Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 170e nuit du FoF sur le thème "rater"

saison 5


Bronn sentait la panique monter en lui. En temps normal, se débarrasser de cinq hurluberlus qui avaient eu la mauvaise idée de l'attaquer ne lui aurait pas vraiment posé problème. Mais Bronn n'était pas en temps normal : le voyage en bateau depuis Port-Réal avait été long, la déambulation dans le désert dornien fatigante. Il n'était donc pas au meilleur de sa forme. En plus de son état, il avait un autre élément à gérer : Jaime.

Le Lannister se trouvait à quelques mètres devant lui. Si trois de leurs assaillants c'étaient dirigés vers lui, les deux autres étaient en train de charger Jaime. Sûrement avaient-ils fait le même calcul que lui : avec sa main en moins, ils n'avaient pas besoin d'être plus pour en venir à bout. Le blond avait beau avoir fait des progrès, il n'en demeurait pas moins manchot. Seuls les Sept savaient combien de temps il arriverait à résister... Bronn devait donc se débarrasser au plus vite de ses propres opposants pour pouvoir ensuite sauver les fesses de cet idiot.

Du moins, c'est ce qu'il croyait.

Car alors qu'un des deux adversaires de Jaime levait son épée dans un coup destiné à le tuer, celui-ci para avec une facilité déconcertante l'attaque. Ce n'était pas normal. Vu son niveau, Jaime aurait dû rater sa parade. Tout comme il n'aurait pas dû réussir un enchaînement de passes et feintes aussi compliquées. Et il n'aurait certainement pas dû venir à bout de ses deux adversaires en moins d'une minute.

Bronn n'eut toutefois pas le temps d'y réfléchir davantage, ayant ses propres ennemis à vaincre. Mais sitôt que cela fut fait, il se dirigea vers le lion.

- C'était quoi, ça ?

- Des brigands, répondit Jaime un peu essoufflé. Vu leurs tatouages, je pense que...

- Non, pas eux, abrutis, vous ! La dernière fois qu'on s'est entraînés ensemble vous aviez tout juste réussi à contrer ma feinte et là...

Il se produit alors une chose extraordinaire : Jaime rougit.

- Il se pourrait qu'en réalité, je sois ambidextre, marmonna-t-il.

- Ambi... quoi ?

- Je sais utiliser mes deux mains. À l'épée, en tout cas. Je m'entraîne en cachette avec la gauche depuis que je suis tout petit. Mais je ne l'utilise jamais en tournois pour que personne ne le sache. Ça me permet de garder l'effet de surprise lors d'un vrai combat.

C'était... vicieusement intelligent. Et impressionnant, aussi. Néanmoins, Bronn était trop furieux pour saluer l'exploit.

- Vous m'avez mentit ! Vous avez joué aux idiots pendant tous nos entraînements ! Pourquoi avoir fait semblant de ne pas savoir manier votre épée si en réalité vous vous en sortez si bien ?

- Oh ça... ça c'est parce que j'avais besoin d'une excuse pour passer du temps avec vous.

Plusieurs pensées se succédèrent alors dans son esprit : l'indignation, la colère, l'impression d'avoir perdu son temps... puis enfin, la compréhension.

- Co... Comment-ça « passer du temps avec moi » ?

- Ne me dites pas que cela vous gêne, répondit Jaime en le regardant fixement.

Là, Bronn ne sut vraiment pas quoi dire. Au final, il ne réussit qu'à bredouiller un faible « on devrait se remettre en route », son esprit étant focalisé sur une seule chose : cet abruti de Jaime Lannister avait raison.

Il n'était absolument pas gêné par l'idée que celui-ci ait voulu passer du temps avec lui.

Bien au contraire.