Chapitre 12 - La langueur des asphodèles

- S'il te plait, tu dois tenir, suppliais-je mon pokémon en caressant son front. Sa flamme faiblissait inexorablement.

Pourquoi avais-je accepté ces gemmes ? Si c'était Alan qui les avait gardées il aurait pu les arrêter ! Dracaufeu tentait péniblement de garder les yeux ouverts, je ne savais pas quoi faire pour l'aider. Ses paupières alourdies commençaient à se fermer, je tentais vainement de le garder éveillé, jusqu'à ce que finalement, fatigué de lutter, il ferme les yeux.

Il y avait un tel brouhaha autour de moi : des cris, des formes qui s'agitaient mais seul le corps de mon ami me préoccupait. Je sentais qu'on me soulevait et lorsque le visage de mon pokémon disparu de mon champ de vision je criais péniblement, me débattais. J'avais si peur qu'il disparaisse à tout jamais. Je sentis ma conscience sombrer, alors que le monde autour de moi disparaissait.


- Tu les as laissé FUIR !

Le jeune homme entouré de policiers se boucha une oreille la mine renfrognée, le petit appareil à la main lui laissait voir le visage énervé de son interlocuteur.

- Pas de chance, tenta-t-il.

- L'agent Jenny m'a tout raconté tu as fait exprès d'attendre avant d'intervenir ! Tu es un inspecteur je te rappelle ta mission est de protéger les populations pas de laisser une gamine se faire blesser pour… pour quoi en fait ? s'énerva l'hologramme.

- Ma mission initiale tout simplement, répondit avec aplomb le jeune homme.

- On s'était pourtant mis d'accord, ce n'est que temporaire, on reviendra à la mission principale une fois la crise avec les teams aqua et magma réglée. A ce rythme, tu risques juste de mettre les vieux en rogne, déjà que j'ignore comment je vais les calmer après ce que t'as fait, soupira l'homme d'âge mur.

- Si vous me laissez un peu plus de temps je vous assure que… tenta le jeune inspecteur.

- Ça suffit ! Tu obéis aux ordres et puis c'est tout ! cria le supérieur et l'holokit s'éteignit violemment.

Le garçon dû se retenir pour ne pas écraser l'engin contre le sol, si seulement Mew était apparu comme il l'avait supposé on ne l'aurait pas ennuyé ! Décidément les policiers des forces internationales étaient tous des idiots. Il reprit rapidement son masque de calme face au regard inquisiteur de l'agent Jenny.

Son pokémon plante s'approcha doucement de lui pour le réconforter, reconnaissant il lui caressa le front avant de reporter son attention sur les blessés à qui les médecins procuraient les premiers soins. Serena était tombée inconsciente et murmurait des mots incompréhensibles dans son sommeil, les traits tirés par sa peine. Quant à Dracaufeu, son état était vraiment préoccupant… est ce que Mew serait apparu s'il avait attendu plus longtemps, ou l'aurait-il laissé mourir comme un ponchien ? Enfin, maintenant il allait vraiment devoir s'occuper des parasites qui infestaient Hoenn au risque de perdre son poste.


- Dracaufeu… murmurais-je en reprenant conscience.

Mais ce n'était pas son visage que je voyais en premier.

- Où est Dracaufeu !? criais-je à Manon.

Ce ne fut pas elle qui me répondit mais l'infirmière Joëlle :

- Il est actuellement en soins intensifs comme tes autres pokémons.

Son ton lugubre me fit frissonner, je répétais hébétée :

- En soins intensifs…

- Ils sont tous gravement blessés, mais c'est l'état de Dracaufeu qui m'inquiète le plus, j'ai peur qu'il… enfin… je veux dire… tu devrais rester à ses côtés cette nuit si jamais…

Elle ne put achever sa phrase, elle n'en n'avait pas besoin. Devant les appels répétés de Manon, je me demande quelle tête je dois faire. Je n'arrive même pas à pleurer tellement cette situation est absurde.

Je suivais l'infirmière auprès de mon pokémon. Il était couvert de bandages et ses ailes étaient déchirées. Les machines autour de nous vrombissaient pour le maintenir en vie. Ce n'est pas dans cet état que tu pensais finir lorsque tu m'as suivi ce jour-là. J'en viens à me demander s'il n'aurait pas mieux valu qu'on ne se rencontre jamais.


L'aiguille de l'horloge continuait son chemin sans se préoccuper de ce qui l'entourait. C'était mon seul repère dans cette chambre isolée du reste du monde. Je veux juste que cette nuit se finisse ! L'attente et la crainte m'oppressait, toujours cette peur de voir son flanc qui bougeait faiblement s'arrêter définitivement. La peur de voir cette petite flamme si familière s'éteindre si je respirais trop fort. Je ramenais mes mains contre ma poitrine et restais bloquée dans cette position, j'attendais, c'est tout ce que je pouvais faire.

J'entendis la porte de la salle s'ouvrir, j'observais une Manon toute penaude s'approcher de moi. Elle n'osait pas croiser mon regard, se dandinant légèrement sur place.

- Je suis désolée ! finit-elle par dire.

- Que veux-tu que je te réponde ? murmurais-je en fixant à nouveau mon dragon.

- Tu as le même regard que moi alors que tu n'as rien à te reprocher ! Si tu n'étais pas intervenu qui sait ce qu'il serait arrivé… Alors si tu dois en vouloir à quelqu'un c'est à moi !

- Manon, ça suffit, marmonnais-je.

Je ne voulais pas en entendre davantage. La petite dresseuse s'en alla le pas trainant. Pourquoi avait-elle une si haute opinion de moi alors qu'en ce moment je regrettais d'être venue les aider. Je regrettais de ne pas avoir continué ma route sans me préoccuper d'eux. Je suis vraiment quelqu'un d'abject !


La petite aiguille m'indiquait qu'enfin le matin était arrivé. J'observais Dracaufeu, ses paupières frémissaient légèrement, jusqu'à finalement libérer ses yeux fatigués. Vu le regard inquiet qu'il me lança, je ne devais pas être en meilleur état. N'y tenant plus, je l'enlaçais aussi fort que je pouvais. Il n'avait pas assez de force pour bouger mais pouvoir sentir à nouveau sa chaleur contre moi était si rassurant.

Joëlle choisit ce moment pour entrer, m'obligeant à me séparer à nouveau de lui.

- Maintenant que tu es réveillé on peut dire que le plus dur est passé. Désormais il va te falloir du repos pour guérir. Malheureusement pour tes ailes je ne peux rien faire, tu ne pourras probablement plus voler, expliqua-t-elle.

Dracaufeu s'était rapidement rendormi. Je le fixais me demandant pourquoi la méga évolution n'avait pas fonctionné. Il était peut-être temps d'envisager une réponse que je refusais jusque-là : notre lien n'avait jamais existé.


Trois ombres parcouraient les couloirs de la base secrète des teams aqua et magma. Ils évitaient avec soin les différentes patrouilles étrangement peu fréquentes pour une si grosse organisation.

- Cet endroit est beaucoup trop grand… soupira Jessie exténuée de ces veines recherches.

- Mais le jeu en vaut la chandelle ! Si nous pouvons recueillir des informations sur comment capturer les deux légendes d'Hoenn, rappela Miaouss.

- Voyons voir, ce doit être un endroit fortement gardé, commença à réfléchir James.

Dans sa méditation il s'adossa au mur, ce qui lui permit de sentir un léger enfoncement. Suspicieux il se redressa rapidement, il tâtât le mur sur une bonne partie de la longueur et un sourire victorieux étira ses lèvres. Même si c'était faible, ce mur semblait légèrement différent des autres. D'un regard entendu avec ses comparses, ils ne tardèrent pas à découvrir le mécanisme caché permettant d'ouvrir le mur.

Ils sortirent leurs lampes torches pour parcourir la pièce plongée dans l'obscurité. La première chose qu'ils remarquèrent fut le portrait d'un pokémon.

- Mew ! crièrent-ils en cœur.

Ils consultèrent les autres documents, la plupart étaient sur le pokémon fabuleux et plus étonnant encore, sur une certaine arme suprême construite à Kalos il y a 3000 ans.

- Etrange pour des organisations qui ne jurent que par Kyogre et Groudon, remarqua James.

- Où est Jessie ? demanda soudain le petit pokémon inquiet de ne pas voir la jeune femme.

Celle-ci s'était un peu écartée du groupe et déambulait entre les étagères pleines de livres et autres représentations picturales. Dans ce paysage relativement uniforme, un petit objet rectangulaire noir attira son attention. Elle le saisit avec prudence et l'inspecta pour reconnaitre ce qui n'était qu'un vieil enregistreur audio.

Pourquoi avoir mis cet objet ici ? Au vu du reste de la pièce, ça doit être l'enregistrement du cri de Mew, pensa-t-elle tout en déclenchant l'appareil.

D'abord des crépitements puis une voix, une voix qu'elle connaissait d'un passé lointain :

' Agent Miyamoto, rapport de mission : je me prépare à gravir le mont sélénite à la recherche de Mew.'


- Jessie, tu es là ! s'écria James retrouvant enfin sa partenaire. Il s'arrêta net en entendant une voix qui ressemblait à celle de son amie mais en plus brouillée. L'enregistrement sembla s'arrêter avant de reprendre soudainement.

'JESSIE !' ce crie déchirant fit frissonner James, un terrible fracas étouffa la voix puis plus rien, juste le silence mortel.

La jeune femme ne bougeait pas et en pointant sa lampe sur elle, James pu apercevoir une main tremblante autour de l'objet.

- Maman, entendit-il murmurer.

- Jessie, explique-toi je ne comprends rien !

- Quand j'étais petite ma mère est partie en mission et n'est jamais revenue, elle était donc partie à la recherche de Mew et a réussi à le débusquer. C'est ce que cet enregistrement dit, mais elle semble avoir renoncé à sa capture. Ce son à la fin devait être une avalanche. Mais s'il était dans les parages pourquoi ne pas l'avoir aidé ? Il en avait pourtant le pouvoir !

La femme se tenait la tête de douleurs, trop d'informations et questions en même temps la déstabilisaient.

- Calme toi, tenta de la réconforter James en s'agenouillant à son niveau.

- Les gars, cachez-vous ! entendirent-ils soudain, suivi rapidement d'un Miaouss paniqué.

Ils se cachèrent au milieu du bazar environnant priant pour ne pas être découverts.

- Inutile de vous cacher, moi aussi je suis un intrus après tout, entendirent-ils une voix moqueuse.

Ils sortirent la tête avec précaution, pour découvrir un jeune garçon à l'étrange bonnet.

- Ravi de vous rencontrer, je suis inspecteur au sein des forces de police internationales, expliqua-t-il avec un grand sourire en sortant son badge.

Le trio de lascars était loin d'être rassuré par cette annonce.

- On n'a encore rien fait, tenta de se dédouaner Miaouss.

- Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas là pour vous arrêter, il regarda autour de lui avec le regard heureux d'un enfant qui vient de faire une magnifique découverte. A cause du grabuge causé par les teams aqua et magma ont m'a demandé de suspendre ma mission de base et de les poursuivre. Ce changement de plan ne m'enchantait pas mais avec ces nouveaux éléments ils ont réussi à piquer mon intérêt !

- Alors tu vas nous laisser partir si on ne t'intéresse pas ? demanda James ayant repris un peu d'aplomb.

- Non, je voudrai vous proposer un marché au sujet de Mew, répondit le policier.

Il dévisagea Jessie, son regard s'étant soudain affermit.

- Tu veux nous utiliser ! La team Rocket est libre, et ne s'associerai jamais avec des policiers ! s'énerva James.

- En quoi consiste ton marché et qu'est-ce que j'y gagne ? questionna Jessie à la grande surprise de ses deux compagnons.


Plusieurs jours étaient passés sans que je m'en rende vraiment compte. Et nous étions déjà à la date du concours de Nénucrique. Mes pokémons étaient à peu près rétablis et ils insistaient pour participer, surtout Dracaufeu. Après de nombreux refus, je finis par céder, ne me sentant pas le courage de m'opposer davantage à eux.

Je retrouvais Flora à l'entrée de la salle de concours et tentais de la saluer mais elle remarqua rapidement mon extrême fatigue. Il faut dire que je n'avais pas beaucoup dormi ces derniers jours. Les cernes sous mes yeux et mon teint fantomatique me trahissaient aisément.

- Quelle horrible mine ! Tu ferais mieux mieux de ne pas te présenter, tu risques d'effrayer le public, se moqua Liseron qui venait d'arriver.

- De quoi je me mêle ! Et puis je t'ai vu à la télé, tu as déjà remporté ton cinquième ruban alors qu'est-ce que tu viens faire ici ? s'énerva Flora.

- Je suis juste ici pour empêcher Serena de gagner.

Je n'avais pas la force de répliquer et me contentais d'aller dans ma loge en soupirant.


Je passais la première épreuve sans conviction. Mon accès au deuxième tour sur le fil ne fut permis que grâce au travail de mes pokémons. Je m'asseyais sur un des fauteuils des loges, mes pokémons m'entouraient, leurs visages me laissaient facilement deviner ce qu'ils pensaient. Ils tentaient vainement de me remotiver par leurs petits cris mais je n'y prêtais pas attention.

Flora s'approcha de moi, inquiète elle me demanda :

- Qu'est ce qui t'arrives ? Comparé à ce que tu fais d'habitude cette performance était…

- Minable, la complétais-je.

Je ne me sentais pas en état pour que quelqu'un me fasse la morale alors je m'éloignais d'elle.

Il était temps de combattre et mon premier adversaire n'était autre que la dresseuse de Braségali. Dracaufeu insistait pour combattre, de toute façon je ne pourrais pas le raisonner. Mes autres pokémons nous souhaitèrent bonne chance alors que je les laissais dans les vestiaires.

Les gens criaient, la présentatrice hurlait, toute cette cacophonie me donnait mal à la tête. Je pouvais sentir le regard lourd de Dracaufeu sur moi, il devait avoir remarqué ma gêne. En face de moi Flora appelait Braségali, celui-ci avait le regard déterminé prêt à tout pour faire gagner sa dresseuse. Je l'avais déjà vaincu une fois mais vu l'état actuel de mon pokémon, l'issue du match ne me serait sans doute pas favorable. Mon dragon émit un petit cri, le poing serré, il tentait de me remonter le moral. Il se comportait toujours comme ça, peu importe ce que je lui faisais subir il voulait toujours m'aider.

- Je vois que tu as une méga-gemme, alors autant faire un combat de méga évolutions ! me cria mon adversaire de l'autre côté du terrain.

Je n'eus pas le temps de répondre, son pokémon s'était déjà transformé. Je tentais à mon tour d'activer la pierre dans un ultime espoir, cependant elle ne brilla même pas lorsque je la touchais. Peu importe ! Nous n'avons pas besoin de cette idiotie de méga évolution.

- Dracaufeu, utilises lance-fl… non Dracaugriffe ! tentais-je me perdant dans mes ordres.

Mon pokémon m'observait perplexe.

- Si vous ne vous décidez pas, c'est nous qui attaquons ! déclara Flora.

Le monstre ardent fonça, me rappelant l'attaque de méga Sharpedo. Il va le blesser ! Je me trouvais à nouveau tétanisée alors que Dracaufeu subissait l'attaque.

Le dragon s'énerva, sentait-il ma perte de confiance ?

Je l'observais pendant qu'il lançait des attaques sans écouter mes ordres, se servant de sa force brute.

- Bon sang, qu'est ce qui t'arrives Serena ? s'énerva Flora.

- Tu ne peux pas comprendre ! lui criais-je rageuse.

Il s'écroula sur le sol.

- Dracaufeu est hors combat, la victoire revient à Flora ! cria la présentatrice.

Je m'approchais du pokémon mais n'osais pas briser la distance. Tout autour de moi résonnait les murmures de la salle de spectacle qui mêlaient consternation, colère, incompréhension, déception devant ma piètre performance.

- Serena… entendis-je murmurer tandis que mon adversaire me regardait plein de pitié.

- Je suis désolée, murmurais-je au monstre qui se relevait difficilement.

Je tournais les talons et quittais la salle de concours sans l'attendre. A l'instant où je sortais, je tombais sur la dernière personne que j'avais envie de voir.

- Tu ferais mieux de te dépêcher, sinon tu vas être en retard pour ton combat, grommelais-je espérant que Liseron s'en aille rapidement.

- J'ai décidé d'abandonner, mon seul but était de t'empêcher d'avoir ton ruban mais finalement je n'ai pas eu besoin d'intervenir. Pas étonnant en même temps avec ton Dracaufeu.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Souviens-toi, je te l'avais dit dès le début, jamais il ne pourra s'épanouir avec toi car il est fait pour les combats d'arènes, ces matchs où il n'y a que la force brute qui compte. Même si j'exècre ce système sans élégance, il semble que certains pokémons soient faits pour cela. En l'obligeant à faire des concours, tu as bridé le potentiel de ton pokémon. Le résultat est simple : il est un incapable aussi bien dans les combats que dans les concours.

J'aurais tellement voulu lui répondre qu'il se trompait. Mais je ne bougeais pas, continuant d'écouter. Ce qu'il était en train de dire à haute voix c'était toutes les craintes qui me hantaient et que je refusais d'écouter.

- Et puis, j'ai bien remarqué ses ailes déchirées, je me demande ce que tu as fait subir à ce malheureux monstre ! Normal qu'il ne puisse pas méga évoluer avec une dresseuse comme toi. En fin de compte, Atalante n'est pas infaillible puisqu'il semblerait qu'il n'y ait jamais eu de lien entre toi et Dracaufeu. La méga-évolution en est la preuve irréfutable !

Je ne trouvais rien à répondre, de toute façon il… La porte s'ouvrit laissant apparaitre Dracaufeu. Je fuyais vers les bois, je pouvais entendre le bruit de ses pas juste derrière moi. Il essayait de me suivre malgré ses ailes en charpies. Je m'arrêtais finalement lorsque je l'entendis crier.


Elle s'était finalement arrêtée, je tentais de reprendre mon souffle. Qu'est ce qui lui prenait de s'enfuir comme ça ? Elle continuait de me tourner le dos, j'avais l'impression d'être face à un mur.

- Je ne voulais pas l'admettre mais Liseron a confirmé mes doutes. Tu as besoin de trouver un meilleur dresseur qui t'aidera pour atteindre ton vrai potentiel.

C'était tout ce qu'elle trouvait à me dire ? Elle m'avait déjà sortie ce genre d'inepties, et je pensais que c'était réglé. Je me dépêchais de démentir ces affirmations par des cris, mais comment je pouvais lui faire comprendre si elle ne me regardait pas !

- Pourquoi tu n'arrives pas à méga-évoluer ? me demanda-t-elle.

Je ne trouvais pas de réponses à lui donner et de toute façon elle ne comprendrait pas.

- Alors je vais t'apporter la réponse, c'est tout simplement parce que je ne suis pas la dresseuse qui te conviens. Je suis incapable de te protéger, et je ne supporte plus de te voir blesser… il vaut mieux tout arrêter.

Je sentais l'énervement monter en moi tandis que je m'approchais d'elle pour l'obliger à se retourner, qu'elle ose me répéter tout cela en face ! Dans mon élan, j'agrippais son ruban qui tomba mollement sur le sol. Je le regardais hébété, c'était moi qui lui avais offert. Distrait, je ne remarquais qu'au dernier moment la pokeball dans sa main. Un rayon rouge en sortit ne me laissant pas le temps d'esquiver. Je me retrouvais enfermé dans la capsule mais ce fut de courte durée. Serena me fit ressortir, mais c'était différent de la première fois, tellement froid, j'avais l'impression qu'on m'avait arraché quelque chose.

« Tu m'as relâché ! » criais-je de colère.

- Va-t'en, murmura-t-elle sans me regarder.

Tu crois vraiment que je vais accepter ? Après tout ce qu'on a vécu ! Tu es la première personne à qui j'ai accordé ma confiance, à croire que tu…

- Je t'ai dit de partir ! Je ne veux plus de toi à mes côtés ! J'aurais… j'aurais préféré ne jamais te rencontrer ! hurla-t-elle.


Je ne l'avais jamais vu dans un tel état, ce n'est pas la Serena que je connais ! Je n'en pouvais plus, je fuyais loin de ce maudit endroit, loin d'elle. Pourquoi mon cœur me faisait autant souffrir ? Je tombais à genoux et regardais le ciel. Alors elle m'avait bien abandonné, comme tous les autres. Après tout j'avais été stupide de penser que quelqu'un avait besoin de moi. J'esquissais un sourire, je faisais vraiment pitié. Ma poitrine me brulait de plus en plus, comprimée dans un étau. Je veux arrêter de souffrir, je dois juste tout oublier : ce voyage et tous ceux d'avant jusqu'à cet enfant qui pleure dans l'obscurité.


Dracaufeu était parti, je continuais de fixer le chemin qu'il avait pris. C'est fini. Je détournais le regard et tombais sur le ruban azur. Je le ramassais et restais quelques instants à le contempler avant de le ranger dans ma poche.

De retour au centre pokémon, je retrouvais Manon qui affichait un sourire radieux. La raison de cette joie n'était pas difficile à deviner, se retenant maladroitement à sa béquille pour ne pas tomber, Alan était en train de lui caresser de manière rassurante la tête. La dresseuse de Marisson avait veillé sur lui durant toute sa convalescence. Elle avait eu sans doute peur qu'il lui en veuille mais ce n'était absolument pas le cas. Il semblait juste vouloir la rassurer malgré ses blessures, aucune forme de rancœur ne transparaissait dans son regard. Il m'adressa un léger sourire lorsqu'il me remarqua, très vite suivi par la question que je redoutais :

- Où est Dracaufeu ?

- Il est parti réaliser ses rêves, expliquais-je pour rapidement mettre un terme à la conversation.

Il me restait une dernière chose à régler, je sortais de ma poche la dracaufite X et retirais de mon poignet le méga anneau pour les tendre à Alan.

- Tiens, il vaut mieux que ce soit toi qui les utilises.

- C'est hors de question et qu'est-ce que tu entends par 'il est parti réaliser ses rêves' ? Ne me dis pas que tu l'as abandonné ! cria Alan.

- Je ne l'ai pas abandonné, il est parti, c'est tout.

- Arrête de dire n'importe quoi, nous devons vite le retrouver !

- Tu n'as pas à décider de ce que je dois faire ! m'énervais-je.

- Rou… entendis-je.

Je lançais un regard en coin pour découvrir Roussil et mes autres pokémons. Ils avaient dû revenir au centre pokémon pour m'attendre, ils devaient m'en vouloir de ne pas être revenue les chercher à la salle de concours. Mais… pourquoi affichaient-ils cette expression terrifiée ?

- Je suis fatigué Manon, je remonte dans ma chambre, céda finalement Alan sans pour autant prendre les précieuses pierres.

Avant de définitivement disparaitre de mon champ de vision je pus l'entendre dire :

- Je ne peux effectivement pas décider pour toi, tout comme je ne peux pas t'empêcher de te comporter en mauvaise dresseuse.

- Tu n'as pas à me juger, chuchotais-je les dents serrées.

Je tentais de m'approcher de mes pokémons, eux au moins me comprenaient. Ils eurent un mouvement de recul, même eux ils… La fureur m'envahissait à nouveau et je ne pouvais rien faire d'autre à part la laisser éclater.

- Si c'est comme ça, inutile de continuer les concours ! Inutile de continuer le voyage !

Je les rappelais dans leurs pokéballs pour ne plus voir leurs visages inquiets et me dirigeais vers le premier visiophone qui croisa mon regard. Je tapais frénétiquement le numéro du professeur Platane, l'écran s'alluma, le sourire du chercheur se fana vite lorsqu'il me vit.

- ça va Serena ? me demanda-t-il hésitant.

- Très bien, répondis-je sèchement, je vous envoie tous mes pokémons et j'ai bien l'intention de revenir dès que possible. Je suis actuellement à Nénucrique, vous savez où est l'aéroport le plus proche ?

- Euh… il n'y a pas d'aéroport dans cette ville, tu en trouveras un sur l'île d'Algatia. Tu vas devoir prendre le ferry pour la rejoindre mais Serena…

- Très bien, je vous remercie, écourtais-je la conversation.

J'éteignais rapidement le visiophone après avoir renvoyé mes pokémons. Je sortais du centre et rencontrais une vieille connaissance.

- Madame Palermo ! m'exclamais-je, surprise de vois la manageuse des performeuses de Kalos ici.

- J'étais venue voir tes progrès mais… elle retira ses lunettes me transperçant de ses yeux sévères, je suis extrêmement déçue par ce que j'ai vu et ce que je vois en ce moment. Tu sembles avoir perdu cette flamme et ce désir de faire sourire les autres.

Pour qui se prenait-elle ? Elle aussi venait uniquement pour me réprimander. Je lui répondis, de la manière la plus détachée possible :

- De toute façon vous n'avez pas à vous inquiéter, je me retire aussi bien des concours que des performances.

- Où est passée la vrai Serena ? répondit-elle sans élever le ton. Elle m'observait comme si j'étais une parfaite inconnue.

- On dirait que vous vous êtes trompé sur mon compte, de toute manière vous n'avez pas à me faire la morale !

Un choc sur la joue m'empêcha de continuer, me faisant tourner la tête. Je mis quelques secondes avant de réaliser qu'elle venait de me gifler.

- Tu étais une jeune fille tellement prometteuse, je déplore vraiment ce que tu es devenue.

Elle était implacable, ne voulant plus perdre de temps avec moi elle s'engouffra dans la voiture qui l'attendait prenant bien soin de remonter la vitre teintée. Je ne restais pas plus longtemps et me dépêchais de me rendre à l'embarcadère.


Je restais sur le ponton, respirant la brise marine tout en observant les pokémons eaux. D'immenses Wailords déchirèrent l'eau pour nager au côté de l'embarcation.

- Dracaufeu, viens voir ! criais-je par reflexe avant de me souvenir qu'il n'était plus là.

La place à mes côtés était vide.

« Je vais faire en sorte de devenir une jeune fille encore plus éblouissante ! » C'était ce que j'avais dit à Sacha le jour de mon départ. Je resserrais mes mains sur la barrière humide qui me séparait de l'océan. Après un tel fiasco, si je le revoyais je ne pourrai plus le regarder en face. Mais paradoxalement je souhaitais qu'il soit à mes côtés pour m'aider. Dire que je n'arrivais même pas à le contacter, j'avais bien sûr tenté d'appeler chez lui mais sa mère m'avait dit qu'il était parti pour un nouveau voyage et qu'elle ignorait exactement où il se trouvait. J'ai besoin de toi mais je n'ai aucun moyen de te contacter.

- Yoh !

Je fis un bond sur le côté pour découvrir le visage de celui qui venait de me sortir de mes pensées. Son sourire enfantin toujours plaqué au visage, la main levée en guise de salut, et son éternel bonnet.

- Brice ! criais-je.