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Le Sorcier Vagabond

CHAPITRE 7 : Samedi 11 mai 2030, Udaipur

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À voir absolument: « Si vous faites une escale à Udaipur lors de votre voyage, rendez-vous au village des artisans. Vous y rencontrerez des gens passionnants. Que vous soyez à la recherche de tissus, d'épices, de poteries, de paniers, de bijoux ou de petits travaux d'ébénisterie, vous y trouverez forcément votre bonheur (à moins que, comme mon collègue, vous ne dépensez de l'argent que dans ce qui est comestible, et dans ce cas, rendez-vous directement aux stands à l'est du village pour goûter aux mets locaux.) » {Rose W.}

À faire sans hésiter : « Tout au long de l'année, à l'exception de la période de mousson, des spectacles de danses traditionnelles se tiennent le soir au Temple Karni Mata. À la fin du spectacle, les danseurs vous invitent à vous joindre à eux pour prolonger la soirée. Choisissez bien votre partenaire. C'est un moment que vous n'êtes pas près d'oublier. » {Scorpius M.}


Maharajas' Express, 7h00 UTC + 05h30 (heure d'été + 04h30)


Le train Maharajas' Express devait arriver à Udaipur entre dix et onze heures (pour un trajet de treize heures en moyenne, de nombreux imprévus pouvaient survenir et retarder l'arrivée du train, si bien que l'heure d'arrivée annoncée était toujours très approximative).

Le petit-déjeuner était prévu à bord, entre huit et dix heures, et pour la première fois depuis le début de leur voyage, Rose était assurée que Scorpius serait à l'heure pour celui-ci puisqu'ils partageaient une cabine et que Rose avait réglé son réveil de voyage à sept heures tapantes. Malgré le fait qu'ils avaient passé un long moment au bar et n'étaient allés se coucher que sur les coups de deux heures du matin, Rose ouvrit les yeux à la seconde où son réveil sonna. La petite horloge de poche posée sur son chevet s'ouvrit avec fracas, laissant s'échapper un petit oiseau en bois ensorcelé qui battait des ailes et claquait son bec en métal dans un bruit assourdissant, en virevoltant dans la pièce et en hurlant joyeusement « Debout ! Debout ! Debout… ! ».

Scorpius se redressa en sursaut, l'air hagard, devant une Rose enjouée qui repoussait déjà sa couette au bout de son lit pour se lever.

Mais qu'est-ce que c'est que cette abomination ?! demanda Scorpius, horrifié, en chassant de ses deux mains l'oiseau qui tournait désormais autour de sa tête.

Rose était déjà debout et rassemblait ses affaires de toilette et des vêtements propres.

Un cadeau de mon grand-père, répondit-elle. Tu aimes ? Je peux t'avoir le même pour ton anniversaire si tu veux…

Comme Scorpius ne parvenait pas à se débarrasser de l'oiseau qui hurlait toujours dans ses oreilles, il se rallongea et rabattit sa couette au-dessus de sa tête en grommelant.

Oh, inutile, lui expliqua Rose. Le seul moyen de s'en débarrasser, c'est de se lever et il rentrera dans son nid pour la journée, ajouta-t-elle en désignant le réveil d'une main.

Scorpius repoussa sa couette et jeta un regard noir à sa collègue, qui se mordit l'intérieur de la joue pour éviter d'éclater de rire, ce qui n'échappa au jeune homme. Dans d'autres circonstances, il aurait apprécié l'amusement et la malice qui peignaient les traits de Rose Weasley, habituellement si réservée, mais à cet instant précis, il était trop occupé à éviter les coups de becs et d'ailes de son réveil tout droit issu du chaudron de Morgane la Fée.

Rien que pour ça, je vais ajouter un trek en montagne à notre itinéraire, marmonna-t-il alors que Rose s'enfermait dans la salle de bain.

Le jeune sorcier soupira et se leva. Le chant de l'oiseau s'affaiblit aussitôt et il retourna sagement dans son « nid » comme le lui avait promis Rose.

Désormais trop éveillé pour espérer se recoucher, Scorpius fouilla dans son sac pour récupérer son carnet de notes et une plume. Contrairement à sa collègue, qui notait scrupuleusement dans son carnet le moindre détail de ses journées pour ne rien oublier et restituer à Ludivine une description exhaustive de leur voyage, Scorpius, lui, se contenta de griffonner la date de la veille suivie de quelques mots liés les uns aux autres par des tirets ou des flèches. C'était amplement suffisant. Lorsqu'il rédigerait ses rubriques pour le guide, il n'aurait qu'à jeter un coup d'œil à ses notes pour se remémorer son voyage. Après tout, s'il oubliait certaines choses, c'était qu'elles ne l'avaient pas marqué. Et si elles ne l'avaient pas marqué, pourquoi conseiller à leurs de les faire ?

Rose sortit de la salle de bain moins de quinze minutes plus tard, vêtue d'un Salwar Kameez blanc acheté quelques jours plus tôt sur un marché, les cheveux encore mouillés.

Bien dormi ? demanda-t-elle à Scorpius sans pouvoir dissimuler un sourire moqueur.

Scorpius rangea son carnet et sa plume dans son sac-à-dos avant d'adresser un sourire tranquille à la jeune femme.

Un sourire qui n'augurait rien de bon. Celui de Rose s'effrita donc très légèrement.

Pendant que tu étais sous la douche, j'ai réfléchi. Si je me fie à l'itinéraire papier que tu insistes pour respecter à la lettre, aujourd'hui tu voulais qu'on visite le City Palace, qu'on se balade dans la vielle ville autour du Jagdish Temple et que l'on fasse un saut au village des artisans… Moi, j'avais proposé de descendre les trois lacs en barque et de monter jusqu'au Temple de Karni Mata en fin de journée pour assister au coucher de soleil pendant le spectacle de danses traditionnelles donné au sommet.

Rose jeta un coup d'œil méfiant à son collègue.

Et alors…? demanda-t-elle sans comprendre où il voulait en venir.

Les lèvres de Scorpius s'étirèrent vers le haut.

Alors, léger changement de programme. Au lieu de prendre les télécabines qui traversent la colline, on va grimper à pied jusqu'au Temple de Karni Mata.

Rose secoua vivement la tête.

Non, non, non, certainement pas ! Ce n'était pas prévu comme ça !

Peut-être mais c'est ma partie de la feuille de route, donc, j'ai le droit de la modifier comme je l'entends.

Ludivine a dit que…

Ludivine a dit que je ne devais pas mettre ta vie en danger. Pour le reste, j'ai carte blanche.

Mais c'est le cas ! Tu mets ma vie en danger ! Le dénivelé va me tuer ! protesta-t-elle.

Scorpius haussa les épaules et attrapa ses vêtements et sa trousse de toilette avec un sourire artificiellement nonchalant, qui dissimulait en réalité tout le plaisir qu'il prenait à se venger du réveil que lui avait infligé volontairement sa collègue.

Fallait y penser avant, Weasley, répondit-il avant de s'enfermer dans la salle de bain, laissant Rose derrière lui, déconfite.

Quarante-cinq minutes plus tard, Rose croquait dans un Ada avec véhémence, tandis que Scorpius souriait tranquillement en buvant son thé, son assiette déjà vide devant lui.

Tu sais quoi ? C'est toi qui avais raison finalement. Ça fait du bien de se lever tôt, ce petit réveil matinal m'a mis de très bonne humeur ce matin ! Si ça tient toujours, je veux bien que tu demandes un de ses réveils ensorcelés à ton grand-père pour moi…

Rose jeta un regard mauvais au jeune homme en finissant son Ada. Elle s'était faite avoir à son propre piège, mais plutôt mourir en gravissant la colline qui menait jusqu'au Temple de Karni Mata que de le reconnaître. Rose utilisait rarement le réveil que lui avait offert son grand-père, mais elle le prenait toujours au cas où quand elle partait en voyage à l'étranger, car elle en avait parfois besoin pour se réveiller les premiers jours, le temps de s'habituer au décalage horaire. Elle avait cru pouvoir jouer une petite farce sans incidence à Scorpius, qui prenait un malin plaisir à être en retard tous les jours depuis le début de leur voyage, mais c'était sans compter sur le fait que Scorpius avait beaucoup plus d'expérience que Rose à ce petit jeu.

Tout ce que tu auras pour ton anniversaire, c'est un Scroutt à pétard, grommela Rose, qui parvenait difficilement à rester agacée devant la bonne humeur de Scorpius.

Scorpius réprima un sourire en entant Rose parler de son anniversaire, comme si c'était une évidence. Comme s'ils n'étaient plus de simple « collègues », mais quelque chose de plus. Comme si à l'issue de ce voyage, ils passeraient du temps ensemble en dehors de leurs bureaux à Londres, ou s'échangeraient des cadeaux pour leur anniversaire, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde alors que quelques semaines plus tôt, Scorpius pensait encore que Rose était… quelqu'un d'autre. Quelqu'un qu'il avait méprisé pendant des années pour tout ce qu'elle représentait et qui était pourtant à des années lumières de ce qu'elle était vraiment. De quoi se faire des nœuds au cerveau.

Tu savais que Ravard Buldefeu avait découvert que le dard des Scroutts à pétard mâles avait des vertus aphrodisiaques ? Répondit finalement Scorpius. Depuis, leurs dards se vendent une fortune. Si tu m'en trouves un, je pourrais peut-être laisser tomber le Sorcier Vagabond et voyager uniquement pour le loisir… Et personne ne pourra plus m'empêcher de faire des balades à dos de dragon, tu imagines un peu ?

Rose résista, mais en vain : un sourire gracia finalement ses lèvres et elle poussa un long soupir.

À notre retour à Londres, je demande une augmentation à Ludivine, rien que pour couvrir les frais en équipement de randonnée que tu vas me coûter. C'est quoi le pays le plus plat du monde ? Je propose qu'on le soumette à Ludivine pour notre prochaine collaboration.

Les yeux de Scorpius s'illuminèrent.

Tu penses déjà à notre prochain voyage, Weasley ?

Rose haussa les épaules, les joues légèrement colorées, avant de baisser les yeux sur le fond de sa tasse, dans laquelle ses feuilles de thé formaient un symbole de plus en plus clair. Un arthropode à la queue recourbée tendait l'une de ses pinces pour couper en deux une fleur aux pétales recourbés sur eux même.

Rose reposa sa tasse sur sa coupelle et détourna le regard.

Scorpius comprit aussitôt qu'il l'avait perdue. Rose était déjà loin dans ses pensées. Quoi qu'elle ait vu dans ses feuilles de thé, la conversation était finie et un masque tendu avait remplacé son sourire.

Il laissa échapper un faible soupir qu'elle ne put entendre et tourna la tête vers la fenêtre du train, qui continuait de défiler à travers la campagne.


Udaipur, 11h35 UTC + 05h30 (heure d'été + 04h30)


Finalement, le Maharajas' Express était arrivé à Udaipur à dix heures cinq, ce qui avait permis à Scorpius et Rose de prendre un MagicoCab jusqu'au City Palace et de visiter une partie de celui-ci en un peu plus d'une heure. Bien que le complexe de palais d'Udaipur ait été un lieu de passage pour de nombreux sorciers moghols du XVIème au XVIIIème siècle, qui y laissèrent une trace indélébile de leur passage, il s'agissait d'une construction on ne peut plus moldue, à l'initiative du Maharana de l'époque, moldu lui aussi.

Mais Scorpius et Rose s'étaient mis d'accord dès le départ : leur voyage comprendrait des étapes pour les sorcières et les sorciers qui aimaient aussi découvrir la culture moldue pendant leurs vacances.

Je suis toujours épaté par les constructions des moldus. Quand on voit ce qu'ils sont capables de faire sans magie… surtout à cette époque. Ce palais date de quand ? Les années 1600 ?

1559, corrigea Rose machinalement, les yeux rivés sur son plan pour trouver le meilleur moyen de se rendre dans la vielle ville pour déjeuner avant d'aller au village des artisans.

Exactement… les moldus sont bien plus débrouillards que la plupart des sorciers. On se repose beaucoup trop sur la magie. C'est presque trop facile.

Rose leva le nez de sa carte et haussa un sourcil.

Je suis d'accord… En partie du moins, amenda-t-elle. Mais tout le monde n'est pas comme toi. Tu ne peux pas mettre tout le monde dans le même chaudron.

Scorpius fronça les sourcils.

Comme moi ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

Tu es un excellent sorcier, répondit simplement Rose en haussant les épaules, comme si c'était parfaitement évident, avant de ranger sa carte dans son sac-à-dos. La magie te vient facilement, tu ne réfléchis pas avant d'utiliser ta baguette parce que c'est naturel : tu sais sans même avoir besoin de te poser la question que le sort que tu vas lancer va porter ses fruits. Mais il y a beaucoup plus de sorciers que tu ne le crois qui vivent partiellement comme des moldus parce qu'ils sont moins doués. Tu te souviens de Louise ?

Scorpius secoua la tête. Non.

C'est ma meilleure amie, expliqua Rose avec un sourire, pas surprise que Scorpius ne s'en souvienne pas. Elle était dans notre classe à Poudlard, mais à partir de la troisième année, tu as dû avoir beaucoup moins de cours en commun avec elle. Elle était plutôt bonne en Potions et en Botanique, mais pas du tout en Sortilèges, en Défense contre les forces du mal ou en Métamorphose par exemple. Elle a toujours préféré les cours et les activités qui lui demandaient le moins possible d'utiliser sa baguette. Tu peux être sûr qu'une fois sur deux, elle ne sait même pas où elle l'a rangé.

Scorpius se sentit un peu bête. Il n'y avait aucun jugement dans la voix de Rose, mais elle avait raison. Il ne s'était jamais mis à la place d'un autre sorcier. Utiliser sa baguette lui semblait aussi naturel que de marcher ou de parler. Il n'avait jamais vraiment réfléchi à ce qu'avaient pu ressentir ses camarades à Poudlard lorsqu'ils n'arrivaient pas à transformer leur allumette en aiguille, faire léviter leur plume au-dessus de leur tête ou bloquer un maléfice.

Tu as raison, admit Scorpius. Je n'avais jamais vraiment pensé à ça…

Rose haussa les épaules en souriant.

Quoi qu'il en soit, ça n'enlève rien à la virtuosité des moldus. Mais je pense que tu serais surpris de voir combien de sorciers et de sorcières doivent être tout aussi ingénieux qu'eux au quotidien, à défaut de pouvoir compter sur leur baguette comme on le fait…

Après cela, il leur fallut peu de temps pour gagner la vieille ville, où ils prirent un déjeuner sur le pouce au marché, où des mètres et des mètres de stands de nourriture éveillaient les sens (et l'estomac de Scorpius qui ne connaissait pas la satiété). Pour avoir le temps de monter à pied au Temple de Karni Mata et d'assister au coucher de soleil pendant le spectacle de danses traditionnelles donné au sommet, Scorpius avait finalement accepté de transplaner jusqu'au village des artisans.

Rose fit le plein de souvenirs pour son immense famille, tandis que Scorpius se contenta de poser des questions aux artisans qui lui répondaient dans un anglais aussi approximatif que son hindi à lui.

Puis, vint le moment fatidique que Rose redoutait tant. Après avoir transplané aux pieds du Temple de Karni Mata, il restait à le gravir.

Franchement, quitte à avoir transplané jusqu'ici, pourquoi ne pas continuer et transplaner directement…

Non.

… ou au moins prendre les cabines, ça nous permettra d'admirer la vue pendant l'ascension.

Non.

Rose poussa un long soupir.

C'est vraiment ton dernier mot ?

Scorpius arqua un sourcil :

À ton avis.

La jeune femme grommela ce qui ressemblait fortement à une insulte, la première que Scorpius l'ai entendu prononcer depuis qu'il la connaissait, avant de s'accroupir pour refaire ses lacets.

Bien, fit-elle en se redressant, une fois son lacet fermement noué. Allons-y. Pour les mémoires, notons que j'aurais tout fait pour collaborer avec toi dans cette mission et que Ludivine me doit un nouveau bureau, avec une belle vue sur la Tamise.

Pour quoi faire ? s'étonna Scorpius. On est au bureau à peine dix pour cent de l'année.

Pour le principe, rétorqua Rose, en dépassant son collègue (non sans lui lancer un regard noir) et en s'élançant sur le chemin de randonnée. Ce spectacle a franchement intérêt à en valoir le coup.

Promis, je t'offrirai un lassi à la rose quand on arrivera là-haut pour récompenser tes efforts.

Rose lui jeta un regard mauvais par-dessus son épaule.

Ça ressemble davantage à une récompense pour toi que pour moi, ça, non ? Et maintenant arrête de parler, je dois économiser mon souffle.

Rose reporta son attention devant elle, laissant à Scorpius le loisir de sourire sans qu'elle ne puisse le voir.

Lorsqu'ils arrivèrent tout en haut (des heures plus tard), Rose fut surprise de constater que malgré la fatigue musculaire, la transpiration et la soif intense, son corps semblait commencer à s'habituer à pratiquer une activité physique (autre que celle qui constituait à tourner les pages d'un livre). Ses muscles la chauffaient, mais c'était supportable. L'ascension lui avait paru moins pénible que ce à quoi elle s'attendait. Moins pénible, certainement, que cela ne l'aurait été quelques semaines plus tôt seulement. Elle découvrait des muscles qu'elle n'avait jamais utilisé jusqu'à présent, c'était certain…

D'après le sourire en coin de Scorpius (pas essoufflé pour une noise, bien entendu), ce dernier semblait en être arrivé à la même conclusion.

Quoi que tu penses, grommela Rose, oublies. Ça ne signifie pas que tu vas pouvoir rajouter encore plus de randonnées à notre feuille de route…

Bien sûr que non, répondit son collègue. Mais ça donne des idées pour nos prochains voyages. D'ailleurs, je me demande s'il ne faudrait pas ajouter des petites séances d'entrainement quand on sera de retour à Londres, renforcement musculaire, cardio et…

Scorpius, l'interrompit immédiatement Rose d'un geste de la main. J'ai l'air gentille comme ça, mais n'oublies jamais que je sais me servir de ma baguette mieux que la grande majorité des sorciers et sorcières de notre pays.

Scorpius arqua un sourcil.

Sans vouloir me vanter ! ajouta-t-elle soudain en rougissant. Mais c'est un fait, admit-elle en soupirant.

Le rire de Scorpius la prit par surprise et elle détourna le regard, de peur qu'il lise sur son visage ce qu'elle lisait tous les jours dans ses feuilles de thé.

On va chercher une place ? demanda-t-elle pour changer de sujet. Je ne serai pas contre l'idée de m'asseoir et de ne plus bouger de la soirée, tu sais ? Jusqu'à ce que l'on transplane jusqu'à nos chambres d'hôtel, ajouta-t-elle avec un regard appuyé.

Scorpius leva les yeux au ciel, non sans humour avant de désigner la cour du temple, qui ressemblait davantage à un petit amphithéâtre avec un petit jardin en demi-lune, à moitié encerclé par des marches qui menaient jusqu'à l'entrée principale du temple.

Va t'asseoir, je vais chercher de quoi boire et manger.

Merci. Est-ce que tu pourras me prendre des…

Des mirchi bajji et un nimbu pani ?

Rose pinça les lèvres.

Merci.

Je ne dirai pas que tu es prévisible mais…

Rose ignora tout bonnement le jeune homme en lui tournant le dos pour aller s'asseoir, et Scorpius la regarder s'éloigner en souriant. Lorsqu'il se rendit compte que c'était quelque chose qu'il faisait de plus en plus ces derniers jours, il fit volte-face en direction des stands nomades présents dans la cour du temple pour le spectacle.

Il savait très bien ce qui était en train de se passer. Il l'avait déjà vécu plusieurs fois, après tout : ce moment où l'atmosphère change entre deux personnes. Où l'on commence à rechercher sans cesse la présence de l'autre, où l'on ressent le besoin de la faire rire, d'être à l'origine de tous ses sourires. Ce moment où « rien » devient « quelque chose », où « quelque chose » devient tout à coup un « peut-être », sans que vous ne sachiez vraiment pourquoi ou ce qu'il s'est passé pour en arriver là. Juste un sentiment qui flotte dans l'air et qu'il faut saisir pour transformer.

Ce « quelque chose » flottait dans l'air entre Rose et Scorpius depuis plusieurs jours. Scorpius savait pertinemment que Rose le ressentait aussi. C'est ce qui la perturbait autant, il en aurait tendu sa montre à un niffleur.


Note : Bonjour à tous les courageux qui lisent encore cette histoire. Elle n'est PAS abandonnée, je vous le promets. Et elle sera terminée, c'est promis.

J'espère que ceux qui passeront par là prendront plaisir à lire ce chapitre.

Je vous souhaite à tous une très bonne fin de week-end et je vous dis à "bientôt" pour le chapitre 8.

LittlePlume