Bonsoir tout le monde !

Comme promis voici la suite de cette petite fanfiction :)

Bonne lecture


Chapitre 3 : Farandole de Fruits Rouges

Autant dire que les vacances de Severus n'avaient pas été bonnes.

En plus de cette histoire de cornichons qui l'irritait toujours, était venu s'ajouter le souvenir indélébile de sa dernière altercation avec Granger. L'éclat rieur dans ses yeux, le son de son rire sibyllin, l'infâme plaisanterie qu'elle lui avait jouée.

Sa colère avait refait surface chaque fois qu'il y avait repensé… jusqu'à ce que le morceau de clémentine qu'elle lui avait laissé s'impose à son esprit. Et vienne nuancer l'ire qui menaçait le submerger de nouveau.

A quoi jouait-elle, nom d'un chien ?!

Lupin avait laissé entendre qu'elle adorait le pousser à bout. De toute évidence, il ne s'agissait guère d'un mensonge, au vu des dernières provocations de la Gryffondor. Diable, avait-il définitivement perdu tout caractère impressionnant aux yeux de la jeune génération ? Granger était la première à prendre la relève de l'un de ses collègues, mais il ne doutait pas qu'elle ne serait pas la dernière. Filius parlait de prendre sa retraite en fin d'année, Pomona avait laissé entendre qu'elle voulait plus de temps pour se consacrer à ses petits-enfants qui avaient déménagé en Irlande. En quelques années, lui qui avait longtemps été le professeur le plus jeune du château allait peut-être se retrouver doyen d'une équipe pédagogique de jeunes bleus tout juste sortis des bancs de l'école !

Il n'y avait pas que cela.

Ou du moins, il y avait autre chose.

Ce détail qui le chiffonnait sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus exactement.

Un mois était passé depuis que le bocal de cucurbitacées avait été posé sur son bureau.

Évidemment, l'histoire avait fait le tour du château, et de la salle des professeurs. Rolanda et Septima avaient bien ri, Pomona aussi, et Sybille avait pondu un obscur présage à ce sujet. Minerva, à présent qu'elle était directrice, n'avait pu se joindre à l'amusement de ses collaborateurs, et avait assuré qu'elle prenait très au sérieux d'élucider ce manque flagrant de respect, même si Severus n'avait pas manqué noter le sourire amusé qu'elle avait vite réprimé.

Quatre semaines s'étaient écoulées.

Depuis, l'histoire était tombée aux oubliettes, reléguée au rang d'anecdote par les commérages plus récents, les fêtes de fin d'année et les tracas du quotidien de tout un chacun.

Au fond, qui se fichait de savoir qui avait déposé un bocal de légumes sur un bureau ? Ce n'était pas pire que d'inonder les toilettes du deuxième étage, faire de la contrebande des sucreries des frères Weasley, ou faire entrer des niffleurs dans les salles de classe pour interrompre les cours.

L'outrage qui avait tant hérissé Severus _ et qui continuait de le faire_ n'intéressait plus personne.

Et pourtant Granger y avait repensé. Dans le seul but de se moquer de lui de nouveau, mais il n'en restait pas moins qu'elle y avait repensé.

Et alors quoi ? N'avait-elle rien de plus important à faire pour penser ainsi aux tracas de son collègue de potions ? Pour perdre du temps à machiner des plaisanteries pareilles ? Pour se risquer à s'attirer ses foudres alors même qu'ils étaient déjà en mauvais termes ?

Severus n'y comprenait plus rien.

Et à présent, chaque fois qu'il croisait une clémentine, ce qui n'était pas rare puisque le fruit était de saison, l'image de la Gryffondor ne le quittait plus.

Bon sang, elle allait finir par le rendre dingue !

Contrairement aux promesses que la tradition véhiculait, la nouvelle année n'avait en rien révolutionné l'existence des habitants du château, et n'avait amené avec elle que son lot d'hypocrisie habituelle dans les souhaits de meilleurs vœux, et quelques fautes incontournables dans l'écriture de la date durant les premiers jours de janvier.

Inutile de dire que Severus n'avait pas souhaité de bonne année à ses deux collègues de Gryffondor, malgré l'enthousiasme que ces derniers avaient mis à lui transmettre leurs vœux dès le premier jour de rentrée.

Le regard que Severus avait retourné à la plus féminine des deux rouge et or avait été si noir qu'elle s'était empourprée quelque peu, embarrassée de cette colère qui ne l'avait pas quitté depuis le premier matin des vacances.

Heureusement, la liesse de début d'année était vite retombée, en même temps que la motivation de tout un chacun de tenir des résolutions qui avaient vite été reléguées aux oubliettes. Severus avait retrouvé avec, sinon bonheur, du moins soulagement, la routine quotidienne et sans surprise du château. Les petits écervelés sur les bancs de sa classe, les couloirs redevenus silencieux avec la fin des chants de Noël que les portraits sifflotaient à tout bout de champ, les échanges corrosifs avec ses collègues en réunion.

La routine quotidienne, et sans surprise, donc.

A peu de chose près.

Par une fin d'après-midi de mi-janvier, alors que les derniers élèves venaient de disparaître sans demander leur reste de sa salle de classe glaciale en cette saison hivernale, des pas dans la pièce principale l'avait fait ressortir de son laboratoire où il venait de déballer ses propres effets en vue d'une expérimentation personnelle.

Il s'était figé net sur le seuil de la pièce en avisant le visiteur importun qui se tenait dans l'allée principale de sa classe, emmitouflée dans un épais manteau, son écharpe remontée jusque sur son nez et son bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles. Malgré toutes ces couches de vêtements, qui contrastaient avec le simple gilet que portait Severus, habitué à la froideur des cachots, les joues de la jeune femme étaient rougies par le froid mordant.

Severus avait senti la colère le gagner aussitôt à la seule vue de la Gryffondor.

- Qu'est-ce que vous voulez ? Avait-il âprement demandé sans s'encombrer de politesses.

- Professeur Rogue, l'avait-elle salué en bonne et due forme.

Elle avait pris le temps d'ôter ses gants et son bonnet, libérant une cascade de boucles brunes qui étaient venues encadrer son visage avant qu'elle ne les repousse derrière ses épaules, tâchant de leur redonner une forme. Les yeux noirs et scrutateurs de Severus avaient suivi le moindre de ses mouvements, comme s'il attendait d'un instant à l'autre un geste inopiné qui aurait trahi le piège à venir.

Mais la Gryffondor s'était contentée de desserrer un peu son écharpe pour dégager sa bouche, avant de s'avancer vers lui. Severus n'avait pas fait mine d'aller à sa rencontre, si bien qu'elle s'était immobilisée près de l'angle de l'imposant bureau qui occupait le fond de la pièce, à quelques mètres de lui, toujours posté à l'entrée de la porte de son laboratoire. Il avait eu beau faire son possible que ne pas réagir à son approche, il s'était raidi malgré lui, en proie à une tension grandissante, s'armant déjà en vue de la conversation à venir, qui ne pourrait qu'être houleuse, à n'en pas douter. Sans doute sa collègue avait-elle perçu sa réaction, car elle avait cru bon d'ajouter, avec un demi-sourire.

- Je viens en paix, ne vous braquez pas comme cela.

Autant dire qu'à ces mots, Severus s'était braqué davantage.

- Qu'est-ce que vous voulez ? Avait-il répété, acerbe.

A sa plus grande surprise, Hermione Granger avait détourné le regard, soudain confuse, et il l'avait observée chercher ses mots et son courage avec une gêne palpable qui n'avait fait qu'accroître sa propre méfiance à son égard.

- Je… J'ai… cru comprendre que vous aviez vraiment mal pris notre dernière conversation… cette plaisanterie à propos de Pomona et je voulais euh… m'en excuser, avait-elle grimacé avec un embarras évident, comme si elle avait répété ces mots des dizaines de fois avant de les prononcer à voix haute, mais qu'ils n'en restaient pas moins difficiles à formuler devant lui.

Dire que Severus avait été stupéfait de cette déclaration aurait été un euphémisme. En revanche, pas un seul instant il n'avait pensé à croire en leur sincérité. Ses lèvres s'étaient ourlées d'un rictus mauvais tandis qu'il toisait la jeune femme avait une froideur évidente.

- Vous vous fichez de moi ou quoi ? Débarrassez-moi le plancher, je n'ai pas de temps à perdre avec vos simagrées.

Elle avait tiqué sous la rudesse de ses paroles, mais n'avait pas cherché à protester. Écartant les franches de son écharpe, elle avait déplié son bras jusque là caché par l'étoffe colorée, et s'était dirigée vers le coin de son bureau, sur lequel elle avait déposé un petit pot en verre. Le sang de Severus s'était comme soudain retiré de son visage, le laissant plus pâle encore qu'habituellement.

- Qu'est-ce que c'est encore ? Avait-il sifflé, plus méfiant que désagréable.

Un sourire amusé avait fleuri sur les lèvres de la jeune femme, juste avant qu'elle ne le réprime en avisant l'expression ombrageuse de son collège.

- J'imagine que vous ne parlez pas du contenu, qui est indiqué sur l'étiquette, comme pour le précéd…, avait-elle répondu d'une voix néanmoins malicieuse avant de brusquement s'interrompre face au regard furieux du Serpentard. Pardon, c'est plus fort que moi.

- Vous avez de la chance que je me maîtrise mieux que vous, dans ce cas, car je vous aurais déjà mise dehors depuis longtemps ! Avait répliqué Severus en retour, venimeux.

- Je n'en doute pas, avait-elle concédé en baissant de nouveau les yeux, honteuse.

Elle avait jeté un coup d'œil au bocal de verre qui ornait à présent le bureau, revenant au sujet premier, et s'était de nouveau empourprée, en proie à un nouvel embarras qui avait fini de déstabiliser Severus. Jamais il ne l'avait vue si peu sûre d'elle depuis qu'elle avait rejoint le corps enseignant.

- Je me suis dit qu'à défaut de trouver le responsable du méfait précédent, cela permettrait peut-être de rattraper les tords causés par un éventuel membre de ma maison, puisqu'il y a, en effet, fort à parier que ce soit un Gryffondor qui ait fait le coup, comme vous n'avez pas manqué le souligner.

Alors que l'alchimiste aurait payé cher pour lui entendre dire qu'il avait raison depuis le début, seulement quelques minutes plus tôt, son esprit s'était arrêté à la fin de la deuxième partie de la phrase, tandis qu'il regardait sans comprendre la jeune femme.

- Enfin, vous voyez ? Avait-elle dit, mal à l'aise, craignant de s'empêtrer davantage dans ses propos si elle persistait à continuer.

- Pas vraiment, non, avait-il répondu d'une voix blanche, sidéré.

Enfin si, il voyait bien qu'elle tentait de lui expliquer… qu'elle était réellement venue s'excuser. Mais l'information s'évertuait à ne pas vouloir s'imprimer dans son esprit.

Par Merlin !

Hermione Granger était-elle vraiment entrain de lui faire des excuses en bonne et due forme ?! Sans doute avait-il respiré sans faire attention les vapeurs des potions de confusion qu'avaient préparées ses sixièmes années lors du dernier cours.

De toute évidence embarrassée par son silence et son manque de réaction, la Gryffondor avait trépigné, mal à l'aise, et changé de jambe d'appui sous son regard perçant, qui n'en finissait plus de la sonder à la recherche d'indices révélateurs. Ses yeux qui fuyaient désespérément les siens, par exemple. La rougeur qui persistait sur ses joues, et qu'il avait mis sur le compte du froid quand elle était entrée, alors qu'il n'en était peut-être rien. La façon qu'elle avait de mordre sa lèvre inférieure pour tenter de garder contenance, et qui lui avait rappelé qu'elle faisait déjà cela lorsqu'elle était étudiante et attendait son verdict après une potion à réaliser.

Son embarras était palpable, et nul doute qu'à sa place Severus se serait déjà carapaté depuis longtemps, mais c'était sans compter ce foutu courage dont la lionne n'était définitivement pas dépourvue, et qui l'avait faite continuer, alors même qu'il était clair qu'elle aurait préféré s'arrêter là.

- Et puis Rémus m'a dit que c'était votre anniversaire le week-end dernier alors… voilà. Bon anniversaire.

Courage Gryffondorien ou non, elle avait prononcé ces derniers mots plus vite que sa cadence habituelle, pris une teinte de rouge en plus au passage, et simplement papillonné du regard vers lui avant de vivement détourner les yeux et les talons.

- Bonne soirée Professeur, avait-elle salué dans le même mouvement.

Le temps que Severus ne réalise ce qu'elle venait de dire, elle était déjà partie.


Severus Rogue avait poussé un soupir agacé en observant avec frustration le mélange qui glougloutait paresseusement dans son chaudron. La couleur de la mixture avait beau être celle attendue, la texture trop épaisse ne laissait aucun doute quant au fait que le résultat n'était pas à la hauteur escomptée, de même que l'odeur trop présente de lavande aspic. Cela faisait des semaines qu'il travaillait sur l'élaboration de cet antidote de régénération de l'épiderme, à partir d'une base de potion de soin et d'un breuvage anti-brûlure, dans la perspective de remplacer par un seul mélange la dizaine de potions différentes qu'il devait fournir à l'infirmerie pour les blessures en tout genre du château.

Son protocole était long et complexe, mais cela ne l'effrayait guère, lui qui maîtrisait parfaitement sa discipline et se plaisait dans ce genre de challenge compliqué. Pourtant, ce soir-là, il n'avait même pas réussi à effectuer correctement la première partie de la préparation, qu'il avait pourtant déjà réalisé avec succès à de nombreuses reprises.

« Je voulais m'en excuser… Rattraper les tords causés par un éventuel membre de ma maison. Rémus m'a dit que c'était votre anniversaire le week-end dernier alors… voilà. Bon Anniversaire ».

Son esprit ne cessait de lui rejouer la conversation qu'il avait eu deux heures plus tôt avec sa jeune collègue de métamorphose, l'empêchant de se concentrer tout à fait sur sa tâche.

« Alors… Voilà ».

Voilà quoi, bordel ?

Par tous les diables mais qu'était-il censé comprendre à cette conclusion qui n'en était même pas une ?

Exaspéré, et parce qu'il était conscient de ne pas être en état de faire mieux ce soir-là, Severus avait fait disparaître d'un sortilège les ingrédients qui s'étalaient sur son plan de travail et activé l'enchantement des fioles de soin qui avaient commencées à s'aligner près de son chaudron pour être remplies tour à tour par la cuillère ensorcelée. A défaut de l'aider dans ses expérimentations, la potion anti-brûlure qu'il venait d'échouer à améliorer servirait au moins à soigner les irritations légères chez Poppy.

Cela ne réglait pas son problème de la soirée.

D'un œil noir, il avait lorgné le bocal en verre qui trônait désormais sur son meuble à béchers, comme s'il était responsable de tous ses tracas, ce qui était un peu vrai, en réalité.

« Votre anniversaire le week-end dernier ».

Nom d'un chien, pourquoi Lupin était-il allé lui dire ça, aussi ? Il n'y avait que peu de personnes qui connaissaient sa date de naissance au château, et encore moins qui pensaient à le lui souhaiter, d'une part parce qu'il n'était guère accessible, d'autre part parce qu'en général, à cette période de l'année, les esprits étaient encore tournés vers les fêtes de fin d'année. Il s'était fait à l'idée, depuis le temps, et cela l'indifférait depuis longtemps.

Alors pourquoi diable était-il si troublé par les derniers mots de Granger ?

Et par ce fichu bocal qui le narguait depuis son étagère.

« Alors... voilà ».

Non, il n'y avait pas de « voilà » qui tienne ! Qu'est-ce que cela voulait dire, d'ailleurs ? Comme s'il s'agissait d'une évidence ! Ce n'en était clairement pas une, bien au contraire ! Tout au plus une énième façon de lui torturer l'esprit, à n'en pas douter !

Les ballons à antidotes ayant terminé de se remplir, Severus avait fini de nettoyer son plan de travail d'un sortilège puis avait récupéré sa cape d'hiver, négligemment posée sur le dossier d'une chaise. Un dernier coup d'œil sur son laboratoire en ordre, puis il avait pris la direction de la sortie de la pièce, non sans jeter un dernier regard au petit bocal au couvercle doré avant d'éteindre pour de bon les lumières de la pièce.

A coup sûr, le contenu en était empoisonné. Il n'y avait pas d'autres explications rationnelles.

Bien que cette fois il en connaissait l'exacte provenance, ce bocal avait de nouveau tourmenté Severus les jours suivants. Pour des raisons bien différentes que le précédent, cela était évident. Par ailleurs, il s'était bien gardé d'en parler à quiconque, cette fois, même si le sourire de loup qu'il avait plusieurs fois surpris sur le visage de Lupin lui avait fait comprendre que le Gryffondor était au courant de l'existence de ce fichu pot en verre.

Granger, quant à elle, semblait avoir subitement décidé de lui foutre une paix royale, car elle avait tout à fait cessé de l'asticoter, peu importe le sujet. Peut être avait-elle enfin compris que ses interventions n'étaient guère appréciées, de même que sa petite personne d'ailleurs, car elle n'avait plus cherché à le charrier à propos du premier bocal qu'il avait reçu, et s'était même faite étonnamment discrète lors de débats houleux en réunions ou en conseils de classe. Bien-sûr, elle continuait à défendre mordicus les élèves de sa maison des injustices de Severus, mais en dehors de cela, elle avait abandonné toute idée de lui chercher des noises.

Ce changement avait été si soudain et si incompréhensible que Severus n'avait même pas songé à profiter de la tranquillité qu'il lui avait apporté, et s'était évertué à en trouver les raisons. Sans succès. Il avait pourtant mis ses talents d'observateurs et ses qualités d'espion au service de cette quête de réponses, mais n'avait réussi qu'à remarquer que la jeune femme n'était pas si horripilante que cela, quand elle discutait magie avec l'un de ses collègues. Elle était même intéressante à écouter, à dire vrai. Elle n'était pas non plus dénuée d'attraits physiques, et le sourire plein et entier qu'elle ne manquait jamais d'adresser aux élèves qui la saluaient dans les couloirs ou à ses confrères des autres matières était le premier d'entre eux.

L'éclat malicieux dans son regard ne l'avait pas quittée, à la différence près que lorsque les yeux noisette se posaient sur lui au détour d'un déjeuner dans la Grande Salle ou lors d'une réunion, il se muait en quelque chose de moins espiègle et de plus saisissant, que Severus n'était pas parvenu à identifier, mais qui lui laissait toujours une drôle de sensation dans l'estomac, qu'il n'était pas certain d'apprécier, en réalité. Et puis, il y avait cette façon qu'elle avait de rougir quand elle sentait son regard d'encre sur elle, cette manie de replacer ses cheveux derrière son oreille lorsqu'elle était embarrassée, cette manière de se mordre la lèvre inférieure qui le rendait fou, alors qu'il n'y avait jamais prêté attention jusque lors.

Il était entrain de devenir dingue, à n'en pas douter, et pourtant il n'avait pas goûté le contenu du bocal qu'elle lui avait apporté, dont il soupçonnait toujours qu'il soit de nature à lui jouer un mauvais tour, sinon comment diable expliquer l'embarras qui ne quittait plus la Gryffondor depuis qu'elle le lui avait donné ?

Ce n'est que presque trois semaines après qu'elle lui ait transmis ce contenant _ Severus s'était interdit d'employer les mots « offrir » et « cadeau » pour parler de cet objet de malheur _ et son contenu sucré qu'il avait eu l'occasion de réaliser qu'il n'y avait là aucune supercherie à redouter.

Minerva avait débarqué dans son laboratoire un soir après les cours alors qu'il planchait sur son remède, pour lui transmettre le planning des rondes de nuit du mois suivant. Tout du moins était-ce le prétexte qu'elle avait trouvé, à n'en pas douter, car elle était bien vite passée sur un autre sujet.

- J'ai été ravie de constater que vous avez enfin suivi mes recommandations et cessé de vous chamailler avec Hermione, avait-elle dit en jetant un coup d'œil aux pots d'ingrédients qui s'alignaient sur les étagères de la pièce.

Occupé à réduire minutieusement en poudre des racines de canis, Severus avait toutefois levé un œil critique vers la directrice, exaspéré.

- Je ne me suis jamais « chamaillé » avec Granger, avait-il rétorqué avec un mépris évident sur le verbe employé. Elle est insupportable, et vous saviez avant même de signer son contrat ce qu'il en serait une fois qu'elle serait titularisée.

Minerva s'était arrêtée de l'autre côté du plan de travail pour le toiser d'un regard dubitatif qui ne l'avait guère ému. Les volutes épaisses qui s'élevaient du chaudron avaient conféré à la vieille animagus un air fantomatique qui n'avait fait qu'accentuer ses traits sévères.

- N'inversez pas les rôles, Severus, je vous prie. Miss Granger est tout à fait charmante et il n'y a que vous qui ne la supportez pas .

- L'opinion générale ne suffit pas à faire une vérité. Ce n'est pas parce que tout le monde l'apprécie que cela en fait quelqu'un d'agréable à côtoyer.

Cette remarque acerbe avait tiré un soupir à Minerva, visiblement résignée à en rester là pour la soirée.

- Je ne sais pas ce qu'il vous faut, mon pauvre ! Oh, des cuberdons ! Cela fait une éternité que je n'en ai pas mangé ! Je peux ?

Severus avait relevé la tête de sa préparation, ne comprenant pas de quoi elle parlait. Son regard avait suivi celui de la directrice, et il s'était rembruni en avisant le bocal en verre qui prenait la poussière sur l'étagère de béchers. Des cuberdons. Alors c'était ainsi que se nommaient ces confiseries de forme conique ? Malgré l'indication de Granger concernant l'étiquette, il n'avait pas pris la peine de la lire. A dire vrai, il ne s'était pas approché du pot de confiseries depuis qu'il l'avait relégué dans un coin de son laboratoire.

- Vous pouvez même l'emporter, pourvu que vous me fichiez la paix concernant Granger, avait-il bougonné en retournant à sa mixture.

Le bruit caractéristique d'un couvercle que l'on dévisse lui avait indiqué que Minerva ne s'était pas faite prier.

- Ohlala, cela me rappelle tellement de souvenirs ! Avait soupiré l'animagus avec nostalgie. Ils sont délicieux, où les avez-vous eus ?

Severus avait tiqué à cette question.

- On me les a of… donnés, avait-il dit après une seconde d'hésitation.

Minerva n'avait pas relevé son changement de vocabulaire de dernière seconde.

- Quelle chance ! Pourquoi personne ne pense-t-il jamais à m'offrir des friandises ? Albus en avait tous les ans. Pour ma part j'ai reçu tellement de plumes ces cinq dernières années que j'en aurais assez pour remplumer un poulet ! S'était-elle exclamée, un brin vexée.

Severus avait arqué un sourcil interdit, peu habitué à l'entendre se laisser aller à ce genre de propos légers et ne concernant pas le cadre scolaire.

- Je referme le pot ou je vais tout manger ! Avait avoué la sorcière avec un sourire coupable. Vous êtes certain que vous ne voulez pas y goûter ? Ceux à la framboise, les originaux, sont excellents, mais pour ma part j'ai un faible pour la fraise et la cerise.

- Non merci, avait grincé le Serpentard, excédé par son insistance autant que par sa présence qui s'éternisait.

Par tous les Saints, heureusement que les fruits rouges n'étaient pas de saison, auquel cas il aurait encore dû retirer de nouveaux aliments de son régime alimentaire, lui qui ne pouvait déjà plus avaler un cornichon ni savourer une clémentine depuis le début de l'automne. Toutefois, ce n'était pas le pire.

A présent qu'il avait eu la confirmation que les bonbons n'étaient pas empoisonnés, puisque Minerva était encore entière et sur ses deux jambes, la conclusion de la dernière visite de Granger semblait évidente.

« Alors… Voilà. Bon anniversaire ».

Il s'agissait bel et bien d'un cadeau.

Pour s'excuser de sa plaisanterie de mauvais goût. Ou rattraper les farces des élèves de sa maison. Peut être aussi pour son anniversaire. Ou un peu des trois, même !

Quelle qu'en soit la raison, il s'agissait d'un cadeau.

Et cela était plutôt contrariant.

Severus ne savait pas quoi faire d'un cadeau. L'aurait-il su qu'il ne connaissait même pas la date d'anniversaire de Granger pour le lui retourner.

- Je vous le remets à sa place. Un peu de sucre et de dopamine ne vous feraient pas de mal, à mon humble avis !


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