamais compris le principe de tuer une pauvre plante pour faire un cadeau... mais des fruits ?! Sans mot en plus ?
Severus avait senti ses joues s'échauffer sous le coup de l'humiliation qu'elle était entrain de lui infliger malgré elle. Non seulement elle n'avait pas compris que cela venait de lui, mais l'aurait-elle su qu'elle n'aurait pu envisager un instant que cela constituait une manière de lui présenter ses excuses. La surprise dont elle faisait montre en cet instant était plus qu'éloquente.
Honteux, blessé dans sa fierté, il avait retiré sa main de la pierre froide contre laquelle il l'avait posée pour couper toute possibilité de fuite à la jeune femme, et s'était reculé sans oser croiser son regard.
Sans doute la Gryffondor avait-elle remarqué qu'il avait été blessé par sa réaction incrédule, car elle avait eu tôt fait de masquer son amusement et l'avait retenu alors qu'il amorçait déjà un demi-tour pour s'éloigner à la hâte.
- Professeur, attendez…, avait-elle dit en saisissant sa main.
Severus avait sursauté à ce contact, peu habitué à être ainsi touché, et avait fait volte face, regardant avec stupéfaction ses doigts fins posés sur les siens. Il avait tenté de récupérer sa main, en vain cependant, car la Gryffondor avait tenu bon. Lorsque ses yeux sombres avaient de nouveau rencontré les siens, il n'y avait pas l'ombre d'une moquerie dans le regard noisette, ni même plus aucune trace de colère. Juste cet éclat malicieux qui l'avait déserté des semaines durant, et une lueur plus douce, presque attendrie, et un peu gênée aussi, tandis qu'elle soutenait son regard.
- Je suis désolée, je n'aurais pas dû réagir ainsi…
- Mais vous l'avez fait, avait sombrement répondu le Serpentard, amer.
La Gryffondor avait laissé échapper un petit soupir qu'il n'avait pas manqué de noter, et qui l'avait agacé davantage. Et alors, quoi ? Pourquoi le retenait-elle s'il l'exaspérait à ce point ?
- Pourquoi tout est-il toujours si compliqué avec vous ? Avait-elle murmuré alors que l'ombre d'un sourire en coin fleurissait sur ses lèvres.
- Je vous demande pardon ? S'était hérissé Severus, de plus en plus irrité.
Elle avait ouvert la bouche pour répondre, puis avait semblé se raviser, jugeant sans doute inutile de se perdre dans des explications à rallonge qui ne mèneraient qu'à davantage de confusion et d'agacement.
- Merci pour les fruits. Enfin, je crois.
Le Serpentard n'avait pas répondu, fixant avec circonspection son visage fin qui avait retrouvé cet air mutin qu'il ne lui avait plus vu depuis des semaines. La jeune femme n'avait toujours pas lâché sa main.
- Néanmoins, avait-elle repris avec un regard amusé, si vous croyez vous en tirer à si bons comptes pour les excuses, laissez-moi vous dire que vous vous trompez. Non parce que, en général, lorsque l'on s'excuse, il y a au moins le mot quelque part. « Excuse », je veux dire, avait-elle ajouté comme il sourcillait, perdu dans tout ce charabia et déconcerté par le contact de ses doigts dans les siens. Ou « Désolé », si vous préférez. « Navré », éventuellement. « Je regrette » fonctionne aussi, mais de votre part je ne m'attends pas…
- Etes-vous entrain de me dire que vous refusez mes excuses, Granger ? Avait enfin articulé le Serpentard, soufflé par son arrogance.
La Gryffondor avait grimacé.
- Ce que je suis entrain de dire, c'est que l'on ne peut pas réellement considérer que ce sont des excuses, puisque vous ne vous êtes pas excusé, vous comprenez ? Question de principe.
Severus avait senti la colère gronder de nouveau en lui à ces mots. Par tous les Saints, elle était de nouveau entrain de se payer sa tête !
Alors qu'il avait travaillé sur lui des semaines durant pour se résoudre à présenter ces stupides excuses, et qu'il s'était senti bien bête à demander à un elfe de maison de porter cette foutue corbeille de fruits jusqu'à son bureau. Cela lui avait semblé un bon compromis. Il savait qu'elle détestait les fleurs, il l'avait déjà entendue le dire à Pomona au cours d'un déjeuner. Et quand bien-même, ô grand jamais il ne se serait résolu à offrir des fleurs à une femme !Il avait une réputation à tenir, nom de Dieu, et offrir des fleurs n'en faisait clairement pas partie. Et puis il avait repensé à sa façon si particulière de se délecter d'un quartier de clémentine ou d'une banane, et s'était dit que cela conviendrait tout à fait.
Et voilà qu'à présent, après lui avait ri au nez sans même le faire exprès, elle attendait de lui qu'il formule explicitement des excuses. Il pouvait comprendre qu'elle ait été blessée par ce qu'il lui avait dit, des semaines plus tôt. C'était légitime, même lui ne pouvait le nier. Il avait été monstrueux et elle le lui avait bien fait comprendre. Mais de là à désirer qu'il se mette plus bas que terre pour racheter ses paroles blessantes, il y avait une limite qu'il n'était décemment pas prêt à franchir.
La Gryffondor, qui l'avait observé tout ce temps où il avait gardé le silence, avait grimacé de nouveau alors même qu'il se refermait soudain comme une huître, à croire qu'elle avait suivi le cours de ses pensées.
- Vous voulez que je vous dise ? Avait rétorqué le Serpentard d'une voix glaciale. Allez vous faire foutre, vous et vos excuses à la con ! J'ai fait ma part, si vous ne voulez pas l'entendre, vous n'avez qu'à restée bornée avec votre foutue fierté de lion !
Ignorant le regard ébahi de la jeune femme, il avait dégagé sa main d'un geste sec et avait tourné les talons pour s'éloigner à grandes enjambées, exaspéré. Plus jamais on ne le reprendrait à présenter des excuses, oh ça non !
Il n'avait eu que le temps de faire un pas, avant qu'une résistance dans le bas de sa cape ne l'arrête soudain. Rageur, il s'était retourné de nouveau, pour constater avec humeur que la main de la jeune femme s'était refermée sur le tissu sombre, qu'elle tenait fermement, son regard de nouveau étincelant braqué sur lui.
- Attendez une seconde, voulez-vous ?! « Ma foutue fierté » ? Non mais je crois rêver ! S'était-elle exclamée, sidérée. Que dire alors de votre ego surdimensionné, vous qui ne supportez aucune critique, aucune remarque qui n'irait pas dans votre sens ?!
- Faites attention à ce que vous dites, Miss Granger, avait grincé le Serpentard d'une voix basse et pleine de menace alors que la colère manquait le submerger une nouvelle fois.
- Et sinon quoi ? Vous allez me dire mes quatre vérités ? Il me semble que cela est déjà fait, si ma mémoire est bonne, avait-elle répliqué, le regard clairement accusateur. Vous ne voulez pas vous excuser ? Allons bon ! Je me ferais donc un plaisir de vous retourner votre franchise, dans ce cas, et nous serons quittes !
Elle avait planté son regard dans le sien, furieuse, et resserré sa prise sur l'extrémité de sa cape, ce qui était bien inutile car Severus n'était pas homme à fuir ainsi le combat, surtout lorsqu'il s'agissait de se quereller avec une membre de la maison rouge et or. En cet instant, d'ailleurs, n'importe qui aurait douté de l'appartenance de la demoiselle à la maison des lions n'aurait pu que reconnaître qu'elle en était une digne représentante. La journée humide qui s'achevait avait eu raison de la discipline de sa chevelure brune, dont plusieurs mèches folles s'étaient échappées, et entouraient à présent son visage à l'expression déterminée, telle la crinière sauvage du roi des animaux. Le regard fier, le menton relevé avec pugnacité, elle semblait prête à en découdre mordicus, et cette réflexion saugrenue que Severus avait déjà eu quelques temps plus tôt lui était revenue, aussi incongrue que la fois précédente.
Hermione Granger était redoutablement séduisante quand elle s'énervait ainsi.
- Vous n'êtes qu'un sombre crétin, Severus Rogue ! Avait-elle attaqué alors, et le Serpentard ne l'avait plus du tout trouvé séduisante. Vous vous êtes si profondément enfermé dans votre morosité et votre amertume que vous êtes incapable de vous apercevoir que les gens autour de vous ne vous veulent aucun mal, et ne sont pas là pour vous enfoncer davantage ! Vous le faites très bien tout seul, en réalité.
Elle avait marqué une pause d'une demi-seconde, le temps de reprendre son souffle et de soupeser ses mots d'un regard noir. Severus n'avait même pas eu le temps d'ouvrir la bouche pour répondre que déjà elle avait repris.
- Vous trouvez que j'ai été dégradante avec vous, irrespectueuse même ? Je n'ai fait que tenter de percer cette maudite carapace que vous portez depuis si longtemps que vous ne savez plus vous en défaire. Qu'ai-je dit alors de si blessant pour que vous ayez pris le parti de me rabaisser à ce point ? Qu'un alchimiste de votre envergure ne pouvait décemment pas avoir de telles lacunes en botanique ? Je ne vois là rien d'humiliant, si ce n'est une évocation, trop implicite peut-être, du respect que je voue à vos compétences dans votre domaine, surmontée d'une pointe d'humour, éventuellement maladroite, je vous l'accorde, encore que je doute que beaucoup se soient vexés pour si peu.
Nouvelle pause pour lui laisser le temps d'assimiler ce qu'elle venait de dire. Severus avait été tellement choqué qu'il n'avait même pas pensé à l'interrompre.
- Y avait-il là raison suffisante à me dire toutes ces choses horribles dont vous ne m'avez en rien épargnée ? J'en doute. Et alors même que cela fait des semaines que je m'évertue à vous donner satisfaction en me tenant éloignée de vous, vous trouvez ce soir le moyen de saboter mes efforts, pour finalement me jeter à la figure que c'est moi qui suis trop fière ? Pardonnez-moi, Professeur, mais je pense pouvoir dire sans me tromper que c'est clairement l'hôpital qui se moque de la charité, à ce stade !
La jeune femme s'était tue, à bout de souffle et aussi parce que, l'avait-il espéré, elle était arrivée au terme des reproches qu'elle avait à lui faire. Il avait déjà eu là suffisamment matière à s'énerver, à regretter, à maudire, ainsi qu'à lui en vouloir une fois de plus pour tout ce maelstrom de sentiments et d'émotions qu'elle ne manquait jamais déclencher en lui, et dont il mettait toujours des jours à se remettre.
La Gryffondor avait soutenu son regard sans faillir, avant de réaliser que sa longue tirade n'avait eu que pour effet de le faire se rembrunir davantage.
- Bien, avait simplement répondu Severus, craignant de ne pas réussir à maîtriser sa colère s'il en disait davantage.
Il avait marqué une pause, histoire de calmer la fureur qui menaçait de l'envahir tout entier, et avait posé son regard sur la petite menotte qui tenait encore le tissu froissé de sa cape entre ses doigts.
- Nous nous sommes tout dit, cette fois, avait-il continué froidement.
Son regard s'était attardé quelques secondes encore sur les doigts crispés autour de l'étoffe, qu'il avait vu se contracter plus fort à ces mots. Ou peut-être l'avait-il rêvé, car une seconde plus tard ils avaient relâché leur prise, et sa cape était retombée mollement autour de lui.
- Il semblerait, en effet, avait répondu la jeune femme dans un murmure.
Il avait relevé les yeux vers elle dans un dernier regard glacé, l'onyx se heurtant au noisette, étonnant triste. Oui, ils s'étaient tout dit. Définitivement. Cela avait été une erreur de vouloir rattraper la situation. Une de plus, encore et toujours.
Le Serpentard avait fait demi-tour et s'était éloigné, sans comprendre pourquoi, alors qu'ils venaient justement de tomber d'accord sur le fait qu'il n'y avait plus rien à ajouter, cette impression persistait au fond de lui, d'avoir comme une pierre à la place de l'estomac. Et pourquoi diable l'expression déçue de la jeune femme le troublait-elle à ce point ?
- Vous savez…Il m'arrive parfois de me demander comment vous avez pu être espion tout ce temps. Vous n'étiez pourtant pas le plus qualifié pour ce poste, de toute évidence.
Severus s'était figé au beau milieu du couloir, la mâchoire et les poings serrés sous l'insulte, et avait lentement pivoté de nouveau, pour fusiller du regard la jeune femme qui n'avait pas bougé de son point de chute près de l'arche en bois. L'étincelle insolente qu'il avait perçu dans les yeux noisette l'avait suffisamment humilié pour qu'il fasse demi-tour et fonde droit sur elle de nouveau, le regard étincelant de menace. La Gryffondor avait compris trop tard son erreur. Avant qu'elle n'ait pu réagir, Severus l'avait vivement plaquée contre le mur froid du couloir, sa baguette posée contre sa gorge, entre deux anneaux d'écharpe. Le hoquet surpris qui lui avait échappé avait été étouffé par les mots acides du Serpentard.
- Répétez-moi un peu ça, Granger, que je me fasse un plaisir de faire taire définitivement cette langue trop bien pendue, avait-il susurré à quelques millimètres à peine de son visage, les traits déformés par la rage.
L'éclair d'appréhension qui avait traversé son regard couleur miel ne lui pas échappé, et il s'était même félicité de lui inspirer encore ce sentiment de peur qu'il avait longtemps nourri à l'époque de ses années d'étude. Malgré son effroi évident, la jeune femme avait néanmoins poursuivi, avec cet esprit de provocation propre aux Gryffondor, qui décidément n'avaient que peu d'instinct de survie pour se montrer si téméraires.
- J'ai dit..., avait-elle péniblement articulé, gênée par la pointe de la baguette qui s'enfonçait dans sa peau. ...que vous ne deviez pas être le plus qualifié pour le poste d'espion, sinon…
- Vous n'êtes qu'une petite inso… !
- … Comment expliquer que vous puissiez passer à côté de telles évidences ? Avait continué la jeune femme, ignorant la pression qui s'exerçait sur sa gorge.
Severus s'était tu, interdit, et avait du même temps relâché l'appui de sa baguette sur la peau déjà rougie par le contact prolongé et excessif. Il avait dévisagé la jeune femme en fronçant les sourcils, tâchant de lire dans le regard noisette braqué sur lui ce qu'il devait comprendre à ces mots. Contre toute attente, la Gryffondor avait eu l'air soulagé, comme si elle venait de se délester d'un poids devenu trop lourd à porter. Et peut-être aussi parce qu'elle avait pu respirer plus librement sans la pression de sa baguette contre son cou.
- Bon sang mais de quoi diable parlez-vous ? Avait-il demandé, pris de court par cette dernière remarque.
Un agacement palpable avait traversé le visage de la jeune femme, qui avait levé les yeux au ciel, sidérée de son manque de perspicacité.
- Quand je vous disais que tout était toujours compliqué avec vous ! Avait-elle soupiré, exaspérée.
Puis, sous le regard incrédule de Severus, elle avait repoussé sa baguette d'un geste désinvolte de la main, comme si elle n'avait jamais réellement représenté de menace, et avait glissé ses doigts derrière sa nuque pour l'attirer à elle. Alors qu'il se figeait tout à fait et résistait par réflexe à ce geste inattendu, elle s'était rapprochée de lui en s'aidant de sa prise sur son cou.
Et avait posé ses lèvres sur les siennes.
