Chapitre 6 - Ne t'abandonne pas au bleu des cinéraires

Le lendemain, sur la route 110 bordée par la mer, le temps ensoleillé était parfait pour un entrainement. J'affrontais les autres pokémons de Serena pour améliorer l'exécution de mes attaques. Ma récente défaite me motivait pour progresser.

Un vent féérique un peu trop fort de Nymphali me propulsa dans les airs et je me retrouvais juste au-dessus de l'étendue aqueuse. Je tentais de me débattre dans les airs, espérant trouver une prise quelconque dans cet élément inconsistant. Non pas l'eau ! Je ne bougeais plus, défiant les lois de la gravité. Serena m'avait attrapé de justesse et tentait de retrouver son équilibre pour ne pas tomber avec moi dans le liquide. Si la flamme au bout de la queue d'un salamèche s'éteint il meurt, me rappelais-je la description du pokédex, je ne voulais pas finir comme ça ! Nymphali s'empressa d'entourer ses rubans autour de la taille de ma sauveuse pour l'aider à se rétablir. Je retrouvais mon souffle lorsque le bleu mouvant ne fut plus dans mon champ de vision. Serena semblait aussi soulagée, même si elle ne m'avait toujours pas lâché.

Soudain, deux petits pokémons sortirent des buissons, ils avaient la même forme, mais l'un arborait des motifs rouges alors que l'autre portait des formes bleues : il s'agissait de posipi et négapi. Ils s'expliquèrent rapidement et assez confusément, ils avaient besoin d'aide, c'était ce qui transparaissait le plus dans leurs paroles. J'acceptais comme à mon habitude de leur rendre service. Je faisais signe à Serena que nous devions les suivre, c'est ainsi que nous partîmes en courant vers notre destination : Lavandia. Nous nous arrêtions enfin juste avant l'entrée de la ville, Serena était essoufflée et profitait de cette pause bienvenue. Je constatais avec joie que mon corps se renforçait de plus en plus, j'étais à peine fatigué par la course. Posipi et Négapi nous montrèrent un grand bâtiment trônant au milieu de l'eau.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Serena.

- C'est la centrale qui fournit l'énergie à la ville, expliqua un vieil homme qui se dirigeait vers nous.

Je constatais que nos deux petits amis s'étaient enfuis. Le vieil homme se présenta, cependant je me souvenais de lui, un vieillard aux cheveux et à la barbe blanche avec une combinaison jaune et une veste marron ornée d'éclairs, ça ne pouvait être que Voltère le champion d'arène de Lavandia. Mon ancien adversaire se saisit du bras de ma partenaire et se dépêcha de l'emmener au centre de sa cité. Je devais être aussi surpris que Serena lorsque je découvris, sur la place juste devant le centre pokémon, une réplique en miniature de la tour prismatique.

- Ah, tu connais cette tour ? s'amusa Voltère.

- Bien sûr, c'est la même qu'à Illumis.

- Tu es originaire de Kalos ?

- Oui, mais pourquoi une telle réplique ?

- Tout simplement car nous sommes jumelés avec cette ville, nous faisons régulièrement des échanges. Et je dois avouer que je m'entends bien avec le jeune champion d'arène de cette ville.

- Vous connaissez Lem ? sourit Serena.

- Oui, nous sommes tous les deux spécialistes du type électrique et inventeur. Et toi jeune fille, comment le connais-tu ? Tu as livré un match d'arène contre lui, c'est ça ?

- Non, nous avons voyagé ensemble avec sa petite sœur et un autre ami à travers tout Kalos !

Voltère rigola devant cette coïncidence, mais il s'arrêta lorsque la réplique s'illumina. Serena semblait ravie devant ce spectacle, le champion beaucoup moins vu les gouttes de sueur qui luisaient sur son front.

- Il y a un problème à la centrale de New Lavandia. Je dois immédiatement m'y rendre ! paniqua le vieil homme.

Je me demandais si c'était de ça que Posipi et Négapi voulaient nous avertir avant d'être interrompu. Serena se proposa pour l'accompagner, ce que le champion accepta avec plaisir.


La centrale était complètement entourée par les flots, et il n'y avait aucun pont qui nous permettrait de la rejoindre. Le scientifique confiant, se dépêcha d'enlever le voile qui recouvrait un petit bateau à moteur. A peine avions-nous quitté la berge que mon mal de mer me reprit. Etrange, quand j'étais humain je n'avais pas ce genre de problème. Je crus voir deux petites ombres monter à bord, seulement je n'eus pas le temps de m'y attarder alors qu'un nouveau haut le cœur me prenait.

Grâce à Voltère, la sécurité ne tarda pas à être levé et nous entrions prudemment dans la centrale. Le bâtiment n'est pas de première jeunesse, avec toute cette poussière qui me fait éternuer. Voltère se dépêche d'allumer sa lampe torche, il n'y a aucune fenêtre ici et le système d'éclairage est complètement éteint. Je n'aime pas beaucoup cette ambiance, on dirait une maison hantée. Avec la flammèche de ma queue j'illumine le visage de Serena pour voir comment elle s'en sort. Elle sursaute de peur, le visage livide.

- Ne me fais pas de telles frayeurs ! me réprimande-t-elle.

Ses traits se crispent, je suis son regard. Révélée par ma flamme, j'arrive à distinguer une forme étendue sur le sol. En m'approchant, je peux voir qu'il s'agit d'un pokémon, mais il ne bouge pas. Voltère se précipite vers lui pour l'examiner.

- Il est simplement évanoui mais on dirait que son énergie électrique a été volé.

Je commence à paniquer, tandis que je me rends compte qu'au milieu de la pénombre, d'autres monstres sont dans le même état.

Serena jette un regard vers moi et me demande :

- C'est cela que Posipi et Négapi avaient senti ? Ils cherchaient de l'aide pour sauver leurs amis.

Nous progressons au sein de la centrale, le plus silencieusement possible.

CLANG

Je me retourne rapidement vers l'origine de cet étrange son. Au loin, deux petites lumières vibrent dans les ténèbres. Je plisse les yeux et distingue au milieu de ces éclats lumineux les deux pokémons de tout à l'heure. Je cours vers eux tout en appelant Serena.

- Utilise tranche ! me crie-t-elle.

Je parviens à couper les antennes qui absorbaient l'énergie des deux petits.

- Que se passe-t-il ici ? demande Serena.

- New Lavandia est contrôlée par une intelligence artificielle. Il doit y avoir un dysfonctionnement, l'installation est en train d'absorber l'énergie électrique des pokémons. Nous devons immédiatement nous rendre au centre de la centrale pour que je puisse réinitialiser le système.

Serena avait compris la situation, elle s'empressa d'appeler en renfort le reste de l'équipe, les deux petits lapins proposèrent aussi leur aide.

Nous arrivons sans trop de problème à notre but, l'I.A ne semble vouloir s'en prendre qu'aux pokémons électriques et nos deux nouveaux amis ne sont sans doute pas une cible prioritaire. Je souffle quand Voltère commence à taper sur l'écran de contrôle, on dirait que tout sera réglé rapidement. J'ai parlé trop vite ! La salle où nous nous trouvions est maintenant illuminée par une lumière rouge vif alors qu'une voix artificielle annonce :

- Menace pour New Lavandia Zzz Activation du système de défense Zzz Elimination des virus Zzz

De nombreuses antennes sortent des murs et commencent à envoyer des décharges.

- Sprint !

Un pokémon au pelage bleu vient de s'interposer, le coup de jus ne semble pas vraiment l'affecter alors qu'il secoue sa crinière jaune en pique qui émet quelques étincelles. L'Elecsprint du champion n'a pas l'air de bonne humeur, il grogne et laboure le sol de ses griffes acérées.

- Pas le choix, il faut détruire l'I.A ! crie Voltère.

Serena se dépêche de nous demander d'attaquer, très vite suivie par le vieil homme. Seulement l'I.A sait se défendre et contre avec de puissantes décharges électriques qui repoussent nos attaques. Nous sommes acculés et parvenons difficilement à protéger nos dresseurs. Ma vision commence à se troubler, j'arrive à mes limites… Je tombe à genou, c'est ce que la machine attendait.

- Zzz Elimination des virus Zzz, dit-elle mécaniquement.

Ses bras se chargent et envoient un puissant courant dans ma direction. Je ferme les yeux attendant le choc. J'entends des bruits de pas venir vers moi, je rouvre les yeux comprenant immédiatement.

« Arrête ! »

Mais elle ne pouvait pas comprendre. Je peux voir Serena se prendre l'attaque à ma place, son visage déformé par la douleur. Elle tombe sur le sol, je n'arrive pas à bouger, pourquoi elle a fait ça ? Je la vois sourire difficilement alors qu'elle est encore étendue sur le sol.

- Tu vas bien, je suis rassurée… me dit-elle entre deux quintes de toux.

Idiote ! C'est la première chose qui me vient à l'esprit. C'est vrai que c'est ce que j'ai l'habitude de faire avec mes pokémons, mais moi c'est différent. C'est pas grave si je suis blessé mais toi… tu n'as pas à faire ça, c'est à moi de te protéger ! Je sens une chaleur monter en moi, elle bouillonne prête à exploser, j'ouvre grand la gueule et un puissant jet de flamme en sort. On dirait que je viens d'apprendre lance-flamme. Un nouveau choc électrique arrête mon attaque, je grogne ce n'est toujours pas suffisant. J'entends les cris des autres pokémons, ce n'est pas vrai, eux aussi ont fini par être touchés.

- Les amis… souffle Serena dans une vaine tentative de se relever. Mon entreprise de la rejoindre échoue lorsque je me prends une nouvelle décharge. J'ouvre péniblement un œil, je peux la voir ramper vers moi, tendant sa main dans un ultime espoir de m'extraire de la lumière mortelle. J'ai mal. J'ai mal. J'ai tellement mal. Je sens ma conscience disparaitre peu à peu, la douleur s'estompe, c'est agréable de lâcher prise parfois. Mon corps tombe vers l'avant, pendant que mon esprit sombre encore plus profondément.

- SALAMECHE !

Je rouvre les yeux et arrête ma chute en prenant appui sur ma jambe, si j'abandonne avant la fin, je serai incapable de la protéger ! Une nouvelle vague d'énergie me parcours, je sens mon visage s'échauffer et transmettre de la puissance au reste de mon corps. Je m'illumine, grandis, évolue. Alors c'était ça que ressentait les pokémons lorsqu'ils évoluaient, cette formidable sensation que rien n'est impossible alors que la puissance déferle dans tout le corps. Regarde-moi bien Serena, je vais exploser cet engin ! Je dirige l'électricité qui parcourt mon corps vers mes poings.

- Poing-éclair ! reconnut Voltère.

Je m'élançais vers le centre de contrôle.

« Posipi, Négapi ! »

Les deux pokémons lancent étincelle afin de renforcer davantage mon attaque. Je touche finalement la machine et provoque un court-circuit.

- Zzz Erreur Zzzzz Erreur ZZZZZZ Répète sans arrêt le robot.

Le champion utilise ce temps pour rapidement reprogrammer l'interface. Les antennes se rétractent dans le mur pendant que la voix récite :

- Arrêt du contrôle automatique Zzz repassage en mode manuel.

A ces mots tout le monde souffla un grand coup.


- J'ai contacté Lavandia, ils ont repris le contrôle de la zone, déclara Voltère après un temps.

Nous étions tous assis par terre à reprendre notre souffle, Serena s'approcha de moi et me serra aussi fort qu'elle le pouvait avec ses frêles bras.

- Ne me refais plus jamais aussi peur, me murmura-t-elle.

C'est toi qui a commencé, aurais-je voulu lui rétorquer. Mais à la place je la serrais moi aussi entre mes pattes en faisant bien attention de ne pas la blesser avec mes nouvelles griffes acérées. Roussil nous observait amusée, je me demande ce qu'elle avait encore en tête.

- Je suis désolé pour ce qui s'est passé, nous interrompit le scientifique.

- Ce n'est rien, évitez juste de recréer un robot fou, tenta de se moquer Serena.

- En réalité, ce n'était pas un accident, il y a clairement eu piratage. Et ce n'était sans doute pas un hacker isolé, j'ai peur qu'il s'agisse d'un réseau criminel.

Je sentis Serena frissonner, Voltère aussi sembla le remarquer puisqu'il ajouta avec son rire rauque :

- Allons, ne t'inquiètes pas, tu as ton chevalier servant à tes côtés pour te protéger.

Elle me regarda de ses grands yeux bleus, m'obligeant à détourner le regard. Je n'ai pas trop l'air d'un chevalier avec ma tête de lézard orange foncé…

- Tous les deux vous formez une sacrée équipe, rajouta le champion bienveillant. Sa remarque fut très vite suivie par l'assentiment des deux petits pokémons électriques.

- Vous voulez vous joindre à eux, n'est-ce pas ? leur demanda le papy.

- Pi ! approuvèrent en cœur les monstres.

- Pourquoi ? demanda surprise Serena.

- Ils ont probablement été impressionné par la détermination dont vous avez fait preuve. Ils doivent chercher à devenir plus forts à vos côtés.

Il était difficile de refuser une telle proposition, surtout vu le regard déterminé des petits monstres.

- Très bien, je compte sur vous maintenant, dit-elle en appuyant les pokéballs contre la tête des deux lapins. Les capsules bougèrent quelques instants et s'immobilisèrent avec un petit bruit et une gerbe d'étoile.

- Tadam ! Posipi et Négapi capturés ! s'exclama Serena suivi d'un cri de joie général.

Elle se dépêcha de les sortir de leurs balls. Nous étions tous réunis autour d'elle.

- Continuons notre voyage tous ensemble, dit-elle simplement.


Le retour à Lavandia fut paisible, Voltère s'étonna lorsque Serena lui expliqua qu'elle participait aux concours. Quand il l'avait abordé, il pensait qu'elle venait le défier dans un match d'arène. En guise de remerciement il lui indiqua que le prochain concours se déroulerait à Vergazon. Et il nous offrit, à mon grand bonheur, un délicieux repas juste avant notre départ. Voltère nous avait proposé de rester dormir chez lui mais Serena avait refusé. Le concours ayant lieu demain, elle devait partir le plus tôt possible après être passée au centre pokémon, bien entendu.

- Sala… Non, c'est Reptincel maintenant, tu ferais mieux de rentrer dans ta pokéball. Après cette journée il vaut mieux que tu te reposes, tenta-t-elle.

Je refusais immédiatement et commençais à avancer. Je l'entendis me rejoindre rapidement :

- Pourquoi tu refuses ? C'est pour ton bien !

Je soupirais et effleurais sa jambe, Serena se mordit la lèvre sous l'effet de la douleur. Elle aussi avait besoin de se reposer et pourtant elle ne s'arrêtait pas, marchait en direction de son rêve. Le minimum que je pouvais faire c'était de rester à ses côtés. La suite de la soirée se passa en silence, j'en profitais pour constater que malgré le changement récent de taille et de forme j'arrivais toujours à contrôler mon corps. C'était sans doute car ma physionomie était beaucoup plus proche de celle d'avant, à la différence de mon changement d'humain à petit lézard qui était bien plus brusque. La nuit commençait à tomber et nous n'étions toujours pas arrivés à destination. Serena s'arrêta, décrétant qu'il était temps de monter le camp. Elle commença à fouiller dans son sac et s'immobilisa soudain.

- J'ai encore oublié la tente, dit-elle dépitée.

On va dormir à la belle étoile cette nuit… Je me dirigeais vers les arbres et coupais quelques branches, les rassemblais afin d'en faire un petit tas et crachais quelques flammes pour allumer notre feu de camp.

- Merci Reptincel, dit Serena en s'asseyant près du feu.

- Les étoiles sont les mêmes qu'à Kalos… murmura-t-elle nostalgique.

Je levais à mon tour la tête pour observer le ciel nocturne.

- Je me demande si Sacha regarde aussi les étoiles en ce moment.

Je reportais mon attention sur elle, ses joues prirent une teinte rouge quand elle le remarqua. Elle agita vigoureusement ses mains devant elle en expliquant paniquée :

- Ce n'est rien, je parlais toute seule !

Je reportais mon attention sur le feu pour ne pas que mon amie se sente encore plus mal à l'aise.

- Tu verras, je suis sûre qu'on brillera autant que ces étoiles, s'exclama-t-elle tout d'un coup.

J'estimais que j'avais déjà assez brillé avec les attaques électriques de la centrale. Elle remarqua mon incompréhension et laissa échapper un léger rire tout en me caressant la tête.

- C'est étrange, mais t'avoir à mes côtés pour ce voyage me rassure vraiment.


Les premiers rayons de l'aube commençaient à apparaitre alors que nous arrivions à Vergazon, une petite ville où l'herbe grasse resplendissait d'un vert émeraude, balayée par un vent frais continu.

- Allons gagner notre premier ruban, déclara mon amie confiante, observant la petite ville qui s'éveillait.

- Malheureusement, ce ruban sera pour moi, entendis-je dans mon dos.

Je me retournais en même temps que ma dresseuse pour découvrir Liseron, avec son sourire cynique collé au visage. Je grognais par réflexe, prouvant toute la sympathie que j'avais pour notre rival.

- Quel pokémon mal élevé, tu n'as absolument aucune élégance, tu es juste une brute. Je vais te donner un conseil petite, débarrasse toi vite de cette horreur et trouve toi un ravissant pokémon. Tu auras peut-être la chance d'embellir ma Machopette !

Je serrais les dents pendant qu'il s'en allait en riant, c'était quoi son problème ?

- Ne fais pas attention à ce qu'il dit, moi je suis sûre que tu seras parfait ! me rassura-t-elle.

Le concours débuta rapidement, nos deux nouveaux amis à cause du manque de temps pour les entrainer, ne pouvaient pas participer à la compétition. Ils patientaient donc avec moi dans la salle d'attente pendant que les autres exécutaient la première partie. Malgré la fatigue, ma dresseuse et ses amis étaient toujours au top. Je constatais le regard émerveillé des lapins et souriais : « Elle est incroyable, n'est-ce pas ? »

Durant la pause, à mon grand étonnement, Serena décida d'aller voir Liseron. Je comprenais mieux lorsqu'elle lui demanda :

- Atalante ne participe pas ?

- Non, et j'en suis étonné moi aussi, je lui avais pourtant indiqué à quel concours j'allais participer, dit-t-il quelque peu dépité.

Il se ressaisit rapidement en criant :

- Ne viens pas me déconcentrer !

Serena n'avait pas le temps de s'énerver, elle était déjà appelée. Elle s'engouffra dans le couloir pendant que je restais dans le vestiaire et m'asseyais en compagnie des autres pour regarder le déroulement sur le petit écran.

« Tu n'as pas protesté lorsqu'elle a demandé à Roussil de faire le premier match, » remarqua Pandespiègle.

« Serena m'a promis de me laisser combattre en final. »

« Mais si elle perd ? » demanda Posipi.

« Elle ne perdra pas, c'est bien pour cela que j'ai accepté. »

Je pouvais voir les autres s'amuser de ma remarque, je reportais mon attention sur le match. Roussil combattait un rondoudou, je constatais avec plaisir qu'elle appliquait les quelques conseils que je lui avais donné pour les combats. Au moment où le chronomètre marqua la fin du temps et où la caméra révéla le jugement nous sautâmes tous de joie. Serena revint en soufflant, nous n'attendions par pour féliciter notre dresseuse et Roussil.

- Ce n'est pas fini ! Pandespiègle, je compte sur toi pour la suite.

On ne tarda pas à l'appeler pour la seconde manche, la fois suivante ce serait mon tour. A cette idée un grand sourire se dessina sur mes lèvres.

« Pourquoi tu souris ? » demandèrent en cœur les deux frères.

« Euh… j'étais juste content que ce soit bientôt mon tour. »

« Tu es incroyable Reptincel, tu as totalement confiance en ta dresseuse ! » s'exclamèrent-ils des étoiles dans les yeux.

« C'est si extraordinaire d'avoir confiance en son dresseur ? »

« Ce n'est pas si étonnant quand on sait qu'il est amoureux d'elle, » dit tout d'un coup Roussil, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Je restais sans voix, je ne m'attendais pas à cette remarque.

« Un pokémon amoureux d'un humain ! C'est possible ? » crièrent en cœur les deux petits monstres.

Derrière eux Roussil riait légèrement et Nymphali avait placé ses rubans devant son visage pour cacher sa gêne.

« C'est… C'est faux ! » criais-je retrouvant ma voix.

« Humain ou pokémon, tu es toujours aussi idiot dans ce domaine, » repris la renarde.

« Humain ? » me regardèrent intrigués les deux pokémons.

« Ah oui, vous n'êtes pas au courant, en vérité il s'appelle Sacha, et c'est un humain qui s'est retrouvé transformé en pokémon. »

Les deux nouveaux me regardèrent avec de grands yeux, j'avais l'impression d'être la réincarnation de Mew.

« Et encore une chose, notre maitresse est amoureuse de lui, enfin de l'humain. Elle n'est pas au courant de sa vraie identité, » finit Roussil.

« Serena n'est pas amoureuse de moi ! » tentais-je de nier, oubliant volontairement la conversation chez Flora ou ce moment à l'aéroport.

Mais le regard noir de Roussil me fit déglutir et elle me rétorqua violemment :

« Tu n'es pas obligé de partager ses sentiments, mais tu n'as pas le droit d'ignorer les siens ! »

Je baissais la tête, tout le monde avait arrêté de parler, et Pandespiègle venait de remporter le combat. C'était mon tour, et mon adversaire était le prétentieux, ça n'allait pas améliorer mon humeur.

- Ça ne va pas ? me demanda immédiatement Serena.

Je la regardais dans les yeux et secouais la tête, il fallait se concentrer sur le combat.

J'avançais sur le terrain, je pouvais sentir le sol trembler à cause des clameurs de la foule. En face de moi Machopeur s'amusait à prendre des pauses gracieuses. Le début de l'affrontement retentit :

- Reptincel utilise dance flamme et poing éclair !

Je crachais des flammes qui entourèrent rapidement mon adversaire, Machopeur n'avait pas le temps de réagir. J'en profitais pour traverser le mur de flamme en utilisant poing éclair qui s'imprégna des flammes de la précédente attaque. Piégé, le pokémon n'eut d'autre choix que d'encaisser le coup. Je souriais, nous avions travaillé cette combinaison à la base avec tranche mais Serena avait eu la présence d'esprit d'essayer avec poing éclair, et c'était un pari gagnant vu le nombre de point que notre adversaire venait de perdre.

- Machopette, chant canon ! dit Liseron en tournant sur lui-même semblable à une ballerine.

- Utilise lance flamme vers le sol !

- Incroyable ! Reptincel a utilisé lance flamme pour s'envoler dans les airs et ainsi éviter les effets de chant canon ! Hurla la commentatrice excitée.

- Mais tu es vulnérable en l'air, s'amusa Liseron. Son pokémon s'élança en l'air, le pied illuminé, prêt à me frapper.

- Reptincel, contre avec tranche.

Mes griffes s'illuminèrent, et les deux attaques entrèrent en collision en une explosion de paillette. Ma récente évolution m'avait vraiment apporté de l'endurance et de la force. J'entendais les cris d'encouragement du public, c'était bien différent du premier concours.

- Cette jeune fille et son Reptincel m'impressionnent, entendis-je un des juges s'exclamer.

Je me tournais vers ma dresseuse qui affichait un grand sourire, elle aussi s'amusait !

- Ne prends pas la grosse tête parce que tu as réussi une ou deux attaques, ton pokémon ne fait pas le poids face à mon adorable Machopette, s'énerva le richard la main sur le cœur. Utilise Attraction !

C'est pas bon ! J'ai déjà vu plusieurs fois cette attaque et elle est vraiment énervante.

- Vite esquive, paniqua Serena ayant compris le danger. Mais Machopeur apparut d'un coup devant moi, et avec un sourire carnassier me fit un clin d'œil. Des cœurs s'échappèrent pour venir me toucher, dans un dernier espoir je place mes mains devant moi.

- Reptincel ! cria-t-elle paniquée. Tout le monde devait retenir son souffle et moi aussi d'ailleurs. Néanmoins je rouvris les yeux et regardais autour de moi, ne ressentant aucun changement.

- Que… réutilise attraction, cria paniqué Liseron. Je fermais à nouveau les yeux, cette fois je n'y réchapperai pas ! Ou bien si… je rouvrais les yeux la tête penchée sur le côté cherchant à comprendre.

- Est-ce que c'est une femelle ? demanda l'infirmière Joëlle du jury.

- Non, tu es bien un mâle ? me demanda Serena le regard elle aussi plein d'incompréhension.

Je me dépêchais de lui apporter confirmation. Les membres du jury se regardèrent et dirent en cœur avec une goutte de sueur sur la tempe :

- On dirait qu'il est insensible à l'amour.

Tout le monde tomba à la renverse devant cette révélation. C'est bon, c'est pas si grave ! Je reportais mon attention sur le dresseur adverse, celui-ci tremblait puis il cria soudain :

- Comment peux-tu résister à l'attraction de ma sublime Machopette, tu es encore plus ignoble que ce que je pensais.

Une marque d'énervement marqua ma tempe, il n'avait rien de mieux à faire que de m'insulter ?

- J'en ai assez que tu dises du mal de mon ami, il est mon partenaire et il le restera peu importe ce que tu en penses !

Je regardais ma dresseuse, la remerciant intérieurement.

« Je ne peux pas perdre ! » entendis-je parler la combattante adverse.

- Utilise zénith et fait resplendir ta beauté, cria son dresseur.

- Je te rappelle que ton attaque avantage aussi mon pokémon, sourit Serena.

J'utilisais lance flamme, la puissance et la beauté était décuplée grâce au temps. J'atteignais ma cible et en profitais pour m'approcher.

- Tranche, cria Serena. Au dernier moment, l'ennemi bloqua mon attaque entre ses paumes.

« Je ne te laisserai pas gagner, sans Liseron je serais… » Elle s'interrompit, à son regard je comprenais à quel point elle était reconnaissante envers son dresseur. Si elle tenait tant à lui, je m'étais peut-être trompé sur son compte, cependant…

« Je refuse de perdre moi aussi ! » hurlais-je.

- Poing éclair ! me commanda Serena.

J'électrifiais mon poing libre et parvins à la frapper.

- Le temps est écoulé ! s'époumona la présentatrice.

Je reprenais mon souffle, je n'osais pas lever la tête.

- Et la gagnante est Serena, félicitation !

A cette annonce je fermais les yeux et me détendis. J'avais réussi mais des bruits de pleurs coupèrent ma joie, Machopette était en train de sangloter au milieu du terrain. Je m'approchais et lui tendais la patte en guise de réconciliation, elle détourna la tête.

« Je ne veux pas qu'il regrette de m'avoir sauvée… » articula-t-elle entre deux hoquets. Je ne comprenais pas vraiment mais :

« Tant qu'on est au côté de notre dresseur, on n'a pas de raison de pleurer. »

Elle s'immobilisa jetant un regard au blond qui s'approchait d'un pas lent, le teint plein de haine… contre moi.

- Comment as-tu osé toucher ma Machopette, tu n'es qu'un hideux monstre et…

Je n'en écoutais pas plus, l'important est qu'il prenait la défense de son pokémon, ça ne me vexait pas vraiment s'il m'insultait pour cette raison. Je voyais Serena s'approcher, elle s'accroupit à mes côtés en me demandant :

- De quoi étiez-vous en train de parler ?

« Tu es vraiment attaché à ta dresseuse, » me fit remarquer Machopette.

« La première fois qu'on s'est rencontré, elle s'était perdue et je l'ai aidé à retrouver son chemin. Mais depuis c'est elle qui me retrouve à chaque fois, » expliquais-je en lançant un regard bienveillant à mon amie.

Elle m'observa plein d'incompréhension, n'ayant bien entendue pas pu comprendre notre conversation. Je la saisissais par le bras, elle ne devait pas oublier la raison pour laquelle nous étions venus. La présentatrice s'approcha et lui tendit le ruban symbole de notre victoire. Elle le contempla quelques instants avant de crier :

- Ta-dam, j'ai remporté mon premier ruban !